Une coopération concrète entre Lyon et l’Ukraine
Depuis le 19 septembre, 67 enfants ukrainiens sont accueillis chaque samedi dans les locaux de l’école municipale Joannes Masset, dans le 9e arrondissement de Lyon, où ils suivent les enseignements de l’école ukrainienne.
Fruit de la coopération et de l’entraide entre la Ville de Lyon et le Consulat général d’Ukraine à Lyon, cette ouverture s’inscrit plus largement dans la mobilisation de Lyon aux côtés de l’Ukraine et de sa population.
Tout récemment, la Ville de Lyon est ainsi devenue la première grande ville de France à rejoindre la campagne « Ensemble, sauvons les otages ukrainiens », en parrainant deux civils ukrainiens détenus, Yana Souvorova et Oleksandre Zaporojets.
Cette solidarité s’exprime également par des échanges réguliers avec les villes et représentants ukrainiens, à l’image de l’accueil récent à l’hôtel de ville d’une délégation de Lviv, mais aussi par plusieurs initiatives symboliques menées à Lyon.
L’école ukrainienne a pour vocation de permettre aux enfants ukrainiens vivant en France de maintenir et développer leur connaissance de la langue, de la culture, de l’histoire et du patrimoine ukrainiens, en complément de leur scolarité habituelle en France.
Chaque samedi, de 9h à 15h, les enfants peuvent pratiquer et approfondir leur maîtrise de l’Ukrainien, tout en développant leur connaissance de leur pays, notamment à travers la littérature, l’histoire, la géographie ou encore la musique. Une place est également accordée à la découverte du patrimoine et des traditions ukrainiennes, à travers les chants, les récits et les grandes fêtes qui rythment la culture du pays.
L’accueil de l’école au sein de l’école Joannes Masset constitue une nouvelle action concrète de la coopération et de la solidarité entre la Ville de Lyon et les représentants de l’Ukraine à Lyon.
La mise à disposition de ces locaux municipaux offre aux familles ukrainiennes un cadre permettant aux enfants de conserver un lien vivant avec leur langue et leur culture d’origine.
Exils préventifs
Certains ont déjà acheté un billet d’avion, prêts à partir si une mobilisation générale est déclarée après les élections législatives du 18 au 20 septembre 2026. La Géorgie, l’Arménie et la Serbie sont les destinations les plus prisées.
En Russie, la rumeur d’une nouvelle vague de mobilisation ravive les craintes des hommes en âge de combattre, tentés par l’exil. Elle est si tenace que Vladimir Poutine a dû multiplier les démentis. « À ce jour, il n’existe aucun scénario qui nécessiterait une mobilisation », a assuré le chef du Kremlin, jeudi 3 septembre 2026 à Vladivostok, dénonçant « une attaque informationnelle de la part de l’ennemi avant des élections à la Douma, avec une tentative d’influer sur leur résultat ». Le président russe se veut rassurant à la veille des élections législatives qui se dérouleront du 18 au 20 septembre 2026, les premières depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022.
La menace d’une nouvelle mobilisation militaire a miné la campagne, quatre ans après la mobilisation partielle annoncée à l’automne 2022. À l’époque, celle-ci avait provoqué une vague de panique dans les familles russes, et poussé des milliers d’hommes à fuir le pays ou à se terrer dans leur datcha, à la campagne.
Dans le doute, beaucoup d’hommes préfèrent aujourd’hui prendre leurs précautions. Certains ont déjà acheté un billet d’avion, prêts à partir après les élections, si une mobilisation est déclarée. D’autres ont prévu de « séjourner un mois en Turquie et d’attendre de voir ce qui se passe », témoigne une journaliste à Moscou, qui préfère rester anonyme par précaution. « Il y a une vraie peur de la mobilisation, renchérit un autre journaliste, à Iekaterinbourg, dans l’Oural. De simples citoyens ne veulent pas être envoyés dans une guerre sans fin dont beaucoup, y compris parmi les électeurs de Poutine, ne comprennent plus le sens. »
La plupart des candidats au départ avaient déjà fui la mobilisation à l’automne 2022, avant de revenir en Russie, selon plusieurs sources interrogées par Le Monde. Trois destinations sont particulièrement prisées : la Géorgie, l’Arménie et la Serbie, accessibles avec un passeport russe, sans visa. À Tbilissi, la capitale géorgienne, l’association The Ark, qui soutient des Russes, constate une augmentation du nombre de requêtes depuis juin, mais, « en août, on en a eu dix fois plus », affirme sa fondatrice, Anastasia Burakova. La société russe est épuisée, effrayée par les attaques de drones et la rumeur de mobilisation ».
« La plupart des gens veulent savoir s’il est possible de s’installer en Géorgie, mais cela ne veut pas dire qu’on va avoir de longues files d’attente à la frontière comme en 2022. », nuance Anastasia Burakova. Le 19 août, les autorités géorgiennes ont démenti les affirmations de Moscou selon lesquelles 20 000 citoyens russes étaient entrés en Géorgie en vingt-quatre heures depuis le poste-frontière de Lars.
Tbilissi a dénoncé une « désinformation délibérée ». Le ministère de l’Intérieur russe a ensuite lui-même révisé ses estimations – il chiffre désormais à 7 880 le nombre de personnes quittant la Russie et à 8 406 les retours –, et justifié cet important chassé-croisé par « la fin de la saison touristique ».
En Arménie, Oleg Novikov, coordinateur de l’aide aux déserteurs russes au sein d’une association dont il préfère taire le nom, affirme ne pas constater de hausse particulière liée aux rumeurs sur une nouvelle mobilisation, mais « tous les déserteurs qui ont fui en Arménie ne s’adressent pas aux défenseurs des droits humains », avertit-il. « Disons que les gens continuent de fuir le front à un rythme régulier. Nous recevons environ quatre ou cinq demandes par semaine. » Il reçoit aussi des appels à l’aide de « jeunes qui terminent leurs études et risquent d’être appelés sous les drapeaux dès qu’ils les auront finies. Par précaution, ils partent à l’avance ».
À la différence de 2022, « les gens fuient vers l’Arménie, non seulement depuis la Russie, mais aussi depuis la Géorgie, parce qu’une certaine inquiétude s’est installée », constate Oleg Novikov, alors que les autorités géorgiennes se sont rapprochées de Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine. L’Arménie, qui a au contraire pris ses distances avec le Kremlin, est perçue comme plus sûre. Malgré les accords qui la lient à la Russie, elle « n’a extradé aucun déserteur depuis le début de la guerre », se réjouit le militant.
