Chroniques des réfractaires

Les réfractaires depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie (29ème épisode • avril-mai 2026)

Mis à jour le 20 mai 2026

Actions contre la guerre Antimilitarisme Guerres

Mise en ligne : Lundi 6 avril 2026
Dernière modification : Jeudi 4 juin 2026

Chronique des actes de désertion, d’insoumission, de désobéissance et d’exil posés pour refuser de combattre, les actions de désobéissance civiles pour entraver la guerre et les appuis que les réfractaires reçoivent tant dans les pays concernés qu’à l’étranger. 29ème épisode, rédigé par Guy Dechesne depuis octobre 2022.
Les épisodes précédents sont disponibles dans la rubrique Résistances

Construction d’hôpitaux

Après le début d’une invasion à grande échelle de l’Ukraine, les hôpitaux russes avaient l’intention de traiter les militaires et leurs familles. Ils ont cessé de faire face au flux de patients blessés au front. Pour l’armée, de nouveaux hôpitaux sont en cours de construction, des bâtiments entiers appartenant au ministère de la Santé, ainsi que des bureaux dans des hôpitaux civils leur sont transférés. Novaya Gazeta a compris comment le flux incessant des blessés affecte le système de santé domestique et expose les problèmes existants en médecine.

Fin 2025, les autorités régionales d’Omsk ont clôturé la consultation des femmes et alloué près de 2 millions de roubles pour les réparations dans la salle pour la transférer au ministère de la Défense et ouvrir une polyclinique pour les vétérans de la guerre, principalement participant à l’invasion de l’Ukraine [1].

Parti communiste

Un député de la Douma d’État de la région de Novossibirsk représentant le Parti communiste russe (KPRF) a déclaré que la Russie devait amener la guerre en Ukraine à « la fin la plus rapide possible » parce que l’économie du pays « ne survivra pas à une opération militaire spéciale prolongée ». Le député, Renat Suleymanov, a fait ces remarques dans une interview au média Kontinent Sibiri, basé à Novossibirsk.

Quarante pour cent du budget fédéral va à la défense et à la sécurité, a-t-il déclaré, entravant le développement et l’investissement.

Oui, ils soutiennent l’emploi et les salaires dans le secteur de la défense et servent de moteur. Mais en même temps, ils conduisent l’inflation et évincent d’autres dépenses – les dépenses sociales, les investissements. C’est pourquoi la fin la plus rapide possible du SVO est tout simplement nécessaire. L’opération militaire spéciale a déjà duré plus longtemps que la Seconde Guerre mondiale. « Si Dieu le veut, cela se terminera par la victoire et non pas un résultat intermédiaire », a déclaré M. Suleymanov.

« Qu’arrive-t-il aux personnes employées dans l’industrie de la défense ? À ceux qui sont sous les armes en ce moment ? Un million de personnes retrouveront la vie civile. Où sont les emplois, les salaires décents, la réinsertion sociale ? Les problèmes ne seront pas plus petits. En plus de cela, il y aura la question de la reconstruction des nouveaux territoires. J’ai vu Marioupol en 2022 et les steppes de la région de Kherson en 2023 : il ne reste plus de maisons, pas d’irrigation de l’époque soviétique. La reconstruction a commencé. Mais cela nécessitera d’énormes dépenses budgétaires à l’avenir", a-t-il conclu.

Selon le budget fédéral pour 2026 adopté par la Douma d’État, les dépenses militaires s’élèveront à 12,93 billions de roubles, et y compris les dépenses en sécurité et en application de la loi - 16,84 billions de roubles. Soit une fois et demie plus que les dépenses sociales totales (10,8 billions de roubles).

Oleh Prykhodko

Le forgeron de Crimée Oleh Prykhodko, âgé de 67 ans, qui purge une peine pour « avoir comploté une attaque terroriste », insulté un officier du FSB, « réhabilitation du nazisme » et « appel au terrorisme », sera jugé par un tribunal russe pour « trahison ». L’accusation affirme qu’il a soutenu les condamnés qui s’étaient enrôlés pour la reddition aux Forces armées de l’Ukraine. Il s’agit du quatrième procès de Prykhodko depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.

Le militant de Crimée et participant de Maïdan, Oleh Prykhodko, condamné à trois reprises par les tribunaux russes, a fait l’objet d’une nouvelle affaire pénale qui a été déposée auprès du tribunal militaire du district sud de Rostov-sur-le-Don à la mi-avril, a révélé Mediazona.

En mars 2026, Prykhodko a été transféré au centre de détention provisoire n° 1 à Krasnodar. Son avocat, Evgueni Bazylev, a refusé de commenter l’affaire [2].

Convention de La Haye

Les biens culturels sont protégés en temps de guerre par la Convention de La Haye dont la Russie est signataire. L’Union européenne a ciblé de sanctions des personnalités du monde de la culture, dont le directeur du musée de l’Ermitage et le vice-ministre de la Culture.

Des musées des territoires occupés par la Russie ont été pillés. L’Ukraine a perdu le contrôle de 20 % de son territoire, une zone où se trouvaient 90 musées. Les œuvres d’art pourraient avoir rejoint des musées, des collections privées ou le marché de l’art. Un archéologue qui a pillé, en Crimée, des pièces d’or de l’époque d’Alexandre le Grand a été arrêté en Pologne. L’Ukraine a demandé son extradition, mais la Pologne a préféré l’échanger contre un journaliste emprisonné au Bélarus. Les règles en vigueur dataient de l’Union soviétique. Le musée de Kharkiv avait pour consigne d’évacuer ses œuvres vers Belgorod, en Russie ! La Russie s’efforce d’intégrer l’héritage culturel de l’Ukraine dans celui de la Russie [3].

Maria Bontsler

L’avocate Maria Bontsler est emprisonnée depuis le 28 mai 2025, malgré ses nombreux graves problèmes de santé. Son procès aura sans doute lieu fin mai 2026. Elle est soupçonnée d’avoir échangé des informations avec le service de sécurité d’Ukraine et de « haute trahison ». L’avocate défendait les victimes de torture, les Ukrainiens et les opposants pacifistes, les citoyens accusés de discréditer l’armée, de falsifier les informations et d’extrémisme. Lors de la première guerre en Tchétchénie, elle avait fondé le Comité des mères de soldats de Kaliningrad. En 2013, elle a reçu le prix du Groupe Helsinki, l’ONG de défense des droits humains dissoute par la justice russe en janvier 2023 [4].

Alexander Okunev

À Kaliningrad, à l’occasion du troisième anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine, le programmeur de 37 ans, Alexander Okunev, s’est immolé en signe de protestation contre la guerre, devant le mémorial des 1 200 gardes à Kaliningrad, le premier monument en URSS aux soldats morts dans la Grande Guerre patriotique. Les mots « Non à la guerre » avaient été peints dans la neige à proximité. Au centre du mémorial se trouve la flamme éternelle. C’est ce qu’indique l’enquête conjointe des iStories, Delfi Estonia et la Société lituanienne de télévision et de radio LRT [5].

Vassyl Savych

À quelques kilomètres de la ligne de front, Vassyl Savych est rédacteur en chef et diffuseur, au risque de sa vie, de son hebdomadaire Zorya Visnyk (Le bulletin de l’aube) en ukrainien qui lutte contre la propagande russe. 333 médias ukrainiens ont dû fermer depuis le début de l’invasion russe. Le local du journal a été frappé à dix reprises. La publication a cessé d’être rentable [6].

Azat Miftakhov

Fin avril 2026, le prisonnier politique Azat Miftakhov a été amené dans la colonie de Polar Owl. Azat a été torturé : il a été électrocuté. Le 18 janvier 2021, Miftakhov a été condamné à six ans de prison dans une colonie du régime général pour hooliganisme. Azat a été libéré en septembre 2023, Il est resté littéralement pendant cinq minutes : le temps d’embrasser sa femme et sa mère. Il a été suspecté dans une nouvelle affaire. Cette fois-ci, à propos de justification du terrorisme dans une conversation avec d’autres prisonniers tout en regardant la télévision.

Outre Miftakhov, le bloc du régime strict contient un autre prisonnier politique, un employé de Memorial, le militant des droits de l’homme Bakhrom Khamroev. Le défenseur des droits humains purge une peine de 14 ans d’emprisonnement également en vertu d’articles terroristes et extrémistes [7].

Vénissieux

Le vendredi 8 mai 2026, le « Régiment Immortel de Lyon » appelle au rassemblement à Vénissieux. Une référence au « Régiment des Immortels » russe. Le collectif 69 de solidarité avec le peuple ukrainien s’étonne de l’autorisation accordée par la municipalité.

Une « initiative pro-Poutine », dont la Ville de Vénissieux serait « complice » ? C’est en tout cas ce que le collectif 69 de solidarité avec le peuple ukrainien déplore ce jeudi dans un communiqué. Le vendredi 8 mai, le « Régiment Immortel de Lyon » appelle à un rassemblement à Vénissieux. Un nom faisant directement référence au « Régiment des Immortels » russe.

Initialement créé en 1965, le régiment immortel est un jour de commémoration organisé autour d’une marche pour se souvenir des Russes qui ont perdu la vie durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis 2015, l’événement a largement été repris par le régime de Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 2000, et « sert aujourd’hui à légitimer et soutenir l’agression des Russes en Ukraine », souligne le collectif.

« Nous nous étonnons que la mairie de Vénissieux, soit complice de fait de cette initiative nationaliste pro-Poutine en oubliant que ce sont les soldats de l’URSS et non de la Russie (près de 7 millions de soldats et de civils ukrainiens) qui ont combattu les forces nazies », s’interroge ainsi le collectif. Et d’ajouter : « Rappelons que la guerre menée par Poutine contre l’Ukraine depuis 2014 et particulièrement depuis 2022 est une guerre impérialiste qui a pour objectif l’invasion et l’annexion de l’Ukraine, le renversement de son président largement élu Zelensky, et l’effacement de la nation ukrainienne au mépris du droit International et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et que, à l’instar des nazis, la Russie bombarde quotidiennement la population civile ukrainienne. »

Le collectif 69 de solidarité avec le peuple ukrainien appelle donc à « une paix juste et durable en Ukraine », uniquement possible avec le retrait des troupes russes « hors de toute l’Ukraine », la « halte aux bombardements et crimes de guerre contre la population civile. » Le collectif appelle également au « retour des enfants ukrainiens déportés et des Ukrainiens emprisonnés en Russie » ainsi qu’au « maintien des sanctions internationales contre l’agresseur russe. »

Enfin, Vladimir Poutine et ses ministres « responsables de crimes de guerre, de génocide et crimes contre l’humanité » doivent être traduits en justice devant la Cour pénale internationale.

