Entre 1960 et 1966, la France a procédé à 17 explosions nucléaires et 35 autres expérimentations nucléaires dans le Sahara algérien, à Reggane et In Ekker. En quittant ces zones contaminées, la France a rapatrié toutes ses archives. En revanche elle a laissé volontairement des déchets radioactifs et non radioactifs, comme ICAN France et l’Observatoire des armements l’ont démontré dans leur rapport « Sous le sable de la radioactivité » (2020).
Alors que les autorités algériennes ne cessent de demander communication des cartes et autres archives, il aura fallu attendre ce 8 septembre, une réponse à une question écrite (déposée le 3 mars 2026) de la députée Sabrina Sebaihi, pour que le ministère des Armées reconnaisse : « Lors de sa visite officielle en Algérie du 25 au 27 août 2022, le président de la République a remis au président Tebboune un dossier réunissant toutes les cartes et informations dont la France dispose concernant les déchets enfouis et les zones marquées radiologiquement. »
Cette déclaration soulève des questions majeures : Quelle est précisément la nature et le contenu de ce dossier ? La France a-t-elle remis des archives aux autorités algériennes ou de « simples « copies » ? Quelles cartes et quels documents ont été transmis aux autorités algériennes ? Pourquoi depuis 2022 ces informations n’ont-elles jamais été rendues publiques et donc accessibles tant aux citoyens qu’aux médias et à la communauté scientifique ?
Le ministère des Armées mentionne également le groupe de travail franco-algérien, créé en 2008, sous les présidences de Sarkozy et Bouteflika, et chargé d’étudier la réhabilitation des anciens sites d’explosions nucléaires françaises au Sahara, comme un acteur de ce dossier. Pourtant, près de vingt ans après sa création, les travaux de ce groupe n’ont jamais été rendus publics. Ni ceux du groupe mis en place en 2012 sous la mandature de François Hollande. Ces groupes de travail existent-il toujours ?
Suite à une mission en 1999, l’AIEA avait publié en 2005 un rapport sur la situation radiologique des anciens sites français d’explosions nucléaires en Algérie. Ce document, qui constituait une évaluation préliminaire, soulignait la nécessité de poursuivre les investigations et d’améliorer la connaissance de la situation radiologique et environnementale de ces territoires. Vingt et un ans plus tard, la question demeure entière.
Après avoir relancé en 2025 les questionnements sur les impacts des explosions en marge de la 69e Conférence générale à Vienne de l’AIEA, l’Algérie a engagé, le 13 février 2026, une première opération de décontamination sur l’ancien site des explosions souterraines du Taourirt Tan Afella.
L’heure n’est plus au silence
À l’heure où l’AIEA ouvre ses travaux, où l’Algérie a engagé un processus de décontamination et où, à l’initiative de la députés Dominique Voynet, 42 parlementaires de plusieurs courants politiques ont déposé une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire en Algérie, nous demandons au président de la République et au ministère des Armées :
- de rendre public le dossier remis au président Abdelmadjid Tebboune, ainsi que l’ensemble des cartes et informations détenues par la France concernant les déchets enfouis et les zones radiologiquement contaminées ;
- de mettre en place un groupe de travail spécifique chargé d’établir un état des lieux et proposer des recommandations pour — au plus vite — la prise en charge sanitaire des victimes et réparer les conséquences
Contacts pour les médias
- Jean-Marie COLLIN, directeur de ICAN France* : 06.37.94.62.41 - jeanmarie@icanfrance.org
- Patrice BOUVERET, directeur de l’Observatoire des armements : 06.30.55.07.09 - patricebouveret@obsarm.info