Cette petite ex-république soviétique du Caucase n’est souvent qu’une étape vers une autre destination en Europe. « Sur les 200 000 Russes arrivés après 2022, environ 50 000 sont restés », estime Areg Kochinyan, analyste politique et directeur du Research Center on Security Policy, à Erevan. Avec des effets positifs sur le plan économique : « L’arrivée des travailleurs dans la tech a généré d’importants revenus. »
Cet été, les autorités arméniennes se sont dites prêtes à accueillir ceux qui voudraient fuir une nouvelle mobilisation. « Aux Russes, je ne peux dire qu’une chose : “Bienvenue en Arménie !” », a lancé le secrétaire du Conseil de sécurité d’Arménie, Alen Simonian, lors d’une interview télévisée, le 25 août. Des propos jugés « provocants » par la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova.
Contrairement à 2022, la vague de départs « se fait sans panique et de manière organisée », assure la directrice d’une association d’aide aux Russes cherchant à fuir la mobilisation, sous le couvert de l’anonymat. D’autant qu’en Russie, beaucoup se méfient des démentis officiels de Vladimir Poutine. « Il a promis que, “à ce jour”, il n’y aura pas de mobilisation. Mais les hommes pensent au jour d’après. Et après les législatives, il sera trop tard pour partir », prévient cette même source [1].
Édition en Ukraine
L’Ukraine fait face à une pénurie de livres et de manuels scolaires, à cause des frappes russes contre les infrastructures logistiques du pays. Plus d’un tiers de la production nationale de livres est parti en fumée, dans les bombardements des entrepôts et imprimeries [2].
Grève des mineurs du Donbass
Le syndicat indépendant des mineurs a indiqué qu’à partir du 18 septembre, il organiserait des notifications de suspension des travaux sur plusieurs mines de la région occupée de Donetsk en raison du non-paiement des salaires. Cela a été rapporté aux publications ASTRA et Post- par le coprésident du syndicat Alexander Vaskovsky.
Causes. Selon Vaskovsky et les employés de différentes mines, certains travailleurs ne reçoivent plus de salaires depuis trois à sept mois. Selon l’interlocuteur de Post-, les employés ont cessé de recevoir des certificats de dettes.
Les chefs des mines ont promis d’effectuer des paiements pour la Journée du mineur le 30 août, puis d’ici le 10 septembre. Malgré cela, le personnel n’a jamais reçu de salaire. Les autorités expliquent cela par le fait que les entreprises n’ont pas de financement.
La grève. Selon Vaskovsky, le personnel de l’une des mines de Donetsk est déjà prêt à suspendre le travail, deux autres négociations sont en cours. Il ne divulgue pas le nom des entreprises afin que les autorités n’intimident pas les mineurs.
L’interlocuteur de Post- a noté que les travailleurs craignent de protester, parce que les hommes peuvent être envoyés de force au front, et les femmes être licenciées. Deux autres interlocuteurs de la publication ont déclaré que les mines interdisaient généralement les grèves « en relation avec le SVO ». Les salaires des mineurs varient de 30 à 50 000 roubles.
Tentative d’attentat à Leipzig
Deux drones explosifs ont été découverts à l’aéroport de Leipzig, à proximité d’avions cargos ukrainiens. L’Allemagne désigne la Russie comme responsable. Le consulat russe de Bonn sera fermé. Le contrat de la Maison Russe à Berlin sera résilié. Elle est accusée d’abriter des activités d’espionnage. De nouvelles sanctions seront prises contre les ressortissants russes et contre la « flotte fantôme russe ». « L’Union européenne se tient pleinement aux côtés de l’Allemagne », a écrit Ursula von der Leyen. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte promet de « renforcer la capacité de dissuasion contre toute menace ».
La police criminelle allemande a identifié l’ADN de deux hommes titulaires d’un passeport russe suspectés d’avoir apporté un drone explosif à l’aéroport de Leipzig, une tentative d’attentat imputée mardi à la Russie par Berlin, rapportent trois médias allemands mercredi.
L’Union européenne évoque un acte de « terrorisme soutenu par un État » après l’incident de drone à l’aéroport de Leipzig, que l’Allemagne attribue à la Russie. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a annoncé la convocation du chargé d’affaires russe. La France a fait de même à Paris. Les États-Unis et Emmanuel Macron ont affiché leur solidarité avec l’Allemagne. « Il est très clair, une fois encore, que c’est une ingérence », a déclaré le président français.
Russie-Libertés

Jardins d’enfants
Les écoles et les jardins d’enfants à travers la Russie organisent des exercices de lutte contre le terrorisme, du 18 au 19 août 2026, et les jardins d’enfants de plusieurs régions ont commencé à publier des rapports photo sur les exercices, selon les médias Post- et Novaya Gazeta Europe.
Les photos montrent des enfants prenant part aux exercices : certains se cachent dans des bureaux, tandis que d’autres se trouvent face contre terre aux côtés de leurs enseignants, « pris en otage » avec des armes pointées vers eux [3].
Une grenade assourdissante a explosé lors d’exercices antiterroristes dans une école du village de Serkovo, dans la région de Moscou, blessant quatre enseignants, selon les chaînes russes Telegram 112, Mash et Baza, qui ont des liens avec les services de sécurité russes.
Le vice-ministre de l’Éducation, Alexander Bugaev, avait annoncé les exercices une semaine plus tôt, affirmant qu’ils testeraient la façon dont les enseignants, les administrateurs et les agents de sécurité réagiraient à une attaque d’otages, d’incendies criminels ou de drones dans les écoles et les jardins d’enfants. Il n’a fait aucune mention des enfants qui y participaient.
Bugaev a déclaré que ce serait la première fois que de tels exercices étaient organisés dans des jardins d’enfants, bien que Novaya Gazeta Europe ait rapporté que des exercices similaires avaient déjà eu lieu en 2025.
Boris Nadezhdin
Le tribunal de district de Nikulinsky de Moscou a infligé une amende au politicien russe Boris Nadezhdin 10 000 roubles pour avoir participé aux activités d’une organisation « indésirable » (article 20.33 du Code des infractions administratives de la Russie).
L’accusation découle d’une interview que Nadezhdin a accordée à Meduza, que les autorités russes ont désigné comme une organisation « indésirable » ; elle a été publiée le 14 juillet.
Wildberries
Plus de 600 drones ukrainiens ciblent Moscou ; un entrepôt de Wildberries endommagé.
Lev Shlosberg
La juge Viktoria Malyamova, du tribunal municipal de Pskov, a condamné Lev Shlosberg, vice-président du parti russe Yabloko, à 11 ans et un mois dans une colonie pénitentiaire pour avoir « discrédité » à plusieurs reprises l’armée russe et pour avoir diffusé de « fausses informations » sur les forces armées, a rapporté le média russe indépendant Mediazona [4].
Olga et Nikita Belov
Le tribunal finlandais a annulé l’expulsion des Russes anti-guerre Olga et Nikita Belov.
Intelligence artificielle
Pour la première fois, des drones entièrement autonomes de l’armée ukrainienne ont tué des soldats russes sans aucune intervention humaine. C’est dire que la guerre à base d’IA et de robots est déjà une réalité sur les champs de bataille et surtout que l’intelligence artificielle a évolué du rôle d’assistant à celui de décideur de vie ou de mort des humains. En parallèle les manifestations contre la mise à contribution de l’intelligence artificielle sur les champs de bataille se multiplient.