Contactée, la Ville de Vénissieux n’a, pour l’heure, pas donné suite aux sollicitations du média. La présence, l’année dernière, de l’adjoint PCF Pierre-Alain Millet au même rassemblement avait déjà créé la polémique [8].

Des manifestations similaires ont eu lieu dans d’autres pays [9].

Maria Kirsanova

Maria Kirsanova, directrice de l’Institut technologique des transports de Novossibirsk, s’est adressée à ses étudiants : « Les gars, la patrie l’exige, il faut y aller. Vous vous demandez « Est-ce qu’on va revenir dans un cercueil en zinc ? » Mais pourquoi avez-vous peur ? Et qui va vous protéger ? » ; « Vous êtes tous des lâches. » ; « Prendre de la drogue ne vous inquiète pas et vous ne craignez pas d’aller en prison pour quinze ou vingt ans, mais quand il s’agit de défendre la patrie, vous calez ! [10] »

Un tortionnaire arrêté en France

Un citoyen ukrainien, a été arrêté en France. Il est soupçonné d’être impliqué dans la torture de prisonniers dans la prison secrète de Donetsk « Isolation ». Cela a été rapporté par le procureur général d’Ukraine Ruslan Kravchenko. Selon l’ONU, des centaines de personnes sont passées par « Isolation » en 2014-2021. Le rapport décrit les cas de torture, de passage à tabac, de simulation d’exécutions, de violences sexualisées et de travail forcé.

Selon l’enquête ukrainienne, en 2017-2019, l’homme était associé à la prison « Isolation » à Donetsk, qui était sous le contrôle des structures pro-russes « DNR ». D’anciens prisonniers l’ont désigné comme un assistant de l’administration : l’homme a participé à la violence et la torture, a humilié les gens et a exercé une pression psychologique sur eux. Les autorités ukrainiennes parlent d’au moins neuf victimes identifiées.

Selon le « Center for Investigative Journalism » ukrainien, nous parlons d’Evgenia Brazhnikov. Après que l’affaire contre lui en Ukraine a été transférée devant le tribunal, l’homme s’est rendu en France, où il vivait en 2021 et a tenté d’obtenir le statut de réfugié. Brazhnikov a été arrêté grâce à la coopération de la France et de l’Ukraine, il a été accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité [11].

Militarisation des nourrissons

L’hôpital de maternité n° 2 à Vladikavkaz a marqué le 9 mai en habillant les nouveau-nés avec des casquettes militaires et en leur épinglant les rubans de Saint George.

« Que chaque foyer soit rempli de paix et de joie, et que la mémoire de la Seconde Guerre mondiale reste vivante et intouchable ! », a écrit l’hôpital sur Instagram.

Un médecin a ajouté : « La naissance d’un enfant est un symbole de la victoire de la vie sur la mort, de la fin de la guerre et du début des temps paisibles ! [12] »

Tikhon Dzyadko

Un tribunal de Moscou a condamné le rédacteur en chef de TV Rain, Tikhon Dzyadko, par contumace, à huit ans de prison pour avoir diffusé de « fausses informations » sur l’armée russe, a rapporté la chaîne d’information russe Telegram Ostorozhno Novosti, citant le service de presse de la cour.

Dzyadko a également été condamné à une amende de 250 000 roubles et interdit de gérer des comptes de médias sociaux pendant quatre ans. Les procureurs avaient demandé huit ans et une amende de 5,9 millions de roubles [13].

Free the youth

Les organisations de la diaspora, anti-guerre et de défense des droits de l’homme, en collaboration avec la fondation « À travers le mur » (Through the Wall), lancent une campagne de soutien aux adolescents prisonniers politiques !

Aujourd’hui, en Russie, des centaines d’adolescents sont des prisonniers politiques. Des jeunes qui devraient commencer à vivre, à étudier, à tomber amoureux et à faire des projets. Au lieu de cela, ils connaissent les cellules, l’isolement et la séparation d’avec leurs proches. Le bal de promo se passe en centre de détention provisoire. La majorité, en colonie pénitentiaire.

Dans la majorité des cas, ces jeunes sont condamnés sous l’étiquette de « terrorisme » et sont détenus dans des conditions particulièrement difficiles, tant morales que physiques, dans la solitude et le froid. Selon les estimations de Parubets Analytics d’avril 2026, au moins 348 jeunes sont privés de liberté ou persécutés en Russie.

Échange de prisonniers

La Russie et l’Ukraine ont organisé un échange de prisonniers de guerre selon la formule « 205 pour 205 », a déclaré le chef du mouvement public « Notre sortie », Irina Krynina.

Il s’agit de la première étape d’un échange à grande échelle de « 1 000 pour 1 000 », a déclaré le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky. Selon lui, la plupart des Ukrainiens rentrés chez eux étaient en captivité depuis 2022 [14].

Suicide de Nina Litvinova

La militante des droits humains et dissidente Nina Litvinova s’est suicidée à cause de la guerre en Ukraine et de l’incapacité d’aider les prisonniers politiques en Russie. Cela découle de sa note de suicide, dont un fragment a été publié par la cousine de la militante des droits humains, la journaliste Maria Slonim.

« Depuis que Poutine a attaqué l’Ukraine et tue des innocents, et nous avons emprisonné sans cesse des milliers de personnes qui souffrent et meurent pour ce qu’ils sont, comme moi, contre la guerre et le meurtre. […] J’ai essayé de les aider, mais ma force est épuisée et je souffre d’impuissance jour et nuit. J’ai honte, mais j’ai abandonné. […] S’il vous plaît, pardonnez-moi [15]. »

Pavillon russe à la biennale de Venise

Un collectif d’artistes et d’universitaires s’indigne, dans Le Monde, du retour de Moscou à la biennale de Venise.

La Biennale est « un espace de trêve » où l’art l’emporterait sur la géopolitique, selon son président, Pietrangelo Buttafuoco, ancien journaliste et militant néofasciste du Mouvement social italien, nommé par le gouvernement de Giorgia Meloni. Sous les décombres de Kharkiv et de Kherson, l’idée d’un art russe apolitique est obscène. Chaque artiste exposé dans ce pavillon portera, bon gré mal gré, la responsabilité des crimes du régime qui l’a sollicité.

Ni l’indignation des ministres de la culture de vingt États de l’Union européenne [plus l’Ukraine et la Norvège] et leur intervention auprès de leur homologue italien, ni le communiqué de la Commission européenne menaçant de retirer sa subvention de 2 millions d’euros à la Biennale n’ont, jusqu’à présent, modifié la position de Pietrangelo Buttafuoco.

Nous attendons donc de la Commission européenne qu’elle suspende immédiatement la subvention européenne à la Biennale, car la réouverture du pavillon russe à Venise participe sans conteste des opérations du Kremlin visant à réhabiliter l’image de Moscou. On est aussi en droit d’attendre des autorités européennes qu’elles étudient les possibilités d’une mise sous sanction d’Anastasia Karneeva, commissaire du pavillon russe à la Biennale et de son associée Ekaterina Vinokourova, fille du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov [16].

Attaque de drones ukrainiens

Depuis lundi 20 avril, une immense colonne de fumée noire monte en éventail dans le ciel de Touapsé, un port russe sur la mer Noire. Frappé par des drones ukrainiens, le quatrième terminal pétrolier du pays brûle, depuis, sans discontinuer. Poussé par le vent du large, le panache de fumée s’étend jusqu’à 300 kilomètres à l’intérieur des terres, comme le confirment des clichés satellites.

Quatre réservoirs du terminal sont touchés par les flammes. Selon les données logistiques du géant pétrolier russe Rosneft, les réservoirs étaient remplis de 75 % à 85 % avant l’attaque. Ainsi, compte tenu de la capacité des réservoirs, entre 30 000 et 50 000 tonnes de produits raffinés (principalement du naphta et du gazole) ont été consumées ou perdues à la suite des frappes.

Après avoir, pendant deux jours, affirmé que la qualité de l’air restait dans les normes, les autorités ont admis, mardi 21 avril, l’existence d’une grave pollution atmosphérique. « Selon les données disponibles dans la soirée du 21 avril, les concentrations de benzène, de xylène et de suie dans l’air ont été deux à trois fois supérieures aux limites autorisées », a expliqué le centre de crise de la région de Krasnodar.

« Il s’agit de la plus grande catastrophe écologique de la région, d’une ampleur supérieure à la marée noire survenue dans la région d’Anapa en décembre 2024. Ses conséquences s’étaleront sur une période de cinq à dix ans », prédit Evgueni Vitichko, responsable de l’écologie au conseil civil auprès du gouverneur de Krasnodar.
Un phénomène de « pluie noire » a été observé par les habitants de Touapsé depuis lundi. Des photographies publiées sur les réseaux sociaux russes montrent des sortes de bulles noires tombant lentement sur la ville et ses environs, se déposant sur le sol, les plantes, les voitures. Dans une vidéo postée sur Facebook, une femme s’est plainte de sa chevelure devenue « huileuse » et du fait qu’elle ne parvient pas à se débarrasser des « points noirs gluants », collés à son cuir chevelu. Un autre habitant de Touapsé a publié une photo des mains de son enfant couvertes de taches noires. « Mon enfant a joué dix minutes [dehors], ses mains sont pleines de mazout », a-t-il écrit en guise de légende de la photo. Et d’ironiser : « À part ça, aucune trace de substance chimique n’a été détectée dans l’air [par les autorités] E [17]. »

« La fumée dégagée par ces incendies contiendra un large éventail de gaz toxiques et acides ainsi que des vapeurs chimiques nocives, de minuscules gouttelettes d’huile et des particules de suie en suspension, en particulier à proximité du foyer de l’incendie », estime-t-on chez Greenpeace.

M. Vitichko s’alarme aussi de l’absence d’information sur la pollution marine, alors qu’une nappe d’hydrocarbure de 10 000 mètres carrés s’est formée dans le port. « Elle est visible à l’œil nu. Mais personne ne nettoie ces hydrocarbures. Seuls des bénévoles locaux tentent de capturer et de laver les oiseaux et les animaux qui ont été souillés. »

Ce militant basé à Touapsé explique au Monde que les autorités sont loin d’avoir déployé des moyens suffisants pour faire face aux conséquences sur l’environnement, concentrant l’essentiel des efforts à circonscrire les dégâts industriels. « Ce n’est que mercredi que des informations officielles ont été communiquées indiquant qu’une pollution atmosphérique avait été détectée dans la ville », dénonce cet homme, qui a déjà passé un an de sa vie derrière les barreaux pour son activisme.

