Résistances aux guerres

Les réfractaires depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie (27ème épisode • janvier 2026)

Mis à jour le 22 janvier 2026

Actions contre la guerre Antimilitarisme Guerres

Mise en ligne : Samedi 3 janvier 2026
Dernière modification : Jeudi 22 janvier 2026

Chronique des actes de désertion, d’insoumission, de désobéissance et d’exil posés pour refuser de combattre, les actions de désobéissance civiles pour entraver la guerre et les appuis que les réfractaires reçoivent tant dans les pays concernés qu’à l’étranger. 27ème épisode, rédigé par Guy Dechesne depuis octobre 2022.
Les chroniques précédentes ont été rassemblées dans un ouvrage co-édité avec les éditions Syllepse et disponible auprès de l’Observatoire.

Retrouvez les épisodes précédents dans la rubrique Résistances

Un manifeste d’anarchistes russophones

Un manifeste d’anarchistes russophones affirme la nécessité de construire les conditions d’un objectif stratégique, d’un « continuum de résistances à l’invasion » qui articule d’une part manifestations, actions d’entraide, sabotage des infrastructures militaires en Russie et d’autre part enrôlement dans l’armée ukrainienne, y compris des dissidents russes et biélorusses [1].

Un trotskiste

Un trotskiste dont le nom n’est pas révélé a écrit aux Brigades éditoriales de solidarité publiées par les éditions Syllepse le texte suivant :

Associer la Commune prolétarienne et son drapeau Rouge, avec le drapeau de l’oligarchie mafieuse ukrainienne vendue à l’impérialisme ! Pour la dernière dégénérescence du pablisme le drapeau de la collaboration nationale et de la défense de l’ordre impérialiste remplace le drapeau des communards ! ! ! L’armée Ukrainienne surarmée comme aucune autre à l’exception d’Israël est une armée de nationale nationaliste ! Une armée professionnelle des classes exploiteuses ! Macron et les impérialistes européens le disent, l’armée ukrainienne défend les intérêts de leur ordre ! La résistance ukrainienne est dans le camp des déserteurs et des insoumis militaires de ceux qui refusent de mourir pour le partage de l’Ukraine entre vautours en premier vautours impérialistes occidentales États-Unis en tête et le nôtre et l’oligarchie mafieuse Russe ! Syllepse n’est pas dans le camp des résistants ukrainiens mais dans le camp de ceux qui organisent les rafles ! Honte au social-impérialisme de Syllepse [2] !

Développement des enfants

Le manque de ressources pour la reconstruction reste le problème le plus grave pour les localités situées près de la ligne de front. Le soutien de l’État est catastrophiquement insuffisant, et les communautés locales, en particulier celles qui ont subi des destructions importantes pendant la guerre, n’ont souvent tout simplement pas d’argent.

Le gouvernement insiste constamment sur la nécessité de soutenir l’enfance en Ukraine. Au lieu de cela, nous assistons à la fermeture massive d’écoles sous-fréquentées, à la réduction du nombre d’hôpitaux et de maternités, et depuis une décennie, nous observons que le montant des allocations de naissance reste stable. Ces problèmes sont particulièrement aigus dans les zones rurales, où, en raison de la réforme de la décentralisation, de nombreuses communautés ne disposent pas de ressources suffisantes pour financer les établissements d’enseignement et les établissements médicaux.

Des organisations bénévoles viennent dans le village pour organiser toutes sortes de jeux éducatifs et donner des cours aux enfants [3].

Féminisme

Il y a une vérité simple que toutes les féministes comprennent : être témoin d’un abus et ne pas offrir de soutien à la victime aide l’agresseur. La passivité face à l’agression n’est pas de la neutralité – c’est de la complicité. Les slogans pacifistes peuvent être émotionnellement convaincants, mais ils ne fonctionnent que jusqu’à ce qu’un meurtrier arrive chez vous. Quand on vit sous le bouclier de l’Otan, on peut externaliser ou ignorer les questions de vie et de mort. Mais quand on a un couteau sous la gorge, on ne peut que mourir ou se battre. Assurer la paix exige plus qu’une conduite morale. Les féministes ukrainiennes ont rédigé un manifeste à ce sujet : « Le droit de résister ». Elles ne veulent pas la paix à n’importe quel prix. L’occupation russe n’est pas la paix, il n’y a pas de féminisme dans un régime fasciste.

La Russie a envahi le plus grand État européen. Elle finance ouvertement des forces d’extrême droite et fascistes dans le monde entier. Les États-Unis font de même. On peut continuer à nier entièrement le problème de sécurité, mais alors les forces conservatrices domineront la discussion et présenteront la gauche comme déconnectée de la réalité – et elles n’auront pas tort [4].

Maksym Butkevych

Maksym Butkevych est un journaliste et défenseur des droits humains ukrainien. En 2022, il s’est porté volontaire pour aller au front, a été capturé par l’armée russe, sur un faux témoignage, et a passé plus de deux ans en captivité en Russie où il a subi des tortures et différentes menaces. En 2024, il est revenu en Ukraine à la suite d’un échange et, en 2025, il a reçu le prix Václav Havel. Il raconte son arrestation : « À ce moment-là, nous étions déjà sans eau depuis 24 heures, l’état du personnel était critique, nous n’avions plus rien à manger depuis longtemps. C’est alors qu’un des deux éclaireurs qui nous avaient amenés la veille est venu nous voir. Il nous a informés que nous étions encerclés et qu’il fallait nous rendre au point de rendez-vous avec lui le plus rapidement possible. Cet éclaireur nous a dit que nous étions complètement encerclés, qu’il était prisonnier et que nous étions dans leur ligne de mire. En fait, c’est un frère d’armes, un militaire ukrainien, qui nous a livrés aux ennemis. »

Slovaquie

Il convient de faire la distinction entre la rhétorique anti ukrainienne virulente du Premier ministre slovaque Robert Fico, que seul le dirigeant hongrois Viktor Orban surpasse parmi les dirigeants européens, et les actions concrètes, insiste Adam Novak, chercheur en histoire de l’économie est européenne originaire de Bratislava. Selon lui, Fico fournit à Moscou une couverture diplomatique et proclame le « pacifisme », tout en supervisant des exportations d’armes sans précédent vers l’Ukraine. « Les exportations d’armements slovaques ont atteint 1,15 milliard d’euros en 2023, soit dix fois plus qu’en 2021 (100 millions d’euros), représentant 1,1 % du PIB. Des entreprises privées produisent chaque année des obusiers Zuzana 2 et des centaines de milliers d’obus d’artillerie de 155 mm, exactement ce dont l’Ukraine a un besoin criant. Le ministre de la défense, Kalinák, a admis avec cynisme : « Nous n’allons pas restreindre les entreprises de défense sous prétexte que nous avons besoin de croissance économique. »

« La Slovaquie a perçu 92 millions d’euros du Danemark, de l’Allemagne et de la Norvège pour la fourniture de seize obusiers à l’Ukraine, le plus important contrat de l’histoire de l’industrie d’armement slovaque », souligne le chercheur.

Seulement 40 % des Slovaques tiennent désormais la Russie pour responsable de l’invasion de l’Ukraine, contre 51 % un an auparavant. Quelque 69 % estiment que l’aide militaire « provoque la Russie et rapproche la Slovaquie de la guerre ». Plus de 44 % pensent que les réfugiés ukrainiens aggravent la situation dans le pays, ce qui représente le taux d’opinion négative le plus élevé au sein de l’UE, souligne le chercheur [5].

Roumanie

En mai 2025, les Roumains ont élu un nouveau Président, demeurant de fait le seul pays voisin de l’UE à adopter une rhétorique amicale envers l’Ukraine.

Après l’invasion de l’Ukraine, tout a changé, car la Roumanie a reconnu dans la réaction de l’Ukraine la même lutte pour l’indépendance vis-à-vis de la Russie qui avait marqué sa propre histoire, explique le politologue roumain Claudiu Crăciun.

Concernant le soutien militaire, Claudio Crăciun affirme que la propagande russe s’emploie activement à effrayer les Roumains en agitant le spectre de la militarisation et en propageant des rumeurs de mobilisation générale ou d’envoi de troupes roumaines en Ukraine. Par conséquent, les autorités roumaines tentent de « démilitariser » l’opinion publique et gardent le silence sur toute fourniture d’armes à l’Ukraine. Ce qui, à mon avis, est judicieux, étant donné l’existence d’une machine de désinformation russe qui utilise tout pour semer la peur, comme des images de convois militaires, explique l’expert [6].

Pologne

Les relations ukraino-polonaises ont connu peut-être les bouleversements les plus importants depuis l’invasion russe, passant d’une immense vague de solidarité et de soutien à une hostilité déclarée. La situation a été aggravée par l’élection du président conservateur, qui instrumentalise activement les questions historiques conflictuelles entre les deux pays.