Un haut responsable de l’industrie de la défense ukrainienne, Alexander Kokhanovskyy, a révélé qu’un test impliquant des drones entièrement autonomes a été mené il y a deux ans sur la ligne de front en Ukraine. Lors de l’opération, menée par une unité militaire non nommée près des villes de Bakhmut et de Chasiv Yar, dix drones contrôlés par une IA ont été déployés. Cela marque un tournant majeur dans l’histoire moderne des conflits armés.
Cette opération constitue la preuve la plus catégorique à ce jour que des morts ont été causés au combat uniquement par des décisions prises par une IA. Lors de ce test, les quadricoptères ont été programmés pour parcourir entre trois et cinq kilomètres avant d’activer un mode d’attaque surnommé « Terminator .
Dans cette configuration, le modèle d’IA cherche et intercepte les cibles de manière totalement indépendante, coupant toute connexion avec les opérateurs humains qui ne reçoivent plus aucun retour vidéo. Ne pouvant suivre l’attaque en direct, les forces ukrainiennes ont dû envoyer des drones pilotés manuellement après le test pour vérifier la zone. Le constat : les drones avaient effectivement tué quelques soldats russes et détruit un camion [5].
Mikhaïlo Fedorov
Mikhaïlo Fedorov, le récent ministre de la Défense limogé par Zelensnsky et remplacé par Yevhen Khmara, réclame des élections en Ukraine et se pose ainsi en rival du Président [6]. Il affirme que « La démocratie ne peut être prise en otage par la Russie. » Il s’en prend aussi à la corruption ambiante en Ukraine.
Yabloko
8 000 personnes ont demandé leur adhésion au parti Yabloko, doublant ainsi le nombre d’adhérents [7].
Rafles de soldats en Russie
Certains hommes sont arrachés directement à leur domicile. Un habitant du village de Bashmakovo, un homme sans rate qui doit prendre des médicaments en permanence, a été enlevé pendant que sa mère faisait des courses. « Des voisins lui ont dit que quelqu’un l’avait emmené. Il a ensuite pris contact avec elle, a téléphoné et a expliqué qu’il avait été contraint de signer un contrat militaire », a déclaré la source aux journalistes.
D’autres sont arrêtés juste devant leur porte d’entrée. Une femme a raconté à iStories qu’en décembre 2024, une patrouille avait interpellé son frère de 42 ans alors qu’il était assis devant son immeuble à Kouznetsk avec un ami. Il a été emmené dans un centre de recrutement et a disparu moins d’un mois plus tard. Après 13 mois de recherches, sa famille a appris qu’il avait été tué.
Des hommes sont emmenés sous prétexte d’un voyage à l’administration du district. C’est ainsi que les autorités ont tenté d’emmener Alexei Denisenko, un habitant de Bashmakovo, à Penza : un proche l’a rattrapé en voiture et l’a ramené.
Ou sous prétexte de la visite d’un nouvel agent de police local. En juillet, plusieurs hommes en civil se sont présentés au domicile de Sergei Teplyakov, agent de sécurité privé, à Bashmakovo, et ont tenté de l’attirer à l’extérieur pour l’emmener.
D’autres sont attirés par la promesse d’un nouvel emploi. Un habitant de Bashmakovo s’est vu proposer un emploi d’agent de sécurité et a été invité à se rendre à Tambov pour obtenir une carte d’identité ; au lieu de cela, il a été envoyé à Rostov et contraint de signer un contrat.
Certains sont enlevés directement au poste de police. Le frère d’une femme du district de Belinsky s’est retrouvé un soir, ivre, au poste de police ; de là, il a été envoyé dans une unité militaire à Millerovo, dans la région de Rostov.
D’autres encore sont emmenés dans des « maisons où ils boivent ». Une habitante du district de Kouznetsk a déclaré qu’un employé de l’administration du district faisait le tour de ces maisons, « apportant une bouteille et enivrant les hommes ». « Ensuite, ils partent ensemble, montent dans la voiture, et on ne revoit plus jamais ces hommes », a-t-elle ajouté.
Déserteurs ukrainiens
Des dizaines de soldats ukrainiens ont déserté lors d’exercices d’entraînement en Allemagne, rapporte le journal allemand Die Zeit, dont environ 80 cas dans le seul Land allemand de Saxe-Anhalt.
Volodymyr Shulgin, 39 ans, originaire de Dnipro, était un pianiste avant la guerre qui écrivait de la poésie et organisait des réunions d’un groupe d’étude biblique, a rapporté Die Zeit. Lorsque l’Ukraine a lancé une mobilisation forcée, il a fait tout ce qu’il pouvait pour éviter d’être enrôlé : il a abandonné son emploi de professeur de piano parce que rendre visite à ses élèves était devenu trop dangereux avec les patrouilles du Centre Territorial de Recrutement (TRC) dans les rues.
Shulgin quittait rarement la maison, y travaillant avec des enfants tandis que sa femme, Anna, gagnait de l’argent en tant que femme de ménage ou coursière. Fin janvier 2026, une patrouille du TRC a arrêté le couple dans la rue, forcé Shulgin à monter dans une voiture et l’a envoyé à l’armée.
Environ dix jours plus tard, Shulgin fut envoyé en formation au terrain d’entraînement militaire d’Altengrabow, à la frontière entre la Saxe-Anhalt et le Brandebourg. Au début, il ne pensait pas à la désertion. « Les soldats allemands nous ont accueillis très chaleureusement. La caserne était propre, la nourriture était bonne, alors je voulais apprendre », dit-il.
Quelques jours plus tard, Shulgin a développé de la fièvre et s’est senti malade lors de l’appel matinal. Lorsqu’il demanda à sauter le petit-déjeuner, un sergent le frappa à la poitrine devant les autres soldats et, après la chute de Shulgin, lui ordonna de faire 50 pompes en guise de punition. Shulgin a ensuite demandé à un médecin allemand de la base un réducteur de fièvre et a mentionné l’incident, lorsque les officiers ukrainiens l’ont découvert, l’un d’eux a menacé de « l’enterrer dans un trou et de le signaler comme disparu. »
C’est à ce moment-là que Shulgin a décidé de déserter. Le médecin allemand l’a orienté vers la clinique de la Charité pour y être soigné et, deux semaines plus tard, il s’est éloigné et n’est jamais retourné à la base.