Répression des réfractaires

Depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, le Kremlin a poursuivi ses détracteurs non seulement chez lui mais à travers le monde. Les militants, les journalistes, les déserteurs de l’armée et les défenseurs des droits de l’Homme qui ont fui en Géorgie, au Kazakhstan, en Arménie, et même jusqu’au Venezuela et au Vietnam se sont retrouvés détenus, expulsés, privés de résidence ou remis aux autorités russes par un mélange de pression juridique et d’arrangements d’arrière-salle. Novaïa Gazeta Europe a documenté au moins 122 cas confirmés publiquement – un décompte qui ne couvre que ce qui pourrait être vérifié, et sous-estime presque certainement l’échelle réelle.

En mars, les autorités du Kazakhstan ont ouvert une enquête criminelle sur des documents falsifiés, avec des dizaines de Russes d’âge militaire répertoriés comme témoins. Les défenseurs des droits de l’homme ont averti que leur objectif pourrait être de jeter les bases des expulsions massives.

Le Kazakhstan avait déjà vu plusieurs cas d’expulsion très médiatisés au début de l’année. L’un d’eux a impliqué un travailleur informatique de 25 ans nommé Alexander Kachkurkin. En janvier 2026, la police d’Almaty l’a inculpé de deux infractions une pour traversée illégale de chaussée et une pour avoir fumé un narguilé à l’intérieur. En quelques heures, il a été expulsé vers la Russie et arrêté dans l’avion alors qu’il atterrissait à Moscou, faisant face à des accusations de trahison pour avoir prétendument envoyé de l’argent en Ukraine [18].

Censure

Le 1er mars 2026, la Russie a interdit la distribution de films qui discréditent « les valeurs spirituelles et morales traditionnelles de la Russie et/ou favorisent leur déni ». La loi exige que les services de diffusion en ligne mettent fin à la distribution de films ou de séries télévisées dans les 24 heures, si leur licence de distribution est refusée ou révoquée.

Le groupe de défense des droits de l’Homme Memorial a déclaré que la loi permettrait aux autorités russes d’interdire tout film qui dépeint « un Russe, une personne d’origine russe, ou même simplement un caractère russophone » sous un jour négatif.

Le ministère russe de la Culture a refusé d’accorder une licence de distribution à Hana Korea, un film sur une femme nord-coréenne qui fuit le pays pour la Corée du Sud, a annoncé mercredi le distributeur russe U Films. Coproduction danoise et sud-coréenne, Hana Korea devait sortir en Russie le 30 avril sous le titre « Leaveing North Korea ». Il suit une jeune femme nord-coréenne, Hyesun, qui s’enfuit à contrecœur en Corée du Sud afin de gagner de l’argent pour les médicaments de sa mère malade [19].

Robots et IA sur le front ukrainien

L’Ukraine a franchi une étape importante dans la guerre moderne ce mois-ci [avril 2026]. Pour la première fois, son armée a en effet conquis une position russe en déployant exclusivement des drones et des robots mobiles. Les Russes se sont rendus sans l’intervention de l’infanterie ukrainienne.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé l’opération lundi. « Pour la première fois dans l’histoire de cette guerre, une position ennemie a été conquise exclusivement par des plateformes sans équipage », a-t-il déclaré. Au cours des trois premiers mois de 2026, les robots terrestres ukrainiens ont déjà effectué plus de 32 000 missions, dont plus de 9 000 durant le seul mois de mars 2026. Le nombre d’unités militaires utilisant des robots terrestres est passé de 67 à 167 en quelques mois seulement.

L’armée ukrainienne déploie des robots pour assumer les missions les plus dangereuses dans la zone de combat. Cette zone mortelle s’étend jusqu’à vingt kilomètres au-delà de la ligne de front, en raison de la menace constante des drones d’observation ennemis [20].

Mitrailleuses mobiles

À cette fin, l’Ukraine crée de nouvelles unités d’attaque intégrant infanterie, drones et robots terrestres au sein d’un système unique. Le matériel est fourni par des entreprises technologiques locales. Le Droid TW-12.7, du fabricant DevDroid, en est un exemple. Ce robot se déplace à la même vitesse qu’un adulte à pied et est équipé d’une mitrailleuse lourde montée sur une tourelle rotative télécommandée par l’opérateur via une connexion par satellite Starlink.

De plus, le logiciel gagne en autonomie. Un autre modèle, le Droid TW-7.62, utilise des composants d’IA pour détecter et suivre des cibles de manière autonome. En janvier, ce système a capturé de lui-même trois soldats russes, selon DevDroid. Cette technologie n’est cependant pas encore infaillible. Un commandant de la 38ème brigade de marines a ainsi expliqué au Kyiv Independent que, lors d’évacuations médicales, les robots terrestres n’atteignent pas leur cible dans quatre cas sur cinq, notamment en raison de terrains accidentés par les tirs, et de pertes de signal.

L’innovation la plus marquante est l’arrivée des robots humanoïdes. En février, la start-up américaine Foundation a livré deux robots Phantom MK-1 à l’Ukraine, afin de les tester en conditions de combat réelles. Ces machines, dont la structure est similaire à celle des humains, dégagent une chaleur corporelle comparable, ce qui perturbe les caméras thermiques ennemies.

Chaque robot est équipé d’une vingtaine de moteurs qui contrôlent ses mouvements. « Les soldats humanoïdes peuvent être d’une valeur inestimable pour le ravitaillement et la reconnaissance, surtout dans les zones inaccessibles aux drones, comme les bunkers » a déclaré Mike LeBlanc, cofondateur de Foundation, à Time Magazine. Foundation ambitionne à terme de rendre le Phantom capable d’utiliser tous les systèmes d’armes conçus pour les soldats humains. Son successeur, le MK-2, dont le lancement est prévu ce mois-ci, sera doté d’une électronique améliorée, d’une finition étanche, d’une batterie plus performante et pourra porter jusqu’à 80 kilos. L’entreprise a déjà signé des contrats de recherche avec l’armée américaine pour un montant de 24 millions de dollars.

Les experts expriment toutefois de sérieuses objections quant au déploiement de ces machines. Une simple défectuosité mineure du moteur peut désactiver l’ensemble du système. L’intelligence artificielle elle-même demeure un point faible. Les grands modèles de langage peuvent en effet halluciner et prendre des décisions totalement erronées avec une conviction aveugle. Dans les systèmes autonomes armés, un bug logiciel peut s’avérer fatal. De plus, les experts mettent en garde contre le risque que des pirates informatiques prennent le contrôle des robots et dérobent des données opérationnelles sensibles [21].

Lettre de Sasha

Le Monde publie régulièrement des lettres de deux sœurs qui vivent l’une à Kiev, l’autre à Paris.

Sasha écrit : « Il y a quelques jours, le 18 avril [2026], dans le sud de Kyiv, a eu lieu un événement qui ne fait pas du tout partie de notre routine. Mais qui, dans mes plus grandes peurs, pourrait le devenir. Un ancien militaire ukrainien venu de Bakhmout, dans la région de Donetsk, a ouvert le feu dans la rue sur des civils. Il avait une arme automatique légalement détenue, il est entré dans un supermarché et a pris des gens en otage. Sept personnes sont mortes, 14 sont blessées, dont un enfant.

Le Service de sécurité ukrainien a ouvert une enquête pour « acte terroriste » et les informations sur cette fusillade ont envahi nos médias : à propos de cet homme au passé pas très clair et qui avait apparemment des positions prorusses (d’après les infos qui circulent au moment où j’écris), à propos des victimes et aussi concernant le comportement de certains policiers sur place qui se sont enfuis en entendant les tirs.

Depuis, cet événement m’obsède quant à l’avenir de notre société. Je ne peux pas m’empêcher de réfléchir à ce qui nous attend collectivement. Notamment quand arrivera le temps de l’après-guerre, que des centaines de milliers d’anciens combattants rentreront du front et qu’un nombre considérable de civils sera traumatisé par les conséquences du conflit. Nous serons inévitablement une société à la santé mentale fragile, peuplée d’angoisses, de dépressions, de troubles du stress post-traumatique (TSPT). Quelles mesures doivent être prises pour préparer, rééduquer et réhabiliter les gens ? Sur Facebook et sur Threads, j’ai lu pas mal de réactions à ce sujet. Comme moi, beaucoup de gens craignent que des situations pareilles se multiplient, que certains aient du mal à gérer leurs émotions, que d’autres aient des comportements violents.

Récemment, j’ai lu un livre intitulé Le corps n’oublie rien, de Bessel van der Kolk. Ce psychiatre américain montre que les traumatismes, surtout chez les anciens combattants, peuvent laisser des traces très profondes, en bouleversant la régulation des émotions et la perception du danger. Sans accompagnement approprié, le risque de comportements inadaptés augmente, avec des conséquences pour la personne elle-même et pour la société. C’est exactement ce qui me fait peur. Et je ne parle pas seulement des vétérans mais de toutes celles et ceux qui vont devoir vivre avec un traumatisme psychique [22].

Un déserteur russe

Mikhaïl S. a décidé de déserter quelques jours après la signature de son contrat avec l’armée russe. Il a entendu des histoires horribles sur ce qui se passe sur le front. Il s’était engagé pour gagner de l’argent pour sa mère malade. On lui a promis cinq fois le salaire médian national pour un contrat d’un an, mais en réalité sans durée déterminée, en raison de la loi martiale. Dans la salle d’attente, il s’est endormi. Au bout de cinq heures, on l’a réveillé, c’était son tour. Il s’est entraîné avec des Chinois et des personnes de 50 à 60 ans dont beaucoup d’alcooliques. Il comprend qu’il risque d’être envoyé au « hachoir ». Il profite d’un arrêt en pleine campagne pour fuir et se réfugier dans une école maternelle. Des militaires l’arrêtent et l’enferme dix-neuf jours dans une petite cage, menotté derrière le dos, nourri une fois par jour avec du corned-beef et du pain. Il est ensuite passé à tabac. Il est envoyé à un des points les plus chauds du front. Il se fait racketter par ses supérieurs. Même après une blessure grave, un certificat est impossible à obtenir. Conseillé par Idite Lesom, (Traverser la forêt), il réussit à fuir en Arménie. Il sait que l’Europe ne l’accueillera pas car il s’est engagé volontairement [23].

Yabloko

Formé en 1993, Yabloko (Pomme) est l’un des plus anciens partis politiques de la Russie moderne. Tout au long de son histoire, Yabloko a été dans l’opposition, d’abord par les autorités de Boris Eltsine, puis par Vladimir Poutine : il s’est opposé à la guerre en Tchétchénie, a critiqué les restrictions sur les libertés civiles, a soutenu les droits des personnes LGBTQ, des prisonniers politiques et des médias indépendants, et s’est également constamment opposé au renforcement de la législation répressive.

