Résistances aux guerres

Les réfractaires depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie (24ème épisode • octobre 2025)

Mis à jour le 31 octobre 2025


Mise en ligne : Vendredi 3 octobre 2025
Dernière modification : Lundi 10 novembre 2025

Depuis octobre 2022, Guy Dechesne recense longuement les actes de désertion, d’insoumission, de désobéissance et d’exil posés pour refuser de combattre, les actions de désobéissance civiles pour entraver la guerre et les appuis que les réfractaires reçoivent tant dans les pays concernés qu’à l’étranger dans le prolongement d’un dossier paru dans le numéro 164-165 de « Damoclès »
Les chroniques ont été rassemblées dans un ouvrage co-édité avec les éditions Syllepse et disponible auprès de l’Observatoire.
Cette rubrique est rédigée à partir d’un suivi méticuleux des médias. 24ème épisode, octobre 2025.

Retrouvez les épisodes précédents dans la rubrique Résistances

Stoptime

Le 16 octobre 2025, un tribunal de Saint-Pétersbourg a placé en détention administrative trois membres du groupe Stoptime, qui interprétaient des chansons de musiciens « agents étrangers » dans les rues de la ville. Le chanteur, le guitariste et le batteur de Stoptime sont accusés d’avoir organisé un rassemblement. De plus, la chanteuse Diana Loginova (Naoko, 18 ans) a été inculpée de deux chefs d’accusation de « discrédit » envers l’armée, ce qui pourrait donner lieu à des poursuites pénales. Une ambulance l’a emmenée après son procès. Elle pourrait être hospitalisée pour la nuit.

Les vidéos des performances de Stoptime sont rapidement devenues virales sur les réseaux sociaux. Des dizaines de personnes se sont rassemblées pour assister à ces concerts de rue improvisés.

Des dizaines de personnes se sont rendues le 25 octobre au bureau de réception de l’administration présidentielle russe à Moscou pour signer une pétition exigeant la libération des musiciens de Stoptime.

En plus de demander une révision de la décision du tribunal sur l’arrestation administrative des musiciens qui ont interprété des chansons d’« agents étrangers », les auteurs du recours ont demandé une enquête sur la pratique des dénonciations massives et l’application des articles sur le discrédit de l’armée et l’organisation de rassemblements massifs de citoyens dans les lieux publics en relation avec les représentations musicales publiques.

Des défenseurs des droits des animaux se sont également rendus samedi au bureau d’accueil de l’administration présidentielle pour déposer leur pétition. Ils souhaitaient protester contre de nouveaux projets de loi interdisant, entre autres, de nourrir les animaux errants sous peine d’amende. Sotavision estime que plusieurs dizaines de défenseurs des droits des animaux étaient également présents.

Un affrontement a éclaté entre deux groupes rassemblés devant la réception de l’administration présidentielle, a rapporté Bumaga. Des défenseurs des droits des animaux ont critiqué les nouveaux arrivants : ils ont commencé à les insulter, à crier « Nous sommes pour Poutine ! » et à exiger que la police évacue les « provocateurs », a rapporté le correspondant du journal. La police postée devant la réception n’a procédé à aucune arrestation [1].

Après l’arrestation des participants de Stoptime, d’autres musiciens de rue de différentes villes russes, ainsi que des blogueurs russes, sont venus les soutenir. Selon Bumaga, trois personnes ont été arrêtées et emmenées au poste de police [2].

Avant le début du procès, Diana Loginova et Alexander Orlov ont annoncé leurs fiançailles [3].

Non à la violence

Chaque année, 14 000 femmes russes succombent sous la violence de leur compagnon [4].

Fin octobre 2025, le centre d’aide aux victimes de violences conjugales Nasiliu.net (No to Violence) a annoncé sa fermeture en raison de la loi sur les « agents étrangers ». L’ONG avait obtenu ce statut en 2020. Ensuite, le centre a été expulsé de ses locaux, où les victimes pouvaient se rendre. Les services de paiement acceptant les dons ont également été progressivement refusés aux militants des droits humains pour collecter des fonds. Selon Anna Rivina, fondatrice de « No to Violence » en 2015, les dons étaient le seul moyen de subsistance de l’organisation. Meduza s’est entretenue avec Rivina sur l’impact du durcissement de la législation sur les « agents étrangers » sur les droits des femmes en Russie et sur les raisons pour lesquelles « No to Violence » n’a pas réussi à maintenir sa position dans la lutte pour les droits humains.

Les « zéroistes »

La revue Verstka a compilé une base de données des militaires russes qui tuent leurs camarades. Ces représailles sont appelées « mises à zéro », et ceux qui les organisent et les mettent en œuvre sont appelés « mises à zéro ».

La base de données comprend 101 militaires. Verstka qualifie 79 d’entre eux d’« identifiés », ce qui signifie que la publication a obtenu au moins deux confirmations indépendantes de leurs crimes présumés. Les preuves concernant les 22 autres individus sont encore insuffisantes. « C’est pourquoi la base de données sera régulièrement mise à jour », écrit Verstka, invitant les lecteurs à partager des informations.

La quasi-totalité des 79 militaires « identifiés » figurant dans le dossier sont des commandants de divers niveaux. Des informations détaillées sont disponibles sur la plupart d’entre eux : noms et prénoms, grades et unités, et photos. Verstka souligne que seules quelques-unes de ces personnes ont été poursuivies. Une source au sein du parquet militaire principal a déclaré que l’agence avait imposé une interdiction officieuse d’enquêter sur les officiers combattant en Ukraine, arguant que « cela pourrait avoir un impact négatif sur les opérations militaires ».

La même source a fourni à Verstka des données sur les plaintes reçues par le parquet militaire principal au cours du premier semestre 2025 (près de 29 000). Ces informations ont constitué l’une des sources des dossiers de « mise à zéro ». D’autres sources comprenaient des témoignages de militaires russes et de leurs proches ayant discuté avec Verstka, des messages dans des chats thématiques et des informations provenant de chaînes Telegram et de médias.

Une source de Verstka a précisé que depuis le début de la guerre à grande échelle de la Russie avec l’Ukraine, le parquet militaire principal a reçu plus de 12 000 plaintes liées à des représailles contre du personnel.

Dans l’armée russe, les représailles prennent diverses formes, allant du meurtre pur et simple d’un camarade à la torture mortelle, en passant par l’envoi d’un soldat dans une attaque délibérément meurtrière sans armes ni équipement de protection.

Les soldats russes « coupables » au front sont détenus dans des caves et des fosses. Un soldat nommé Yuri, qui a servi dans la 114e brigade de fusiliers motorisés, a raconté à Verstka que les prisonniers sont privés de nourriture et d’eau et battus plusieurs fois par jour. Il a ajouté que certains prisonniers meurent directement dans les fosses, et que les survivants sont parfois contraints de s’entretuer.

Les témoins oculaires des exécutions qui ont parlé à Verstka pensent que la « mise à zéro » est pratiquée soit par des commandants sadiques, soit par ceux qui ne voient aucun autre moyen de discipliner les soldats. Mais les personnes interrogées par Verstka citent l’argent comme motif le plus courant.

Par exemple, Andreï Bykov, qui servait dans la compagnie d’assaut du 80ème régiment de chars de la Garde, a été tué après avoir été victime d’extorsion. Sa mère a raconté à Verstka qu’il avait reçu une indemnisation pour sa blessure, et les commandants portant les indicatifs « Dudka » et « Kemer » ont commencé à lui réclamer la moitié de l’argent. Bykov a refusé de remettre l’argent et s’est acheté une Toyota Camry. Les commandants ont alors exigé qu’il leur rende la voiture. Bykov a de nouveau refusé, après quoi il a été tué. « On m’a dit qu’avant de mourir, ils l’ont battu à mort sans laisser de traces. Il repose là, dans une zone forestière à Galitsynovka [un village de la région de Donetsk]. Les hommes peuvent même montrer où il se trouve. Mais les enquêteurs ont fait preuve d’une inaction totale. Je suis sous le choc. Le garçon repose là depuis le 8 mai. Je ne peux pas l’enterrer », a déclaré Tatiana Bykova.

Il s’agit d’une autre forme courante de « mise à zéro », généralement appliquée à ceux qui refusent de participer à des « assauts de masse » ou à d’autres missions manifestement mortelles. « Vous n’atteindrez pas ces positions, car les drones vous détruiront. C’est pourquoi ils refusent », a expliqué un soldat mobilisé nommé Alexey. Il a raconté qu’au sein du 2ème bataillon de la 7ème brigade de fusiliers motorisés, ceux qui refusaient de participer aux assauts étaient abattus à bout portant, puis leurs corps étaient noyés dans une rivière ou enterrés dans la forêt.

Selon deux sources de Verstka, « Kemer » a personnellement abattu un soldat portant l’indicatif « Fix » qui refusait de servir d’appât à l’ennemi pour le forcer à ouvrir le feu et à révéler ses positions. Avant sa mort, « Fix » a été battu et torturé avec un pistolet paralysant. Une vidéo a été filmée, diffusée ultérieurement sur un forum de discussion des proches des soldats [5].

Bernard Guetta

Dans une tribune de Libération [6], Bernard Guetta, député européen Renew, énumère les raisons pour lesquelles Poutine devrait s’inquiéter : les commandes militaires qui entraînaient la croissance économique reculent ; les prix à la consommation augmentent ; les taux d’intérêt atteignent 20 % ; l’armée peine à recruter même dans les régions les plus pauvres car il y a bien plus de morts au combat que d’anciens combattant de retour ; l’armée ne progresse plus malgré son avantage en armes et en hommes ; Donald Trump est déçu par Poutine.

La Russie bloque Internet et les téléphones

Depuis le printemps 2025, la Russie bloque fréquemment Internet et la téléphonie mobile, en prétextant d’éviter les attaques de drones ukrainiens, ce qui est inefficace. Tous les étrangers sont soumis à un blocage de leurs communications pendant 24 heures. Pour avoir une carte SIM utilisable en Russie, il faut fournir ses données biométriques : empreintes digitales, voix, photographie [7].

Des Kénians combattants en Ukraine

Plusieurs Kényans « innocents » ont été « trompés » par des recruteurs aux méthodes « peu scrupuleuses » et se sont retrouvés « sur les champs de bataille » face aux troupes ukrainiennes, a affirmé, lundi 27 octobre 2025, Nairobi dans un communiqué.

Le Kenya, dans ce texte, exprime « sa préoccupation face au fait que ses jeunes citoyens continuent d’être trompés par ces agents corrompus et cruels pour se rendre en Russie et se retrouvent involontairement impliqués dans des opérations militaires russes ».

La Russie a été accusée à plusieurs reprises d’avoir trompé des ressortissants de pays pauvres pour qu’ils s’engagent par un contrat écrit en russe, qu’ils ne comprennent pas, avec son armée. À la mi-octobre, le quotidien kényan Daily Nation a également fait témoigner un ancien militaire kényan entré volontairement dans le mercenariat côté russe [8].

Manifestation contre le retrait de la Lettonie de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique

Une manifestation de grande ampleur contre le retrait de la Lettonie de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul) s’est déroulée dans le centre de Riga.

La police d’État estime à environ trois mille le nombre de participants à la manifestation. Des images vidéo montrent un rassemblement de manifestants rue Jēkaba, près du Parlement [9].

Auparavant, la Russie s’était aussi retirée de la convention.

Les Matins de France Culture

Le 30 octobre 2025, Astrid de Villaines a reçu dans Les Matins de France Culture Svetlana Tikhanovskaïa, leader de l’opposition à Alexandre Loukachenko, réfugiée en Lituanie, et Elena Volochine qui a reçu le Prix Albert Londres 2025 pour son livre Propagande, l’arme de guerre de Vladimir Poutine [10].

Hommage aux victimes des répressions soviétiques

À un moment où les autorités russes sont accusées de réhabiliter Joseph Staline et d’instrumentaliser l’histoire pour justifier l’offensive en Ukraine, des diplomates occidentaux en poste à Moscou ont rendu hommage le 29 octobre 2025aux victimes des répressions de l’époque soviétique.

Des diplomates britanniques, français, allemands et des représentants de l’Union européenne ont déposé des fleurs au pied de la Pierre des Solovki, un mémorial installé en 1990 dans la capitale russe devant le siège du KGB (aujourd’hui FSB) pour rendre hommage aux victimes des répressions soviétiques. Quelques autres personnes présentes, des anonymes, ont fait le même geste. Certaines couronnes étaient ornées de rubans jaunes et bleus, les couleurs du drapeau ukrainien, taboues en Russie. D’autres arboraient du bleu et du blanc, des couleurs en général associées aux mouvements d’opposition russes [11].

Forum Russie-Libertés

Le Forum Russie-Libertés 2025, organisé par l’association française Russie-Libertés, s’est tenu le samedi 11 octobre à Paris, en présence de personnalités politiques, d’experts internationaux et de représentants des sociétés civiles russe et ukrainienne.

Sur le thème « Les sociétés face à la guerre », cet événement a réuni plus de 300 participants pour analyser les défis actuels de la société russe, les voies vers la paix en Ukraine et les moyens de contrer la désinformation en Russie.