Les journalistes de Die Zeit se sont entretenus au total avec une douzaine de déserteurs ukrainiens. L’un d’eux a fui les traitements abusifs infligés par ses commandants. Deux autres voulaient retrouver des proches dans l’UE qu’ils n’avaient pas vus depuis des années. Un autre avait déjà purgé une peine de 15 ans de prison pour meurtre et considérait cette évasion comme une occasion de prendre un nouveau départ. Un autre encore a expliqué sa décision de cette façon : « Je ne veux tout simplement pas mourir, et je ne veux pas tuer. Pas devant, pas ailleurs. N’est-ce pas suffisant ? ”
La plupart des déserteurs, selon Die Zeit, sont des gens comme Shulgin : ils n’ont pas les emplois bien rémunérés qui leur permettraient d’engager un avocat pour lutter contre la mobilisation, et ils ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier des exemptions de projet accordées aux 1,3 million de personnes travaillant dans des domaines que l’État considère comme critiques. Les déserteurs considèrent cette approche de la mobilisation comme injuste.
On ne sait pas encore si Shulgin et d’autres déserteurs seront autorisés à rester en Allemagne, note Die Zeit. Les règles générales accordant la résidence aux citoyens ukrainiens qui ont fui l’invasion russe ne s’appliquent pas aux recrues ukrainiennes qui ont déserté sur le territoire militaire.
La seule voie légale pour rester est de demander l’asile et de prouver que retourner en Ukraine mettrait leur vie en danger ou les exposerait à des persécutions politiques. Les chances de succès, note Die Zeit, sont minces. Les déserteurs, quant à eux, sont pénalement responsables en Ukraine, y compris jusqu’à 12 ans de prison.
Des soldats ukrainiens ont également déserté lors d’entraînements dans d’autres pays. En janvier, l’agence de presse française Agence France-Presse a rapporté que « plusieurs dizaines » des 2 200 militaires de la 155ème Brigade mécanisée Anne de Kiev ont déserté lors d’un entraînement en France.
Die Zeit cite des statistiques montrant qu’au moins 60 000 militaires ont déserté de l’armée ukrainienne depuis février 2022, tandis que le ministère ukrainien de la Défense affirme que plus de 2 millions d’hommes à l’intérieur du pays échappent actuellement à la conscription [8].
Penza
Dans une rue de Penza, capitale régionale au sud-est de Moscou, des habitants s’opposent au départ de leurs proches requis pour combattre en Ukraine. Officiellement, depuis la « mobilisation partielle » de la fin 2022, l’enrôlement dans l’armée russe est volontaire et contractuel. Mais face à l’ampleur des pertes sur le front, les bureaux de recrutement raclent les fonds de tiroir, quitte à adopter des méthodes agressives, niées par les autorités. Selon le responsable du bureau de Penza les rafles ne visent que ceux qui se soustraient au service militaire. Le blogueur d’opposition, Stanislav Morozov rassemble les témoignages d’avocats, de militants des droits de l’Homme. Arrêtés sou prétexte de contrôle de routine, des jeunes hommes sont menacés d’être poursuivis pour trafic de drogue et poussés à signer un contrat d’engagement militaire, parfois sous la contrainte physique.
L’armée russe cherche à reprendre l’initiative dans son invasion qui stagne depuis plus de quatre ans. Le Kremlin charge les gouverneurs régionaux d’atteindre un quota annuel de 409 000 recrues. Principales cibles : les citoyens endettés, alcooliques, les migrants, les chômeurs et les sans-abri. Des bases de données électroniques obligent les employeurs à fournir des informations sur les citoyens aptes au service militaire. Les recruteurs effectuent des descentes sur les lieux de travail ou aux domiciles où les personnes sont convoquées pour d’intimidants « entretiens », quand elles ne sont pas raflées. Le rythme de l’avancée de l’armée dans le Donbass n’a jamais été aussi faible : 1 km² par jour en juin et en juillet. L’Ukraine a repris l’avantage dans la guerre des drones.
Selon l’état-major ukrainien, l’armée russe aurait perdu 1,5 millions de soldats (morts blessés ou en fuite). L’Ukraine affirme que la Russie perd chaque mois plus de soldats qu’elle n’en recrute. Le média indépendant Mediazona, qui épluche minutieusement les avis de décès, recense plus de 236 000 morts, estimant leur nombre réel à plus de 350 000. La Russie propose des incitations de plus en plus généreuses. Les primes peuvent atteindre 4 millions de roubles (50 000 euros) et une rémunération annuelle de 60 000 euros. La Douma a adopté une loi élargissant l’éligibilité des personnes ayant un casier judiciaire pour signer des contrats avec le ministère de la Défense. Une rumeur prétend qu’une nouvelle mobilisation est imminente. La précédente avait provoqué des départs en masse à l’étranger [9].
L’Ukraine cible un site d’e-commerce
L’Ukraine adapte une nouvelle fois sa tactique et diversifie les cibles de sa campagne de frappes menée à l’aide de drones de moyenne et longue portée. Après la logistique militaire, après le secteur énergétique, elle frappe désormais un joyau de l’économie russe, le géant national de l’e-commerce, Wildberries. Trois mégas entrepôts ont été détruits en une semaine. Ces frappes déstabilisent l’économie locale, mais aussi le récit du Kremlin sur son "opération militaire spéciale" [10].
Robert Brovdi, alias Magyar, responsable ukrainien d’une unité de dronistes : « Je pense aujourd’hui que les drones sont la peste noire du troisième millénaire [11]. »
Laura Loomer
L’influente blogueuse aux deux millions d’abonés de la galaxie MAGA a fait une volte-face. Reçue par le président Zelensky, elle raconte : « Je viens de vivre mon premier raid aérien en Ukraine. Les sirènes hurlent. C’est la quotidien de tous les Ukrainiens. J’ai souvent dit que ça m’était égal. Avec le recul, ce n’était pas très gentil de ma part. » Elle détaille, sur les réseaux sociaux, son premier voyage en Ukraine. « J’ai fini par comprendre que j’avais été trompée par la propagande russe et que je croyais beaucoup de choses fausses sur l’Ukraine. Je pensais que c’était un pays rempli de nazis. » Un proche de Loomer s’est rendu à Kiev et à Odessa et a accompagné une équipe de dronistes sur le front. « Il était impressionné », rapporte un membre du lobby pro-ukrainien à Washington [12].
Le président du Kazakhstan
Kassim-Jomart Tokaïev, président du Kazakhstan, a déclaré : « Il faut arrêter ça…J’ai beaucoup de respect pour le peuple ukrainien, pour sa langue et sa culture… Beaucoup, y compris nous, ne comprennent pas vraiment la nature de la guerre. » Cette observation a été faite lors d’une rencontre avec Poutine à Omsk, le 25 juillet 2026. « Ce n’est pas une guerre civile, c’est une guerre interétatique », a-t-il poursuivi. Contredisant ainsi Poutine qui affirme qu’il n’y a pas de nation ukrainienne et que l’Ukraine est une province rebelle tombée aux mains d’un pouvoir illégitime. Tokaïev a ajouté qu’il faut peut-être geler le conflit et revenir aux accords d’Istanbul 2.0 avec la garantie des grandes puissances comme les États-Unis [13].