Dans le même temps, le parti a toujours cherché à respecter les règles d’Eltsine et de la politique de Poutine et à faire des compromis dans la mesure du possible. Pour cela, il a été critiqué, en particulier sévèrement par Alexeï Navalny (qui a été expulsé du parti en 2007 pour la sympathie politique pour les nationalistes et la critique de la passivité de la direction). « Depuis 2003, ils ne veulent tout simplement rien faire... Pomme est un parti qui a des gens merveilleux, mais, je le répète, il n’y a pas de telle puissance sur la planète Terre qui les aidera à surmonter la barrière de 5 % », a déclaré Navalny.

Pour beaucoup, cette conformité du parti a été symbolisée par sa fondatrice Grigory Yavlinsky, qui a représenté à plusieurs reprises le parti aux élections, à chaque fois avec un résultat de plus en plus faible (de près de 8 % en 1996 à environ 1 % en 2018). La même chose s’est produite avec le parti aux élections de la Douma - après 2007, elle a perdu toute représentation dans la Douma d’État, obtenant un peu plus de 1 % des voix. Dans le même temps, Yavlinsky s’est opposé à toute alliance avec d’autres forces démocratiques, en particulier contre les partisans de Navalny.

Cependant, certains fruits d’une telle stratégie ont été obtenus. Même maintenant, dans les conditions de la guerre, le parti a une représentation dans 26 instances élues. C’est ce rôle de l’alternative politique toujours debout, selon les représentants du parti, qui la rend vulnérable à la pression.

Maintenant, la tâche principale du parti est la promotion de l’idée d’un cessez-le-feu et d’une voie politique de sortie de la guerre.

« Dans les conditions actuelles pour Yabloko, les élections ne sont pas seulement et pas tant un outil pour que la lutte reçoive une représentation dans les autorités, mais comme une occasion de montrer à la société une alternative politique et de créer une base que les gens seront en mesure de soutenir lorsque mûriront les conditions préalables au changement », a déclaré la source du service de presse de Yabloko.

Selon lui, même un député du parlement régional peut devenir une plate-forme importante pour le parti : il offre la possibilité de faire des demandes et le droit de participer aux élections à la Douma d’État sans recueillir de signatures. C’est pourquoi, estime l’interlocuteur, les autorités luttent particulièrement activement contre sa représentation dans les régions.

Selon Yabloko, pendant la guerre à grande échelle en Ukraine, dix membres du parti ont été accusés dans des affaires criminelles, 11 militants ont subi des arrestations administratives, plus de 40 ont été perquisitionnés chez les membres du parti et dans les bureaux des succursales. En ce qui concerne 37 membres du parti et partisans, 47 protocoles sur le « discrédit de l’armée » ont été intentés. Le montant total des amendes a dépassé 6,5 millions de roubles. Au moins 30 personnes ont été détenues et 11 membres du parti ont été ajoutés par le Ministère de la Justice au registre des « agents étrangers » [24].

Mr Nobody against Poutine

Pendant le vol de New York à Francfort-sur-le-Main, on a perdu une statuette de l’Oscar, qui a été reçue par l’un des créateurs du film « Mr. Nobody vs. Poutine », Pavel Talankin.

Les employés du service de sécurité de l’aéroport John F. Kennedy de New York n’ont pas permis à Talankin de prendre la statuette dans des bagages à main à bord de l’avion. Ils ont expliqué, écrit Bornstein, que « l’Oscar » peut être utilisé comme une arme.

Talankin n’avait pas de bagages avec lui, de sorte que les Oscars ont été mis dans une boîte et ont été envoyé par un vol Lufthansa, avec le vidéaste. Mais la boîte avec la statuette n’est jamais arrivée à l’aéroport de Francfort [25].

Kherson Nine

Pendant huit mois, à partir du 3 mars 2022, la région de Kherson était sous occupation par les forces russes. L’Ukraine a libéré la partie de la région le long de la rive droite du Dniepr, dont sa capitale, lors d’une offensive en novembre 2022. Comme dans d’autres territoires ukrainiens, plusieurs chambres de torture ont été découvertes à Kherson et dans la région à la suite de la désoccupation. L’un d’eux était le sous-sol de l’ancien quartier général de la Police nationale à Kherson au 4 rue Liuteranska, où non seulement les « Neuf » de Kherson, mais aussi d’autres prisonniers ont été torturés [26].

Pour Denys Lialka, un ancien militaire, la torture a fait s’effondrer et tomber certaines de ses dents. « Lorsqu’ils passent un courant dans votre tête, vous ne pouvez pas respirer du tout : on a l’impression que vos poumons ne fonctionnent pas, que vos muscles sont à l’étreinte et que vos mâchoires se serrent si fort que vos dents s’effondrent », se souvient-il.

Les forces de sécurité russes ont enlevé neuf habitants de la région de Kherson au cours de l’été 2022. Avant leur détention officielle, ils ont été détenus pendant deux mois dans le sous-sol du quartier général de la police nationale régionale sur la rue Liuteranska.

Les captifs ont reçu un litre d’eau par cellule par jour. Ils n’ont pas été autorisés à utiliser les toilettes ; ils ont été soumis à des chocs électriques, à des coups, à des exécutions simulées et laissés suspendus à une grille par leurs menottes pendant de nombreux jours.

Parmi les prisonniers du sous-sol, il y avait des garçons de 14 ans et environ 10 à 12 ans. Les forces de sécurité ont forcé l’un de ces enfants à battre son compagnon de chambre.

Vasyl Stetsenko, un inspecteur de l’environnement de Kherson qui était probablement destiné à être le dixième accusé, est mort devant ses compagnons de cellule après avoir succombé à la torture.

Lorsqu’un témoin confidentiel, identifié uniquement par le pseudonyme « Ivanov », a témoigné devant le tribunal, les accusés l’ont reconnu par la voix comme l’agent surnommé « Khmury », qui a supervisé les séances de torture.

Le Comité d’enquête a procédé à un examen officiel à la suite de plaintes de résidents de Kherson concernant la torture, mais a refusé d’ouvrir une affaire pénale. En janvier 2026, le juge Kirill Krivtsov les a condamnés à des peines allant de 14 à 20 ans.

Prisons russes

Depuis que le ministère russe de la Défense a commencé à recruter activement des prisonniers pour la guerre en Ukraine, la population carcérale du pays a fortement diminué. Selon les statistiques officielles, il y avait 433 000 personnes détenues dans des centres de détention au début de 2023 ; au 1er janvier 2025, ce nombre était tombé à 313 000.

Malgré cette diminution du nombre de détenus, la pénurie de personnel du Service pénitentiaire fédéral continue de croître.

Dans un effort pour remédier au déficit, les autorités russes ont même levé l’interdiction d’emploi dans les forces de l’ordre pour les personnes ayant des condamnations préalables.

Une ancienne prisonnière politique a été libérée en 2025. Selon elle, au cours de la dernière année, de nombreux employés de la cuisine et de l’entrepôt de la colonie où elle a purgé sa peine ont démissionné, ce qui a considérablement aggravé la qualité de la nourriture. Après l’augmentation de la pénurie de personnel, il y a eu « un chaos total » dans la colonie : les inspecteurs ont fréquemment commencé à faire des heures supplémentaires, et « la direction leur a parfois crié encore plus durement que sur les détenus ». Pour pallier le manque de personnel, a déclaré l’activiste, ils ont commencé à embaucher « toutes sortes de personnes au hasard », qui ont rapidement démissionné après avoir rencontré les réalités du travail dans une colonie pénitentiaire [27].

Tolstoï

Le ministère russe de la Justice a ajouté Ivan Tolstoï, un philologue et historien littéraire qui est un petit-fils de l’écrivain russe et soviétique Alexeï Tolstoï, à son registre des « agents étrangers ».

Le ministère a déclaré que Tolstoï avait diffusé de fausses informations sur les décisions prises par les autorités publiques russes et leurs politiques, et s’était prononcé contre l’« opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine [28].

Danse et discours de Poutine

Fin mars, un théâtre de Sotchi a accueilli le festival Crystal Magnolia pour les jeunes interprètes. Le grand prix est allé à Evelia, un studio de danse pour enfants de Shebekino – une ville frontalière de la région russe de Belgorod qui a été fortement affectée par la guerre contre l’Ukraine.

Dans l’une de leurs pièces de compétition, les enfants se sont produits devant une projection du discours de Vladimir Poutine du 24 février 2022 annonçant le début de « l’opération militaire spéciale » - l’euphémisme du Kremlin pour son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Des images de combat ont également été projetées à l’écran pendant la danse, qui a été mise sur la chanson de Nastya Polevaya « There Will Be No More Grief or Tears » [29].

Veuves de guerre

En Russie, une nouvelle forme numérique de deuil gagne du terrain, selon BBC News Russian. Les veuves et les membres de la famille d’hommes tués dans la guerre en Ukraine se tournent vers l’IA pour « donner vie à leurs photos ». En utilisant de vieilles images, des séquences de mariage ou des selfies, les outils génératifs créent de courtes vidéos dans lesquelles le défunt se déplace, sourit et parfois même prononce des mots pré-écrits [30].

Test de drogue et de munitions

Des spécialistes de l’Institut russe de médecine militaire expérimentale du ministère de la Défense mènent des essais de munitions et de substances médicales sur des militaires volontaires, selon une enquête du média Proekt publiée le 13 avril et résumée par Agentstvo.

Selon Proekt, l’institut détient depuis 2015 une autorisation exclusive pour effectuer des recherches impliquant des sujets humains au sein du système du ministère de la Défense. Son directeur, Sergey Chepur, a décrit ce rôle dans un article de 2019 dans Voyennyy Zhurnal (Journal militaire), notant que certaines des substances testées peuvent affecter « une activité nerveuse plus élevée », rendant les études sur les animaux insuffisantes et nécessitant des essais sur des « volontaires en bonne santé ».

Chepur a parlé d’un tel processus lors d’une conférence de défense de 2023 à Saint-Pétersbourg. Il a déclaré que des munitions d’artillerie avaient été testées sur des volontaires pour déterminer le type et la puissance explosive nécessaires « pour éliminer ou incapaciter le personnel ennemi » [31].

Soldats ukrainiens : la grande évasion

L’émission de France 2 Envoyé spécial a présenté le reportage « Soldats ukrainiens : la grande évasion », qui montre le périple de Youri déserteur ukrainien et Andreï, ancien engagé volontaire de 2014 à 2022, dégoûté par la corruption des gradés et l’incompétence du commandement et les armes obsolètes qu’il devait utiliser. 2 000 000 Ukrainiens manquent à l’appel. Les dangers pour les deux hommes sont nombreux : le risque d’être arrêtés et de subir 10 ans de prison et d’être envoyés au front et le grand froid qui, en hiver, peut descendre à -15°, voire -26°. Le risque d’hypothermie est important. Les chutes dans des ravins profonds sont fréquentes. 400 Ukrainiens se sont déjà égarés, 23 sont morts et 14 noyés dans la rivière frontière. Les deux fugitifs souhaitent franchir la frontière entre l’Ukraine et la Roumanie. Ils participent à un réseau d’entraide mais ne veulent pas utiliser les services de passeurs. Volodymyr Furman, le bien nommé Barbe bleue, a 4 000 abonnés à qui il demande 2 000 dollars pour ses conseils. Sa motivation est sa détestation du gouvernement ukrainien. Le traducteur de l’équipe de télévision est arrêté pendant trois jours, le temps de vérifier ses papiers.