Quelques phrases-clés :

  • Arnold Khatchaturov (Novaya Gazeta Europe) « 40 000 actes de contestation depuis le début de la guerre massive ont été répertoriés – c’est environ 30 actes de protestation par jour. »
  • Serguey Krivenko (directeur de Citoyen. Armée. Loi.) « Le nombre de ceux qui refusent de participer à la guerre augmente. Entre l’emprisonnement et l’enrôlement, de plus en plus de gens choisissent le premier. » Il estime que 20 000 personnes ont fait ce choix et que le nombre d’objecteurs de conscience a triplé.
  • Ksenia Fadeeva (ancienne prisonnière politique condamnée à 9 ans de prison, membre de l’équipe de Navalny, échangée contre des prisonniers détenus en Occident) « La majorité des opposants restent en Russie, malgré les risques. »
  • Andreï Pertsev (Meduza) « La Russie manque d’argent. Les budgets régionaux sont en déficit, et la population est fatiguée de la guerre. »
  • Farida Rustamova (Faridaily) « Les purges au sein des élites russes se multiplient. Les élites vivent dans la peur et l’attente. »
  • Jeanne Sulzer (avocate, responsable de la commission justice internationale Amnesty France) « L’Ukraine compte 140 000 affaires pour crimes de guerre. »
  • Florence Hartmann (association « Pour l’Ukraine, pour votre liberté et la nôtre ! ») « Si l’impunité devient la norme, ce sera la victoire totale de ceux qui tuent. »
  • Oleksandra Romantsova (Centre pour les Libertés Civiles, Ukraine) « Les conditions d’une paix ne sont tout simplement pas compatibles avec le régime poutinien puisque cela signifie respecter les êtres humains et la vie humaine. La Russie doit changer. »
  • Sergei Golubok (juriste spécialisé en droit de l’homme) « Les avoirs russes gelés en Europe pourraient financer les réparations pour l’Ukraine. »
  • Pitt Sietzen (Service européen pour l’action extérieure) « L’UE soutiendra l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire. La paix ne peut advenir sans le respect de la souveraineté ukrainienne. »
  • Elena Kostuchenko (Novaya Gazeta et Meduza) « Le gouvernement russe consacre 1,5 milliards de dollars par an à la propagande. » La journaliste a aussi rencontré, en Ukraine, des limites à la liberté de la presse.
  • Sarkis Darbinyan (RosKomSvoboda) « Les VPN [virtual private network, réseau virtuel privé] sont une arme de résistance. 30 à 40 millions de Russes les utilisent pour contourner la censure. »
  • Jim Philipoff (Reporters Sans Frontières) « Le satellite Svoboda permet de diffuser des chaînes indépendantes en Russie, un trou dans l’espace médiatique de Poutine. »
  • Yulia Navalnaya, figure de l’opposition russe et veuve d’Alexeï Navalny : « Ne lâchez rien. Ne baissez pas les bras. Ne rendez pas ce service à Poutine ! Chaque activiste, chaque projet, chaque initiative qui frappe le régime sous un angle différent multiplie nos chances de trouver sa faille. Et quand nous l’aurons trouvée — ce jour viendra — nous ferons ce que nous attendons depuis trop longtemps : Nous reviendrons en Russie. Nous mettrons notre force et notre énergie à déblayer les ruines que Poutine et ses complices ont accumulées. Et ensemble, nous construirons un pays pacifique, européen et heureux. »

Yulia Navalnaya

Pour écouter le forum sur YouTube.

Vétérans criminels

Le Département judiciaire de la Cour suprême a publié des statistiques sur les décisions de justice pour le premier semestre 2025.

Le rapport publiait pour la première fois le nombre de criminels ayant échappé à la justice après avoir signé des contrats avec le ministère de la Défense.

Le nombre de militaires condamnés pour meurtre a doublé par rapport à l’année dernière, atteignant 116. Près de la moitié d’entre eux ont été condamnés en vertu d’articles du Code pénal pour le meurtre de « deux personnes ou plus », de femmes enceintes ou de mineurs. La plupart de ces « héros » n’ont subi que de faibles condamnations et bénéficié de circonstances atténuantes.

Olga Komleva

Olga Komleva, militante et journaliste de RusNews à Oufa, condamnée à 12 ans de prison pour collaboration avec la Fondation anticorruption et diffusion de fausses informations militaires, a perdu l’usage de la parole depuis son incarcération. Elle a écrit ces mots dans une lettre adressée à son mari depuis un centre de détention provisoire à Diurtyuli, au Bachkortostan. Une copie de la lettre a été publiée sur la chaîne Telegram du groupe de soutien de Komleva [12].

Des Ukrainiens enrôlés de force dans l’armée russe

Trois an et demi après le début de l’invasion de leur pays, les Ukrainiens âgés de 18 à 60 ans piégés dans les territoires occupés sont enrôlés à la chaîne dans les rangs de l’armée russe, le plus souvent sous la menace. Malgré la promesse de ne pas participer à l’« opération militaire spéciale », ils sont envoyés combattre leur propre peuple. Certains sont tués ou capturés et rejoignent les camps ukrainiens de prisonniers où ils constituent le quart des détenus, la Russie voulant effacer l’identité ukrainienne.

Moscou a d’abord forcé entre 60 et 90 % de la population à prendre un passeport russe, en recourant à des « intimidations, menaces de détention arbitraire, révocation des droits de propriété, restriction d’accès aux services médicaux, aux prestations sociales, à la liberté de circulation et à l’emploi », selon l’ONG Human Rights Watch. Une fois la nationalité russe acquise, les citoyens sont contraints de rejoindre l’armée.

La mobilisation forcée est une violation du droit international. Selon le fondateur de Eastern Human Rights Group, plusieurs centaines de milliers d’Ukrainiens ont déjà été enrôlés de force dans l’armée russe. Ils servent de chair à canon en première ligne. On leur a ordonné de creuser des tranchées en leur précisant « Si vous osez revenir, vous serez tués. »

Certains contactent la ligne d’assistance téléphonique « Je veux vivre », créée par l’Ukraine pour encourager les Russes à se rendre. 400 soldats en ont déjà bénéficié. L’Ukraine demande aux prisonniers s’ils souhaitent être échangés. Beaucoup d’Ukrainiens refusent afin de pouvoir retrouver leur famille. D’autres rejoignent des unités de volontaires russes qui combattent avec l’Ukraine.

Ceux qui ont combattu contre l’Ukraine encourent la réclusion à perpétuité. Les jugements seront rendus après la guerre, en attendant ils sont présumés innocents.

1,6 millions d’enfants vivent en territoires occupés. La propagande militariste dans ces contrées pourrait augmenter le nombre de soldats de nouvelles générations. Les filles sont entraînées comme infirmières militaires ou opératrices de drones.

Volodymyr Zelensky s’inquiète : « Les Russes veulent détruire la nouvelle génération d’Ukrainiens. Ils façonnent de nouveaux soldats pour les retourner contre le pays où ils sont nés. »

Les manuels scolaires expliquent aux enfants comment attaquer les pays occidentaux [13].

Soutien à l’Ukraine résistante

Tandis que la situation économique de la Fédération de Russie semble se détériorer et que ses habitant.es font face à des pénuries d’essence à la suite des frappes ukrainiennes sur les raffineries, l’armée russe poursuit sans répit ses attaques criminelles contre les populations et les villes d’Ukraine. Depuis l’été 2025, les attaques contre les villes minières et les infrastructures ukrainiennes se sont intensifiées : en septembre, les frappes contre les infrastructures ferroviaires ont été multipliées par deux, avec des conséquences sur l’économie ukrainienne, sur les moyens d’acheminement du matériel militaire, ainsi que sur les populations civiles. Les attaques délibérées contre les journalistes, contre les hôpitaux, contre les employé·es des missions humanitaires (début septembre, deux techniciens d’une mission humanitaire de déminage ont été tués), ne sont que des exemples de la dégradation des conditions de vie et de travail des habitant·es des territoires ukrainiens face à la terreur poutinienne.

Pourtant, partout en Ukraine, les luttes continuent : les étudiant·es, les soignant·es, les enseignant·es se battent contre la privatisation de l’enseignement et de la santé, pour améliorer leurs conditions de travail et d’études, pour leurs salaires, pour gagner des droits démocratiques et sociaux. Les organisations syndicales poursuivent leur soutien actif aux travailleurs engagés sur le front. Les habitant·es des villes et villages ukrainiens s’organisent et se mobilisent pour protéger l’environnement face aux entreprises polluantes. Les soldat·es dénoncent les maltraitances dans l’armée et les fautes dans la direction des opérations militaires [14].

Les infrastructures civiles, notamment les établissements de santé, continuent de subir des dommages dus aux bombardements incessants. En plus de trois ans de guerre, l’agresseur a endommagé 1 984 établissements de santé et en a détruit 301. À ce jour, 667 installations ont été entièrement restaurées, 320 autres partiellement mais 50 qui ont été reconstruites ont été à nouveau endommagées. Plus de 500 membres du personnel de santé ont été tués. Sur le front, le personnel médical est présent auprès des combattants et risque sa vie tous les jours. À l’arrière, le personnel soignant, notamment les infirmières, se dévoue jour et nuit pour soigner la population civile mais aussi les soldats blessés.

À ces difficultés, s’ajoute la politique néolibérale d’« optimisation » du service de santé qui entraîne des fermetures d’hôpitaux, des licenciements, des retards dans le paiement des salaires et le non-respect des droits du travail. Le syndicat médical Soyez comme nous sommes est une des organisations les plus actives dans le soutien au personnel soignants [15].

Après trois ans de guerre à grande échelle, la situation du personnel médical en Ukraine reste difficile. Au front et dans les zones proches des combats, les médecins travaillent dans des conditions extrêmement éprouvantes : évacuations constantes sous les bombardements, manque de personnel, risques permanents pour la vie. Les spécialités les plus déficitaires sont l’anesthésie, la chirurgie, les soins intensifs, l’aide médicale d’urgence et la rééducation [16].

La langue comme arme de guerre

Les Ukrainiens russophones comptent parmi les principales victimes de l’invasion de Vladimir Poutine, et nombre d’entre eux ont servi dans l’armée ukrainienne. L’appel à « décoloniser » l’Ukraine en bannissant le russe ignore cette réalité, imposant une vision d’homogénéité culturelle étroite. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, continue d’insister sur le fait que sans reconnaissance complète des droits des Russes et des russophones en Ukraine, aucune paix n’est possible. « Notre objectif était, et demeure, de protéger le peuple russe qui vit sur cette terre depuis des siècles », a-t-il déclaré le 19 août [2025]. Pendant ce temps, la Russie bombarde les villes où vivent la plupart de ces russophones, détruisant leurs foyers et dispersant leurs familles. C’est une protection par annihilation. La nature impériale de l’agression russe ne fait aucun doute. Pourtant, certains en Ukraine tombent encore dans le piège des prétextes formels de l’occupant et fournissent une version inversée de son scénario – traitant la langue comme un marqueur de loyauté envers l’Ukraine et contrôlant l’identité culturelle. Ainsi, l’activiste Sviatoslav Litynskyi soutient que la barrière linguistique « correspond à la ligne de front », aidant à maintenir les défenses de l’Ukraine autant que l’armée. Quant à Serhii Prytula, un autre célèbre bénévole, il a déclaré que parler le russe dans la rue est « un outil d’expansion de la Russie » et que ceux qui l’utilisent deviennent eux-mêmes des outils. La manœuvre consiste à transformer la langue de moyen de communication en une question de « sécurité » : le russe devient une arme, l’ukrainien un bouclier. Une fois présentées ainsi, les différences quotidiennes entre gens ordinaires semblent dangereuses. Pour une société déjà épuisée par la guerre, l’austérité et des décennies de négligence institutionnelle, cette conception étroite de l’appartenance est une forme d’automutilation. Au lieu de construire la solidarité et de combler les divisions, le discours politique insiste de plus en plus sur le fait que la véritable unité exige l’homogénéité culturelle. […]
L’alternative n’est ni l’assimilation impériale ni l’essentialisme nationaliste. C’est un projet politique ancré dans la démocratie et le pluralisme — non comme décoration mais comme la seule façon dont la solidarité peut être réelle. Sinon, plus nous nous « purifions », moins il restera de nous-mêmes à défendre [17].

Interviewé par Le Figaro, Mikhaïl Chichkhine [18] cite une attaque sur les réseaux sociaux contre l’écrivain ukrainien Iouri Androukhovitch qu’il avait rencontré en Norvège « Un Russe – qu’il soit pour Poutine ou contre – reste de la merde. Tu le touches, tu pues ! » C’est dur et triste. Cette attitude de rejet des Russes en tant que nation, même ceux qui soutiennent l’Ukraine, était émotionnellement compréhensible au début de la guerre, mais au bout de quatre ans, elle ne fait que servir la propagande de Poutine.

Des combattants non entraînés au combat

Daté du 8 octobre 2025, le texte [de la 125ème brigade lourde mécanisée ukrainienne] déclare que des combattants non entraînés étaient envoyés sur des positions de combat au prétexte de creuser des tranchées. Ces militaires avaient déjà protesté publiquement en septembre 2025 contre leur commandement. Comme le souligne un des signataires, si personne ne refuse de servir, « le mépris de nos droits et la méfiance du collectif envers les dirigeants sont les deux points principaux sur lesquels nous voulons communiquer ». Cette déclaration illustre une fois de plus la force de l’armée ukrainienne qui permet un libre débat militaire en son sein – une forme de démocratie aux armées – et les difficultés de commandement et d’organisation qu’elle rencontre. Qu’on ne s’y trompe pas, la contestation dans les rangs de l’armée ukrainienne n’est pas un signe de faiblesse, mais un indice de sa force qui combat dans un esprit démocratique contre l’impérialisme russe autoritaire et que beaucoup d’armées en Europe devraient lui envier . […] À la suite des plaintes, le commandant de la 125ème, Lviv a été démis de ses fonctions. Le major Volodymyr Fokin a été nommé commandant de brigade [19].