Soldats russes disparus
Des groupes à la recherche de soldats disparus existent sur les réseaux sociaux depuis le premier jour de la guerre. Des proches – généralement mère, femme ou sœur – publient dans de tels groupes des informations sur leurs proches dans l’espoir qu’elles attirent accidentellement l’œil de quelqu’un qui connaît le sort d’une personne. De tels publics de groupes existent dans les réseaux sociaux VK et Telegram, ils ont publié des milliers de noms de soldats. Les photos sont attachées aux posts : ils sourient par des hommes, des ouvriers et des gardes d’hier, parfois - des vieillards édentés, d’anciens prisonniers. Et parfois de très jeunes gars.
Selon la Mediazona, de 2023 à 2025, les tribunaux ont eu à traiter 90 000 procès exigeant de reconnaître le soldat comme disparu ou mort. De ce nombre, 26 mille ont été soumis par les commandants des unités militaires, 20 mille autres par la structure du ministère de la Défense.
Yabloko
La Commission électorale centrale a enregistré « la liste de Yabloko » pour les élections à la Douma d’État.
« Pour la première fois depuis cinq ans, les citoyens russes ont une réelle opportunité de voter pour la paix et la liberté, de plaider en faveur d’un accord de cessez-le-feu de manière légale et sûre. Merci à tous ceux qui croient en nous, croient en l’avenir libre et pacifique de la Russie. Nous vous encourageons à nous rejoindre et à travailler ensemble », - a déclaré le président du parti, Nikolaï Rybakov.
Entré en campagne pour les législatives de septembre 2026, Boris Nadejdine s’affichait comme le seul candidat anti-guerre en Ukraine. Le ministère de Justice l’a ajouté à la liste infamante des « agents de l’étranger » [14].
Le politicien de l’opposition russe Boris Nadezhdin a publié dans sa chaîne Telegram une vidéo de Paris.
« Il y a une bonne nouvelle. Je suis vivant et libre. Hélas, pas encore en Russie. Maintenant, nous devons regarder autour de nous, pour comprendre comment vivre plus loin. Plus tard, j’écrirai sur mes plans », a déclaré Nadezhdin [15].
Xenia Fedorova expulsée de France
L’ancienne patronne de Russia Today France vit et travaille dans l’Hexagone depuis dix ans. Son avocat s’est vu remettre un arrêté ministériel d’expulsion ce mercredi 29 juillet 2026 [16].
Éviter la mobilisation
Les rafles visant les hommes en âge de conscription se poursuivent dans la région de Penza, maintenant effectuée par des individus en civil liés aux autorités locales, a rapporté le point d’enquête russe indépendant Agentstvo.
Le blogueur de Penza Stanislav Morozov a publié une vidéo montrant deux tentatives d’enlèvement d’hommes dans la colonie de Bashmakovo, dans la région de Penza, toutes deux menées par des personnes en civil.
Après ces incidents, les habitants de Bachmakovo ont formé un groupe informel pour répondre aux rafles et lutter contre les tentatives d’emporter les gens, ont déclaré des sources. La police a depuis convoqué certains membres du groupe et menacé de les envoyer combattre dans la guerre Russie-Ukraine [17].
Attentat à Moscou
Le 1er août, une explosion s’est produite dans un immeuble de grande hauteur de la rue Barrikadnaya à Moscou. À ce moment un événement privé était en cours au restaurant Balzi Rossi au rez-de-chaussée de l’immeuble. Selon le Comité national antiterroriste de la Russie, l’attaque a fait trois morts et plus de vingt blessés. L’engin explosif a été livré au restaurant par une coursière, qui faisait elle-même partie des personnes tuées, tout comme un agent de sécurité qui avait refusé de la laisser entrer dans le bâtiment. Il semble que le restaurant organisait une célébration d’anniversaire pour le chef des Forces aérospatiales russes, le colonel général Alexander Chayko : il a eu 55 ans le 27 juillet, et les mots Alexander, 55 ans pouvaient être vus sur une pancarte sur la scène du restaurant, visible dans une vidéo postée par un invité à l’événement. Des sources sur les chaînes pro-gouvernementales Telegram ont également déclaré que la célébration à Balzi Rossi avait eu lieu pour le chef des Forces aérospatiales. Meduza rapporte que le général était la cible apparente de l’attaque.
Il a été accusé de nombreux crimes de guerre, est sous le coup de sanctions du Royaume-Uni et de l’Union européenne, et détient le titre de héros de la Russie depuis 2020 [18].
Palinodie de Trump
Le président Donald Trump n’a pas décidé s’il laisserait l’Ukraine produire des missiles intercepteurs Patriot, a-t-il déclaré au Financial Times, malgré les accords annoncés précédemment par Washington et Kyiv.
S’adressant aux journalistes par téléphone, Trump a déclaré qu’il n’était « pas sûr » que les États-Unis accorderaient à l’Ukraine une licence pour produire les missiles et que Washington examinait toujours la question.
« C’est une arme très extraordinaire, et nous devons faire un peu attention à qui nous concédons le permis. »
Trump a déclaré qu’il se concentrait maintenant sur la fin de la guerre à grande échelle entre la Russie et l’Ukraine. « Très simplement, nous voulons que la guerre en Ukraine avec la Russie prenne fin. Je ne cherche pas de missiles. Nous cherchons la paix », a-t-il déclaré.
Éviter la mobilisation
Dans le contexte de nombreuses rumeurs sur une possible nouvelle vague de mobilisation après les élections à la Douma d’État, les Russes ont commencé à chercher plus souvent des moyens de se protéger. Le projet Traverser la forêt rapporte qu’il reçoit de 150 à 200 appels quotidiens, et les questions de recherche sur la mobilisation et l’armée ont atteint le maximum depuis l’automne 2022, a écrit Verstka.
Comment répondre aux appels du bureau d’enrôlement militaire et à l’ordre du jour, qu’est-ce qu’un ordre de mobilisation et l’armée, comment pouvez-vous éviter d’aller au bureau d’enrôlement militaire et s’il est possible de quitter la Russie - Novaïa-Europe a parlé avec le chef du département juridique de L’école du conscrit Timothy Vaskin et la militante des droits de l’homme Daria Berg de Traverser la forêt et a recueilli des réponses aux questions les plus courantes [19].
Crimée
Les frappes ukrainiennes contre la Crimée provoquent des pénuries de carburant, d’électricité et d’eau potable et l’insatisfaction de Criméen·nes [20].
Université européenne des Humanités
L’Université européenne des Humanités, un établissement universitaire biélorusse, en exil en Lituanie a été classé par la Biélorussie comme « organisation extrémiste. » Elle avait dû fermer à la rentrée 2025 sous la pression du régime biélorusses d’Alexandre Loukachenko. À ce moment, elle comptait plus de 1 600 étudiants biélorusses et de pays de l’ex-URSS. Elle n’en attend plus que 70 pour la rentrée d’octobre 2026 [21].
Désinformation
Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Gluksmann ont été ciblés par des opérations russes de désinformation. Un projet de loi pour des peines plus dissuasives a été déposé au Sénat.