« Les Ukrainiens de Pologne disent qu’il ne se passe quasiment pas un jour sans qu’ils n’entendent des propos déplaisants dans la rue ou sans que quelqu’un ne les regarde avec hostilité », explique Ignacy Jóźwiak, chercheur spécialiste des migrations à l’Université de Varsovie.

Contrairement à la Slovaquie, la Pologne n’exporte pas ses propres armes vers l’Ukraine, elle sert seulement de plaque tournante pour le transfert d’armes occidentales.

La Pologne bénéficie économiquement de l’intégration d’une part importante des Ukrainiens sur le marché du travail. 69 % des Ukrainiens en âge de travailler résidant en Pologne occupent actuellement un emploi, contre 75 % des Polonais. Cet écart est étonnamment faible, compte tenu du fait qu’une part importante des migrants ukrainiens sont arrivés en Pologne au cours des trois dernières années et demie seulement, et que nombre d’entre eux sont des mères élevant des enfants [7].

Pologne (2)

« Si la Pologne était le centre du monde », titre Kometa pour son n° 11 de janvier 2026.

« Varsovie finance un réarmement massif en dépensant 4,7 % de son PIB pour la défense. Soit, en moyenne, le double des autres membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan). […] La Pologne s’est alarmée dès l’attaque russe contre la Géorgie en 2008. À partir de l’annexion de la Crimée en 2014, elle a tenté d’alerter l’Union européenne et l’Otan, en vain. Elle a alors fait cavalier seul, passant d’acteur secondaire à puissance régionale. Ses effectifs militaires ont doublé en dix ans, le budget a triplé. En 2024, la Pologne possédait la troisième armée de l’Otan, avec 216 000 personnels, devant la France (204 600).

Varsovie prépare ses citoyens via divers programmes d’éducation militaire, jusque dans les écoles primaires. […] Un de ses plus gros chantiers concerne la fortification de la frontière orientale sur 700 kilomètres de long. […] Un mur de 180 kilomètres est déjà construit. La Pologne y mobilise 5 000 soldats, 3 000 policiers et 3 000 garde-frontières, pour des actions où le droit humanitaire passe au second plan : les ONG dénoncent des renvois illégaux de migrants et de mauvais traitements, avec de nombreux morts.

Varsovie n’hésite pas, pour se défendre de la menace russe, à remettre en question le droit international. Elle souhaite se retirer, comme les Pays baltes, de la Convention d’Ottawa qui interdit les mines antipersonnel afin éventuellement d’en fabriquer sur son territoire. Elle a aussi passé un accord de coopération sur l’intelligence artificielle et la cybersécurité avec l’entreprise américaine Palantir, soupçonnée d’espionner des citoyens du monde entier […] Le Premier ministre centriste Tusk a rétabli les relations avec l’UE, dégradées par huit ans de gouvernement de droite. Le nouveau président Karol Nawrocki [est] un nationaliste conservateur pro-Trump. Mais la défense reste l’objet d’un consensus solide, comme l’unité face à l’ennemi russe [8].

Anna Alboth raconte comment, en 1942, l’Iran a accueilli plus de 115 000 réfugiés polonais. Elle poursuit : « Depuis toujours, mon pays aime le récit de la « forteresse-Pologne ». La muraille, le drapeau, la sentinelle. « Halte, qui va là ? » Il est facile avec un tel récit de confondre contrôle et protection. De qualifier de « défense » un rejet. De se persuader que la défense envers les étrangers se mue en sécurité des « nôtres » [9].

Anna Politkovskaïa

Des néo-nazis russes ont admis dans une chaîne privée Telegram qu’ils étaient responsables de la destruction d’une plaque commémorative dédiée à la journaliste assassinée de Novaya Gazeta, Anna Politkovskaïa, dans le centre de Moscou, dimanche 25 janvier 2026.

Dans un billet publié lundi, le groupe néo-nazi National Socialism / White Power (NS/WP), qui a été considéré comme une organisation terroriste en Russie, a publié un post affirmant que « certains individus proactifs » avaient détruit la plaque marquant l’endroit où Politkovskaïa a été tuée.

Qualifiant l’acte « d’un hommage des Quatre Lettres [NS/WP] à leurs glorieux prédécesseurs d’une autre organisation de quatre lettres », une référence au groupe néo-nazi russe BORN, aujourd’hui dissous, qui était responsable des meurtres en 2009 de l’avocat des droits de l’homme Stanislav Markelov et de la journaliste de Novaya Gazeta, Anastasia Baburova.

Anna Politkovskaïa, qui a acquis une renommée internationale pour ses exposés sur la corruption du Kremlin et le traitement brutal des civils en Tchétchénie aux mains des forces russes pendant la Seconde Guerre de Tchétchénie, a été assassinée dans l’escalier de son propre immeuble d’habitation sur la rue Lesnaya de Moscou, le 7 octobre 2006. Ceux qui ont ordonné le crime n’ont jamais été retrouvés.

La Cour européenne des Droits de l’Homme a statué en 2018 que le gouvernement russe n’avait pas mené d’enquête efficace sur le meurtre de Politkovskaïa. Le délai de prescription de l’affaire a expiré le 7 octobre 2021 [10].

Anna Stepanova

Anna Stepanova est une militante écologiste de la région russe d’Arkhangelsk. Avant la guerre, elle était activement impliquée dans le mouvement pour empêcher la construction d’un nouveau site d’enfouissement dans le village de Shies, dans la région d’Arkhangelsk, et depuis 2022, elle critique avec virulence l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Après avoir été condamnée à plusieurs reprises pour avoir « discrédité l’armée russe », Stepanova a quitté la Russie pour la Géorgie avec son mari et ses deux enfants, bien qu’elle possède toujours un appartement de deux chambres dans le petit village de Savinsky, à trois heures de route d’Arkhangelsk. Presque tout le monde à Savinsky soutient la guerre en Ukraine, dit-elle, y compris sa mère, sa tante et son cousin, Oleg Gorin, qui a combattu lui-même en Ukraine et est récemment rentré chez lui alors qu’il était en congé. « Il tue ouvertement les Ukrainiens depuis le début de la guerre », dit Stepanova, ajoutant qu’il l’avait dénoncée à la police pour ses convictions politiques plutôt qu’en raison de ses vues sur son appartement.

Son cousin, Oleg Gorin, dit craindre que Stepanova, qui a quitté la Russie en 2022 pour éviter les poursuites pour sa critique franche de la guerre, ne puisse vendre l’appartement et faire don des bénéfices aux Forces armées d’Ukraine. Il existe en effet une manière légale de saisir la propriété d’un citoyen russe. Le 21 avril 2015, Vladimir Poutine a signé une loi qui permet de confisquer des biens des individus reconnus coupables de discréditer l’armée ; appelant à l’imposition de sanctions à la Russie ; aidant à faire respecter les décisions des organisations internationales dont la Russie ne fait pas partie ; et la diffusion publique de fausses informations sur l’armée russe.

Anna Stepanova et sa famille ont passé six mois en Géorgie, où elle a ouvert un refuge pour réfugiés avec des animaux. « C’était un hébergement gratuit pour les personnes avec des animaux de compagnie, car il est très difficile de trouver un endroit pour séjourner avec des animaux de compagnie dans un pays étranger. Il y avait des Ukrainiens et des Bélarusses qui y vivaient, mais la mobilisation a commencé et les Russes ont commencé à venir. Nous sommes toujours en contact. Des gens incroyables », se souvient-elle.

Après six mois en Géorgie, Stepanova a obtenu un visa humanitaire des autorités allemandes et s’y est installée avec sa famille, où elle blogue actuellement sur les crimes du régime du Kremlin. « Je suis bénévole, je m’implique dans toutes les activités, j’envoie toujours de l’argent aux Forces armées ukrainiennes. J’attends que l’Ukraine défende son territoire et brise les dents et les armes de ce voyou dans le processus, et que la Russie cesse de vouloir attaquer d’autres pays [11]. »

Yabloko

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, des milliers de Russes ont fait l’objet de poursuites pour protestation publique et dissidence. Plus d’un millier de personnes se sont retrouvées derrière les barreaux, tandis que beaucoup d’autres ont été contraintes de quitter le pays. Cela pourrait donc surprendre certaines personnes alors qu’il y a encore un parti légal en Russie qui organise régulièrement des événements de collecte de fonds pour les prisonniers politiques.

Ce parti social-libéral, Yabloko – qui signifie Pomme en russe – ne reconnaît pas non plus l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, et a passé les trois dernières années à prendre une position de principe contre l’invasion de l’Ukraine.

Le parti, qui a été fondé en tant que principal parti libéral de la Russie en 1993, a progressivement perdu une part significative d’électeurs, et n’a actuellement même pas de membres en exercice dans la Douma d’État et est limité à seulement six députés dans une poignée d’assemblées régionales dans le nord-ouest de la Russie.