La bataille du rail

Atesh est un mouvement de résistance armée, créé par des Ukrainiens et des Tatars de Crimée, en septembre 2022. Spécialisé dans les actions de sabotage touchant les forces d’occupation, il a plusieurs fois désorganisé le système ferroviaire. Ainsi, début octobre, ils ont incendié une armoire relais sur une section de chemin de fer entre les localités d’Altichevo et Alatyr, en Tchouvachie russe, provoquant un retard dans l’acheminement des munitions et des drones. « Notre mouvement inflige à nouveau un coup à la logistique russe. Cette fois, une ligne ferroviaire utilisée par les envahisseurs pour transporter les drones d’attaque "Shahed" de l’usine d’Elabouga vers la zone de combat a été mise hors service », indique le message publié par Atesh. En septembre [2025], Atesh avait mené une opération de sabotage dans la ville russe de Smolensk, ciblant une ligne de chemin de fer menant à une importante usine d’aviation impliquée dans la production de missiles et de drones. L’installation est l’un des principaux fournisseurs de missiles guidés Kh-59 pour le ministère russe de la défense et fabrique également des véhicules aériens sans pilote, des drones cibles, des avions légers et des composants pour l’aviation de première ligne. En août, l’organisation avait revendiqué le sabotage d’une voie ferrée dans le kraï de Primorsky en Russie, la destruction d’une armoire relais perturbant le trafic ferroviaire et retardant le transport de fournitures militaires. La « guerre ferroviaire » a débuté en 2022, comme résistance à l’invasion russe. Ainsi, en mai 2022, Boyevaya organizatsiya anarkho-kommunistov (Organisation de combat des anarcho-communistes, BOAK) avait retardé l’arrivée de trains à destination d’une unité militaire dans l’oblast de Vladimir. Le 28 juin 2022, la cellule BOAK-Vladimir publiait un communiqué de presse faisant état d’une action de sabotage sur la voie ferrée de l’unité militaire 55 443 VD Barsovo, près de Kirzhach dans l’oblast de Vladimir : « Chaque train arrêté aide à se débarrasser des missiles et des roquettes, qui pourraient frapper des villes ukrainiennes pacifiques ! » Les actions se sont poursuivies au fil des mois. Le 19 avril 2023, Dmitri Petrov, l’un des fondateurs de l’organisation, a été tué lors de la bataille de Bakhmout alors qu’il combattait pour les forces de défense territoriale ukrainiennes. À compter de la mi-2022, le mouvement Ostanovi vagony (Arrêtez les wagons) est créé pour procéder à des actes de sabotage sur les chemins de fer en Russie : déraillement de plusieurs wagons à Krasnoïarsk le 13 juillet, à Makhatchkala dans la nuit du 23 au 24 juillet à la gare de Babaevo le 12 août… L’organisation biélorusse Busly Lyatsyats (Les cigognes s’envolent), créée en novembre 2020 pour lutter contre le régime de Loukachenko a assumé la responsabilité de certaines des actions partisanes menées sur l’infrastructure des chemins de fer russes à partir de 2022. À propos de la résistance au Bélarus, il faut signaler la Communauté des cheminots du Belarus, créée en août 2020, une semaine après l’élection présidentielle et le début des manifestations de masse contre Alexandre Loukachenko. Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la Communauté se livre à des sabotages ferroviaires afin de saper la logistique de l’armée russe. Le site du groupe livre de nombreuses informations sur les chemins de fer biélorusses mis au service de la Russie. Par exemple, en septembre 2025 : « Parallèlement à l’importation d’une quantité importante de matières explosives en Biélorussie, au cours de la période du 1er au 17 septembre 2025, des wagons vides ont été envoyés des gares ferroviaires russes aux arsenaux du ministère de la défense de la République du Bélarus pour le chargement d’explosifs (munitions) avec expédition ultérieure vers la Russie pour les besoins du ministère de la défense de la Fédération de Russie. Le propriétaire et l’expéditeur des wagons vides est la JSC Federal Freight Company. Les destinataires sont des arsenaux, des dépôts et des bases de munitions du ministère de la défense de la République du Bélarus. Selon nos données, au cours de la période spécifiée, au moins 66 wagons ont déjà été soumis au chargement : 30 wagons-tombereaux et 36 wagons couverts. » Des dizaines de cheminots sont emprisonnés par le régime de Loukachenko [20].

Les cadets

Dans une académie militaire ukrainienne, un major a humilié un cadet qui s’était rendu à une manifestation de soutien aux prisonniers de guerre pour demander le retour de son père. Selon l’officier Ivan Galenko, le major Serhiy Cherevko, devant une centaine de personnes, a humilié le cadet dont le père, un soldat de la 92ème brigade d’assaut séparée, a été capturé à Koursk. De plus, les cadets se plaignent des menaces et de la gestion « soviétique » du major. Ils ont appelé
l’académie à licencier le major et à le démettre de ses fonctions [21].

Droits des soldats

Après avoir été capturé, un soldat a gagné un procès contre son unité militaire. Elle ne voulait pas lui verser d’argent pour son traitement. Selon la décision du tribunal, le soldat a été grièvement blessé en juin 2022 lors de la défense du pays et a été détenu en Russie jusqu’en février 2024. Après sa libération, il a suivi un traitement, mais l’unité militaire ne lui a versé qu’une partie des fonds qui lui revenaient. Le soldat a estimé que cela était illégal et a saisi le tribunal pour demander le remboursement de ce qui lui était dû et le versement d’une indemnité pour les congés non utilisés en 2024. Le juge a jugé illégale la position de l’unité militaire et a ordonné que le soldat reçoive le paiement des plus de trois mois de traitement pour le syndrome de stress post-traumatique, ainsi qu’une compensation pour les jours de permission non utilisés en 2024. La décision du tribunal est susceptible d’appel [22].

Edwy Plenel

Un article d’Edwy Plenel paru sur Médiapart est reproduit [23]. Voici sa conclusion :

« Il n’y aura pas de combat vainqueur contre l’extrême droite ici sans victoire là-bas contre la puissance qui porte l’étendard de ces néofascismes, la Russie de Vladimir Poutine. Il n’y aura pas de libération du peuple russe de l’oppression qu’il subit sans défaite de l’impérialisme poutinien. Il n’y aura pas d’avènement d’un monde meilleur, délivré des haines et des guerres, sans expérience humaine, concrète et pratique, des solidarités élémentaires avec les hommes, les femmes et les enfants qui en sont, aujourd’hui, les victimes. »

Mikhaïl Chichkhine

Mikhaïl Chichkhine, auteur de Le bateau de marbre blanc, essais sur la culture russe (Noir sur Blanc, 2025) répond au Figaro [24].

Le problème de la Russie, c’est que la majorité de la population vit mentalement dans une conscience tribale archaïque : elle s’identifie au clan. Cela veut dire que nous, les Russes, sommes toujours bons mais entourés de tribus ennemies qui veulent nous détruire, donc en guerre permanente, obligés de défendre notre patrie, notre langue, de nous rassembler autour de notre chef, qui sait mieux que nous comment vivre et mourir. […] Mon pays fait aujourd’hui le mal, c’est pourquoi je soutiens l’Ukraine ; et dans ma patrie, on m’a déclaré ennemi, « agent de l’étranger ».

Le passage de la conscience tribale à la conscience individuelle n’est possible que par la culture, l’éducation à la pensée critique. C’est pourquoi, pour les régimes russes, le principal ennemi a toujours été la culture. […] Quiconque parle russe est leur serf.

Les ténèbres avancent en Russie, la culture est détruite et les gens de culture n’ont plus le choix qu’entre chanter des hymnes patriotiques ou se taire. […]
En Russie, on apprend dès l’enfance à « penser en rangs ». Les enseignants ne veulent pas d’« esprit curieux ». Après l’école, tout homme passe par l’armée -C’est l’éducation sentimentale à la russe, où l’on fait de l’homme un esclave. Cet esclavage, l’homme le transmet ensuite dans la famille, et ce cercle vicieux ne peut être brisé qu’en transformant radicalement le système éducatif.

Maïdan

Sur la place Maïdan place de l’Indépendance, à Kiev, la révolution pro-européenne a commencé à l’hiver 2013-2014. Un mémorial s’y est constitué spontanément en hommage aux soldats ukrainiens tués au front. Il est actuellement saturé. Un couple s’est bénévolement improvisé gardien du site et l’entretient. Il oriente les visiteurs et les proches venus planter un drapeau pour leur mort. En février 2025, Volodymyr Zelensky avait déclaré la mort de 46 000 soldats. Mais en juin, le Center for strategic and international studies de Washington les estimait entre 60 000 et 100 000 [25].

Svetlana Tikhanovskaïa

Svetlana Tikhanovskaïa a participé à l’élection présidentielle biélorusse de 2020, dont la Commission électorale centrale a déclaré Alexandre Loukachenko vainqueur. Tikhanovskaïa et son équipe ont rejeté les résultats, dénonçant une fraude massive.

Après les élections en Biélorussie, des manifestations de grande ampleur contre le gouvernement actuel se sont poursuivies pendant plusieurs mois. Tikhanovskaïa a finalement été contrainte de s’exiler en Lituanie.

Les autorités biélorusses ont ouvert des poursuites pénales contre Tikhanovskaïa, notamment pour extrémisme et tentative de renversement du gouvernement. En 2023, un tribunal de Minsk l’ a condamnée par contumace à 15 ans de prison.

Les autorités lituaniennes ont décidé de réduire le niveau de sécurité physique de la dirigeante de l’opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, qui réside à Vilnius, a déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères Kęstutis Budrys à la chaîne LRT lors d’une interview [26].

L’Invasion

Le film ukrainien L’Invasion de Sergueï Loznitsa assemble des séquences sans commentaires, la plupart en plans fixes, où alternent plusieurs funérailles de soldats où le terme « héros » est répété. Plus tard, c’est, à la maternité, un jeune soldat, père d’un nouveau-né, qui l’appelle « Mon héros ». Une cérémonie de mariage unit un militaire à son épouse. Des pompiers et des secouristes recherchent les survivants d’un immeuble bombardé. Des démineurs s’activent. Des gens font la queue pour de l’eau potable ou une aide alimentaire. Des estropiés sont en rééducation dans un centre spécialisé. Des enfants se réfugient dans l’abri de leur école. Dans une des dernières séquences, la caméra filme, sur un mur, les photos de milliers de soldats morts au front.

L’épisode le plus choquant montre des Ukrainiens apportant des livres russes, des classiques mais aussi des traductions, par exemple de Jack London, afin de les compacter et de les détruire. Le pire, c’est que les volumes sont apportés dans une librairie qui est censée promouvoir la littérature.

Conversations sur les choses importantes

Les Conversations sur les choses importantes destinées aux enfants d’âge préscolaire pour leur inculquer les valeurs patriotiques ont commencé avant même leur lancement officiel.

« Si l’on enseigne aux enfants dès le berceau que la fonction de l’homme est de tuer et d’être tué lui-même, où trouveront-ils les valeurs humaines fondamentales ? Le silence de la majorité est particulièrement inquiétant. Les citoyens sont soit paralysés par la peur et la dépression, soit ont tout simplement perdu le sens de l’orientation. », estime le psychanalyste Dmitry Olshansky.

Le psychanalyste est certain que si un parent habille son enfant d’un uniforme militaire, ce parent devrait être déchu de ses droits parentaux pour protéger ses enfants de la propagande militariste.

En 2022, le syndicat Teachers’ Alliance et le mouvement public de femmes Soft Power ont appelé parents et enseignants à saboter le cours d’éducation patriotique « Conversations sur l’essentiel » dans les écoles. Nombre d’enseignants eux-mêmes ne se soucient guère de privilégier la force et la glorification de la puissance militaire au détriment de l’importance et de la valeur de la personne humaine.

Les autorités s’efforcent désespérément d’inculquer à la population, dès l’âge de trois ans, des idées non seulement patriotiques, mais aussi militaristes. Or, si les adultes (hélas, pas tous) possèdent encore un esprit critique, plus l’enfant est jeune, plus il est sensible à la propagande.

Et tout le monde oublie la célèbre idée exprimée par Léon Tolstoï d’après Samuel Johnson : « Le patriotisme… n’est rien d’autre qu’un outil permettant aux dirigeants d’atteindre des objectifs égoïstes et avides de pouvoir, et pour les gouvernés – un renoncement à la dignité humaine, à la raison, à la conscience… » Tout comme ils oublient la citation des frères Strougatski : « La louve dit à ses petits : « Mordez comme moi », et cela suffit, et la mère lièvre apprend à ses petits : « Fuyez comme moi », et cela suffit également, mais un homme apprend à un petit : « Pensez comme moi », et c’est déjà un crime. »

Dans un entretien, la politologue russe réfugiée à Berlin Ekaterina Schulmann explique : « Dans les crèches ou les écoles, on n’enseigne pas vraiment le militarisme, ni la haine de l’Ukraine, ni même les slogans anti-occidentaux. Tout cela n’est qu’une façade. Ce qu’on inculque réellement aux enfants, c’est un cynisme absolu. On leur martèle que les adultes mentent, que la vérité n’a pas d’importance, qu’il n’existe ni règles ni valeurs [27]. »

Enfants ukrainiens

Après le déclenchement de la guerre, la Russie a évacué massivement les enfants ukrainiens des territoires occupés. L’Ukraine et les organisations internationales ont affirmé que cette évacuation avait eu lieu sans le consentement de leurs parents ou tuteurs.

Le droit international interdit le retrait d’enfants des territoires occupés sans le consentement de leur pays. La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et la médiatrice russe pour les droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, pour la déportation d’enfants ukrainiens.

Les autorités russes affirment avoir évacué les enfants pour assurer leur sécurité pendant les combats et qu’elles renvoient en Ukraine les enfants ayant des tuteurs légaux.

Mi-août, Reuters a rapporté que Melania Trump avait écrit une lettre personnelle évoquant la situation des enfants ukrainiens expulsés vers la Russie. Trump l’avait remise en main propre à Poutine lors de discussions en Alaska. Fox News a ensuite publié la lettre de l’épouse du président américain. Le texte de la lettre ne mentionne pas l’Ukraine. La lettre de Melania Trump affirme que « chaque enfant a les mêmes rêves paisibles au fond de son cœur, qu’il soit né dans un village rural ou dans une magnifique métropole ». Elle a écrit que Poutine peut « leur redonner le sourire et la joie de vivre ».