Le déserteur est rejoint par son fils et son épouse dans un hôtel d’une station de ski. Ils sont équipés d’un matériel sophistiqué de survie. Un chauffeur complice les rapproche de la frontière. Les deux fugitifs arrivent à franchir la frontière et obtiennent un document de protection européenne. L’un d’eux ira rejoindre sa famille en Belgique et l’autre est attendu par sa femme en Allemagne [32].

Délation

Sur la chaîne Telegram Mrakoborets (Le combattant des ténèbres), Anastasia Sergueïevna dénonce aux autorités russes les contenus dangereux ou mensongers, soit tout ce qui diffère de la ligne officielle du Kremlin. Depuis février 2022, le phénomène a pris une ampleur sans précédent depuis l’époque soviétique. Pour Sergueïevna, les opposants à la guerre sont des traîtres. Elle a conservé sur son disque dur des conversations avec un ami avant que celui-ci se réfugie à l’étranger. Sur le site Rozkomnadzor, régulateur des communications, de la police ou du procureur général, on peut déposer une plainte anonyme. Près de 150 000 personnes ont contacté la ligne de confiance du FSB, a signalé l’agence, dont les lignes téléphoniques sont régulièrement saturées. Des députés et des célébrités se vantent de leurs dénonciations à la radio et à la télévision. Vladimir Poutine n’a-t-il pas déclaré : « La peuple russe saura toujours distinguer les vrais patriotes de la racaille et des traîtres, et les recrachera tout simplement comme une mouche malencontreusement entrée dans la bouche. » Ekaterina Mizoulina, fille de la députée, co-autrice du texte de loi qui dépénalise les violences conjugales, dit défendre les « valeurs traditionnelles » et lutter contre les terroristes, les nazis, les adeptes de la zoophilie et les promoteurs des « valeurs morales et spirituelles non traditionnelles », le refus d’avoir des enfants, le féminisme, l’homosexualité et l’occultisme.

Au pays de Poutine, une fake news, c’est, par exemple, évoquer les victimes civiles de l’armée russe en Ukraine. Une pédiatre moscovite a été condamnée à cinq ans et demi de colonie pénitentiaire sur la base du seul témoignage de la mère d’un de ses jeunes patients.

Le professeur de biologie Gregory Winter a perdu son métier à cause d’une dénonciation. La directrice l’a renvoyé malgré le soutien des parents. Son avocat a découvert 24 lettres d’élèves, toutes rédigées de façon identique.

D’après l’ONG OVD-Info, sur les 148 cas analysés de licenciement ou de poursuites, 51 ont été déclenchés par des dénonciations de parents ou d’élèves. Une infirmière a été dénoncée par une de ses collègues qui l’accusait d’être une mercenaire à la solde de l’étranger. Depuis, elle a fui en Arménie.

Les anciens de l’organisation Memorial ont été dénoncés par une organisation « patriotique » cosaque qui a poussé leur bailleur à les expulser de leurs bureaux. Le bureau où ils se sont repliés a été la cible d’un incendie criminel [33].

Arte diffuse un reportage « Russie, le courage de s’opposer » [34] qui montre des militants opposés à la guerre en Ukraine. Un homme a envoyé une lettre de dénonciation de son épouse, une femme qui est fière d’être la première agricultrice qui a été déclarée « agente de l’étranger ».

Un déserteur russe

50 000 militaires russes ont déserté depuis 2022. Ils risquent 15 ans de prison. Au moins 400 000 Russes ont franchi la frontière avec le Kazakhstan depuis 2022. Evgueny Korobov est l’un d’eux. Il avait été envoyé dans la région de Koursk, à la lisière de l’Ukraine, pour des « exercices militaires ». Mais l’offensive contre l’Ukraine débute. Il passe trois mois dans de Donbass. Il déserte en janvier 2023. Il vit caché depuis trois ans au Kazakhstan. Il voulait défendre sa patrie. « Mais pourquoi attaquer les Ukrainiens ? Cette guerre est absurde. », s’indigne-t-il. « Beaucoup surestiment la capacité de combat de l’armée russe. Chez nous, l’incompétence est totale, à cause du népotisme et du copinage à tous les niveaux dans le pays. » Il voit affluer des volontaires sans formation. « Les premiers que j’ai vus étaient des hommes brisés, souvent des divorcés qui allaient tout droit vers la mort. Une sorte de suicide par procuration. » Selon lui, s’ils n’ont pas commis d’atrocités, ils méritent le pardon. En Russie rompre le contrat avant son terme est impossible. Il se tire une balle dans la jambe et mutile de la même manière certains de ses hommes « pour les sauver de cet enfer ». Après six mois de rééducation dans un hôpital, il guérit et doit être renvoyé au front. Pendant son séjour à l’arrière, la Russie lui semble inchangée. « Ceux qui soutiennent la guerre sont ceux qui ne la font pas. » Il souffre de troubles post traumatiques, spasmes, agressivité… Il rejoint le Kazakhstan en passant par la Biélorussie, aidé par Idité Lessom (Traverser la forêt), basé en Géorgie, qui a déjà aidé près de 69 000 soldats russes à fuir, soit près de 10 % des troupes russes en Ukraine. Ils sont convenus avec ses parents de le traiter de traître à la patrie si la police les inquiétait. Il risque l’extradition à tout moment. Selon son avocat, les déserteurs russes sont en danger au Kazakhstan. Il espère émigrer en France, comme six déserteurs accueillis en France en 2024 [35].

Échange de prisonniers

Maksym Butkevych a été prisonnier des Russes. Militant et journaliste renommé, il a été mieux traité que les autres. Après son retour il a créé l’organisation Prinzip Nadij (Principe d’espoir) qui s’occupe des rapatriés et de leur entourage. Il explique « Les rapatriés sont désorientés, ils doivent se réhabituer à la vie en liberté. Même si on n’a pas d’importantes douleurs physiques, cela peut être très désagréable de voir de grands groupes de personnes ou des foules, d’être livré à soi-même, d’avoir trop de sensations en même temps : trop de couleurs, de bruits, de cris, trop d’effusions. » « Les libérés sont souvent confrontés à des problèmes ou des défis sociaux. Il y ceux que la famille attendait, sauf que, après la captivité, la vie de famille est difficile, il y a ceux qui n’ont plus personne, ceux que leur compagne n’a peut-être pas attendu ou dont la famille a été anéantie ; il y a ceux qui peuvent pas rentrer chez eux parce que leur ville est occupée par les Russes ; il y a les problèmes psychologiques qui n’apparaissent que longtemps après ; il y a les problèmes physiques, par exemple les dents manquantes en raison des tortures, ce qui complique la réinsertion sur le marché du travail. »

Le programme de réinsertion de l’État dure trois semaines. Les ONG prennent le relais.

La Russie ne communique pratiquement aucune information personnelle sur les prisonniers, contrairement aux Conventions de Genève. Plus de 70 000 soldats ukrainiens sont portés disparus selon les chiffres de 2025.

Deux cents prisonniers ont été échangés puis trois cents le lendemain. Nombre de rapatriés ne savent pas que leur pays existe encore. Ils descendent du car, persuadés que personne ne les attend et ils se retrouvent devant des centaines de gens qui poussent des cris de joie [36].

Centrale nucléaire de Zaporijjia

Depuis le 4 mars 2022, un millier de soldats russes sont cantonnés dans la centrale nucléaire de Zaporijjia. Ils ont de l’artillerie et des munitions. La population a d’abord tenté une résistance pacifique sur la route principale mais l’armée russe a tiré pour disperser la foule. Le maire de la ville voisine s’est réfugié en Ukraine non-occupée. Deux mille des 11 000 salariés de la centrale sont restés et travaillent sous la surveillance des occupants. C’est la première fois qu’une centrale nucléaire est investie par une armée étrangère et près de la ligne de front. Les réacteurs sont à l’arrêt depuis septembre 2022. Désormais, le risque est permanent. Sur les 105 salariés, 25 ont accepté de collaborer. Alexeï Brajnyk n’a pas voulu quitter son poste d’ingénieur. Il a été arrêté comme 266 employés de la centrale qui ont été torturés. La gestion de la centrale est confiée à Rosatom, le géant du nucléaire russe. Des salariés ukrainiens refusent de signer le contrat avec l’organisme et tentent de fuir malgré les menaces. Certains sont arrêtés comme espions et torturés. Des épouses apprennent le jugement de leurs maris par un avocat russe commis d’office. 13 salariés sont toujours en prison. La forêt voisine est minée.

Le directeur général de l’AIEA dénonce « la détérioration continue de la sûreté nucléaire » [37].

Pussy Riot

En janvier, l’Assemblée parlementaire (APCE) du Conseil de l’Europe a lancé une plate-forme pour les forces démocratiques russes en exil. L’une de ses participantes les plus actives, représentant les intérêts des Russes anti-guerre, est l’artiste Nadezhda Tolokonnikova. Elle a initié la première déclaration publique de la plateforme sur la responsabilité de la Russie pour son agression en Ukraine, un geste qui a suscité des réactions contrastées. Elle s’est opposée au retour de la Russie à la Biennale de Venise, et le groupe de l’APCE a rapidement suivi avec sa propre lettre sur le sujet. À la demande de Meduza, la journaliste Sonya Groysman a parlé avec Tolokonnikova de l’APCE, de Pussy Riot et de son travail sur OnlyFans.

Sur la campagne de Pussy Riot contre le retour de la Russie à la Biennale de Venise

Le nombre de personnes qui veulent participer à notre protestation a été absolument stupéfiant. Plusieurs grands collectionneurs, conservateurs et artistes d’autres pavillons nous soutiennent.

La plupart des gens ont peur de se heurter à la décision du président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco. Cet homme est un néo-fasciste, un néo-nazi, un sympathisant de Poutine qui a exprimé son admiration pour Hitler, Göring et Mussolini.

Sur la question de savoir si la plate-forme ACPE a une puissance réelle

En tant que personne ayant une formation d’activiste, je trouve vraiment intéressant de comprendre comment fonctionne l’APCE. Je n’ai pas le genre de vision du monde où tout devrait m’être remis sur un plateau d’argent.

L’opposition russe se dispute constamment – et cela fait fait partie de la raison pour laquelle je voulais rejoindre l’APCE. Je ne me considère pas comme faisant partie de l’opposition russe, donc je n’ai pas de raison de ma battre avec ses membres. Cela signifie qu’il y a une personne de moins dans la pièce à la recherche d’un combat.