« La désignation de certains de nos dirigeants et militants comme des "agents étrangers" et la poursuite pénale de plusieurs d’entre eux, privent ces personnes de la chance de se présenter comme candidats », a déclaré une source de Yabloko à Novaïa Europe. « Mais les élections organisées pendant une guerre n’ont rien à voir avec des candidats particuliers. Leur but est de parler à haute voix pour la paix et la liberté – ce que nous faisons depuis trois ans par le biais de campagnes régionales et municipales. »

De récentes mesures contre d’éminents membres du parti – le 25 novembre, deux politiciens de Yabloko accusés d’avoir diffusé de « fausses nouvelles sur l’armée » ont tous deux vu leur détention provisoire prolongée, tandis que le chef du parti Nikolay Rybakov a été accusé d’avoir « affiché des symboles extrémistes » pour avoir partagé une photo d’Alexey Navalny en ligne. Si l’accusation est confirmée devant le tribunal, il fera face à une interdiction d’un an de se présenter aux élections.

Selon l’organisation de défense des droits humains OVD-Info, qui surveille la persécution politique en Russie depuis décembre 2011, 17 membres de Yabloko sont actuellement poursuivis, dont six sont en détention [12].

Russie-Libertés

Criminalisation systématique de la dissidence

En 2025, la répression politique en Russie s’est institutionnalisée comme un outil central de gouvernance. Toute opposition est criminalisée, et les autorités utilisent des poursuites pénales, des peines de prison prolongées, l’intimidation, la torture et les mauvais traitements pour réduire au silence toute critique de la guerre ou du régime.

  • 4 686 personnes incarcérées pour des motifs politiques, dont 1 465 en 2025.
  • Des peines de 8 ans en moyenne pour des actes, des mots, des likes sur les réseaux sociaux anti-guerre ou anti-régime.
  • Les « appels au terrorisme » sont devenus l’accusation politique la plus fréquente.
  • 5 500 affaires administratives pour l’usage de symboles interdits (dont les symboles liés au Fond anti-corruption de Navalny, symboles LGBT, et ukrainiens).
  • 1 123 personnes/entités désignées « agents étrangers ».
  • 291 ONG classées « indésirables », toute collaboration avec elles est passible de 6 ans de prison.

Exemple concret : en décembre 2025, trois défenseurs des droits humains d’Ekaterinbourg (Aleksei Sokolov, Larissa Zakharova, Roman Kachanov) ont été arrêtés pour « organisation d’activités d’une organisation indésirable ». Larissa Zakharova et Roman Kachanov risquent jusqu’à 6 ans de prison pour leur coopération avec le Comité Helsinki de Norvège et la National Endowment for Democracy, tous deux désignés « indésirables » en Russie. Aleksei Sokolov, lui, est également poursuivi pour trahison d’État, un chef d’accusation passible de 12 à 20 ans de prison.

Les articles du Code pénal sur la trahison, l’espionnage, et la collaboration avec un État étranger sont devenus des outils de répression massive. Selon Parubets Analytics (décembre 2025) :

  • 468 condamnations en 2025 (record absolu), avec une médiane de 15 ans de prison (contre 12 ans en 2024). Dans 35 % des cas, les condamnations portent sur des Ukrainiens souvent accusés de « collaboration » avec Kiev sur les territoires occupés.
  • 4 peines de prison à perpétuité en 2025, et des peines allant jusqu’à 27 ans pour des civils ukrainiens.
  • Enfants ciblés : plus de 350 mineurs inscrits sur les listes d’ »extrémistes » ou « terroristes ».

Cas emblématiques :

  • Nadine Gueisler, condamnée à 22 ans de prison en juin 2025 pour « trahison » et « terrorisme » après avoir fourni une aide humanitaire à des civils ukrainiens.
  • Arina Ivanova (Novokouznetsk), condamnée à 5 ans de prison pour un post sur VKontakte dénonçant les crimes russes à Boutcha.

Torture systématique – Impunité quasi totale

  • Prison SIZO-2 de Taganrog : un des centres les plus violents, où les détenus subissent famine, passages à tabac, noyades simulées, décharges électriques (y compris sur les parties génitales), viols et humiliations sexualisées.
  • Prisonniers ukrainiens : les prisonniers de guerre et civils ukrainiens subissent des violences généralisées. On compte pas moins de 16 000 civils disparus ou détenus illégalement par la Russie (ONU).

Censure numérique et contrôle de l’information

  • Blocage massif : plus de 1,2 million de ressources Internet bloquées en 2025, détruisant l’espace numérique indépendant.
    • YouTube, Facebook, Instagram, X : Totalement bloqués.
    • Restrictions sur Apple : suppression de contenus de médias indépendants et de musiques d’artistes désignés « extrémistes ».
    • Blocage des appels via Google Meet, FaceTime, WhatsApp, remplacé par la messagerie d’État Max.
    • Censure normalisée : autocensure généralisée parmi les artistes, écrivains, blogueurs, et metteurs en scène.
    • Loi de juillet 2025 : criminalisation des recherches en ligne de contenus « extrémistes ».
  • Et criminalisation indirecte de l’usage des VPN : l’utilisation d’un VPN/proxy peut être retenue comme circonstance aggravante.

Répression transnationale et pression sur les exilés

Les opposants en exil sont ciblés, et leurs familles en Russie sont harcelées.

• Poursuites contre les opposants en exil : Alexeï Nesterenko, président de Rusos Libres (Espagne), condamné par contumace à 24 ans de prison pour « soutien au terrorisme » après avoir organisé des manifestations anti-guerre et collecté des dons pour l’Ukraine. Sa famille en Russie est harcelée (perquisitions, convocations au tribunal).
• Des pays comme la Turquie extradent des exilés russes vers la Russie sur demande du Kremlin.

Torture et « Assauts de viande » dans l’armée russe

Les « Assauts de viande » : assauts frontaux suicidaires où des soldats (conscrits, prisonniers, contractuels) sont envoyés sans soutien pour épuiser les défenses ukrainiennes. Témoignage :
« On nous a dit : "Courez vers les tranchées ukrainiennes. Ceux qui reculeront seront abattus." Sur 200, 12 sont revenus. » (source : Verstka).

Les « Trous » : torture et élimination

  • Pratique de l’« obnoulenie » (« annulation »), où des soldats sont torturés ou tués par leurs supérieurs pour punir, intimider ou éliminer. Des fosses de 2 mètres de profondeur (« trous ») sont utilisées pour noyer ou affamer les victimes.
    • 12 sites identifiés, avec des dizaines à centaines de victimes par site. À Taganrog, une fosse contenait 47 corps (dont des soldats encore en vie au moment de l’ensevelissement) — témoignage d’un médecin militaire (Rapport « Les Annulateurs » de Verstka).
    • 1 000+ cas de tortures avérées (rapport ONU).
    • « On jetait les déserteurs dans des fosses avec de la chaux vive. Certains étaient encore en vie. » (Médecin militaire anonyme – Rapport « Les Annulateurs »).

Autres tortures systématiques

  • Passages à tabac, électrocutions (fil sur les parties génitales), noyades, viols collectifs, castrations.
  • Exécutions sommaires (balle dans la nuque).
  • Les prisonniers de guerre ukrainiens sont les premières cibles et subissent des tortures généralisées.

Groupes vulnérables et idéologie d’État

  • Violences domestiques : doublées depuis 2022, souvent commises par des militaires revenus du front. Exemple : en octobre 2025, un soldat russe revenu d’Ukraine a tué sa femme et ses deux enfants à Rostov-sur-le-Don.
  • Répression anti-LGBT : le « mouvement LGBT international » déclaré « extrémiste ». 221 affaires ouvertes pour « propagande LGBT », y compris pour l’affichage de drapeaux arc-en-ciel.
  • Fermeture du Musée du Goulag, retrait des livres de Svetlana Alexievitch (Biélorusse, Prix Nobel de littérature) des programmes scolaires.
  • Loi contre la « propagande childfree » : interdiction des discussions publiques sur la contraception et l’avortement.
  • Idéologie patriarcale : promue par l’État et l’Église orthodoxe, qui justifie la domination masculine et la soumission des femmes.
  • Militarisation de la société : les valeurs de « virilité » et de « sacrifice » sont exaltées, légitimant les violences contre les femmes et les minorités.

Un climat de terreur généralisée

  • Contrôle social total : la surveillance de masse, la censure, et l’autocensure ont créé un climat de peur généralisée.
  • Culture et éducation : condamnations d’artistes (ex. : Evgenia Berkovich et Svetlana Petriichuk, 7 ans de prison pour une pièce de théâtre) et d’enseignants (ex. : Natalia Taranushenko, 7 ans pour avoir évoqué Boutcha en classe).
  • Tchétchénie : climat de peur extrême, marqué par la torture et les exécutions extrajudiciaires.
  • Torture et impunité : la torture est généralisée dans les prisons et l’armée, avec une impunité quasi totale pour les auteurs.