L’épouse du président américain Donald Trump, Melania Trump, a annoncé que huit enfants ukrainiens avaient retrouvé leurs familles à la suite de discussions entre ses représentants et le président russe Vladimir Poutine. Ses propos sont cités par l’Associated Press [28]. Selon les estimations ukrainiennes, 20 000 auraient été kidnappés [29].

Drones

Davide Scaramurza, professeur à l’Université de Zurich et spécialiste de robotique, pense que les drones et robots tueurs, capables de décider seuls d’ouvrir le feu, devraient déjà être interdits. « Après tout, dit-il, si nous avons établi des règles pour les armes chimiques ou les bombes atomiques, pourquoi attendre que ces robots tueurs existent réellement et deviennent une menace ? » Avec d’autres chercheurs travaillant en Suisse, j’ai rencontré le conseiller fédéral Ignazio Cassis pour lui dire : « Nous avons besoin d’une sorte de Convention de Genève. On ne peut pas laisser un algorithme décider seul d’actions aussi graves, comme le largage d’une bombe par un drone autonome contrôlé uniquement par l’IA. Cette décision doit toujours revenir à l’être humain. » Quelle a été sa réaction ? « Il nous a écoutés attentivement. » Il s’est contenté d’écouter ? « Les autorités suisses sont conscientes de la sensibilité du sujet et suivent la situation de près [30]. »

Le théâtre de marionnettes de Kharkiv

Le musée Gadagne, à Lyon, a accueilli un débat avec Oxana Dmitriéva, directrice du Théâtre de marionnettes de Kharkiv et Lyon-Ukraine, une association de plus de 200 bénévoles qui aide les réfugiés et organise des transports d’aide humanitaire vers l’Ukraine. O. Dmitriéva a expliqué que les représentations des marionnettes ont souvent lieu dans les abris que sont les stations de métro, en présence d’un millier de spectateurs, avec d’autant plus d’enthousiasme que les stations sont proches de la frontière avec la Russie.

Alisa Gorshenina

En juillet 2025, l’artiste Alisa Gorshenina a annoncé son départ de Russie. Elle avait organisé une manifestation contre la guerre dès les premiers jours de l’invasion de l’Ukraine, mais y est restée trois ans, malgré les dénonciations et les conseils constants d’amis et d’inconnus. Elle a finalement été contrainte de quitter la Russie après dix jours d’arrestation et plusieurs amendes pour avoir utilisé un emoji arc-en-ciel dans une publication Instagram. Gorshenina est l’une des jeunes artistes russes les plus en vue. Elle travaille régulièrement avec les traditions visuelles et le folklore : elle coud des poupées de chiffon et des masques, se transforme en personnages de contes de fées et utilise des encadrements de fenêtres au lieu de cadres.

« Je suis toujours très angoissée à chaque fois que je croise la police dans la rue. Les premiers mois ont été encore plus difficiles : j’étais terrifiée, je m’accrochais constamment à mon mari. J’ai peur, mais elle est là, et je ne peux rien y faire. Immédiatement après ma sortie du centre de détention, j’ai commencé à avoir des problèmes de santé, tant mentaux que physiques, dont je souffre encore [31]. »

Russie-Libertés

Politzek

Inscription obligatoire ici.

Femme non rééducable

Réservation ici.

Vania est vivant

Le spectacle sera joué en alternance :

  • 16, 17, 25, 26/10 – par Ivanka Polchenko, en français
  • 18, 19, 23, 24/10 – par Nikolay Mulakov, en anglais avec sous-titres français

Réservation ici.

Lettres aux prisonniers politiques

Comité anti-guerre de Russie

Une affaire pénale a été ouverte contre l’ancien PDG de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski et 22 membres du Comité anti-guerre de Russie pour tentative de prise de pouvoir par la violence et organisation ou participation à une organisation terroriste, a rapporté TASS, citant le Service fédéral de sécurité russe (FSB).

Le communiqué de presse du FSB énumère les membres du comité impliqués dans l’affaire pénale : Mikhaïl Kassianov, Marat Gelman, Leonid Gozman, Vladimir Kara-Murza, Sergei Aleksashenko, Dmitry Gudkov, Sergei Guriev, Boris Zimin, Evgeny Chichvarkin, Evgeny Kiselev, Mikhail Kokorich, Evgeny Kunin, Elena Lukyanova, Yuri Pivovarov, Konstantin Chumakov, Anastasia Shevchenko, Viktor Shenderovich, Garry Kasparov, Kirill Martynov, Maxim Reznik, Artur Smolyaninov et Ekaterina Shulman.

La raison de l’ouverture de l’affaire était la signature en 2023 à Berlin de la « Déclaration des forces démocratiques russes » (dite Déclaration de Berlin), qui « déclare la nécessité de liquider le gouvernement russe actuel », ainsi que la création au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe d’une « plateforme des forces démocratiques russes », qui « est positionnée par Khodorkovski devant les pays occidentaux comme une assemblée constituante pour la période de transition » [32].

Des exportations de technologies nucléaires à la Russie

Les exportations de biens à double usage vers la Russie passent de 62 millions à 205,6 millions ! Elles concernent les technologies nucléaires (205 millions) et le matériel électronique (65 700 €), ce qui pointe bien le double discours actuel : aider Kiev et « en même temps » fournir des technologies pouvant renforcer l’arsenal nucléaire russe. De même, comment justifier d’armer l’Ukraine et « en même temps » des régimes proches de Moscou comme la Serbie (2,7 milliards), le Kazakhstan (71,9 millions) ou l’Ouzbékistan (188 millions) ? Selon nos enquêtes et celle du site ukrainien Inform Napalm, nous fournissons des drones, des robots navals et des instruments de navigation pour avions de chasse à des sociétés kazakhes opaques entretenant pour certaines des relations avec Moscou. Une réalité dont certains membres de la Commission parlementaire de contrôle sont conscients au regard d’un article du quotidien Les Échos, mais pas au point de dépasser le stade des commentaires de presse. À quand un véritable débat public sur le sujet en incluant des représentants de la société civile ?

La France déclare aider l’armée ukrainienne en livrant de l’armement. Mais est-ce le seul objectif ? En effet, Kiev a communiqué à la France 21 demandes de réexportation d’armes en 2024, soit à peu près le même niveau que l’année dernière (24). À quels pays sont réexportés ces équipements ? Il est important que le gouvernement rende publique la liste dans la mesure où Kiev est notamment suspectée d’alimenter la guerre au Soudan. Une question se pose : Paris utilise-t-elle l’aide à l’Ukraine pour trouver de nouveaux marchés et « déguiser » des ventes ? Des start-ups françaises viennent d’ailleurs de signer des partenariats avec des entreprises ukrainiennes dans le domaine des drones et des nano-satellites, incluant un volet « export ». D’autre part, derrière les dispositifs de soutien se nichent d’autres intérêts, comme l’illustre le Fonds sur les munitions établi par l’Union européenne qui laisse le soin aux industriels de gérer leurs carnets de commande comme ils l’entendent, quitte à privilégier les livraisons à Riyad ou New Dehli [33].

Richard Rouz et Andreï Chabanov

Deux musiciens, inconnus du public, risquent de tomber dans l’oubli : Richard Rouz, 40 ans, immigré de Roumanie installé à Kirov, claveciniste et ingénieur du son ; Andreï Chabanov, 45 ans, saxophoniste à Samara. Dès les premiers mois de la guerre, Richard Rouz a publié sur Instagram des informations sur les crimes de l’armée russe à Boutcha (Ukraine). Arrêté le 14 avril 2022, il devient l’un des premiers inculpés pour « diffusion de fausses informations » sur l’armée. Poursuivi aussi pour « apologie du terrorisme », il est condamné à huit ans de prison, envoyé dans la colonie pénitentiaire de Perm.

Andreï Chabanov a été arrêté plus tard, le 21 mars 2024, condamné pour « appel à des activités terroristes » après des messages sur les réseaux sociaux contre le Kremlin. Il appelait à « résister ». Il a été condamné à six ans de prison, lui aussi placé en colonie pénitentiaire malgré ses handicaps et son état de santé, pourtant incompatible avec la détention.

C’est pour Richard Rouz et Andreï Chabanov, et au-delà pour les autres prisonniers politiques, que, accompagnée d’autres musiciens installés à Paris, Anna Kavalerova, pianiste russe exilée en France, jouera à Paris, jeudi 16 octobre 2025, en l’église de Saint-Ephrem-le Syriaque. Une petite salle, une audience restreinte. « Mais un message fort de solidarité ! », insiste Natalia Kolyagina, 43 ans, autre simple Russe exilée en France et l’une des organisatrices de ce concert.

« En prison, Richard et Andreï ne peuvent ni jouer de leur instrument ni même écouter de la musique. Ils peuvent juste entendre l’hymne de la Russie », dénonce Natalia Kolyagina, inquiète de l’état de santé des deux détenus, en particulier Andreï Chabanov. Il souffre de maladies auto-immunes et a besoin de soins médicaux urgents [34].

Nika Novak et Mikhaïl Krieger

Nika Novak était rédactrice en chef du portail Zab.ru basé à Tchita et rédactrice en chef de la publication ChitaMedia. Ces dernières années, elle a collaboré avec des médias qualifiés d’« agents étrangers » par les autorités russes. En 2024, elle a été condamnée à quatre ans de prison pour « coopération confidentielle avec une organisation étrangère ».

Nika Novak a entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention à la colonie pénitentiaire n° 11 de la région d’Irkoutsk, rapporte Sotavision. Mme Novak a annoncé sa décision lors d’une audience concernant son appel contre son inscription au registre des personnes « à risque terroriste ».

Novak a raconté comment elle avait été envoyée à l’isolement à plusieurs reprises pour avoir refusé de donner des interviews affirmant que « tout allait bien dans la colonie et que les prisonnières étaient heureuses » et pour avoir travaillé comme couturière sans formation. Selon la journaliste, elle a été transférée dans des conditions strictes et n’a plus reçu de lettres.

Novak s’est également plainte d’une codétenue agressive qui a agressé et battu une autre détenue. Elle a affirmé que le personnel pénitentiaire incitait à des violations et à des crimes en menaçant d’engager de nouvelles poursuites pénales afin d’alourdir les peines des détenues.

Novak a l’intention de poursuivre sa grève de la faim jusqu’à ce que l’administration pénitentiaire change d’attitude à son égard, lui remette toutes ses lettres et relocalise sa compagne de cellule indisciplinée.

En août, Novak avait déjà annoncé une grève de la faim après avoir été placée en isolement pendant cinq jours. Son groupe de soutien affirmait que sa grève de la faim était motivée par son refus présumé de réfuter les informations publiées sur la chaîne Telegram du groupe, qui publiait ses lettres depuis la prison.

Un autre prisonnier politique, Mikhaïl Krieger, membre de Mémorial de la région de Moscou, emprisonné depuis novembre 2022, est en grève de la faim depuis plus de 20 jours. Depuis le 7 octobre 2025, il refuse non seulement de la nourriture, mais aussi de l’eau , protestant contre ses placements répétés à l’isolement. Shirley Manson, la chanteuse écossaise de Garbage, a exprimé son soutien à Kriger, appelant le directeur de la prison à ne pas l’isoler et à l’autoriser à recevoir des visites de sa fille [35].

Vladimir Ossetchkine

Quatre hommes, soupçonnés d’être impliqués dans un projet d’action criminelle à l’encontre d’un opposant russe réfugié politique en France, ont été mis en examen à Paris et placés en détention provisoire, a annoncé, vendredi, le Parquet national antiterroriste (PNAT).

Vladimir Ossetchkine, directeur de Gulagu.net, une ONG qui dénonce des faits de torture et de corruption dans les prisons russes, a confirmé à l’Agence France-Presse être la personne visée par ce projet à Biarritz.

Les quatre hommes, âgés de 26 à 38 ans et interpellés le 13 septembre 2025, ont été mis en examen pour participation à une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteinte aux personnes et placés en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet [36]. Parmi les personnes arrêtées figurent des citoyens français et des citoyens russes originaires du Daghestan [37].

Iabloko

Maxim Kruglov a été député à la Douma de Moscou de 2019 à 2024, où il dirigeait le groupe parlementaire Iabloko. Il est devenu vice-président du parti en décembre 2023. En 2024, il s’est à nouveau présenté à la Douma, mais la commission électorale a refusé son inscription.

Une procédure pénale a été ouverte contre lui. Les accusations découlent d’une publication de l’homme politique sur une chaîne Telegram : en avril 2022, Kruglov aurait « diffusé publiquement des informations sciemment fausses sur les actions des forces armées russes contre la population civile ukrainienne » [38]. Elles concernaient les massacres de Boutcha et citaient des données de l’ONU sur les civils ukrainiens tués pendant l’invasion russe [39].

Iabloko, critique notoire des actions militaires russes en Ukraine, a déjà exhorté le président Poutine à rechercher la paix. Le parti fait l’objet d’une surveillance accrue, et d’autres membres font face à des accusations similaires, alors que le pays se prépare aux élections à la Douma d’État l’année prochaine [40].

Allemagne : restrictions sur les visas

En février 2025, des élections législatives ont eu lieu en Allemagne. Face au mécontentement croissant de la population face à la politique d’immigration, la nouvelle coalition composée de conservateurs et de sociaux-démocrates a annoncé son intention de restreindre les programmes d’immigration. Entre autres mesures, en juillet 2025, la délivrance de visas humanitaires a été totalement suspendue, empêchant même les personnes dont les documents avaient déjà été approuvés de les obtenir.