L’objectif déclaré de l’APCE – tel qu’il est défini, selon toute vraisemblance, par les responsables européens qui ont conçu cela – est d’essayer d’unir, ou du moins de faire siéger à une seule table, l’opposition russe. C’est pourquoi l’adhésion de la plateforme a été assemblée si soigneusement. Il est clair qu’ils y ont pensé sérieusement et ont fait une véritable analyse. Et honnêtement, je pense que ça marche. Nous partageons tous un terrain d’entente sur au moins trois points.

Premièrement : notre position unanime sur l’Ukraine. C’est exactement pour cela que nous en avons fait notre première déclaration. C’est moi qui y ai poussé. Il y avait beaucoup de soupçons, y compris de la part de la délégation ukrainienne, et nous devions affirmer l’évidence à haute voix : oui, nous ne sommes pas des apologistes du Kremlin.

Deuxièmement : documents pour les Russes en exil. Nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut y travailler. Certaines personnes les appellent des passeports alternatifs, mais quel que soit leur nom, les gens qui se sont prononcés contre Poutine et l’agression de la Russie en Ukraine se sont effectivement retrouvés apatrides.

Troisièmement : Prisonniers politiques. Vladimir Kara-Murza et Natalia Arno, par exemple, ont réussi à obtenir une résolution de l’APCE qui précise que tout cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine doit inclure la libération des prisonniers politiques russes – des personnes qui se sont prononcées contre la guerre et perdent maintenant la vie et leur santé dans les prisons russes. C’est crucial, car lorsque vient le moment de parler de paix, il n’y a aucune garantie que les responsables européens ou la partie ukrainienne penseront à les défendre.

De mon côté, je prépare plusieurs expositions à Strasbourg en avril sur les prisonniers politiques. L’une d’elles - sur les femmes contre la guerre, organisé par la Résistance féministe anti-guerre – aura lieu dans le bâtiment de l’APCE lui-même. Une autre mettra en scène le travail effectué par les prisonniers politiques. Nous voulons raconter leurs histoires aux Européens et aux parlementaires européens.

Des gens comme l’adolescent Arseny Turbin, qui est condamné à une énorme peine de prison ; le médecin Nadezhda Buyanova ; la journaliste Antonina Favorskaya ; le politicien Alexeï Gorinov ; et d’autres. Tous les prisonniers ne produisent pas un travail qui peut être exposé, mais nous voulons raconter leurs histoires, donc nous allons montrer leurs portraits à côté de récits de leurs cas.

Sur la question de savoir s’il est imprudent pour une personnalité politique russe de soutenir explicitement l’armée ukrainienne

Ma force particulière est que je n’ai pas peur de tenir des positions impopulaires. J’ai l’habitude de la haine – elle me roule comme de l’eau sur une oie. Ce qui compte le plus pour moi, c’est d’être honnête avec moi-même. Je ne dis jamais aux gens ce qu’ils devraient faire ; je crois que chacun fait ses propres choix.

Sur les activités de Pussy Riot aux États-Unis

À l’été 2025, à l’invitation d’un ami conservateur, je faisais une installation et des performances prolongées dans un centre d’art contemporain de Los Angeles. Il s’appelait Police State d’après une chanson que j’ai publiée en 2017 – et dans la logique de l’institution artistique, elle a été présentée comme une réponse à l’élection de Trump.

Trois jours après la représentation, des manifestations ont éclaté près du musée contre l’agence d’application de la loi sur l’immigration de Trump, ICE, et leurs horribles raids. Le musée a fermé à cause des manifestations, et puis il y a eu ces titres tragicomiques : « L’exposition de l’État policier fermée aujourd’hui en raison de l’État policier. »

C’était extraordinaire. Chaque artiste rêve de briser le mur entre l’art et la réalité – et pour moi, ce mur ne cesse de s’effondrer, encore et encore, même sans que je fasse quoi que ce soit [38].

Fondé dans les jours qui ont immédiatement suivi l’invasion de l’Ukraine par Moscou en février 2022, le Comité anti-guerre russe a cherché à unir ceux qui s’opposaient à la guerre. Maintenant, il est officiellement considéré comme une « organisation terroriste » en Russie.

Composé d’éminents politiciens de l’opposition et de personnalités publiques vivant en exil, le Comité anti-guerre a condamné l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie comme un crime de guerre et appelé à la résistance contre la « dictature agressive » de Poutine. Sa déclaration la plus récente porte les signatures de 19 membres, dont l’ancien PDG de Ioukos, Mikhail Khodorkovski, la militante de Pussy Riot, Maria Alyokhina, et le philanthrope Boris Zimin.

Nous définissons nos objectifs comme suit :

  1. Communiquer la vérité sur la guerre et les crimes du régime à l’audience la plus large possible de nos concitoyens. Des dizaines de millions de Russes – à l’intérieur du pays et à l’étranger – nous écoutent et nous regardent, et nous continuerons à parler malgré les menaces et les étiquettes stigmatisantes.
  2. Fournir une assistance humanitaire aux personnes touchées par la guerre contre leur volonté : civils touchés, prisonniers de guerre, prisonniers politiques, émigrés anti-guerre, leurs familles, et tous ceux à, qui la Russie de Poutine refuse son soutien et cherche à priver de protection.
  3. Pour montrer au monde une autre Russie – les Russes qui considèrent le régime de Poutine comme criminel, la guerre comme honteuse et l’assistance à ses victimes comme leur devoir humain et civique [39].

Recrutement d’étudiants russes

À Kazan, un groupe d’étudiants de l’Université a été convoqué sans explication préalable. La directrice leur annonce qu’ils sont « renvoyés » de l’établissement à cause de leurs mauvais résultats. Mais un représentant du ministère de la Défense, présent dans la salle, leur propose de réintégrer l’université s’ils signent un contrat avec l’armée. Ils échapperaient au front en étant dans des bunkers à au moins 70 km de celui-ci et pourraient « se la couler douce » pour environ 23 000 euros. À leur retour, ils sont censés recevoir un diplôme avec mention. Viortska affirme que les contrats sont à durée indéterminée tant que la « mobilisation partielle » de septembre 2022 reste en vigueur. Une note de bas de page précise que le contrat ne garantit pas de servir dans une unité de drones, faute de quoi le « volontaire » risque de se retrouver en première ligne. Les opérateurs de drones sont les premières cibles de l’Ukraine. La vice-doyenne d’une autre université a recommandé « Ne signez en aucun cas, sous aucun prétexte ; c’est la mort » [40].

Ilia Iachine

Cet ancien élu municipal, qui fut emprisonné pour avoir critiqué la guerre en Ukraine, est l’un des plus farouches opposants au régime de Vladimir Poutine. Il a réagi, sur France Info, le 3 avril 2026, à l’interview de Sergueï Lavrov réalisée par France 2. Voir l’interview en cliquant ici.

Vesna

Âgés entre 25 ans et 30 ans, six jeunes militants antiguerre disaient « rêver d’une autre Russie ». Mercredi 8 avril, un tribunal de Saint-Pétersbourg les a condamnés à de lourdes peines de prison, de six ans à douze ans. Leur organisation au nom symbolique, « Vesna » (« printemps » en russe), multipliait depuis près d’une décennie des actions à travers le pays contre le Kremlin de Vladimir Poutine pour défendre « la construction d’une nouvelle Russie fondée sur la liberté et les droits humains ». Lorsque, le 24 février 2022, Moscou a lancé son « opération militaire spéciale » en Ukraine, ces jeunes libéraux et démocrates se sont clairement opposés de l’intérieur à cette invasion à grande échelle. La machine répressive n’a alors pas tardé à se mettre en branle contre Vesna, classée par les autorités « agent de l’étranger » puis « organisation extrémiste » [41].

Novaya Gazeta

Les forces de sécurité ont fait une descente dans la salle de rédaction de Moscou de Novaya Gazeta jeudi 9 avril 2026, a annoncé le journal russe.

Des agents masqués sont arrivés vers midi et ont commencé à effectuer des recherches, a rapporté le point de vente sur Telegram. « Nous ne connaissons pas la raison - nos avocats se voient refuser l’entrée au bureau, où certains de nos employés sont également présents », a-t-il ajouté.

Selon l’avocat Kaloy Akhilgov, la perquisition à Novaïa est menée par le Comité d’enquête de Moscou. Akhilgov lui-même a été détourné du bâtiment après les recherches, les agents lui disant qu’il était « trop odieux » [42].

Le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Sergueï Sokolov, a été arrêté à Moscou pour avoir « discrédité « l’armée russe », a rapporté jeudi Novaïa Gazeta.

La détention de Sokolov serait due à la couverture de l’armée russe dans un article de Novaya Gazeta, bien que l’article spécifique auquel il se rapporte soit inconnu. On ne sait pas où Sokolov est détenu. S’il est reconnu coupable, il risque une amende allant jusqu’à 50.000 roubles (500 €) [43].

Dmitri Mouratov

Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix en 2021 et rédacteur en chef historique de Novaïa Gazeta, a accordé à Veronika Dorman une interview dans Libération « En Russie, la cruauté est devenue une forme de patriotisme », Libération, 11 avril 2026.. Il n’a jamais quitté Moscou malgré les attaques contre lui et son journal. En son absence, son coffre-fort a été forcé, son ordinateur et son disque dur ont été confisqués. S’il n’est plus rédacteur en chef, c’est qu’il a été déclaré « agent de l’étranger ». Il ne peut plus enseigner, ni avoir de compte bancaire. Il ne peut plus recevoir d’honoraires tant qu’il est « agent de l’étranger », c’est-à-dire jusqu’à sa mort. Il est devenu simple rédacteur. Il a offert ses actions à la rédaction. Il possédait des imprimeries qu’il a cédées à la rédaction. Elles ont été nationalisées par décret de Poutine. Il ne lui reste rien. À Moscou, la police a perquisitionné pendant treize heures les locaux de Novaïa Gazeta, où avait travaillé, jusqu’à son assassinat, la journaliste Anna Poilitkovskaïa. Le journal a perdu son agrément. Le site web a été bloqué, puis le journal papier interdit.

« Tous les médias russes en exil accomplissent un travail remarquable. Nos 1 500 collègues se sont retrouvés dans des conditions extrêmement difficiles. Des dizaines d’entre eux sont déjà condamnés, certains comme terroristes. Ils ne peuvent plus revenir en Russie. » ; « L’ancien rédacteur en chef de L’Écho de Moscou a vu la fréquence de sa radio confisquée et donnée à la chaine de propagande Sputnik » ; « Lorsque Telegram a été bloqué, les chaînes pro-gouvernementales ont perdu environ 70 % de leur audience. 50 millions de Russes ont installé des VPN.