Sources :

  • Ovd-info
  • Memo pzk
  • Amnesty International
  • Parubets Analytics
  • Rapport ONU
  • VERSTKA : Torture dans l’armée
  • EUAA Country Focus Report (novembre 2025)
  • The Insider : « Meat Assaults » (2025)

Leonid Volkov

Leonid Volkov, chef de cabinet de la campagne d’Alexeï Navalny lors de l’élection présidentielle de 2018, risque de se voir retirer son permis de séjour en Lituanie. Il a qualifié, à juste titre, le fondateur du RDC, Denis Kapoustine, de « nazi », et l’ancien chef de la Direction principale du renseignement ukrainien, Kyrylo Boudanov, ancien directeur ukrainien du renseignement militaire, de « vil stratège politique de village ».

Le Département lituanien des migrations a ouvert une enquête après les propos tenus par Leonid Volkov, responsable des projets politiques à la Fondation anti-corruption (FBK), concernant le « décès » de Denis Kapoustine, fondateur du Corps des volontaires russes (RVC). L’information a été relayée par Delfi, qui cite Rokas Pukinskas, conseiller principal au sein du Département des migrations.

Selon lui, le Département des migrations a contacté le Département de la sécurité d’État afin de déterminer si les déclarations de Volkov constituent une menace pour la sécurité de la Lituanie. Après réception de la réponse, une décision pourrait être prise concernant le retrait du permis de séjour de Volkov en Lituanie.

Le 5 janvier, Anna Tiron, une ancienne employée de la fondation anti-corruption FBK qui travaille désormais comme représentante politique pour le Corps des volontaires russes, a publié une capture d’écran d’un message privé que Volkov lui avait envoyé le 29 décembre 2025. Dans ce message, Volkov approuvait la mort de Kapoustine (qui, comme on l’a découvert plus tard, était une mise en scène) et critiquait les autorités ukrainiennes :

« Pour une fois, la dénazification a bel et bien eu lieu. Le nazi, dont l’existence même était une aubaine pour la propagande du Kremlin, est mort. Lui et sa bande de clowns ont mis en œuvre le sombre programme du sinistre stratège politique de village, Boudanov.
J’espère que les acolytes de Kapoustine subiront le même sort. Yermak ira en prison, Podolyak ira en prison, Boudanov ira en prison, et tous les autres voleurs hypocrites et propagandistes iront en prison. Alors seulement l’Ukraine aura une chance de gagner. Mais tant qu’elle misera sur les Kapoustine, elle n’aura aucune chance [13]. »

Le petit commerce

« Je vends des canons
Des courts et des longs
Des grands et des petits
J’en ai à tous les prix
Y a toujours amateur pour ces délicats instruments
Je suis marchand d’canons venez me voir pour vos enfants
Canons à vendre !
 » (Boris Vian).

Le secteur de l’économie de guerre profite de l’invasion russe de l’Ukraine : l’allemand Rheinmetall, +152 % depuis le 1er janvier 2025, le suédois Saab, +124 %, l’italien Leonardo, +87 %, les français Thales, + 65 % et Dassault Aviation, + 38 %, le britannique BAE Systems, + 48 %, le géant européen Airbus, + 25 %. En témoigne le succès relatif du livret « Défense » lancé par la Banque publique d’investissement. « On ne fabrique plus d’armes pour les vendre à des régimes peu recommandables mais pour défendre l’Europe, son idéal démocratique et sa souveraineté. » Des industriels français visent une introduction en Bourse, comme KNDS, spécialiste de l’armement terrestre [14].

Fondée en 1889, au début du règne de Guillaume II, la fabrique d’armes Rheinmetall a été nationalisée par les nazis puis rasée par les bombardements alliés. Pendant la guerre froide, elle a équipé la Bundeswher. Depuis l’agression russe de l’Ukraine, elle est devenue le symbole du réarmement allemand. Elle construit des installations de production en Roumanie, en Pologne et en Lituanie. Le groupe s’est hissé à la 18ème place du top 100 des plus grosses entreprises mondiales d’armement. En quatre ans, l’action a progressé de 1 642 %. L’entreprise va construire des navires de guerre [15].

USA : retours forcés en Russie

L’émigration russe aux USA s’est accélérée à partir de février 2022, en particulier lors de la mobilisation de septembre 2022. 48 000 à 50 000 Russes en auraient profité. 4 000 à 5 000 sont actuellement emprisonnés et sont soutenus par l’ONG Russian America for democracy in Russia.

Ukrainienne naturalisée Russe, Anna a perdu tous ses appels et a été déboutée du droit d’asile aux USA, un pays obnubilé par la lutte contre l’immigration et où l’accès aux réfugiés est compliqué depuis la fin de l’administration Biden. Elle a passé dix-huit mois en centres de rétention en Californie et au Texas. Elle ne peut revenir pendant dix ans sur le sol américain. Elle a été envoyée à Moscou, via Le Caire, sans pouvoir choisir sa destination finale. Son mari, Ilya, un bracelet électronique à la cheville, et leur fils sont restés aux USA. Emprisonnés séparément, ils avaient droit à une heure de parloir hebdomadaire et, alternativement, à dix minutes de téléphone avec leur fils.

En 2023, la directrice de la maternelle de l’enfant a convoqué les parents. Le petit avait expliqué à ses condisciples que Poutine est un tueur d’enfants. La directrice a alerté les services sociaux.

Un déserteur a été arrêté à son arrivée en Russie. Il risque dix ans de prison. Un militant pro-Navalny a été arrêté pour « terrorisme ». D’après le responsable de America for democracy in Russia, l’opposition russe en exil a « complètement échoué à se distancier de la dictature poutinienne » et à plaider la cause de leurs compatriotes demandeurs d’asile [16].

Laurent Vinatier

Le chercheur Laurent Vinatier, était emprisonné en Russie depuis octobre 2024. Il devait être jugé à nouveau pour espionnage. Il travaillait pour l’ONG suisse Centre pour le dialogue humanitaire. Il a été échangé contre un basketteur russe soupçonné d’être un hackeur qui a escroqué 900 entreprises [17]. Poutine avait affirmé lors d’une conférence de presse ne rien savoir sur cette affaire [18].

Défection d’un officier russe en Finlande

Un officier russe a obtenu l’asile politique en Finlande. Il a franchi la frontière à ski en 20023 et a témoigné des crimes de guerre russes en Ukraine [19].

Espions russes

Le chef de l’armée suisse, Thomas Süssli a révélé que, selon le renseignement local, 80 espions russes vivent en Suisse [20].

Free Russia Foundation

Alors que la guerre à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine approche de son quatrième anniversaire, l’emprise de Vladimir Poutine sur le pouvoir apparaît plus forte que jamais. Mais Natalia Arno soutient que le changement est imminent – et que les opposants au Kremlin doivent être préparés à la prochaine fenêtre d’opportunité. Avec plus de deux décennies d’expérience dans la défense d’une Russie démocratique, Arno a passé les 12 dernières années à diriger la Free Russia Foundation, une organisation pro-démocratie basée à Washington, avec des bureaux à travers l’Europe, dont un à Kiev. En marge du Forum international sur la sécurité d’Halifax, le rédacteur en chef adjoint de Meduza, Eilish Hart, s’est entretenu avec Arno pour en savoir plus sur la façon dont les militants pro-démocratie en exil continuent de faire des percées dans la Russie de Poutine. Leur conversation a eu lieu en novembre 2025.

« Nous sommes très fiers de dire que [Free Russia Foundation] est la seule organisation de la société civile russe avec un bureau à Kiev, que nous avons ouvert en 2016 et que nous n’avons jamais fermé. Nous travaillons activement avec des partenaires ukrainiens, et nous travaillons à localiser et à aider les prisonniers de guerre et les otages civils détenus dans les prisons russes, pour la plupart au secret.

Une fois que les otages sont retrouvés et que la communication est établie, ils sont mieux nourris, moins torturés et ont une communication avec leur famille. La prochaine étape est pour nous d’utiliser des matériaux que nous rassemblons dans notre plaidoyer international, pour montrer [comment les tactiques répressives de la Russie] changent – non seulement pour les otages ukrainiens, mais aussi pour les prisonniers politiques russes.

Nous travaillons également avec ceux qui poursuivent la résistance à l’intérieur de la Russie, ce qui est très difficile. Bien sûr, ils le font discrètement– il y a beaucoup d’activité souterraine. Et nos centres de ressources à Berlin, Vilnius, Paris, [et d’autres villes] aident ceux en exil, qui sont une voix pour les sans-voix, à poursuivre leurs recherches, leurs enquêtes, leurs diffusions en direct, etc.