Déni ukrainien
Des archéologues envoyés par Varsovie ont mis au jour une cinquantaine de corps depuis juillet 2026, ébranlant le déni ukrainien sur les actes de leurs milices nationalistes pendant la Seconde Guerre mondiale [22].
Ioulia Navalny
La femme politique et veuve du chef de l’opposition russe Alexeï Navalny, Ioulia Navalny, a publié un message vidéo dans lequel elle a appelé tous les Russes concernés à soutenir Yabloko lors du vote sur les listes des partis. Dans les circonscriptions à mandat unique, elle a soutenu le principe du « vote intelligent [23] ».
Oleg Orlov
Oleg Orlov, est un militant russe des Droits de l’Homme. Il est co-Prix Nobel de la Paix avec son organisation Memorial qui documente les crimes de guerre, les violences et les répressions russes et soviétiques [24]. Il renoncé à sa carrière de chercheur en physiologie. Pour s’impliquer dans Memorial. Il renoncé à quitter la Russie au risque d’être emprisonné. Il est condamné à six mois de prison puis a été échangé, le 1er août 2024, contre des prisonniers détenus en Occident. Il se sentait plus crédible en restant dans son pays.
Des entrepôts humanitaires ukrainiens visés par la Russie
« Les civils et les infrastructures civiles sont protégés par le droit international. Les civils, leurs maisons et l’assistance humanitaire de survie ne doivent jamais devenir des cibles », a rappelé Matthias Schmalle, coordonnateur humanitaire de l’ONU en Ukraine. Faute de quoi, le pays responsable serait coupable de crime de guerre.
La Russie a visé l’ONG Save the children, qui a aidé près de deux millions d’enfants depuis le début de la guerre, un entrepôt de l’Organisation mondiale de la Santé, des jardins d’enfants et un espace d’aide psychosocial, un entrepôt du Programme alimentaire mondial a été frappé quatre fois. L’Unicef a perdu l’équivalent de 3,5 millions d’euros, en générateurs, en réservoirs d’eau potable et en kits d’hygiène. Neufs humanitaires sont morts et trente-cinq blessés. Moscou fait bien peu de cas des conventions de Genève de 1949. 116 secouristes ont été tués et 600 blessés [25].
Irina Ananina
La préfecture de la ville française de Montpellier a refusé à la journaliste de That’s it, Irina Ananina, de lui accorder le titre de séjour, qu’elle allait obtenir en tant qu’épouse d’un citoyen français. Les raisons spécifiques n’ont pas été divulguées. Ceci est rapporté par la publication elle-même. Elle risque d’être renvoyée en Russie [26].
Sécurité de Poutine
On a demandé aux habitants de Novossibirsk de ne pas sortir de chez eux, de ne pas s’approcher des fenêtres pendant la visite de Vladimir Poutine et de ne pas utiliser d’appareils électroniques et optiques, les scooters électriques de location sont également bannis.
Peu avant la visite présidentielle, les routes ont été réparées, des pelouses crées et des arbres plantés. Contrairement à d’autres villes visitées, le prix de l’essence n’a pas baissé.
Poutine a arrêté son cortège lors de sa visite à Novossibirsk et est sorti pour saluer une foule de résidents locaux qui l’attendaient le long de la route. Une vidéo de témoin oculaire montre que le cortège s’est arrêté près d’une station-service en manque de carburant.
Pavel Zarubin, un propagandiste de la chaîne d’État russe VGTRK, a publié une vidéo de la rencontre. Les images montrent des gens, principalement des enfants, entourant Poutine après l’arrêt de son cortège. Il se tenait brièvement avec eux avant de partir. Le clip aurait été filmé sur le chemin de l’aéroport. Généralement ce type de rencontre est mis en scène [27].
Yabloko
Toute la journée du 10 août 2026, la Cour suprême a examiné la demande d’annulation de l’enregistrement du parti Yabloko aux élections à la Douma d’État. Et pendant tout ce temps, près du bâtiment de Povarskaïa, il y avait des centaines de partisans du seul parti anti-guerre qui pouvait théoriquement participer au vote. La plupart d’entre eux sont des Moscovites de moins de 30 ans et des adolescents. Pour beaucoup, il s’agissait de la première manifestation de rue ; tous ne sont même pas en âge de voter en septembre. Les personnes rassemblées se régalèrent de pommes et le soir elles se dispersèrent paisiblement (bien qu’elles fussent bouleversées lorsqu’elles apprirent la décision du tribunal). La coopérative de journalistes indépendants Bereg était également présente à Povarskaya.

Les personnes rassemblées près du bâtiment de la Cour suprême saluent le président du parti Yabloko, Nikolai Rybakov presque comme une rock star : elles crient et l’applaudissent, beaucoup tentent de lui serrer la main ou au moins de simplement toucher le politicien.
La Cour suprême de la Fédération de Russie a retiré le parti Yabloko (Pomme) des élections à la Douma d’État.
Rybakov a demandé à rejeter la « patrie » dans son intégralité. Le politicien a noté que Yabloko n’a pas violé la loi et continuera à défendre sa position politique.
Il a également déclaré que pour le parti « Il est fondamental de rester et de travailler dans le pays, de rester en contact avec les gens qui vivent ici et pour qui nous [Yabloko] faisons notre travail. »
Huit membres du parti sont emprisonnés pour avoir appelé à un cessez-le-feu en Ukraine. D’autres, dont le président du parti, sont poursuivis pour « extrémisme ». Maxime Kouglov purge une peine de de sept ans de prison pour « diffusion de fausses informations » sur l’armée russe.
« Les autorités considèrent toute campagne pacifique lors de ces élections comme extrêmement dangereuse. Nous avions quasiment 100 % de chances de remporter des sièges. De nombreux sondages le confirment. Et ce, alors même que notre campagne n’a pas encore véritablement commencé [28]. »
Sergueï
Avant la guerre, Sergueï travaillait comme massothérapeute à Taganrog, jouait au football et pratiquait la boxe et, comme il le prétend, a fait face de manière très négative à l’invasion russe de l’Ukraine.
À l’automne 2022, il est mobilisé et on lui promet qu’il ne sera pas envoyé au front comme médecin. Mais bientôt il se retrouve dans le territoire occupé de l’Ukraine, où il évacue les blessés et les morts, et plus tard directement sur la ligne de front près d’Ugledar.
Sergueï a tenté d’échapper au service par le biais de commissions médicales militaires, mais il a finalement été renvoyé dans l’armée et de nouveau envoyé dans les tranchées. Là, il a vu comment les blessés devaient être remis en service et que le personnel militaire devait acheter des médicaments, du carburant et même des transports avec son propre argent.
Sergueï lui-même a été blessé par des éclats d’obus, mais après le traitement, il a été presque immédiatement remis à son poste. Lorsque les tentatives de quitter l’armée n’ont pas fonctionné, il a décidé de faire un pas extrême. Il s’est gravement blessé à la jambe pour ne pas retourner à la guerre [29].