Fin août, le ministère allemand des Affaires étrangères a promis de reprendre la délivrance de visas aux « personnes particulièrement menacées en raison de leurs activités de défense de la liberté d’expression, de la démocratie et des droits de l’Homme, ou dont l’admission présente un intérêt politique pour d’autres raisons ». Cependant, les militants des droits de l’Homme soulignent que, malgré l’annonce du ministère des Affaires étrangères, le programme a été de fait fermé. « C’était déjà une période assez courte, et tous les militants ne pouvaient pas prétendre à un tel visa », a déclaré à la Deutsche Welle un représentant du projet inTransit, qui facilite l’obtention de ces visas. Néanmoins, en près de trois ans, environ 2 500 citoyens russes ont obtenu des visas dans le cadre de ce programme. Depuis 2021, environ 400 visas ont été délivrés à des citoyens biélorusses dans le cadre de la procédure accélérée.

Le programme est en voie de fermeture, car seule la procédure accélérée était accessible aux Russes. Désormais, seuls les cas notoires subsistent – quelques cas par an. « Mais les autorités font comme si la procédure de demande se poursuivait », affirment les militants des droits humains du projet inTransit.

Les autres possibilités de rester en Europe pour les Russes victimes de persécutions politiques dans leur pays d’origine sont souvent fermées. Par exemple, certains d’entre eux ne possèdent pas de passeport valide et ne peuvent obtenir de nouveaux documents au consulat en raison d’affaires criminelles en Russie. « J’ai l’impression que la CDU nous trahit », a déclaré l’une des sources de Deutsche Welle.

Alexeï Moskalov, notamment, ne parvient pas à obtenir de visa humanitaire. En mars 2023, Moskalov, qui a élevé seul sa fille Macha, a été condamné à deux ans de prison pour « discrédit » sur l’armée russe en raison de commentaires sur Odnoklassniki. L’affaire contre Moskalov a éclaté après que sa fille a dessiné un dessin pacifiste en cours d’arts plastiques. En octobre 2024, Moskalov a été libéré et a quitté la Russie.

Les défenseurs des droits de l’Homme soulignent que les Russes ne représentent qu’une faible part du flux migratoire global vers l’Allemagne. Selon l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), près de 65 500 demandes d’asile ont été déposées en Allemagne au premier semestre 2025, dont plus de la moitié émanaient de citoyens de trois pays : l’Afghanistan (22 %), la Syrie (20 %) et la Turquie (11 %). Les Russes ont déposé un peu plus de 2 000 demandes (3,1 %) durant cette période [41].

Procès à répétions pour les Ukrainiens

Depuis la première année de guerre, des soldats et officiers ukrainiens sont jugés, dans les territoires annexés, par les tribunaux russes. Ils sont torturés, détenus dans des conditions intolérables, privés de communication avec le monde extérieur, puis condamnés à de lourdes peines de prison. Mais ce n’est pas tout : comme l’a découvert Mediazona [42], de nombreux prisonniers sont jugés une deuxième fois, voire une troisième fois. 51 cas de récidive ont été identifiés contre des membres des forces armées ukrainiennes, mais l’ampleur réelle de cette pratique est probablement bien plus grande.

Dozhd

Le tribunal du district Golovinsky de Moscou a enregistré une requête demandant l’arrestation par contumace de Tikhon Dzyadko, rédacteur en chef de la chaîne de télévision Dozhd. Le tribunal a ensuite condamné Dzyadko à deux mois de détention provisoire à compter du moment de son extradition ou de sa détention en Russie.

Le journaliste est accusé d’infraction à la loi sur les « agents étrangers » et de diffusion de faux documents militaires. La semaine dernière, le tribunal a arrêté les collègues de Dzyadko, les journalistes de Dozhd, Valeria Ratnikova et Ekaterina Kotrikadze, pour des accusations similaires [43].

Alexander Nesterenko

Le tribunal du district de Lyublinsky à Moscou examine actuellement l’affaire concernant Alexander Nesterenko, 62 ans, professeur à l’Université technique d’État Bauman de Moscou. Il est accusé d’« incitation à la haine ou à l’hostilité » et d’appel à l’extrémisme pour cinq chansons ukrainiennes publiées sur sa page VKontakte [44].

Crimes des vétérans russes

Depuis 2023, 989 affaires pénales de meurtre et d’infliction intentionnelle de lésions corporelles graves entraînant la mort ont été déposées auprès des tribunaux militaires russes, selon Mediazona [45].

Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le nombre de ces cas a approché le millier : 38 en 2022, 266 en 2023, 346 en 2024. En 2025, 377 affaires pénales de ce type ont déjà été déposées devant les tribunaux.

Conseils aux déserteurs

Mediazona [46] publie des conseils aux candidats à la désertion.

L’ampleur de la désertion est attestée par la fuite de bases de données contenant des dizaines de milliers de noms de personnes recherchées, le nombre croissant d’affaires pénales contre les réfractaires au service militaire et les estimations du projet « Traverser la forêt », qui affirme avoir aidé plus de deux mille déserteurs depuis octobre 2022 dont 40 % ont fui le pays en privant la Russie de près d’un corps d’armée, alors que les autres s’y cachent en suivant les instructions de « Traverser la forêt » pour rester en toute sécurité dans le pays.

Depuis le début de la guerre, près de 16 000 affaires pénales ont été portées devant les tribunaux. L’infraction la plus courante reste l’article relatif à l’abandon non autorisé d’une unité militaire, qui a donné lieu à 14 182 affaires ; des condamnations ont déjà été prononcées dans 12 460 de ces cas. La disposition la plus grave de cet article – l’absence d’une unité militaire pendant plus d’un mois – est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.

Plus de deux mille soldats des Républiques populaires autoproclamées de Dontesk et de Louhansk sont recherchés pour avoir quitté leurs unités sans autorisation.

Un militaire peut légalement franchir le poste de contrôle pour revenir en Russie avec un permis de sortie. La loi autorise les militaires à partir en permission tous les six mois, mais en temps de guerre, la décision de permission est prise par le commandement en fonction de la situation de l’unité au front, des pénuries de personnel et de l’attitude personnelle de chaque soldat. Pour les soldats d’assaut, surtout ceux qui ont signé des contrats en prison, obtenir une permission est pratiquement impossible.

Le cas du soldat Zaripov

Pourquoi il a déserté : pour toute infraction, les simples soldats pouvaient être battus à coups de bâton ou enchaînés à un arbre sur ordre du chef d’état-major ; les opérateurs qui perdaient leurs drones étaient les plus touchés. En décembre 2024, Zaripov lui-même fut convoqué dans une forêt où il était d’usage d’enchaîner les coupables. Le jeune homme se souvient avoir vu plusieurs commandants harceler un autre opérateur de drone attaché à un arbre. L’un d’eux lui tendit une matraque en caoutchouc et lui ordonna de continuer à le frapper. Selon Zaripov, il refusa, et ils commencèrent alors à le frapper et à l’enchaîner à un arbre. Il y resta plusieurs heures jusqu’à ce qu’un soldat passant par-là, craignant les engelures, le libère, lui et l’opérateur.

Le 8 janvier 2025, Zaripov est parti pour la Russie avec des documents de permission, passant par le poste de contrôle de Rovenki, dans la région de Belgorod. À Moscou, il a récupéré son passeport, qu’il avait conservé chez lui, a pris un bus pour Minsk, puis s’est envolé pour Paris, où il a demandé l’asile politique et attend la décision.

Le cas du soldat Elokhin

Avant la guerre, Elokhin vivait à Kungur et travaillait comme instituteur. Il avait évité le service militaire en raison d’asthme et d’une maladie rénale, mais pendant la mobilisation, il reçut tout de même une convocation. Il ne se présenta pas, mais au printemps 2024, des policiers l’interpellèrent à son travail et le conduisirent de force au bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. Là, il fut déclaré apte au service militaire et incorporé dans l’armée. L’enseignant affirme que le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire a falsifié la signature de son contrat.

Malgré les plaintes de sa femme auprès du parquet, son contrat a été maintenu. Ses maladies ont progressé et ses relations avec ses commandants, qui, bien qu’ils le considéraient comme « l’un des leurs », se sont détériorées. Selon Elokhin, il était régulièrement victime d’insultes et de violences physiques.

Les commandants, se souvient Elokhin, avaient recours à un stratagème cynique pour s’enrichir : ils présentaient les soldats à des femmes de Donetsk, et ils nouaient des relations pouvant aboutir à un mariage en quelques mois. Les commandants envoyaient le jeune marié à l’assaut, et l’argent versé pour sa mort était partagé avec la veuve. Selon l’ancien enseignant, les commandants lui proposaient également un voyage à Donetsk pour se détendre, mais il leur montrait son alliance, leur rappelant qu’il était déjà marié.

Après avoir envisagé de s’enfuir, Elokhin a compris que la cupidité de ses supérieurs pouvait jouer en sa faveur. « J’ai tout compris et j’ai dit à mes supérieurs : "J’ai trouvé une fille sur Internet à Donetsk, pouvez-vous m’accorder trois jours de permission ?" Ils m’ont demandé : "Sérieusement, et votre femme ?". J’ai répondu : "Eh bien, ça ne marche pas avec elle." Ils ont accepté, et j’ai dit : « "Eh bien, j’ai besoin de trois jours de permission." Et ils ont accepté et m’en ont accordé un », raconte-t-il.

De Panteleimonivka, le fugitif s’est rendu à Donetsk, où il a loué un appartement temporaire et a commencé à rendre compte au commandant de l’unité de ses vacances avec sa petite amie. Entre-temps, il a trouvé un formulaire de congés en ligne et l’a modifié sur son téléphone, en y ajoutant le tampon du titre de transport délivré par l’unité. Selon Elokhin, il a modifié le document pixel par pixel, y consacrant une journée entière.

Il a pris l’avion de Russie pour l’Arménie sans problème, et de là, il prévoit de s’installer dans un pays de l’UE.

Le cas du soldat Voronov

Voronov a signé un contrat depuis un centre de détention provisoire, où il était détenu depuis mai 2023 pour trafic de drogue. Il estimait qu’en signant ce contrat, il éviterait non seulement une peine de dix ans, mais aussi, grâce aux paiements, aiderait sa famille à payer un avocat. Après deux semaines d’entraînement, Voronov a été envoyé comme stormtrooper près de Donetsk, où il est arrivé mi-novembre 2024.

Selon Voronov, son unité était vouée à une « mort certaine » : il s’est avéré que les renforts promis par leurs commandants avant l’assaut ont tardé. « C’est un véritable terrier de lapin ; on se retrouve dans un endroit où les drones volent et où tout est miné, ce qui rend toute fuite pratiquement impossible », se souvient-il. « Mais j’en suis ressorti après deux jours dans un abri. Blessé par un éclat d’obus, j’aurais pu espérer être évacué. Avant l’évacuation, j’ai dû courir dix kilomètres le long de la ligne de front. Non pas marcher, mais courir, car les drones volent. J’ai survécu uniquement grâce à mon âge et à ma forme physique. Une centaine d’hommes nous accompagnaient jusqu’à la position, mais seuls deux ont survécu. ».

Voronov, blessé, a été transféré de l’unité médicale à l’hôpital militaire de Louhansk. Il n’a pas osé fuir, mais a demandé aux familles d’autres patients de lui apporter des vêtements civils, qui lui ont permis de s’exiler à l’aide de complicités jusqu’en Arménie.

Le cas du caporal Ivanov

Après son départ pour une mission de combat, Ivanov a appelé un camarade du groupe d’évacuation, qu’il avait rencontré avant l’assaut. « J’ai inventé une histoire comme quoi j’étais tombé et que je m’étais cassé les côtes – en gros, j’avais tout fait pour m’en sortir », se souvient Ivanov. « lls m’ont emmené à l’hôpital local, mais sans faire de radiographie, ils m’ont juste adressé à un spécialiste. Sur cette base, ils m’ont envoyé dans un village près de Koursk. »

De là, le caporal fut envoyé chez un médecin de l’hôpital clinique civil de Koursk, où aucune blessure ne fut constatée. Les médecins dirent à Ivanov d’attendre le retour de son commandant au front. Il ne s’y opposa pas, mais quitta rapidement l’hôpital, abandonna son uniforme militaire, traversa plusieurs villes russes jusqu’à Minsk, puis s’envola pour Erevan où il est toujours.

Le cas du soldat Kasymov

Lors de sa cinquième mission de combat, les partenaires de Kasymov étaient d’anciens détenus, mais sans expérience. Il comprit qu’ils ne survivraient pas au combat – tous ceux qui se trouvaient dans cette situation étaient mourants ou grièvement blessés. Il suggéra donc à son camarade de simuler une blessure : les soldats, prétendit-il, avaient dévissé les détonateurs des grenades F-1 et en avaient arraché les goupilles. Kasymov plaça le détonateur sous son bras gauche et fut blessé par des éclats, tandis que son camarade, placé sous sa jambe, souffrait d’une fracture du tibia.

Tous deux furent évacués. Kasymov fut hospitalisé à Louhansk pendant deux semaines. À l’hôpital, il retrouva une connaissance du centre de détention provisoire qui avait signé un contrat avant lui et, après plusieurs missions de combat, fut nommé quartier-maître à l’hôpital. « La corruption y était omniprésente, et il était au courant de tout », affirme Kasymov. « Il m’a demandé : "Tu veux que je te sauve la vie ?" "Combien ?" "Trois millions." J’ai répondu : "Pas de problème, je vais chercher ça pour ma blessure et je te le donne." Je le lui ai donné et je suis resté là pendant huit mois sans aucune mission de combat. » Au bout de huit mois, la corruption fut découverte. Kasymov risquait soit une nouvelle mission, soit une sanction pour son absence du front.

Le soldat a appelé un chauffeur de taxi, espérant qu’il accepterait de le conduire « au-delà de la frontière », non pas par le poste de contrôle, mais par une porte dérobée connue. Mais le chauffeur lui a conseillé de simplement marcher en civil. « Il m’a dit : "Ça ira, tu as un passeport ! L’agent du FSB, sans vraiment le regarder, m’a dit par la fenêtre : "Bon, descends, tu dois traverser la frontière à pied." Je suis sorti, il y avait la queue, et sans attendre, je suis remonté dans la voiture et j’ai suivi le chauffeur. Je ne sais pas comment c’est arrivé, j’ai juste eu de la chance ; personne n’a remarqué qu’il y avait deux personnes dans la voiture », affirme le fugitif.