Nous défendons la société civile russe parce que les changements en Russie ne peuvent venir que du peuple russe – pas des Européens, des Américains ou des Martiens. Nous, Russes, n’avons pas seulement été les premières victimes de l’agression de Poutine ; ces répressions internes ont conduit à une agression extérieure. Nous étions ceux qui avons mis en garde le monde sur le danger du régime corrompu, criminel et meurtrier de Poutine. Mais nous sommes aussi des agents de changement. La démocratie en Russie [serait] la meilleure garantie de sécurité pour l’Ukraine et d’autres pays voisins, et pour la stabilité mondiale. Bien sûr, nous comprenons le scepticisme, mais en tant que Russes pro-démocratie, nous devons avoir cette vision et nous battre pour elle. Il y a des signes d’espoir, comme Nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner. […]

Comment ne peut-il y avoir aucune manifestation si, selon Memorial, au moins cinq personnes sont détenues chaque jour ? Après l’invasion à grande échelle, les autorités russes ont éradiqué tous les médias indépendants ; [les journalistes] ont dû fuir, donc il n’y a personne pour couvrir les manifestations. […]

Nous ne pouvons pas faire confiance aux sondages d’opinion dans un État totalitaire où les gens qui se sont opposés à la guerre et au régime de Poutine sont déjà en prison. Les sondages sont menés parmi les partisans [du régime].

[…] Il y a des signes d’espoir, comme la musicienne Pétersbourgeoise Naoko de Stoptime, qui [interprétait] des chansons interdites en Russie. D’autres jeunes à travers le pays n’avaient pas peur de [montrer leur] soutien et de chanter ces chansons aussi. C’est la génération qui est née, qui est allée à l’école et qui a obtenu son diplôme sous Poutine. Ils ne connaissent pas d’autre président. Et malgré toutes les réformes de l’éducation, la propagande et les répressions, ils comprennent toujours que la Russie ne va pas dans la bonne direction. […]

Nous ne sommes pas seulement un casse-tête pour les gouvernements européens, nous demandons des visas et l’accès aux comptes bancaires – nous sommes vos alliés. Nous sommes le deuxième front d’attaque de Poutine, mais nous sommes aussi ceux qui peuvent et veulent prendre la responsabilité de changer la situation dans le pays. […]

Nous devons tous travailler ensemble. Nous devrions tous être attentifs les uns aux autres et comprendre que dans des pays comme la Russie, la Biélorussie, l’Iran et le Venezuela, il y a des gens qui sont du bon côté de l’histoire. Il y a des gens qui veulent du changement, qui aspirent à la démocratie et qui sont emprisonnés ou réduits au silence pour avoir peur de s’exprimer. Il y a des gens assez courageux pour rester forts dans leurs valeurs et leurs croyances. […]

Nous faisons beaucoup de travail en ce moment pour affaiblir le régime, lutter contre la guerre et sauver les gens, mais nous pensons aussi à l’avenir [21].

Un concert à Moscou

Des officiers de la Garde nationale russe ont violemment empêché, à Moscou, un concert punk, ont déclaré des témoins oculaires aux médias indépendants iStories et TV Rain.

Le concert, Harvest Fest, devait avoir lieu dans un club appelé Mo[tri]. Selon les participants, la police anti-émeute est arrivée sur le lieu avant le début du spectacle, a forcé les spectateurs à s’allonger face cachée par terre et a mené des perquisitions.

Les agents de sécurité auraient inspecté les téléphones des participants et vérifié les canaux Telegram qu’ils suivaient. Une source a déclaré à iStories que les officiers cherchaient spécifiquement des abonnements aux chaînes liées à des organisations désignées comme « indésirables » par le gouvernement russe. Ceux qui suivaient les canaux anti-guerre ont été mis sous pression pour signer des contrats de service militaire. Plusieurs participants qui ont été abonnés aux chaînes ukrainiennes Telegram auraient été battus [22].

Grabovskoye

Les troupes de la Fédération de Russie ont fait irruption sur le territoire du village de Grabovskoye dans la région de Sumy en Ukraine, située à seulement 200 mètres de la frontière. De là, ils ont emmené tous les résidents locaux sur le territoire de la Russie – 52 personnes, dont des enfants et des femmes âgées, a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 22 décembre 2025. Selon lui, les forces armées russes ont également capturé 13 militaires [23].

Nazis

Alexeï Miltchakov

En 2011, Alexeï Miltchakov, alors âgé de 20 ans, devenait célèbre en se photographiant décapitant et dévorant un chiot devant un drapeau nazi.

Toujours nazi, bien que la propagande du IIIème Reich soit pénalement condamnable en Russie, il parade dans les écoles comme un exemple pour la jeunesse. Il a combattu depuis 2014 à la tête du Groupe de reconnaissance, de sabotage et d’assaut Roussitch qui s’est illustré par ses méthodes brutales et sadiques, qui préconise la torture et l’exécution des prisonniers de guerre et publie les photos de ses méfaits [24].

Denis Kapoustine

Denis Kapoustine, alias White Rex, un activiste néo-nazi bien que juif, a créé le Corps des volontaires russes (RDK), combattant aux côtés et sous l’autorité de l’Ukraine, comme la Légion Liberté de la Russie et le Bataillon sibérien, quelques milliers d’hommes au total, notamment pour l’invasion de la région de Koursk. Il a été tué le 27 décembre 2025 par un drone russe. Il dénonçait la « Gay-Europe », s’opposait au projet européen de l’Ukraine. « Kapoustine était remarquablement efficace pour reprogrammer les Russes qui finissaient par se rallier à notre cause », commente une commandant d’une unité de reconnaissance aérienne sans affiliation avec l’extrême droite [25]. Depuis 2019, il est interdit à Kapoustine d’entrer dans l’espace Schengen européen en raison de son implication dans des mouvements d’extrême droite au sein de la scène allemande des arts martiaux mixtes. Le ministère de l’Intérieur de l’État allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie l’a décrit comme « l’un des militants néo-nazis les plus influents et le créateur d’une sous-culture de combat professionnelle ».

Le 1er janvier 2026, la nouvelle était démentie : « Le commandant du Corps des volontaires russes (RDC) Denis Kapoustine n’a pas été tué à la suite d’une frappe de drone en Russie, a déclaré la Direction principale du renseignement (GUR) du ministère de la Défense de l’Ukraine. » Les services spéciaux de la Russie ont ordonné le meurtre de Kapoustine et ont alloué 500 000 dollars pour cela et le projet a échoué. « Nous avons établi qui, au sein des services secrets russes, avait ordonné le crime et qui devait le commettre », a déclaré le GUR.

Le chef du renseignement ukrainien, Kirill Boudanov, a félicité Kapoustine par lien vidéo « sur son retour à la vie ». « C’est toujours sympa. Je suis heureux que les fonds reçus pour avoir commandé votre liquidation soient allés à l’aide de notre lutte. Je nous souhaite à tous et à vous personnellement le succès », a déclaré Boudanov.

Galina Timchenko

Le tribunal de district de Cheremushkinsky de Moscou a condamné par contumace l’éditrice de Méduse Galina Timchenko à cinq ans de colonie correctionnelle pour avoir organisé les activités de cette organisation « indésirable ».

Comme l’a noté Mediazona, au cours du procès devant le tribunal, deux témoins de l’accusation ont témoigné de façon identique. Ils ont affirmé qu’un policier dans la rue leur avait proposé d’être témoins.

Allemagne

L’Allemagne a accueilli 1,2 million de réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants. Depuis l’été 2025, de jeunes hommes de moins de 23 ans affluent, beaucoup pour éviter le service militaire, malgré la prime de 20 000 euros proposée par le gouvernement. « Je ne risquerais pas ma vie même pour autant d’argent », déclare un Ukrainien dans un journal berlinois. Un autre explique : « Mon frère aîné était au front, mais il a déserté comme beaucoup d’autres. […] C’est une boucherie. » Selon le ministère allemand de l’Intérieur, le nombre de jeunes ukrainiens arrivant chaque semaine depuis le mois d’août est passé de cent à environ mille. Berlin accueille 100 000 réfugiés bien que les conditions d’accueil soient durcies. Entre 50 000 et 200 000 auraient déserté, selon les sources et les modes de calcul. L’Allemagne, en manque de main-d’œuvre, bénéficie de cet apport de jeunes gens facilement intégrables [26].

Football

À Donetsk, l’armée russe de la « Division sauvage du Donbass » a organisé un match de football entre les combattants de la brigade internationale « Pyatnashka » et les prisonniers de guerre ukrainiens. Cela a été rapporté le 25 décembre par le télégramme WarGonzo.

L’armée russe a forcé les prisonniers ukrainiens à porter des shorts bleus et des T-shirts jaunes avec les inscriptions de l’APU. À la fin, les joueurs ont échangé leurs T-shirts.