Un adolescent arrêté à la suite d’une erreur d’IA
La police de Moscou a battu un écolier après qu’un système de reconnaissance faciale alimenté par l’IA l’a signalé par erreur comme un suspect criminel, a rapporté la journaliste Ksenia Sobchak.
L’incident a eu lieu début mai dans le district de Lomonosovsky à Moscou, a déclaré le père du garçon. Deux policiers ont attaqué le jeune homme de 15 ans par derrière, l’ont frappé au sol et l’ont frappé – puis l’ont emmené dans un poste de police et l’ont accusé de distribuer de la drogue.
La police n’a appelé la mère du garçon que deux heures plus tard, lui disant que son fils était un suspect basé sur les données d’un système d’IA qui aurait trouvé une correspondance de 85 à 90 % avec une personne nommée dans un avis de recherche. Après avoir interrogé, la mère et le fils ont été libérés. Les médecins ont par la suite diagnostiqué à l’adolescent une commotion cérébrale, une blessure à la tête, des hématomes, des ecchymoses et des abrasions [30].
Boris Nadejdine
Pour décider de son destin, il ne lui restait que quelques heures. Boris Nadejdine n’a pas hésité. « C’était soit l’exil soit la prison », résume cet opposant à Vladimir Poutine, qu’il avait osé défier, en vain, à la présidentielle de 2024. C’est désormais dans un hôtel de la grande banlieue de Paris que ce vieux routier de la politique russe se confie au Monde. Il est tard, mardi 11 août, une semaine après son arrivée en France. Boris Nadejdine, à l’allure bonhomme, ne cache pas ses angoisses : à 63 ans, il doit, avec sa femme, commencer une nouvelle vie d’émigrés.
Derrière ses certitudes politiques, il s’inquiète avant tout, pour le moment, du sort des siens laissés à Moscou. Sa fille s’apprête à se marier. Ses jeunes enfants se préparent à la rentrée scolaire. Ses parents octogénaires sortent à peine de chez eux. « Que faire ? », s’interroge-t-il, à la fois opposant politique et chef de famille nombreuse. « Je veux croire que je vivrai assez longtemps pour retourner en Russie. Mais je n’ai aucune illusion : je suis ici pour un bon moment… »
Ici, c’est donc en France. Pour son exil, Boris Nadejdine a choisi ce pays car, de sa vie passée dans le sérail politique russe – ancien député et membre de la délégation au Conseil de l’Europe à Strasbourg –, il a gardé quelques contacts bien placés à Paris qui, avec le ministère des Affaires étrangères français, l’ont aidé à obtenir un premier visa de six mois. Il a gardé de bons souvenirs de ses voyages en touriste et quelques bases de son français appris à l’université. Il peut compter sur le soutien de la communauté russe en exil, ces journalistes indépendants, défenseurs des droits humains et militants politiques qui ont quitté la Russie après le 24 février 2022, jour de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par les troupes du Kremlin. « Erreur fatale de Vladimir Poutine. Je suis pour la paix », insiste Boris Nadejdine.
« La colère sociale monte »
Il prononçait déjà ces mots en 2024 lorsque, deux ans après le début de l’offensive militaire, il a tenté de se présenter à la présidentielle. Prudent, il parlait de « paix » pour dénoncer l’« opération militaire spéciale », l’habituelle litote de la propagande du Kremlin.
Cet été, haut et fort, il n’a plus hésité à parler de « guerre » pour s’y opposer en vue des élections législatives du 20 septembre. « Au moins 20 % des Russes, selon nos études sociologiques, sont pour un arrêt des combats et blâment Poutine pour leurs problèmes. Ce sont notamment ceux qui m’avaient soutenu en 2024 et apporté leur signature pour faire valider ma candidature à la présidentielle. En vain », rappelle Boris Nadejdine. La commission électorale avait alors trouvé des prétextes pour le retirer des listes.
L’inattendu mouvement de soutien, avec de longues files d’attente devant ses quartiers généraux à Moscou et dans les régions pour collecter ces signatures, avait alors alerté les autorités : ces rassemblements s’étaient transformés en regroupements d’opposants. « Le régime a eu peur dès qu’il a vu l’ampleur de ce mouvement. Cela l’a marqué. C’est pour les mêmes raisons qu’il vient d’interdire à Yabloko de se présenter à la Douma en septembre. »
Lundi 10 août, la Cour suprême a invalidé la candidature de ce parti, le seul antiguerre, aux élections législatives, privant de facto les Russes de la possibilité de s’opposer par leur bulletin de vote à la poursuite de l’offensive militaire. » « Dans la société, il y a pourtant une grande lassitude après quatre ans et demi de guerre, confie Boris Nadejdine. Les gens voient les conséquences dans leur quotidien : les attaques toutes les nuits de drones ukrainiens et les morts de civils russes, les explosions des raffineries et des entrepôts du principal détaillant en ligne, les coupures d’Internet… Mais, surtout, la hausse des prix et la baisse du niveau de vie qui mettent à mal le contrat social entre Poutine et la population, après vingt-six ans de régime. Je le vois : la colère sociale monte. Elle ne s’exprime pas encore politiquement car, bien plus qu’en 2024, la peur est omniprésente. Mais je sens qu’il va bientôt se passer quelque chose. »
Avant d’être député à la Douma de 1999 à 2003, il avait travaillé sous la présidence de Boris Eltsine. Il a été conseiller de l’ancien vice-premier ministre Boris Nemtsov, puis assistant de l’ex-chef du gouvernement Sergueï Kirienko. Le premier, devenu opposant farouche de Vladimir Poutine, a été assassiné sous les fenêtres du Kremlin le 27 février 2015. Le second règne aujourd’hui en maître sur l’administration présidentielle, mais Boris Nadejdine assure ne plus avoir aucun contact avec lui.
Tout a basculé durant l’été. Alors qu’il cherchait à recueillir les signatures nécessaires pour briguer un siège à la Douma, il a d’abord été, le 10 juillet, déclaré « agent de l’étranger », un statut qui interdit de se présenter aux élections, mais, paradoxalement, pas de mener campagne. Il a donc poursuivi sa quête de signatures. « Puis, à deux reprises, des policiers sont venus taper à ma porte, menaçants et avec des messages clairs », raconte-t-il, la voix calme, depuis son exil parisien.
« Je savais ce qui m’attendait : des poursuites pénales et direction Lefortovo », prévient Boris Nadejdine. Allusion à un centre de détention tristement célèbre, une forteresse où les services de sécurité, du KGB au FSB, détiennent les prisonniers politiques. Signe du destin ou signal des autorités, ce même 21 juillet il a appris que son interdiction de sortie de territoire était levée. « Je n’ai rien négocié. Je n’ai reçu aucun message. Rien. Je n’ai pas d’explication. Mais, ce jour-là, j’ai pris ma décision : mieux vaut être libre à l’étranger qu’en prison dans son pays », conclut l’opposant.