Mouratov explique : « Il faut savoir qu’en Russie de nombreuses données permettant de révéler des transactions frauduleuses sont confidentielles. » C’est comme ça que travaille Oleg Roldougine qui a découvert à qui appartient la messagerie Max : à une babouchka retraitée. Mais, en réalité, à une holding dans laquelle des proches de Poutine ont des parts. L’immeuble le plus cher de Moscou, avec vue directe sur le Kremlin, a été acheté par un homme qui travaille comme chauffeur pour l’un des adjoints du chef du gouvernement tchétchène. Sous la présidence de Dmitri Medvedev, les fonctionnaires avaient l’obligation de déclarer leurs revenus. Cette mesure a été récemment abolie.

« Des avocats basés en Russie avec qui nous collaborons estiment qu’il y a environ 1 400 personnes incarcérées […] La plupart pour s’être opposées à l’opération spéciale. Ils militaient pour la paix et contre la guerre. Beaucoup sont gravement malades. Nadejda Strilets, d’origine ukrainienne avec un passeport russe, […] ne peut plus voir sa fille d’un an atteinte d’une grave maladie congénitale qui est sous respirateur artificiel. Nadejda Bouïanova a fêté ses 70 ans en prison. Elle longtemps été détenue dans une cellule de 70 personnes, où elle était la seule non-fumeuse. »

Stop Killer Robots

Stop Killer Robots est une coalition mondiale de plus de 250 ONG internationales, régionales et nationales, et partenaires universitaires travaillant à travers 70 pays afin de garantir que les humains maintiennent un véritable contrôle du recours à la force, par le biais d’une nouvelle législation internationale qui encadrerait l’utilisation d’armes autonomes. Amnesty International est une des neuf organisations faisant partie du comité directeur de cette coalition.

Futuribles

Un article de Futuribles, n° 471, de mars-avril 2026 propose des prérequis pour établir un état de droit en Russie. Les auteurs, sont Russes et actifs au sein de l’association de défense des droits de l’Homme Memorial, co-prix Nobel de la Paix en 2022, et spécialistes de la justice transitionnelle. Les prérequis proposés sont la nécessité d’établir des responsabilités, une justice pour les victimes de persécutions internes, la restauration de la confiance dans le système judiciaire et les forces de l’ordre, une enquête sur les crimes systémiques du régime Poutine et la participation de l’Europe.

En 1992 puis en 1997, la députée Galina Starovoitova avait proposé une loi qui aurait interdit aux anciens fonctionnaires du KGB et du Parti communiste d’exercer des fonctions publiques. Ses opposants ont prétendu que cette loi déclencherait une « chasse aux sorcières ». La députée a répondu : « Préférez-vous que les sorcières nous pourchassent ? ». En 1998, elle a été assassinée. L’histoire lui a, depuis, donné raison.

Les enfants ukrainiens volés

Depuis le début de la guerre, 20 000 enfants ukrainiens ont disparu, emmenés par l’armée russe. L’ONU considère que c’est un crime contre l’humanité. Témoignage rare, de l’un de ceux qui ont réussi à s’enfuir.

Rostislav n’a que 16 ans, lorsque son village est pris dans les combats. Après le décès de sa grand-mère, il est emmené par les Russes dans un camp de vacances, puis un foyer aux allures de centre de rétention en Crimée, il est forcé de saluer le drapeau russe, de regarder des films de propagande, et -face à la préparation militaire qu’on lui impose - redoute d’être incorporé dans l’armée russe.

Depuis 2022 la Russie a déporté de force des milliers d’enfants ukrainiens, les envoyant loin de leurs familles vers des territoires occupés, ou en Russie. Les autorités russes retardent leur retour et imposent une russification totale, supprimant langue et culture ukrainiennes. Les enfants sont placés dans des foyers ou adoptés illégalement, certains ont toujours de la famille en Ukraine.

L’ONU parle de « crimes contre l’humanité » : déportation, transfert forcé et disparition d’enfants, avec près de 20 000 victimes selon Kiev. En réponse, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine et sa commissaire aux droits de l’enfants, Maria Lvova-Belova. Les enfants vivent dans la peur et l’éloignement, loin de leurs repères et de leur identité.

Rostislav, lui a réussi à s’échapper, grâce à l’organisation Save the Children. Il vit aujourd’hui dans un foyer d’accueil en banlieue de Kiev et veut étudier la photographie. C’est là que la reportère Claude Guibal l’a rencontré [44].

Des Nord-Coréens, esclaves en Russie

La fondation de défense des droits de l’Homme Global Rights Compliance révèle que plus de 100 000 Nord-Coréens sont envoyés en Russie et dans une quarantaine de pays pour y travailler sur des chantiers de construction, dans des conditions indignes et pour un salaire de misère. Yeji Kim de Global Rights Compliance explique « La Russie a besoin de travailleurs et la Corée du Nord a besoin d’argent pour son programme nucléaire. » Certains des travailleurs corrompent des fonctionnaires pour obtenir une place. La sélection s’opère sous le strict contrôle politique de l’État. La famille sert de garantie contre toute défection. Les passeports sont confisqués par les services coréens en Russie. Le contrôle est permanent. Les travailleurs ne peuvent pas communiquer avec leur famille. Ils sont soumis à des punitions collectives. Ils logent dans des conditions insalubres dans des containers non chauffés malgré les rigueurs de l’hiver russe. « Nous vivons dans des conditions pires que celle du bétail. », déplore un exilé. Ils sont contraints de verser 75 % de leur faible salaire à la Corée. En plus de leurs 420 heures de travail mensuel (quatorze heures par jour), certains doivent travailler au noir pour survivre. À partir de 2027, l’Union européenne interdira l’importation de produits fabriqués par des travailleurs forcés Des soldats sont épuisés et démoralisés par la dureté des combats [45].

Victimes culturelles de la guerre contre l’Ukraine

Parmi les personnalités culturelles tuées pendant la guerre totale entre la Russie et l’Ukraine, on compte des dizaines d’hommes et de femmes qui étaient écrivains, musiciens, traducteurs, bibliothécaires, artistes, photographes, archéologues, chefs d’orchestre... Certains d’entre eux étaient connus du grand public, tandis que d’autres n’étaient familiers qu’à un cercle restreint de collègues. Deux choses les unissaient : premièrement, leur travail constituait le tissu de la culture ukrainienne. Deuxièmement, ils ont tous été tués par la Russie.

Le Pen belge a traduit l’hommage rendu à ces personnalités par le Pen ukrainien [46].

Gazprom et Rosneft et les déportations d’enfants ukrainiens

Le 25 mars 2026, un rapport de Humanitarian Research Lab (HRL) de l’Université Yale (Connecticut) accuse les sociétés pétrolières et gazières russes de « complicités volontaires » dans la déportation et l’endoctrinement d’environ 2 158 enfants ukrainiens entre 2022 et 2025. Ceux-ci, originaires des régions de Donetsk, Louhansk et Zaporijia ont été emmenés dans au moins six camps russes et rééduqués pour effacer l’histoire, l’identité et la langue ukrainiennes.

Gazprom a publié des photos et vidéos d’un entraînement militaire où des enfants « ont pratiqué le combat au corps à corps, lancé des grenades et tiré au fusil ».

HRL constate qu’« au moins 80 % des entités impliquées dans le transfert et l’endoctrinement des enfants en Russie ne font actuellement l’objet d’aucune sanction de la part des États-Unis et de l’Europe. »

Les deux sociétés impliquées ont eu un rôle essentiel pour permettre à Poutine d’accéder au pouvoir et sont incontournables pour l’aider à maintenir son contrôle et à financer sa guerre. Elles participent à environ 20 % du PIB.

Le travail d’enquête de HRL a subi la coupure de ses financements par l’administration Trump [47].

Maria et Alexeï Moskalev

Maria et Alexeï Moskalev sont arrivés en France avec des visas humanitaires.

Maria, âgée de 12 ans, avait dessiné, à la demande de sa professeure d’arts plastiques qui voulait que les élèves dessinent un soutien à l’armée d’invasion en Ukraine. Le dessin très coloré de Maria représentait une mère et sa fille en pleurs sous un drapeau ukrainien et bombardées par la Russie. Le dessin était commenté d’un « Non à Poutine, Non à la guerre ». La directrice appelle la police. Quand Alexeï Moskalev vient chercher sa fille, les autres parents lancent « Il faut le mettre en prison ! » Il réplique : « Ma fille et moi ne menons aucune guerre contre l’Ukraine. C’est votre guerre, pas la nôtre. » Emmené au commissariat, il est menacé : « On va te retirer Maria. On l’enverra en orphelinat et toi, directement en prison. » Le 28 mars 2023, il est condamné à deux ans de prison ferme dans des conditions proches de la torture. Maria est envoyée chez sa mère qui ne s’est jamais intéressée à elle.

Père et fille se sentent menacés et craignent une nouvelle arrestation. Ils fuient en Arménie. In Transit, une organisation qui aide les opposants à fuir les persécutions leur propose de se réfugier chez des amis en Allemagne. Mais le brutal durcissement du ministère allemand de l’Intérieur bloque cette possibilité. Depuis leur arrivée en France, ils s’expriment contre le Kremlin sur les réseaux sociaux. Maria a maintenant seize ans et considère son père comme un héros [48].

Intelligence artificielle en Ukraine

En 2017, le Pentagone lance le projet Marven, en partenariat avec Google pour améliorer l’analyse d’images collectées par des drones de l’armée américaine. Mais le projet est abandonné après la mobilisation de plus de 3 000 salariés de Google. D’autres contractants poursuivent le projet, dont Palantir.

En juin 2022, Alex Karp, le directeur de Palantir se rend à Kyiv pour proposer gratuitement ses services à Volodymyr Zelensky dans le cadre de la guerre contre la Russie. L’Ukraine devient un laboratoire où l’IA est utilisée pour l’autonomie des systèmes d’armes, l’observation, l’identification des cibles, l’analyse des données, la logistique, les simulations, le ravitaillement…, tout cela pour le plus grand profit de Palantir. « L’armée ukrainienne utilise aussi le système Skykit, développé à l’aide du logiciel MetaConstellation de Palantir. », écrivent Amélie Férey et Laure Rouchy-Rochegonde, de l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Skyvit analyse des images satellites et élabore des plans de frappe sans contact avec la chaîne de commandement. »

Fin 2024, Palantir signe un contrat avec Anthropic pour intégrer Claude dans ses outils « afin de soutenir les opérations gouvernementales, notamment en traitant rapidement de vastes quantités de données complexes, en améliorant l’analyse des données, en identifiant plus efficacement les schémas et les tendances, en rationalisant l’examen et la préparation des documents. »

Selon une étude du King’s College de Londres, les modèles développés par Anthropic et OpenAI semblent prendre des décisions dans le sens de l’escalade, menaçant de recourir à l’arme nucléaire dans près de 95 % des scénarios de conflits simulés, quitte à reléguer la décision humaine au rang de simple formalité [49].