Le chef de la « Division sauvage du Donbass », Ahra Avidzba a déclaré que le jeu était appelé « match de la vie » contrairement au combat, qui est entré dans l’histoire comme le « match de la mort ». Il s’est tenu en 1942 sous l’autorité des troupes allemandes d’occupation à Kiev. Selon les autorités soviétiques, après ce match, les troupes allemandes ont tiré sur des joueurs de football-Kiev [27].

Fabien Mandon

Au congrès des maires de France, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a suggéré « d’accepter de perdre ses enfants ». Un maire rétorque : « Ils comptent sur nous pour faire le sale boulot. […] » Il ne voit pas comment convaincre des gens qui ne veulent pas de la guerre et qui refusent que leurs enfants la fassent. « Ne pas avoir envie de faire la guerre en temps de paix, c’est sain. » Un autre maire précise : « On ne rentre pas à la maison en disant aux gens de préparer leurs enfants à la guerre. Ce n’est pas notre rôle. » En même temps, d’autres communes signent des conventions avec des régiments, le ministère des Armées et la préfecture [28].

Cabu avait dessiné Le Grand Duduche face à un gradé militaire. Il lui disait : « Mon capitaine ! je veux mourir pour la France, C’est ma patrie !, C’est ma mère ! » Le soldat lui répondait : « Réformé ! Pas de dingue à l’armée ! »

Vyvozhuk

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2002, une organisation clandestine se faisant appeler Vyvozhuk s’est imposée comme une ressource essentielle pour les militants pacifistes. Elle les aide à fuir le pays au moment critique où leur opposition farouche à la politique belliciste du Kremlin risque de leur valoir une peine de prison.

La semaine dernière, l’équipe a annoncé qu’elle mettrait fin à toute assistance directe, y compris les consultations juridiques et d’évacuation, et qu’elle fermerait sa ligne d’assistance téléphonique pour les Russes confrontés à la persécution politique à la fin de l’année.

« Depuis trois ans, les fondations qui octroient des subventions refusent généralement de prendre en charge les coûts des évacuations. Or, c’est notre priorité absolue, et cela exige des ressources considérables. Une seule évacuation peut coûter plus de 800 € », a déclaré un membre du groupe à Novaya Gazeta Europe. « Toutes nos activités ont été possibles grâce à la générosité de personnes qui ont fait des dons spécifiquement destinés aux évacuations. Lorsque nos ressources ont considérablement diminué, nous avons dû prendre une décision. »

Vyvozhuk, une initiative née de la collaboration de plusieurs projets pacifistes et de militants, a vu le jour en octobre 2022. L’organisation, dont le nom est un jeu de mots entre « évacuation » et « insecte », a été créée en réaction à la nouvelle vague de répression politique qui a suivi l’invasion russe de l’Ukraine plus tôt dans l’année. À ses débuts, Vyvozhuk comptait six membres, travaillant pour la plupart anonymement. L’équipe est volontairement restée restreinte afin d’éviter tout risque inutile, traitant entre 60 et 70 demandes de vol par mois.

Le travail du groupe ne s’arrêtait souvent pas une fois l’évacuation terminée, car les personnes faisant l’objet de poursuites pénales en Russie restent souvent en danger même après avoir quitté le pays.

Alors que, avant 2022, ce sont principalement les journalistes, les militants et les défenseurs des droits de l’homme qui souhaitaient fuir à l’étranger, le déclenchement de la guerre a changé la donne, avec le début de la persécution de toute personne en désaccord avec la politique de l’État.

Lidia Prudovskaya, aiguilleuse à la gare de Mirny, ville fermée de l’Arctique russe, est l’une de ces personnes. Elle a été poursuivie en justice pour des publications sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, elle et ses enfants attendent une décision concernant leur demande d’asile politique en France.

Olesya Krivtsova, 22 ans, originaire de la région d’Arkhangelsk, dans le nord de la Russie, a fui le pays il y a deux ans alors qu’elle était assignée à résidence dans l’attente de son procès pour des publications pacifistes sur les réseaux sociaux. Au moment de sa fuite, elle portait encore un bracelet électronique à la cheville.

« J’étais accusée de discréditer l’armée et de justifier le terrorisme dans des publications en ligne. Je risquais jusqu’à dix ans de prison », raconte-t-elle. Elle a contacté Vyvozhuk par l’intermédiaire d’une amie qui avait déjà quitté le pays avec l’aide du groupe.

« Je m’étais fait une idée de ce à quoi ressemblerait l’évacuation : errer dans la forêt en tenue de camouflage et franchir la frontière illégalement. Mais la réalité était tout autre », raconte Krivtsova. « Quand j’ai contacté les militants, mon itinéraire était incertain. Ma mère craignait beaucoup que cela n’aboutisse à rien. Je me fichais de savoir à qui je ferais confiance pour m’aider à m’en sortir ; je savais juste que si je ne m’échappais pas, j’irais en prison. Et s’ils m’attrapaient en chemin, ils me mettraient en prison de toute façon. Ce n’était qu’une question de temps. »

Krivtsova a commencé à préparer son départ de Russie. Elle avait son passeport, que sa mère avait prudemment caché lorsque les poursuites pénales contre sa fille avaient été ouvertes. Elle a quitté son domicile à quatre heures du matin, portant un bracelet électronique et munie d’un nouveau téléphone portable.

Krivtsova affirme qu’elle peut désormais considérer la Russie d’un point de vue européen et qu’elle n’est pas en prison grâce à Vyvozhuk. « Ils m’ont littéralement sauvé la vie », déclare-t-elle.

Elle a déclaré que des militants de Vyvozhuk l’avaient accompagnée jusqu’à la frontière, lui indiquant où elle pouvait s’arrêter pour se restaurer, acheter des cigarettes et même se reposer un peu. À la demande de Vyvozhuk, nous ne divulguerons pas davantage de détails sur l’itinéraire d’évacuation pour des raisons de sécurité et afin qu’il puisse être réutilisé ultérieurement.

Krivtsova a réussi à franchir la frontière lituanienne où son mari l’a finalement rejointe. Elle s’est ensuite installée en Norvège après avoir été embauchée par le Barents Observer, un journal indépendant basé à Kirkenes, où elle travaille désormais à seulement 15 km de la frontière russe. Sa mère et sa sœur de 10 ans l’ont également rejointe en Norvège et attendent actuellement une décision concernant leur demande d’asile.

Roman, un homme de 47 ans originaire de Gagarine, dans la région de Smolensk (ouest de la Russie), a fui la Russie en janvier. Malgré une fuite difficile et éprouvante, il a réussi à s’échapper et vit désormais en Arménie.

Roman a pris la fuite alors qu’il était poursuivi pour des propos tenus sur Telegram concernant l’ attentat terroriste perpétré contre l’hôtel de ville Crocus de Moscou en mars 2024, attentat dont il accusait le Service fédéral de sécurité russe (FSB), avant de regretter publiquement son vote pour Vladimir Poutine lors des élections présidentielles qui s’étaient tenues plus tôt dans le mois, étant donné qu’il n’avait pas pu empêcher l’attaque.

En octobre 2024, des membres de la branche de Smolensk du FSB se sont présentés à son domicile. Ils ont saisi tous ses appareils électroniques, tandis que Roman lui-même a été emmené pour des heures d’interrogatoire et finalement inculpé d’apologie du terrorisme et assigné à résidence. Roman a alors commencé à chercher des militants susceptibles de l’aider à quitter le pays et a rencontré Vyvozhuk.

Pendant les conversations plutôt étranges qu’il avait avec l’enquêteur du FSB chargé de son affaire, qui refusait que Roman change d’avocat commis d’office et l’encourageait à ne parler à personne de l’affaire, Roman n’a évidemment jamais fait mention de son projet de fuir le pays.

« Je comprends qu’ils voulaient m’enfermer discrètement pour que personne ne s’en aperçoive. L’enquêteur a essayé de m’intimider en disant que si je faisais intervenir des militants des droits de l’Homme, ils m’accuseraient aussi de collaborer avec les forces armées ukrainiennes. »

Roman a vu l’enquêteur pour la dernière fois le 15 janvier, alors que Vyvozhuk préparait son départ pour l’Arménie, trois jours plus tard. Roman était déjà à Erevan le 20 janvier, mais il a eu des difficultés à ouvrir un compte bancaire arménien, les autorités russes l’ayant inscrit sur leur liste d’extrémistes et de terroristes. Il a néanmoins trouvé un emploi de nettoyeur et partage actuellement un appartement avec plusieurs autres réfugiés russes.

« Ils sont comme moi. Des déserteurs, des extrémistes… des Russes de tous horizons », plaisante Roman. « Vyvozhuk m’a trouvé un avocat qui a déposé mon dossier auprès du consulat de France local pour une demande de visa humanitaire. J’attends leur réponse », ajoute-t-il.