Il a réservé ses vols. Dès le 22 juillet, avec une valise de 23 kilos chargée de vêtements et de livres, de dossiers médicaux et de documents politiques, de son ordinateur et de clés USB, il s’est envolé. Direction : Astana, au Kazakhstan, puis le 3 août, Paris. Un billet sans retour [31].
Illya Yashin
Le bureau du parti Russie pacifique d’Ilya Yashin a proposé une action électorale coordonnée pour le 20 septembre, le principal jour de vote aux élections à la Douma d’État russe.
Dans un communiqué, le parti a déclaré : « [Le parti] propose que tous ceux qui ne sont pas d’accord avec la politique de Poutine votent le même jour et au même moment : exactement à midi le 20 septembre. Cela permettra aux citoyens d’exprimer leur protestation contre la guerre et la dictature par des moyens légaux. Ce sera midi pour une Russie pacifique. »
La Russie pacifique a lancé un appel après que la Cour suprême russe a refusé que le parti anti-guerre Yabloko se présente aux élections à la Douma d’État.
Le parti de Yashin a également exhorté les Russes à faire campagne et à voter contre Russie Unie. « Moins le parti de Poutine recevra de voix, plus la position du segment antiguerre de la société russe sera forte. Tout vote contre Russie Unie est un vote contre la guerre », a déclaré le parti.
[1] Benjamin Quénelle et Faustine Vincent, https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/12/en-russie-les-hommes-en-age-de-combattre-tentes-par-l-exil-devant-la-menace-d-une-nouvelle-mobilisation-de-simples-citoyens-ne-veulent-pas-etre-envoyes-dans-une-guerre-sans-fin_6771397_3210.html, publié le 12 septembre 2026 et consulté le 14 septembre 2026.
[2] Virginie Pironon, France Inter, 15 septembre 2026.
[3] https://meduza.io/en/news/2026/08/18/russian-schools-and-kindergartens-hold-antiterrorism-drills-forcing-children-to-lie-face-down-on-the-floor-as-weapons-are-pointed-at-them, publié et consulté le 18 août 2026.
[5] Patrick Ruiz, « La guerre à base d’intelligence artificielle et de robots est déjà une réalité sur les champs de bataille. », https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/386183/La-guerre-a-base-d-intelligence-artificielle-et-de-robots-est-deja-une-realite-sur-les-champs-de-bataille-l-IA-a-evolue-du-role-d-assistant-a-celui-de-decideur-de-vie-ou-de-mort-des-humains.
[6] Ukraine, « Mikhaïlo Fedorov, l’ancien fidèle qui veut défier Volodymyr Zelensky », Libération, 20 août 2026.
[7] https://meduza.io/en/news/2026/08/20/8-000-people-apply-to-join-anti-war-yabloko-amid-its-removal-from-russia-s-state-duma-race-that-s-twice-the-party-s-current-membership, publié et consulté le 20 août 2026.
[8] https://meduza.io/en/feature/2026/08/20/i-just-don-t-want-to-kill-or-die-die-zeit-reports-that-dozens-of-ukrainian-soldiers-deserted-during-training-in-germany, 20 août 2026, consulté le 23 août 2026.
[9] Timothée Vilars, « La chair à canon de Poutine », Le Nouvel Obs, du 20 au 26 août 2026.
[10] Daniel Fontaine, RTBF.
[11] Marie Jégo et Benjamin Quénelle, « Magyar, l’homme qui dirige la guerre des "oiseaux" », Le Monde, 29 juillet 2026.
[12] Mayeul Aldebert « La "conversion" ukrainienne de Laura Loomer, égérie MAGA proche de Trump », Le Figaro, 29 juillet 2026.
[13] Laure Mandeville, « La mise en garde du président du Kazakhstan à Poutine », Le Figaro, 29 juillet 2026.
[14] Marie Jégo, « Moscou musèle les candidats antiguerre », Le Monde, 1er août 2026.
[15] https://novayagazeta.eu/articles/2026/08/03/politik-boris-nadezhdin-emigriroval-vo-frantsiiu-news
[16] Veronika Dorman, « La France ordonne une mesure d’expulsion à l’encontre de Xenia Fedorova, propagandiste russe et égérie de la bollosphère », Libération, 29 juillet 2026.
[17] https://meduza.io/en/news/2026/07/31/residents-of-russia-s-penza-region-say-people-in-plainclothes-are-trying-to-abduct-men-and-force-them-into-military-service, publié et consulté le 31 juillet 2026.
[18] https://meduza.io/en/feature/2026/08/03/russian-general-alexander-chayko-appears-to-have-been-the-target-of-the-moscow-restaurant-bombing-he-commanded-troops-who-carried-out-the-bucha-massacre-in-ukraine
[19] Natalia Glukova, https://novayagazeta.eu/authors/611
[20] Veronika Dorman, Libération, 4 août 2026
[21] Hélène Bienvenu, « Les affres de l’Université biélorusse en exil à Vilnius », Le Monde, 6 août 2026.
[22] Élisabeth Plerson « En Volhynie, des exhumations confrontent Kiev aux massacres de Polonais en 1943 », Le Figaro, 6 août 2026.
[23] https://novayagazeta.eu/articles/2026/08/06/iuliia-navalnaia-prizvala-podderzhat-iabloko-na-vyborakh-news
[24] « Protester contre Poutine, c’est laisser une trace morale, Oleg Orlov », La Croix, L’hebdo, 8 août 2026.
[25] Jean-Baptiste François, « La Russie cible des entrepôts humanitaires en Ukraine », La Croix, 10 août 2026.
[26] Lev Gammer, https://novayagazeta.eu/articles/2026/08/09/zhurnalistke-vot-tak-irine-ananinoi-otkazali-v-vnzh-vo-frantsii-ei-grozit-deportatsiia-v-rossiiu-news, consulté le 10 août 2026.
[27] https://meduza.io/en/news/2026/08/11/putin-s-motorcade-stopped-in-novosibirsk-for-a-spontaneous-crowd-of-children-they-had-been-waiting-more-than-two-hours-by-a-gas-station-with-no-gas, 11 août 2026, consulté le 12 août 2026.
[28] Roman Chernikov, https://novayagazeta-eu.translate.goog/articles/2026/08/12/my-iacheika-s-iaitsami, publié et consulté le 12 août 2026.
[29] Un médecin militaire parle de cadavres minés, d’envoi de blessés dans l’assaut et d’évasion de la ligne de front, https://novayagazeta.eu/articles/2026/08/11/idesh-100-metrov-trup, publié et consulté le 11 août 2026.
[30] https://meduza.io/en/news/2026/08/11/moscow-police-beat-15-year-old-after-ai-facial-recognition-system-misidentifies-him-as-drug-suspect
[31] Benjamin Quénelle « C’était soit l’exil soit la prison », Le Monde, 13 août 2026.