Grâce à Traverser la forêt, il pu partir à Erevan.

Le cas du sergent Rakrhimov

Il a signé un contrat avec un centre de détention provisoire. Fort de son expérience militaire, il a été promu sergent subalterne, mais a été affecté à une unité d’assaut. Dès le début, il a vu dans ce contrat une chance de trouver la liberté, et non pas dans un centre de détention provisoire ou au front.

Une fois à Donetsk, Rakhimov a commencé à explorer les forums de discussion locaux pour trouver un moyen de transport. Dans l’un d’eux, il est tombé sur une annonce : « Taxi en RPD, nouveaux territoires ; aide pour quitter la zone de l’opération militaire spéciale. » L’annonce proposait de conduire le fugitif jusqu’à un point précis près de la frontière pour 200 000 roubles et de lui fournir une carte indiquant comment rejoindre le territoire russe sans passer par le poste de contrôle. Rakhimov a accepté et a traversé des villages pendant une dizaine de kilomètres de nuit jusqu’à atteindre un village déjà situé en territoire russe. De là, il a pris un bus régulier pour la ville la plus proche. Arrivé à Moscou, il a récupéré son passeport, que les forces de sécurité n’avaient pas confisqué après son arrestation pour des faits criminels.

Rakhimov a pris l’avion de Moscou pour la Turquie, puis a acheté des billets d’avion du Maroc pour la Serbie avec une escale à Francfort, en Allemagne. Durant cette escale, il a demandé, avec succès, l’asile aux gardes-frontières allemands. Il vit dans un camp de réfugiés à Francfort.

Le cas du médecin Romanov

Romanov a longtemps servi comme infirmier de campagne, se rendant sur les champs de bataille, recherchant les blessés et prodiguant les premiers soins. Bien que le travail de Romanov fût principalement axé sur le sauvetage de soldats blessés, au printemps 2025, il a décidé de tout mettre en œuvre pour se disqualifier du service militaire. Selon Romanov, le déclencheur final fut la nouvelle de la mort d’enfants lors du bombardement d’une ville ukrainienne.

Sur le front, Romanov s’est auto-opéré : il a appliqué un garrot à la jambe pour éviter de mourir par hémorragie, puis a sectionné tous les tendons, nerfs et vaisseaux du dos de son pied pour retirer l’avant-pied sans sectionner les os. Romanov avait l’intention de simuler une blessure par explosion de mine et d’être classé « D » (inapte au service). Cependant, faute d’anesthésie adéquate, l’opération a été incomplète ; il a simplement perdu connaissance.

Après avoir repris connaissance, Romanov a effacé les preuves et a demandé l’évacuation. Il a été évacué d’un hôpital à l’autre, jusqu’à ce qu’il atterrisse dans une région russe. Le déserteur souligne qu’à chaque étape de l’évacuation, le risque était grand que son identité soit dévoilée : « Avec une blessure comme la mienne, nul besoin d’être un professionnel de la santé pour s’interroger sur son origine. »

Il ne passa que quelques jours à l’hôpital. Romanov fut diagnostiqué avec une blessure par éclat d’obus et examiné par une commission médicale militaire, qui le classa « G » (inaptitude temporaire au service). Le déserteur espérait être envoyé à Moscou pour une opération chirurgicale, mais il obtint une permission pendant laquelle il devait retourner dans son unité dans les territoires occupés. Lorsqu’il devint évident que l’opération à l’hôpital spécialisé de Moscou n’aurait pas lieu faute de lits, Romanov quitta la Russie ; il ne voulait pas retourner dans son unité avec des béquilles, comme c’est souvent le cas.

« C’est une pratique courante dans l’armée russe », explique Romanov. « Ils traitent rapidement le nouveau venu, créent l’illusion d’une prise en charge médicale, le guident à travers toutes les démarches administratives et le libèrent pour se décharger de toute responsabilité. »

Romanov n’a pas révélé où il se trouve.

Convention sur les armes à sous-munitions

Publié le 15 septembre, le rapport 2025 de l’Observatoire des armes à sous-munitions révèle que 100 % des victimes recensées en 2024 étaient des civils. Bien qu’elles soient interdites depuis 2010 par le Traité d’Oslo – l’autre nom de la Convention – les armes à sous-munitions continuent d’être utilisées.

Leur utilisation récente par des pays comme la Russie, le Myanmar (Birmanie) et la Syrie menace le Traité d’Oslo (Convention sur les armes à sous-munitions), signé en 2008 et entré en vigueur en 2010. Le retrait de la Lituanie de la Convention en mars dernier constitue un autre défi. Les États parties au traité se réunissent du 16 au 19 septembre à Genève lors de la Conférence internationale sur les armes à sous-munitions. Ils doivent réaffirmer leur engagement envers le traité d’interdiction de ces armes.

« Les armes à sous-munitions sont interdites pour une bonne raison : les civils représentent depuis des années la grande majorité des victimes, tant des attaques directes que des munitions non explosées. Les enfants constituent près de la moitié des victimes. De nombreuses sous-munitions n’explosent pas à l’impact et ont une longue durée de vie avec le même effet que les mines terrestres. Elles continuent de tuer ou de mutiler des civils pendant des années. Le récent retrait de la Lituanie du Traité d’Oslo constitue une menace préoccupante pour les normes internationales en matière de désarmement humanitaire. Remettre en question la Convention est inacceptable. Les États qui se réunissent mi-septembre doivent réaffirmer leur attachement profond au traité et condamner toute utilisation par qui que ce soit. »

Le rapport 2025 de l’Observatoire des armes à sous-munitions (Cluster Munition Monitor), qui couvre l’année 2024, fait état d’une augmentation très préoccupante des dommages causés aux civils par ces armes, avec 314 victimes recensées dans le monde en 2024. Toutes ces victimes étaient des civils (93 % l’année précédente). Les enfants représentaient 42 % des personnes blessées par des restes explosifs de guerre. De nouvelles utilisations de sous-munitions ont été signalées en Ukraine, au Myanmar (Birmanie) et en Syrie (avant la chute du régime de Bachar Al Assad).

Pour la troisième année consécutive, l’Ukraine a enregistré le plus grand nombre de victimes d’armes à sous-munitions, ce qui reflète leur utilisation continue et dévastatrice dans les zones de conflit : le pays a déploré 193 victimes civiles d’attaques par armes à sous-munitions en 2024, auxquelles s’ajoutent 15 autres victimes blessées par des sous-munitions non explosées. Il est probable que de nombreuses autres victimes n’aient pas été signalées dans le rapport.

De nouvelles victimes d’armes à sous-munitions ont été enregistrées dans neuf pays en 2024 : Afghanistan, Irak, Laos, Liban, Mauritanie, Myanmar (Birmanie), Syrie, Ukraine et Yémen.

Depuis le début des enregistrements d’incidents au milieu des années 1960, on estime que plus de 56 800 personnes dans le monde ont été tuées ou blessées par des armes à sous-munitions. Le Laos, la Syrie, l’Irak, le Vietnam et l’Ukraine restent les pays les plus touchés.

Le rapport de l’Observatoire note également une tendance inquiétante dans la production et la promotion des armes à sous-munitions par des États qui ne sont pas parties au Traité d’Oslo, notamment des preuves de fabrication récente en Iran, en Corée du Nord et en Corée du Sud.

La Lituanie a décidé de se retirer de la Convention d’Oslo en juillet 2024. Cette décision a pris effet le 6 mars 2025. Le 29 juin 2025, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé un décret annonçant le retrait de l’Ukraine de la Convention d’Ottawa, qui interdit l’utilisation des mines antipersonnel. L’Ukraine, qui avait ratifié la Convention en 2005, devient le sixième État à s’en retirer ou à annoncer son intention de le faire, après la Finlande, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Des rapports font état de l’usage de mines antipersonnel par l’Ukraine en 2022 dans la région d’Izium. Les États-Unis ont transféré des mines antipersonnel à l’Ukraine à deux reprises en 2024. Cette décision a créé un précédent extrêmement préoccupant. La Russie utilise massivement des mines en Ukraine depuis 2022, ce qui a fait de l’Ukraine le pays le plus contaminé au monde. Son retrait de la Convention d’Ottawa risque d’encourager l’utilisation accrue de mines sur son territoire, avec de lourdes conséquences pour les populations civiles.

À ce jour, 11 États parties au Traité d’Oslo ont achevé le déminage des zones contaminées par des armes à sous-munitions, le dernier en date étant la Bosnie-Herzégovine en 2023. Les États parties ayant des terres contaminées par des restes d’armes à sous-munitions ont libéré un peu plus de 100 km² de zones dangereuses au cours de l’année 2024, grâce à des enquêtes, ainsi qu’aux opérations de déminage elles-mêmes (retrait ou destruction des engins explosifs).

La remise en état des terres a permis la destruction d’au moins 83 452 restes d’armes à sous-munitions. Le nombre de restes d’armes à sous-munitions détruits en 2024 est le plus élevé jamais enregistré au cours des cinq dernières années.

Les armes à sous-munitions se dispersent sur de vastes zones, laissant souvent derrière elles des centaines de bombes non explosées. En raison de défauts ou de dysfonctionnements, beaucoup (jusqu’à 40 %) n’explosent pas à l’impact et agissent comme des mines terrestres cachées pendant des années. On les trouve souvent dans les terres agricoles, les villages et les écoles, mettant en danger les civils, en particulier les enfants.

Le déminage des armes à sous-munitions est extrêmement dangereux en raison du risque élevé de détonation accidentelle, en particulier avec des sous-munitions instables ou dégradées, ce qui représente un danger important non seulement pour les civils, mais aussi pour le personnel chargé du déminage.

En raison de leur nature sensible, les sous-munitions sont détruites à l’aide d’explosifs là où elles sont trouvées et ne sont pas déplacées. Cela nécessite des équipes hautement qualifiées, des équipements spécialisés et des opérations de longue durée.

La Lituanie s’est officiellement retirée du Traité d’Oslo en mars 2025. Cette décision intervient dans un contexte d’érosion progressive et inacceptable des normes internationales ces dernières années : il y a un an, les États-Unis fournissaient des armes à sous-munitions à l’Ukraine et ont continué à le faire depuis lors.

Le rapport 2025 de l’Observatoire des armes à sous-munitions recense également 17 producteurs de celles-ci ou États se réservant le droit d’en produire : Brésil, Myanmar (Birmanie), Chine, Pakistan, Égypte, Pologne, Grèce, Roumanie, Inde, Russie, Iran, Singapour, Israël, Corée du Nord, Corée du Sud, Turquie, États-Unis. Il est à noter que la société indienne SMPP a fait la promotion des armes à sous-munitions lors du salon Eurosatory Arms Exhibition (autoproclamé “salon de référence mondial pour la Défense et la Sécurité”) qui s’est tenu à Paris en juin 2024.

En 2023 et 2024, les États-Unis ont procédé à sept transferts d’armes à sous-munitions américaines vers l’Ukraine et il a été rapporté que ces armes avaient été transportées via l’Allemagne, État partie au Traité d’Oslo.

À ce jour, 123 États (après le retrait récent de la Lituanie) se sont engagés à respecter les normes strictes et exhaustives de la convention. Soit plus de 60 % des nations de la planète.

Identification des morts et restitution aux familles

Le quotidien Le Monde publie en parallèle deux articles sur l’identification des morts et leur restitution aux familles, l’un en Russie [47] et l’autre en Ukraine [48].

À Rostov-sur-le-Don, la plupart des corps transitent par la morgue de la ville. Chaque jour, des centaines de personnes s’y pressent ou consultent une chaîne Telegram dans l’espoir d’identifier un proche à partir d’un tatouage, d’une cicatrice, d’une dent ou d’un objet et parfois en proposant leur ADN dont l’expertise peut durer un an. « Lorsqu’on écrit à "khouïoutin" (une insulte obscène rimant avec Poutine) on nous répond invariablement que le dossier suit son cours. […] Cette guerre nous a toutes changées, qu’elle soit triplement maudite ! », enrage une femme. Une autre rétorque « C’est la guerre, si l’on n’est pas capable de la mener jusqu’au bout, pourquoi, diable l’avoir commencée ? »

« L’homme est une saloperie d’animal capable de s’habituer à tout. », commente un employé, à propos de l’odeur des cadavres qui s’accroche aux vêtements. Il l’accepte pour une rémunération de trois fois le salaire moyen. Des conscrits se font incorporer à la morgue pour éviter le front.

Une femme, à l’ouverture du cercueil de son mari, a découvert le corps sans jambes d’un autre soldat. Elle espère depuis que son époux est prisonnier.

Un livret militaire, maculé de terre et à moitié brûlé n’a conservé lisible qu’un seul prénom. Il appartient à un front inconnu et n’est accompagné d’aucun objet personnel.

En Ukraine, le personnel de la morgue, en sous-effectif, est confronté, sept jours sur sept, à des interlocuteurs en grande souffrance mais ne bénéficie d’aucun soutien psychologique. Il arrive parfois 100 corps par jour. 95 % des décès sont dus à des explosions, la plupart par des drones et ne laissent souvent que des lambeaux de chair. « Parfois, les militaires nous apportent une motte de terre mêlée de tissus humains en nous disant que c’est tout ce qu’il reste de leur camarade pulvérisé par une explosion. »

Les droits de l’Homme en Russie

Le 22 septembre 2025, Mariana Katzarova, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Russie, a présenté un nouveau rapport glaçant. Elle constate une dynamique inquiétante : si, dans les premières années de la guerre, on parlait de « serrage de vis », les répressions sont désormais devenues un système établi de violence politique, intégré au modèle même du pouvoir.

« Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les autorités russes ont intensifié le recours à des poursuites pénales, à des peines de prison de longue durée, à l’intimidation, à la torture et aux mauvais traitements pour réduire au silence l’opposition à la guerre, », écrit Mariana Katsarova.

Répression systématique des droits humains

Le Kremlin instrumentalise les lois et la justice, et instaure une idéologie nationaliste pour museler toute opposition, criminaliser la dissidence et justifier la guerre en Ukraine.

L’impunité des violations graves, la militarisation de la société et la répression ciblée des journalistes, militants, minorités et opposants politiques aggravent une crise des droits humains sans précédent.

Agents étrangers

1 040 personnes et organisations désignées « agents étrangers ». Depuis janvier 2025, 133 nouveaux acteurs de la société civile ont reçu ce statut injuste.

Désormais, les « agents étrangers » sont obligés d’ouvrir des comptes bancaires spéciaux : tous les flux financiers y sont bloqués tant que la personne ou l’organisation n’a pas été retirée du registre. Le pouvoir obtient ainsi un contrôle total sur les ressources financières et la possibilité de paralyser l’activité.

Organisations indésirables

245 ONG classées « organisations indésirables » (dont Russie-Libertés). Le statut « indésirable » rend impossible toute activité sur le territoire russe, et toute collaboration avec ces organisations est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 6 ans d’emprisonnement.

Journalistes et médias

Depuis 2022, les autorités ont inscrit 247 journalistes et médias sur la liste des « agents étrangers ». 195 médias sont désignés comme « indésirables ». Des journalistes sont condamnés pour « fake news », pour le simple exercice de leur métier, avec des peines extrêmement lourdes :

  • Sergey Mikhailov : 8 ans de prison
  • Antonina Favorskaya : 5,5 ans de prison
  • Olga Komleva : 12 ans de prison

Ces condamnations sont devenues un symbole de la pression exercée sur la presse indépendante en Russie.

Censure numérique

En 2025, plus de 1,2 million de ressources Internet ont été bloquées en Russie. Cette offensive massive contre la liberté numérique détruit pratiquement l’espace Internet indépendant à l’intérieur du pays.

Prisonniers politiques

Actuellement, 3 850 personnes sont poursuivies pénalement en Russie pour des raisons politiques. Plus de 3 000 se trouvent en détention. 60 nouvelles affaires par mois en moyenne sont ouvertes contre des femmes, hommes et enfants ordinaires opposés à la guerre et au régime poutinien. Les prisonniers politiques représentent entre 20 à 30 % de toutes les personnes en détention provisoire, ce qui illustre l’ampleur de l’utilisation du système pénal pour réprimer la dissidence.

Torture

Entre 2024 et 2025, au moins 258 cas de torture ont été documentés. Mais seulement 10 auteurs de torture ont été condamnés avec sursis. Cela démontre l’impunité quasi totale des forces de l’ordre.

La torture est massivement infligée aux détenus ukrainiens. La prison SIZO-2 de Taganrog est l’un des centres de détention les plus violents : famine, passages à tabac, quasi-noyades, décharges électriques (y compris sur les parties génitales), humiliations sexualisées, viols.

« Terrorisme et extrémisme »

Les autorités russes détournent les accusations de « terrorisme » pour criminaliser tout soutien à l’Ukraine. En juin 2025, Nadin Gueisler, qui fournissait de l’aide humanitaire à des civils ukrainiens, a été condamnée à 22 ans de prison pour « trahison » et « terrorisme ».

Le ciblage des enfants pour « terrorisme » et « extrémisme » reste profondément alarmant. Plus de 150 mineurs âgés de 14 à 17 ans ont été inscrits sur la liste des « extrémistes » et « terroristes ». Des cas ont également été signalés où des enfants ont été accusés de « trahison » et soumis à la torture pour obtenir des aveux.

Armée et Mobilisation

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, la Russie utilise activement les prisonniers comme « ressource » pour le front. Désormais la loi permet d’annuler les peines des condamnés s’ils s’engagent dans l’armée. Environ 200 000 détenus ont été enrôlés et la police est payée pour chaque engagement.

En juillet 2025, 80 prisons sur 900 ont été fermées. Le système pénitentiaire est littéralement vidé en raison du recrutement massif.

Le ministère de la Défense recrute intensivement des étrangers, dont des victimes de trafic humain en provenance du Népal et du Sri Lanka, en les forçant sous la torture et les menaces à signer des contrats militaires. 80 000 nouveaux détenteurs de la nationalité russe, principalement originaires d’Asie centrale, ont également été obligés de s’enrôler.

Des conscrits russes sont contraints, par la torture et la tromperie, à signer des contrats les envoyant au front. Dans au moins un cas, une personne a été abattue pour avoir refusé de signer.

La Croix-Rouge a enregistré 110 000 cas de soldats russes portés disparus, et plus de 50 000 cas de désertion ont été signalés depuis le début de la guerre à grande échelle. La désertion est devenue l’une des principales voies pour celles et ceux qui cherchent à éviter de participer à la guerre.

Groupes vulnérables

L’expansion de l’idéologie nationaliste soutenue par l’État a banalisé les discriminations et les violences fondées sur l’identité, notamment à l’encontre des femmes et des filles, des personnes LGBT+, des peuples autochtones, des minorités ethniques et des migrants.

Depuis 2022, le nombre de cas de violences domestiques impliquant des militaires a presque doublé. Des violeurs et meurtriers, revenus du front, tuent leurs épouses, violent des enfants. Selon des enquêtes journalistiques, des vétérans de guerre en Russie ont commis des crimes contre des civils, entraînant plus de 750 morts ou blessés.

En 2025, les autorités ont adopté une nouvelle loi contre la « propagande childfree », interdisant toute discussion en public sur la contraception et l’avortement.

Depuis la qualification du « mouvement LGBT international » comme « extrémiste », la répression étatique s’est intensifiée :

  • Fermeture d’organisations et initiatives LGBT
  • Descentes contre des lieux fréquentés par des personnes queer, entraînant des arrestations et des convocations pour la mobilisation militaire
  • 221 affaires ont été ouvertes pour « propagande LGBT », y compris pour l’affichage de symboles comme le drapeau arc-en-ciel

Les répressions en Russie ne sont pas de simples abus, mais constituent une politique d’État délibérée. Les autorités ignorent volontairement les obligations internationales en matière de droits humains. Le niveau de contrôle idéologique est désormais comparable à celui de la fin de l’ère soviétique, mais les méthodes sont beaucoup plus sévères.

Le rapport souligne que la répression traverse aujourd’hui toutes les sphères de la vie en Russie. Dans le domaine culturel, les réalisatrices Evgenia Berkovich et Svetlana Petriichuk ont été condamnées à de lourdes peines de prison pour « terrorisme » en lien avec des productions théâtrales.

Dans le domaine éducatif, les livres de la Biélorusse Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature en 2015, ont été retirés du programme scolaire et le musée de l’Histoire du Goulag a été fermé, tandis que la pression s’intensifie sur les enseignants et étudiants : L’enseignante Natalia Taranushenko a été condamnée à 7 ans de prison pour avoir évoqué devant ses élèves les massacres de Boutcha.

Un chapitre distinct du rapport décrit le climat psychologique où la peur, l’autocensure et l’épuisement deviennent une composante quotidienne. En Tchétchénie, on observe un climat de peur profondément enraciné, marqué par la torture et les exécutions extrajudiciaires.

Enfin, le rapport met en lumière le rôle essentiel de la société civile en exil : même hors de Russie, les activistes poursuivent leur travail, maintiennent le lien avec la population et résistent à l’isolement. En 2025, six organisations créées par des Russes à l’étranger ont été déclarées « indésirables », y compris l’Institut Andreï Sakharov et le mouvement « Paix. Progrès. Droits humains » en France. Des défenseurs des droits humains, tels que Sergey Lukashevsky (ancien directeur du Centre Sakharov) et Sergey Davidis, ont été condamnés par contumace pour avoir poursuivi leur activité depuis l’étranger.

Ce rapport constitue un outil de pression internationale essentiel : il documente les violations et offre aux victimes ainsi qu’à la société russe une reconnaissance. Le monde voit ce qui se passe.

L’ONU a reconnu l’évidence : en Russie, une véritable machine d’État de répression a été mise en place. Pourtant, le rapport rappelle avec force que la société civile est vivante et qu’elle doit être soutenue.

Chaque publication, chaque action, chaque diffusion de la vérité devient alors un acte de résistance.

Ce rapport constitue un rappel important de la nécessité de la solidarité internationale et du soutien aux défenseurs des droits humains [49].

Flamme éternelle et boules de neige

Les familles des deux écoliers qui ont éteint la flamme éternelle, sur la tombe du soldat inconnu à Saint-Pétersbourg et qui ont ensuite été arrêtés par la police seront expulsées de la Fédération de Russie pour violation des règles d’enregistrement des migrants.

Le chef de l’Assemblée spirituelle des musulmans de la Fédération de Russie, le mufti Albir Krganov, s’est prononcé en faveur de l’expulsion des familles des écoliers qui ont jeté des boules de neige dans la flamme éternelle. Il a souligné que si ces personnes violaient la législation sur l’immigration, elles devaient être tenues pour responsables conformément à la loi. Quant à l’action des écoliers, elle constitue, selon le mufti, un échec des organisations familiales, éducatives et publiques dans le domaine de l’éducation des jeunes générations [50].

Marioupol

Marioupol, principale ville ukrainienne conquise par l’armée russe dès le début de son invasion, malgré sa résistance de 86 jours, est une ville victime de crimes de guerre et de milliers de disparitions et de déracinements. Sur les 450 000 habitants avant l’invasion, il ne reste qu’environ cent mille habitants d’origine dans la ville occupée. Cent mille Russes colonisent la ville et changent son identité.

La municipalité en exil a ouvert, avec l’aide internationale, 42 centres d’accueil en Ukraine et aide les réfugiés à trouver un emploi.

Parmi les étudiants de l’Université d’État de la ville, 18 sont morts et 256 portés disparus. Certains étudiants travaillent clandestinement, cachés derrière un VPN. « Ce que les étudiants veulent surtout, c’est apprendre une pensée critique qu’on ne leur enseigne ni à Marioupol ni en Russie. », explique le recteur.

Natalia Obuhova est arrivée en 2024 après avoir été emmenée de force par l’armée russe dans un camp de filtration. « Nous marchions littéralement sur les cadavres jonchant les rues de Marioupol. », se souvient-elle. Après des détentions dans deux camps, les Russes ont voulu la déporter dans l’Oural. Grâce à une tante russe, elle a pu être hébergée. Elle a refusé la nationalité russe et a pu être rapatriée par la Croix-Rouge. « En attendant, la vie continue et nous rêvons tous que la paix arrive. », conclut-elle [51].

Daniil Mukhametov

Daniil est objecteur de conscience et militant pacifiste. Il a subi des pressions de son employeur (les Chemins de fer russes, RZD) et du commissariat militaire, refusant de servir les convois militaires. À la suite d’une arrestation par le FSB en Mordovie et d’actes de torture, il a été placé sous suivi psychiatrique et a reçu un traitement antidépresseur.

Arrêté à Ruzava (Saransk) pour « désobéissance à la police », interpellé par des agents du FSB en civil, battu, asphyxié avec un sac plastique, contraint de déverrouiller son téléphone, détenu une nuit, puis condamné le lendemain, sans procédure régulière, par le tribunal de Ruzava à cinq jours d’arrestation administrative.

Convoqué pour la conscription militaire, Daniil ne s’est pas présenté au commissariat. Il a cherché une exemption médicale, a été inscrit auprès d’un psychiatre et mis sous antidépresseurs. Toutefois, les documents officiels le maintiennent « apte au service militaire ».

Transféré dans un centre de détention provisoire, puis interrogé par le FSB au moyen d’un polygraphe pendant quatre heures. À nouveau battu. Après avoir purgé sa peine, il a pris la fuite et vendu son téléphone pour échapper à la surveillance.

Il tente de fuir vers l’UE via la Turquie, mais est refoulé faute de visa Schengen et contraint de retourner en Russie.

Il a sauté d’un train en mouvement en Lituanie, parce que celui-ci ne s’arrêtait pas, qu’il ne disposait pas d’un visa Schengen et qu’il était terrorisé. La Lituanie l’a immédiatement qualifié de « saboteur russe », a lancé une campagne médiatique diffamatoire et ouvert une procédure pénale. Il a été placé sous mandat de recherche international.

Il a ensuite réussi à rejoindre la Finlande, où il a demandé l’asile. Malheureusement, cette histoire est devenue tristement courante aujourd’hui. La Finlande a décidé qu’il serait « plus simple » de le renvoyer en Lituanie – où il risque l’emprisonnement simplement pour avoir sauté d’un train – puis très probablement une déportation ultérieure vers la Russie. Comme son affaire est très médiatisée, le FSB et les autorités russes l’attendent déjà.

Le Service finlandais de l’immigration (Migri) a rendu une décision : rejet de l’asile, refus de permis de séjour, ordre d’expulsion et interdiction d’entrée pour deux ans en Finlande [52].

Svetlana Khustik

Svetlana Khoustik, journaliste réputée et figure emblématique de la presse écrite sibérienne, en particulier à propos des répressions staliniennes dans la région, a été arrêtée à Krasnoïarsk. Le Comité d’enquête de Krasnoïarsk indique [53] qu’elle est soupçonnée d’avoir diffusé publiquement de fausses informations sur les forces armées russes L’enquête pénale a été ouverte par le Département d’enquête du district central de la Direction générale des enquêtes, sur la base d’informations du Service fédéral de sécurité (FSB) du territoire de Krasnoïarsk [54].