« On est sorti du monde des Bisounours » explique Bertrand Rondepierre, chargé de piloter l’IA militaire française [50].

Dans son éditorial, Dov Alfon estime qu’on « pourrait utiliser l’IA pour limiter le nombre de victimes innocentes en temps de guerre, mais sans limitation internationale, c’est exactement le contraire qui est en train de se produire [51]. »

Déserteurs ukrainiens

Le nouveau ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, nommé en janvier, a reconnu le chiffre de 200 000 soldats ukrainiens ayant abandonné leur position et déserté.

Il prépare des changements : « La durée du maintien des positions, les difficultés logistiques sous les attaques des drones, le manque d’effectifs, la qualité de la formation militaire. »

C’est le cas du soldat Serhiy, resté sur le front cent-dix-neuf jours, là où le moindre déplacement peut être fatal sous les drones quadrillant le ciel et où, avec ses camarades, il était ravitaillé par drones et privés d’hygiène. Ce n’est qu’à la fin décembre 2025 qu’ils ont pu quitter cet enfer. Libérés pour deux semaines puis rappelés au front, Serhiy a décidé de ne pas repartir. À présent, il tourne en rond en parlant, lâche des sanglots malgré lui. Il reproche à sa brigade de l’avoir abandonné : « Je n’ai aucune motivation pour repartir. Personne ne s’est soucié de m’aider, de prendre soin de moi et de ma santé. Pourquoi devrais-je y retourner ? » Face à l’ampleur du phénomène et à l’engorgement du système judiciaire certains ne cherchent plus à se cacher.

Le procureur général fait état de 310 000 procédures pénales ouvertes depuis le début de l’invasion russe pour absence sans permission d’une unité ou désertion, passibles de cinq à douze ans de prison. Le fait que les soldats s’engagent pour une durée indéterminée est un facteur dissuasif majeur. Les conflits avec la hiérarchie, le manque de soutien psychologique et la pénurie chronique de ressources sont aussi évoqués [52].

Maria Bontsler

Le 23 mars 2022, l’avocate Maria Bontsler défend deux militantes arrêtées lors d’un meeting anti-guerre. À la fin de l’audience, la juge lui demande : « Affirmez-vous que la Russie a attaqué l’Ukraine ? » Elle répond : « Oui la Russie a attaqué l’Ukraine et a déclenché la guerre. » La magistrate l’avertit : « L’audience est enregistrée. » « Vous pouvez me dénoncer, chacun doit agir selon sa conscience. »

Maria Bonlster est poursuivie pour ses propos et écope d’une amende. C’est le premier cas d’une avocate poursuivie pour ses dires dans son activité professionnelle.

Dans les années 1990, pendant la guerre en Tchétchénie, elle dirige un comité des mères de soldats et défend les conscrits victimes de bizutages. Igor Baryshinov, un de ses clients les plus connus, est condamné à sept ans et demi de prison pour des affirmations jugées diffamatoires de l’armée russe. Cancéreux, il aurait dû être libéré. L’avocate alerte des organisations internationales de défense des droits de l’Homme. La juge qui l’a condamné est placée sur la liste des personnes sanctionnées par l’Union européenne. L’avocate est arrêtée quelques jours plus tard pour « collaboration avec un État étranger ou une organisation internationale ». Une nouvelle accusation est portée contre elle : « trahison ».

Elle refuse de témoigner contre un collègue avocat contre un allègement de sa peine. Elle risque de quinze à vingt ans de prison. En raison de son âge et de sa santé, elle écrit que c’est une condamnation à mort. Elle séjourne dans un centre de détention, en isolement cellulaire. Sa santé se dégrade et elle a déjà été hospitalisée, menottée à son lit. En un mois, elle a reçu plus de 2 000 lettres. Des centaines d’autres personnes ont été condamnées pour « trahison de la patrie », « espionnage » ou « collaboration dissimulée ». Selon le site indépendant Premier département, 488 personnes ont été condamnées en 2025 en vertu de ces lois. À ce jour, aucun acquittement n’a été prononcé.

À compter du 1er avril 2026, le Service fédéral de Sécurité (FSB) aura accès à toutes les données internes des entreprises, y compris les filiales des entreprises étrangères sans avoir besoin de l’autorisation d’un juge. Le FSB aura l’autorisation de gérer ses propres lieux de détention [53].

L’écologie, arme de guerre

La guerre en Ukraine est un écocide. Dès 2014, l’armée russe a multiplié les poses de mines dans de le Donbass, empoisonnant l’eau potable et le sol. L’atmosphère a été gravement polluée par l’utilisation d’armes lourdes. L’armée russe cible avant tout des infrastructures dites stratégiques, à savoir les infrastructures de l’eau, de l’énergie et de l’assainissement. Cette guerre est d’autant plus sale sur le plan environnemental que si l’Ukraine couvre 6 % du territoire européen, on y recense 35 % de sa biodiversité et de nombreuses zones humides. Or, depuis le début de l’invasion coloniale russe du 24 février [2022], 20 % des aires protégées de l’Ukraine sont affectées par la guerre, dix parcs nationaux sont en territoire occupé par les Russes, 600 espèces animales et 750 espèces de plantes et champignons sont directement menacées.

Depuis le mois de février 2022, 200 000 hectares de forêts ont été touchées par des feux. 680 000 tonnes de produits pétroliers sont partis en flamme ; 180 000 m3 de sols ont été contaminés par des bombes. Mille feux de forêt ont été déclenchés par des bombardements. 500 stations d’épuration de l’eau endommagées. Selon les évaluations des écologistes du pays, les dommages environnementaux causés par l’invasion russe s’élèvent d’ores et déjà à plus de 24 milliards d’euros. Cette guerre remet aussi au centre la question du nucléaire civil et militaire. La situation de Zaporijjia peut tourner à tout moment au désastre.

Cette guerre est aussi une guerre de l’énergie. La Russie possède des ressources de pétrole et de gaz immenses, et la fonte de la banquise arctique, sous l’effet du réchauffement climatique devrait encore les accroître. La Russie fournit 30 % de leur pétrole aux Européens et environ 40 % de leur gaz plaçant l’Union européenne sous dépendance. Le philosophe Pierre Charbonnier a développé à ce sujet le concept d’écologie de guerre, qui consiste, « dans le contexte d’une agression militaire conduite par un État pétrolier contre l’un de ses voisins à des fins de consolidation impériale, à voir dans le tournant vers la sobriété énergétique une arme pacifique de résilience et d’autonomie » Selon l’étude « Climate damage caused by Russias’s war in Ukraine », la guerre en Ukraine et la destruction des pipelines dans la Baltique ont déjà généré 97 millions de tonnes d’équivalent de CO2 [54].

Ces jours-ci, c’est l’armée israélienne qui pulvérise du glyphosate à haute concentration sur les champs du sud du Liban et de Syrie, dans une logique de stérilisation délibérée de la nature [55].

[2] https://en.zona.media/article/2026/04/21/prykhodko, 21 avril 2024, consulté le 2 mai 2026.

[3] Alain Guillemoles, « Toiles de maîtres, sites archéologiques… comment la Russie pille l’Ukraine », La Croix, 5 mai 2026.

[4] Benjamin Quénelle, « L’avocate russe qui tient tête au Kremlin », Le Monde, 6 mai 2026.

[6] Margaux Seigneur, « Le télégraphiste du front », Le Nouvel Obs, 7 mai 2026.

[7] Aleksandr Leonidovich, https://novayagazeta.eu/articles/2026/05/10/poltora-goda-v-odinochke-za-poliarnym-krugom, publié et consulté le 10 mai 2026.

[10] Alain Barluet « Les étudiants russes sous forte pression pour s’enrôler contre l’Ukraine », Le Figaro, 11 mai 2026.

[18] https://novayagazeta.eu/articles/2026/04/22/no-safe-harbor-en, 22 avril 2026, consulté le 25 avril 2026.

[23] Veronika Dorman, « Déserteur russe, « Je suis allé en Ukraine pour l’argent et j’y ai laissé tout mon fric », Libération, 29 avril 2026.

[24] Daria Skavronskaya, Alexander Troitsky, https://novayagazeta.eu/articles/2026/04/30/sorvannoe-iabloko, 30 avril 2026, consulté le 1er mai 2026.

[26] https://en.zona.media/article/2026/04/23/kherson, 23 avril 2026, consulté le 1er mai 2026.

[33] Olivier Tallès, Elena Volochine, « Russie, l’empire de la délation », La Croix Hebdo, 18 avril 2026.

[35] Emma Collet, « Recherché par Moscou, un déserteur russe témoigne », L’Express, 23 avril 2026.

[36] Stefan Schoscher, « Le retour difficile des prisonniers de guerre », Wiener Zeitung, repris dans Courrier international, 23 avril 2026.

[37] Alain Guillemoles, « Zaporijjia, une centrale nucléaire ukrainienne sur la ligne de front », La Croix, 24 avril 2026.

[39] Extrait d’une déclaration du 24 février 2026.

[40] A. R. « Menaces, promesses : l’armée convoite les étudiants », Le Figaro, 6 avril 2026.

[45] Pierre Boitel, « En Russie, des Nord-Coréens esclaves d’États », Libération, 27 mars 2026.

[46] https://www.penbelgique.be/pen-ukraine ; Alain Lallemand, « Un hommage aux gens de culture tués dans le conflit », Le Soir, 27 mars 2026.

[47] Faustine Vincent, « Gazprom et Rosneft liés à la déportation d’enfants ukrainiens », Le Monde, 28 mars 2026.

[48] Benjamin Quénelle, « En Russie, le dessin d’une enfant fait basculer une famille », Le Monde, 29 mars 2025.

[49] Arthur Cerf, « Iran, Ukraine, L’intelligence artificielle en ordre de bataille », Libération, 30 mars 2026.

[50] Avec l’IA, la question n’est pas d’assister le commandement, mais de l’outiller », Libération, 30 mars 2026.

[51] « Terrifiant », Libération, 30 mars 2026.

[52] Thomas D’Istria « En Ukraine, l’armée face à la hausse des déserteurs », Le Monde, 1er avril 2026.

[53] Anna Grigorieva, « Maria Bontsler, une opposante broyée par la justice du Kremlin », La Croix, 1er avril 2026.

[54] Patrick Farbiaz, L’Ukraine en toutes lettres, Éditions Syllepse, février 2023.

Les chroniques précédentes ont été rassemblées dans un ouvrage co-édité avec les éditions Syllepse et disponible auprès de l’Observatoire.

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Dossier paru dans le numéro 164-165 de «  Damoclès  ».

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