Un retour en Russie n’est toutefois pas envisageable pour Roman dans un avenir proche. Il n’a pas de famille proche dans la région de Smolensk et affirme être considéré comme un traître par ses parents éloignés en raison de sa participation à des manifestations antigouvernementales.

« J’ai passé trois mois à me demander si je devais partir ou non. L’inconnu me faisait peur. J’espérais peut-être n’écoper que d’une peine avec sursis ou d’une amende. Mais j’ai vérifié et presque tous ceux qui sont reconnus coupables de ces faits sont condamnés à une peine de prison ferme », explique Roman. « Je pense qu’ils m’auraient rendu la vie insupportable. »

Ces trois dernières années, les militants de Vyvozhuk ont aidé plus de 200 Russes à fuir le pays en toute sécurité et ont conseillé plus de 1 700 autres sur les modalités d’émigration et d’installation à l’étranger. Ceux qu’ils ont aidés à quitter la Russie risquaient au total 768 ans de prison. « Aider ne serait-ce qu’une seule personne à éviter la prison, c’est déjà formidable. », commente un militant [29].

Bourrage de crâne

Depuis septembre 2024, des cours dits de Conversations Importantes ont eu lieu dans des jardins d’enfants dans 22 régions russes, avec des enseignants travaillant à partir d’un manuel spécialement conçu. Selon ses notes de bas de page, chaque leçon est conçue pour favoriser les valeurs « civiques, patriotiques et éthiques ».

On dit aux enfants que tous les pays, sauf la Russie, sont petits. On leur demande de s’imaginer comme « sentinelles sur le mur du Kremlin » et de « jouer à être des soldats ». D’autres chapitres se concentrent sur l’amitié, les « bonnes actions » et le langage poli.

« La Russie a toujours défendu sa terre et ses citoyens contre les ennemis et a toujours gagné », indique le programme d’étude.

Cette année des militants orthodoxes ont visité les écoles et les collèges. À Saint-Pétersbourg, un centre diocésain pour la protection de la maternité, rend compte régulièrement des rencontres avec les élèves sur la chasteté, les valeurs traditionnelles et l’importance des familles nombreuses.

Au cours d’une telle réunion, les écolières ont appris que la « contraception ne fonctionne pas ».

L’État continue également de punir les écoliers qui expriment leur position politique ou leur identité. En avril, Sévastyan Sultanov, 15 ans, originaire du Tatarstan, a reçu l’interdiction d’assister à des événements publics, et n’a pas été autorisé à quitter la ville sans avoir d’abord reçu l’autorisation des autorités en raison de ses graffitis mettant en vedette le chef de l’opposition tué Alexey Navalny.

En septembre, un adolescent de Moscou qui a embrassé un autre jeune homme a été accusé d’avoir posé une menace « pour la sécurité publique et la morale » et de promouvoir ce que les responsables appelaient « propagande de relations sexuelles non traditionnelles » [30].

Grigory Yeremeyev

Un homme politique de la ville russe de la région de la Volga, à Samara, a été accusé d’avoir « abusé de la liberté de la presse » pour un discours qu’il a prononcé lors de l’assemblée régionale condamnant Vladimir Poutine et la guerre en Ukraine, a rapporté jeudi la chaîne 7x7 d’information indépendante Horizontal Russia.

Grigory Yeremeyev, 69 ans, membre du Parti démocrate de Russie, un parti fondé dans les années 1990 qui n’est actuellement représenté à aucun niveau de gouvernement dans le pays, fait face à une amende allant jusqu’à 100 000 roubles (1 080 €) pour un discours qu’il a prononcé fin décembre alors qu’il était le seul homme politique à accepter l’invitation annuelle à des partis non représentés dans la Douma régionale de Samara pour s’adresser à l’assemblée.

Yeremeyev a également publié une transcription de son discours en ligne, dans laquelle il a déclaré que Vladimir Poutine avait « compris depuis longtemps l’erreur » d’envahir l’Ukraine, mais qu’il était maintenant incapable de retirer ses troupes sans entrer dans l’histoire comme ayant perdu la guerre.

Yeremeyev a suggéré que les députés de Samara s’excusent auprès de leurs électeurs, « partagent la responsabilité de l’échec avec Poutine » et lui conseillent de mettre fin à l’invasion, et a exhorté l’instance à encourager d’autres parlements régionaux à voter pour une initiative similaire.

Selon Gennady Kotelnikov, députée à la Douma régionale de Samara du parti au pouvoir Russie unie, les députés ont « fermement condamné » ses propos et ont unanimement accepté d’alerter les forces de l’ordre. La Douma a également adopté une résolution demandant qu’Yeremeyev soit évalué comme un « agent étranger », et décrivant son discours comme « une tentative délibérée de discréditer » l’assemblée.

Turquie

La Turquie était autrefois une plaque tournante dynamique pour l’opposition russe en exil, mais sa communauté anti-guerre subit maintenant une pression croissante de la part des forces à la fois de près et de loin. Les relocalisants russes en Turquie aujourd’hui doivent en quelque sorte garder la tête basse.

Déjà une destination de vacances populaire pour les Russes, à qui elle offre des voyages sans visa, la Turquie est devenue un aimant pour les militants anti-guerre russes en 2023, accueillant des forums sur l’aide aux réfugiés ukrainiens et pour discuter de l’action contre la dictature militaire russe.

Des militants ukrainiens et russes ont organisé des manifestations à travers la Turquie, exigeant la fin de la guerre. Les foires caritatives ont favorisé la solidarité et levé des milliers d’euros pour l’aide humanitaire et médicale ukrainienne. Comme l’a dit un organisateur de foires, « les foires ne concernaient pas seulement la vente de produits et l’envoi d’aide. L’objectif était de rassembler des personnes de différentes nationalités pour éviter la discorde et construire un nouvel avenir. »

Les groupes anti-guerre tels que l’Arche, Istanbul pour l’Ukraine et les Russes contre la guerre Antalya ont connu une croissance rapide sur les plateformes de médias sociaux, gagnant des milliers d’abonnés sur Telegram et Instagram.

La Turquie, un fervent partisan de l’Ukraine, a accueilli quelque 80 000 citoyens russes fuyant la guerre et la mobilisation en 2022, juste après le Kazakhstan. Des milliers d’Ukrainiens ont également fui vers le pays, et les groupes de la diaspora des deux parties ont coopéré étroitement, contrairement à de nombreux autres pays bénéficiaires.

L’emplacement stratégique de la Turquie a permis une vaste collaboration transnationale. Son régime d’exemption de visa pour les citoyens russes et sa poursuite des liaisons de transport vers la Russie, qui ont été suspendues par les pays européens à la suite de l’invasion de l’Ukraine, ont été cruciaux pour son succès. « Contrairement aux forums de Vilnius et de Berlin, nous pouvions inviter des délégués de Russie. Nous voulions vraiment être un pont entre l’Europe et la Russie, m’a dit l’un des organisateurs du forum Antalya, ajoutant que « cela s’est avéré être un événement dynamique et efficace ».

Les problèmes économiques de la Turquie, avec une inflation atteignant 60 % en 2023 et 2024, ont poussé de nombreux migrants russes à déménager ailleurs. Selon un Russe qui a récemment déménagé en Serbie, « La Turquie est devenue un pays extrêmement cher. En seulement trois ans, les prix du dollar ont triplé et les prix de la livre turque ont augmenté encore plus. En termes de rapport qualité-prix, la Turquie est devenue nettement moins compétitive. »

De nombreux migrants russes ne reçoivent que des permis de séjour à des fins touristiques, et même ceux-ci peuvent être révoqués pour avoir participé à des activités politiquement indésirables, ce qui pourrait entraîner l’expulsion et l’emprisonnement en Russie. La situation actuelle « se résume à la survie quotidienne », comme l’a dit une militante, expliquant qu’elle n’a jamais obtenu de permis de séjour que pendant cinq ou six mois à la fois.

Après la mort du chef de l’opposition emprisonné Alexey Navalny en 2024, les efforts visant à créer ne serait-ce qu’un petit mémorial informel à Istanbul ont rencontré la résistance de la police. Comme un militant russe me l’a dit, « La Turquie n’est pas un endroit où vivre à long terme – politiquement, c’est à cinq minutes d’être la Russie. »

En outre, le Centre russe de lutte contre l’extrémisme (Centre E), une agence du Service fédéral de sécurité (FSB), aurait cherché à surveiller et à perturber l’activisme anti-guerre en Turquie. Les agents du Centre E ont infiltré les cercles activistes, collectant des informations sur les participants, prenant des photos, attisant les conflits internes, sabotant les activités et cherchant un effet de levier potentiel sur des figures clés du mouvement anti-guerre [31].

Bélarus

Malgré les dénégations persistantes du dictateur biélorusse Aleksander Loukachenko, toutes les preuves indiquent que Minsk joue un rôle actif dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Non seulement le Bélarus autorise les forces russes à utiliser ses hôpitaux et ses aérodromes, mais il fournit également des équipements essentiels pour la machine de guerre du Kremlin, et le régime oblige même ses propres prisonniers à produire des marchandises pour le front.

