La dislocation de l’URSS a plongé la Russie dans la dépendance et l’insécurité alimentaires. En 2005, l’agriculture devient une priorité nationale. La production croît et devient excédentaire en 2018, et les importations baissent. En 2014, la Russie annexe la Crimée et s’assure ainsi un accès à la mer Noire et, via la mer de Marmara et le détroit des Dardanelles, à la Méditerranée et aux clients égyptiens, syriens, iraniens, turcs, soudanais, éthiopiens, camerounais, sénégalais, vietnamiens, indonésiens, bengalis, philippins etc. La dépendance d’une partie du monde aux grains russes lui offre une arme de destruction massive : la faim. L’annexion des régions de l’est de l’Ukraine permet de contrôler 4 à 5 millions de tonnes de grains, malgré les sanctions de l’UE qui, en 2024, importe de Russie plus de 6 millions de tonnes d’engrais.
Le ciel bleu et le jaune des champs de blé figurent, à juste titre, sur le drapeau ukrainien. En 1999, un tiers de la population travaille sur les vastes plaines des « terres noires » agricoles qui sont plus vastes que les superficies agricoles de l’Hexagone. La part de l’agriculture dans le PIB est près de 11 % (celle de la France est de 1,5 %). Avant la guerre, les exportations agricoles frôlaient les 40 %. Les exploitations familiales ont en moyenne de 50 à 100 hectares alors que les grandes entreprises peuvent en compter plusieurs milliers. Le maïs, le blé et le tournesol sont les trois produits phares. L’invasion russe a marqué un tournant brutal. L’occupation et la destruction des ports ont réduit les exportations de 7 millions de tonnes à 400 000 tonnes. Les prix du blé, du tournesol et du colza ont flambé. La Commission européenne a favorisé les flux ferroviaires et routiers vers l’UE. Un « corridor » maritime est organisé sous l’égide de la Turquie et de l’ONU. C’est la seule concession entre les deux belligérants. À chaque prolongation de l’accord, la Russie revendique son retour dans le système de transactions bancaires internationales. En 2023, les exportations ukrainiennes ont atteint le niveau d’avant le conflit.
Malgré la richesse agricole, le Programme alimentaire mondial vient en aide à 5 millions d’Ukrainiens (plus de 10 % de la population) en précarité alimentaire. Désormais, les agriculteurs scrutent le ciel pour la météo mais surtout pour éviter les drones. L’armé russe lance des essaims de robots tueurs, détruit des fermes et des bâtiments agricoles, mine les sols pour les rendre infertiles pendant des années. Bon nombre de jeunes quittent les campagnes pour les villes ou l’étranger. Plus de 25 % des terres seraient détenues par des intérêts étrangers, des oligarques ou des entreprises agroalimentaires. Les opérateurs se tournent vers les pois.
Une partie du livre est consacrée à la réduction de la production agricole russe due à une sécheresse sévère ou au réchauffement climatique qui libérerait à l’est du pays des microbes fossiles aux agents pathogènes redoutables provoquant une zoonose végétale ou à un accident nucléaire ou à un blocus maritime ou à une économie exsangue ruinée par le conflit avec l’Ukraine ou à l’éclatement de la fédération de Russie sous la pression des autonomistes ou à la mort de Poutine et à sa succession problématique ou à l’exode des agriculteurs. Cette situation engendrerait des troubles intérieurs et chez tous les clients de la Russie. Elle pourrait être une opportunité pour l’Ukraine. Comment réagirait la Chine ? Peut-on imaginer un monde sans la Russie agricole ?
Autre hypothèse : L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, avant ou après la guerre, avec les problèmes de la concurrence agricole avec les membres actuels de l’UE. Si la question n’était plus « Peut-on intégrer l’Ukraine ? » mais « L’Europe est-elle prête à se réinventer avec elle ? »
Nouvelles hypothèses : Explosion de la centrale nucléaire de Zaporijjia, coup d’État contre Zelensky, extension de la guerre russo-ukrainienne, révoltes en Russie et en Crimée.
Le volume est complété par des annexes statistiques.
La lecture du livre, très technique, ne se fait certes pas comme un roman.
Guy Dechesne