Des prisonniers ont témoigné être obligés de fabriquer des composants d’obus pour lesquels d’autres devaient fabriquer des caisses. « Lorsque les grandes funérailles des "héros de l’opération militaire spéciale" ont été montrées à la télévision, nous avons remarqué qu’il s’agissait de nos cercueils, ceux que nous avons construits », se souvient Maksim Viniarski, un ancien détenu de la colonie pénitentiaire n° 3. « Je ne peux pas dire avec certitude, mais la ressemblance était étrange. »

Dans le même temps, dans la colonie pénitentiaire n° 15, les prisonniers ont commencé à produire en masse des bouquets commémoratifs en plastique en quantités stupéfiantes, fabriquant toutes sortes de fleurs, des roses et des œillets… « Nous avons produit en moyenne 3 000 à 6 000 fleurs par jour, qui ont été emportées dans des camions. »

Début 2023, dans la colonie pénitentiaire n° 22, une commande urgente a été reçue pour 500 lits. « Quand nous avions construit un peu plus de 400 de ces lits, les camions venaient avec des caisses d’emballage et nous devions rapidement les emballer et les charger », se souvient un ancien prisonnier, ajoutant que sur les boîtes il était déclaré « produites à la demande du ministère de la Défense de la Fédération de Russie dans la région de Moscou ».

Des vêtements et des pièces d’uniformes étaient aussi exigées, en particulier lors de la mobilisation russe de septembre 2022.

Dans chaque colonie pénitentiaire bélarusse, il y a toujours des ateliers peu qualifiés. Ceux-ci sont principalement pour le travail des métaux et sont souvent peuplés de prisonniers politiques.

« Ils apportent de vieux câbles et fils à l’atelier, d’où nous avons dû dépouiller et extraire le cuivre, l’aluminium et le plomb », explique Akihiro Hayevskyi-Hanada. « Aucun d’entre nous n’a vu de preuve directe, mais nous craignions que le même plomb ne soit plus tard utilisé pour faire des balles. »

Dans la colonie pénitentiaire de Hayevskyi-Hanada, des câbles ont été apportés de la région d’Homyel et, selon lui, de la zone d’exclusion de Tchernobyl. « Parfois, lorsque nous avons retiré le revêtement de fil, nous avons trouvé des étiquettes indiquant qu’elles dataient de 1980 ou 1981. Il était clair qu’ils avaient survécu à la catastrophe de Tchernobyl. »

« Nous avons extrait des tonnes de plomb dans la colonie pénitentiaire n° 3 », se souvient Vinyarskyi. « Les patrons ont eu l’idée que pour un meilleur rendement, il faudrait le fondre. Avez-vous déjà entendu parler de la fusion de plomb à ciel ouvert ? Il est difficile de penser à quelque chose de plus dangereux ou nuisible. Nous avons également brûlé l’isolation du bâtiment, le goudron et d’autres matériaux similaires. » « La fumée noire planait sur la ville et il était impossible de se cacher d’où elle venait. Ce n’est qu’après que les services d’urgence se sont plaints que nous avons arrêté de fondre le plomb. »

Pendant ce temps, les prisonniers de la colonie de Mahilyow brûlaient du cuivre. « Ils l’ont fait à l’ancienne : brûler du plastique à l’air libre, sans aucun filtre et sans aucune protection », se souvient un ancien prisonnier.

« Juste à côté de la colonie pénitentiaire, il y avait un champ de colza vers lequel toute cette fumée ignoble s’agitait – tantôt noire, tantôt jaune, tantôt orange et tantôt même violette.

« Au moins, il y avait une chose réjouissante », dit-il. « Les gardiens de prison ont été forcés de respirer le même air que nous » [32].

Spoliations

Le 15 décembre 2025, Vladimir Poutine a signé une loi qui autorise les administrations russes sur les territoires illégalement annexés d’Ukraine de saisir les logements considérés « sans propriétaire ». Pour être propriétaire, il faut être de nationalité russe et avoir enregistré son bien auprès de la puissance occupante. Les biens saisis doivent être distribués aux Russes ayant perdu leur logement « à la suite d’acte d’agression contre la Fédération de Russie ». Les rôles de spoliateur et de victime sont inversés. Le but est d’« accélérer l’intégration des territoires "rattachés" ». La Convention de La Haye interdit l’appropriation de biens privés dans les territoires occupés.

L’ancien conseiller de l’ex-maire de Marioupol estime que 75 000 appartements de la ville sont inhabitables. 493 immeubles sont définitivement détruits. Les autorités d’occupation ont reconstruit 5 500 logements, laissant 22 000 Marioupolitains sans logements. La mairie d’occupation a déjà répertorié 4 000 immeubles « sans propriétaire ». Les dénonciations sont encouragées [33].

[1Cité par Patrick Siberstein, « Ils ne passeront pas ! », Brigades éditoriales de solidarité, n° 45, 16 janvier 2026.

[2Ibidem.

[3Oleksandr Kitral, « Comment les habitant·es des villages détruits œuvrent à des perspectives pour le développement des enfants », Brigades éditoriales de solidarité, n° 45, 16 janvier 2026.

[4Hanna Perekhoda, « Le droit de résister », Brigades éditoriales de solidarité, n° 45, 16 janvier 2026.

[5Olena Tkalitch, traduction Patrick Le Tréhondat, Brigades éditoriales de solidarité, n° 45, 16 janvier 2026.

[6Ibidem.

[7Ibidem.

[8Michel Henry, « Comment la Pologne se prépare à la guerre », Kometa n° 11.

[9Anna Halboth, « Au bord de l’Europe », traduit du polonais par Erik Veaux, Kometa n° 11.

[11https://novayagazeta.eu/articles/2026/01/15/family-feud-en, 15 janvier 2026, consulté le 20 janvier 2026.

[12Alexandre Léonidovitch, https://novayagazeta.eu/articles/2025/12/02/the-last-party-en, 2 janvier 2026, consulté le 3 janvier 2026.

[14Jean-Christophe Féraud, « Armement, les industriels français ont la Bourse en ligne de mire », Libération, 7 janvier 2025.

[15Jean-Christophe Féraud, « Rheinmetall, la course folle d’un géant allemand », Libération, 7 janvier 2025.

[16Vernonika Dorman, « Retours forcés en Russie, On se sentait plus libres dans une prison américaine », Libération, 8 janvier 2026.

[17Alain Guimmeloles, « Le chercheur français a été libéré contre un basketteur russe », La Croix, 9 janvier 2026.

[18Julien Lecot, « Le Français Laurent Vinatier libéré, en échange d’un basketteur russe. », Libération, 9 janvier 2026.

[19Helsingin Sanomat, 1er janvier 2026, cité par L’Express, 8 janvier 2025.

[20Neue Zürcher Zeitung, 27 décembre 2025, cité par L’Express, 8 janvier 2025.

[21https://meduza.io/en/feature/2026/01/06/agents-of-change, 6 janvier 2026, consulté le 12 janvier 2026.

[22https://meduza.io/en/feature/2026/01/07/batons-stun-guns-the-full-package, 7 janvier 2026, consulté le 13 janvier 2026.

[24Emmanuel Grynszpan, « Un néonazi russe montré en exemple aux collégiens de Saint-Pétersbourg », Le Monde, 27 décembre 2025.

[25Stéphane Siohan, « Le commandant d’un bataillon russe anti-Poutine tué au combat », Le Soir, 31 décembre 2025.

[26Christophe Bourdoiseau, « Ces milliers de jeunes Ukrainiens qui rejoignent l’Allemagne pour éviter l’enrôlement », Le Soir, 27 décembre 2025.

[28Benoît Floc’h, « Les maires circonspects face à l’appel des armées », Le Monde, 1er janvier 2025.

[29https://novayagazeta.eu/articles/2025/12/22/flight-cancellation-en, 22 décembre 2025, consulté le 1er janvier 2026.

[30https://novayagazeta.eu/articles/2025/12/26/stolen-youth-en, 26 décembre 2025, consulté le 1er janvier 2026.

[31Ekaterina Vorobeva, https://novayagazeta.eu/articles/2025/12/18/all-change-en, 18 décembre 2025, consulté le 1er janvier 2026.

[32https://novayagazeta.eu/articles/2025/11/28/special-military-obligation-en, 28 novembre 2025, consulté le 2 janvier 2025. Les noms ont été changés par mesure de sécurité.

[33Emmanuel Grynszpan, « Une spoliation massive dans les zones occupées », Le Monde, 3 janvier 2026.

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Retrouvez la vingt-cinquième partie de cette rubrique, novembre 2025

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Dossier paru dans le numéro 164-165 de «  Damoclès  ».

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