Des Russes inculpés après une demande de service civil

La conscription d’automne a commencé en Russie. D’ici la fin de l’année, 135 000 Russes seront appelés sous les drapeaux, selon un décret de Vladimir Poutine [55]. Les appelés ne devraient pas servir hors du territoire russe. Le lancement d’un registre électronique des convocations [56] consulté le 1er octobre 2025. et le durcissement de la législation sur le service militaire [57] ont considérablement réduit les possibilités légales d’échapper au service militaire. Les réfractaires sont passibles de l’article 328 du Code pénal russe, qui prévoit une peine maximale de deux ans d’emprisonnement [58]. En pratique, les personnes condamnées sont le plus souvent condamnées à une amende (et très rarement à une peine avec sursis) [59].

Conformément aux amendements à la Loi sur le service militaire, une convocation est réputée signifiée sept jours après son inscription au registre. Passé ce délai, le conscrit n’a pas le droit de quitter la Russie. Si le conscrit ne se présente pas au bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire dans les 20 jours, les autorités peuvent lui imposer des restrictions supplémentaires, notamment l’interdiction d’immatriculer des véhicules, de gérer des biens immobiliers, de s’enregistrer comme travailleur indépendant ou entrepreneur individuel, d’obtenir un passeport et de contracter un prêt [60].

Des demandeurs du service civil ont été inculpés. Témoignages :

Anatolie

J’ai tenté le service civil de remplacement (SCR). Lors de trois conscriptions consécutives, j’ai déposé ma candidature, mais je n’ai reçu aucune réponse. Je suis sûr que mes demandes ont bien été reçues par le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire.
À l’automne 2024, j’ai commencé à recevoir des convocations, non pas pour l’examen de ma demande, mais pour un examen médical. Je les ai ignorées, car aucune de mes demandes d’ACS n’avait été examinée et je n’avais reçu ni approbation ni refus.
En avril 2025, le bureau d’enrôlement militaire a jugé que j’ignorais illégalement mes convocations. Un enquêteur de la Commission d’enquête m’a appelé et m’a convoqué. Je n’ai pas contacté d’organisations de défense des droits humains et je m’y suis simplement rendu. Il n’a pas été question d’une quelconque procédure pénale. […]
L’enquêteur a rédigé les documents comme s’il s’agissait d’aveux. Après deux interrogatoires, j’ai contacté des militants des droits humains. Je regrette profondément de ne pas l’avoir fait plus tôt, car nombre des problèmes rencontrés étaient évoqués, par exemple, dans les notes d’ OVD-Info et du Mouvement des objecteurs de conscience. Consulter un militant des droits humains m’aurait permis d’éviter bien des ennuis. […]
Au début, j’ai cessé de croire que je pouvais tout gérer seul. Un jour, je ne me suis pas présenté à l’enquêteur, j’ai été placé en garde à vue et j’ai passé deux jours en centre de détention provisoire. Après cela, ma famille a commencé à se disputer : mes proches craignaient que les conséquences de mes décisions soient encore plus graves. […] J’ai réalisé la douleur de mes proches, que la situation ne me touchait pas seulement, mais qu’elle paralysait aussi la vie de mon entourage.
L’administration de l’université m’a dit un jour qu’il n’y avait « pas de place pour les réfractaires ». Mais je défends [académiquement] mon droit à poursuivre mes études. […]
Constamment anxieux et craignant d’être retardé, j’ai quitté un emploi à temps plein pour un emploi à distance. C’est seulement à ce moment-là que je me suis senti plus serein. Mais ce changement de carrière a été très stressant. J’ai perdu une partie de mon salaire et j’ai aussi perdu mon confort. Des problèmes financiers sont apparus, et je suis obligé de vivre de mes économies. Je suis encore en train de m’adapter à ces nouvelles conditions, et c’est très stressant.
Je pourrais quitter la Russie. Cela peut paraître étrange, mais j’aime vraiment mon pays. Je vois ce qui se passe autour de moi comme le prix à payer pour rester. J’ai pas mal d’amis qui sont venus s’installer ici, et ma famille est prête à me soutenir dans cette décision. Mais je veux faire des études russes et rester ici pour travailler.

Cyrille

Je me suis rendu pour la première fois dans un bureau d’enrôlement militaire à 16 ou 17 ans, lors de mon inscription au service militaire. Même à cette époque, j’avais remarqué qu’ils ne me traitaient pas comme un être humain. Ils ne traitaient même pas les médecins […] comme des êtres humains. Par exemple, le médecin [qui m’a examiné lors de ma visite médicale] avait une question, alors nous sommes allés voir le médecin-chef. Elle a crié : « Mais qu’est-ce que tu fais là ? Débrouille-toi et reviens. » Bien sûr, ils m’ont traité de la même manière.
En 2018, j’ai réalisé que je ne voulais pas aller à l’université à temps plein. J’ai donc immédiatement cherché une option d’enseignement à distance. Mais cela ne résolvait pas le problème militaire. Je n’étais pas prêt à être subordonné à qui que ce soit ; je préférais les partenariats. J’ai décidé qu’un service civil alternatif était la meilleure solution pour moi. Cela me convenait aussi car je serais payé et je pourrais peut-être rester dans ma ville natale sans abandonner mes études. C’était le plus important pour moi.
Je recevais sans cesse des convocations pour « clarifier mes informations » à mon domicile. Conformément à la loi, j’y répondais par courrier, sans me rendre au bureau d’enrôlement et d’enregistrement militaire. Un jour, j’ai reçu une convocation pour un examen médical, alors qu’ils étaient censés examiner ma demande de service de remplacement au préalable. Je suis certain que cette convocation était illégale. Mon projet était peu à peu abandonné. Mais je ne m’en rendais pas encore compte. […]
J’ai envisagé le service militaire contractuel, mais je l’ai écarté : je n’étais pas vraiment prêt à me battre ni à partir à la guerre. Certes, les séries télévisées « Soldats » et « Cadetstvo » que j’ai regardées en grandissant étaient toutes romantiques, mais j’avais entendu parler de la véritable formation militaire et de la façon dont les soldats étaient traités.
En 2023, j’approchais de la fin de mes études. L’année précédente, j’avais fondé une famille, eu un enfant, et avec cela, un prêt immobilier, des emprunts, etc. J’avais déjà obtenu un diplôme en finance, construit une carrière, occupé un bon poste, et l’option initiale du service alternatif ne me convenait plus. Je devais subvenir aux besoins de ma famille, mais comment pouvais-je vivre avec le SMIC ?
En juin 2024, ma mère m’a dit qu’un enquêteur de la Commission d’enquête lui avait écrit pour savoir où je pouvais me trouver. À ce moment-là, j’avais déjà été convoqué au parquet et on m’avait demandé pourquoi je ne me rendais pas au bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. […]
Deux semaines plus tard, l’enquêteur m’a rappelé. Au cours de la conversation, j’ai compris qu’ils avaient initialement voulu classer l’affaire en vertu de la partie I de l’article 328 du Code pénal russe : je ne me cachais pas, ils avaient toutes les informations. Mais au bout d’un moment, l’enquêteur m’a dit : « Trouvez un avocat. »
L’enquêteur a transmis l’affaire au parquet, qui l’a ensuite transmise au tribunal. Il y a eu quatre ou cinq audiences. Le procureur a requis une amende de 150 000 roubles. Il a passé tout le procès sur son téléphone, complètement indifférent. Lorsque la condamnation à 20 000 roubles a été prononcée, j’ai poussé un soupir de soulagement. Le « Mouvement des objecteurs de conscience » m’a aidé à trouver un avocat et à payer l’amende, ce dont je lui suis très reconnaissant.

Semyon

Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire m’a envoyé passer un deuxième examen médical. C’est alors que j’ai entendu parler du service civil de remplacement. Bien sûr, personne au bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire ne m’en a parlé. J’ai contacté les Mères de Soldats de Saint-Pétersbourg pour obtenir de l’aide pour remplir un dossier. J’ai postulé pour un service civil de remplacement, d’abord en raison de mes convictions chrétiennes. Des principes bibliques prônent l’amour du prochain et la résistance non violente au mal. Ensuite, selon la Constitution, j’ai droit au service civil de remplacement, que personne ne peut me retirer, et je le défends. Ma famille a soutenu ma décision. […]
Plus tard, j’ai été convoqué au bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire concernant ma candidature. Lors de la réunion, ils ne m’ont pas vraiment écouté et m’ont interrompu sans cesse. Ils ont essayé de me faire honte parce que je ne voulais pas servir dans l’armée. Parmi les questions posées, on pouvait citer : « Et si ta famille était agressée ? Et si tu étais agressé dans la rue, que ferais-tu ? » Finalement, ils m’ont dit, premièrement, que je ne les avais pas convaincus, et deuxièmement, que j’avais dépassé la date limite pour déposer ma candidature au service civil de remplacement.
J’ai tenté de faire appel du refus devant le tribunal, mais ma demande a été rejetée. Lors de la conscription suivante, j’ai refait ma demande : la loi ne restreint pas les nouvelles demandes de service civil de remplacement. Je suis retourné à la commission de conscription, et là aussi, il y avait une absurdité. Il y avait un panneau sur la porte indiquant que les conscrits devaient s’identifier sur un formulaire spécifique à leur entrée. J’ai décidé de ne pas le faire, ne jugeant pas cela nécessaire. Cela a donné lieu à une altercation verbale avec le président. Il m’a mis dehors en disant : « Je vous refuse simplement parce que vous ne voulez pas obéir à mes ordres. » Ses derniers mots, dont je me souviens, étaient que le bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire ne communiquerait désormais avec moi que par correspondance. Deux ans se sont écoulés depuis. Personne ne m’a importuné et je n’ai reçu aucune convocation du bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire.
[Après plusieurs épisodes juridiques], grâce aux conseils des « Mères de soldats de Saint-Pétersbourg », j’ai assisté à des conférences sur les spécificités de la conscription et nous avons partagé nos expériences avec d’autres conscrits. Après cela, j’ai passé beaucoup de temps à discuter dans différents groupes et je comprends maintenant mieux ce qu’il faut faire et comment procéder.
Je vous conseille de postuler à l’ACS, mais préparez-vous d’abord. Assurez-vous d’avoir des documents, pas seulement des mots. Je vous conseille d’écrire des articles pacifistes pour des magazines et des groupes VKontakte, et de faire du bénévolat. Munissez-vous d’un document concret, un document qui confirmerait vos convictions. D’après mon expérience, c’est important pour le bureau d’enrôlement et d’enregistrement militaire. Je vous conseille également de rassembler les dossiers médicaux de vos consultations médicales et de signaler toutes vos maladies. Vous pourriez obtenir une exemption de service pour raisons médicales [61].

Un avocat de la coalition Appel à la conscience explique « Il faut se battre pour obtenir ce droit [au service civil. …] Mieux vaut choisir n’importe quelle option que de finir à la guerre. Il est conseillé de préparer à l’avance tous les documents qui confirmeront votre droit à ne pas servir pour des raisons de santé. Il existe des exemptions auprès des entreprises et des reports d’études. Si un citoyen n’est pas prêt à résister et à défendre sans compromis son droit à l’objection de conscience malgré les menaces croissantes, la solution la plus sûre est de partir. »

[6« Si j’étais Poutine, je m’inquiéterais », 28 octobre 2025.

[7Apolline Vilbois « La Russie coupe les téléphones et Internet au nom de la protection antidrones », La Croix, 29 octobre 2025.

[10Lire la recension dans Damoclès n° 170-174, spécial 2024, p. 38.

[13Faustine Vincent, « Des Ukrainiens contraints de combattre leur propre pays », Le Monde, 23 octobre 2025.

[14Gin Vola, « Ne pas rater le rendez-vous de l’Histoire », Brigades éditoriales de solidarité, Soutien à l’Ukraine résistante, n° 43, 17 octobre 2025.

[15Patrick Le Thréhondat, ibidem.

[16Oksana Slobodania, « La situation du personnel soignant reste difficile », ibidem.

[17Oleksandr Kyselov, « La langue comme arme de guerre », ibidem.

[18« La langue russe n’appartient pas au dictateur », Propos recueillis par Laure Mandeville, 24 octobre 2025.

[19Patrick Le Thréhondat, art. cit.

[20« La bataille du rail en Russie et dans les territoires occupés », ibidem.

[21Ibidem.

[22Ibidem.

[23Ibidem.

[24Art. cit.

[25Faustine Vincent, « Maïdan, cœur de la "douleur de l’Ukraine" », Le Monde, 26 octobre 2025.

[27Entretien avec Julius Fitzke, « La pauvreté en Russie est le moteur du succès du système poutinien », Die Welte, repris par Le Soir, 11 octobre 2025.

[28Darlene Superville, 10 octobre 2025.

[30Entretien avec Christian Brüngger, Tages Anzeiger, repris par Le Soir, 11 octobre 2025.

[33« Des exportations massives d’armes et de biens à double usage aux régimes répressifs en 2024 », Communiqué de presse de l’Observatoire des armements, 13 octobre 2025, cf. https://www.obsarm.info/spip.php?article709

[34Benjamin Quénelle, « À Paris, un concert pour "ne pas oublier" les musiciens emprisonnés en Russie », Le Monde, https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/10/14/a-paris-un-concert-pour-ne-pas-oublier-les-musiciens-emprisonnes-en-russie_6646605_3246.html, consulté le 15 octobre 2025.

[38https://novayagazeta.ru, publié et consulté le 1er octobre 2025.

[39https://zona.media/online/2025/10/02/kruglov, 2 octobre 2025, consulté le 6 octobre 2025.

[42https://zona.media/article/2025/10/03/1-2-3, 3 octobre 2025, consulté le 6 octobre 2025.

[43https://zona.media/news/2025/10/06/dzyadko, publié et consulté le 6 octobre 2025.

[44https://zona.media/online/2025/10/02/nesterenko-3, 2 octobre 2025, consulté le 6 octobre 2025.

[45https://zona.media/news/2025/10/06/1000, publié et consulté le 6 octobre 2025.

[46Nikita Sologub, https://zona.media/article/2025/09/17/run, 17 septembre 2025, consulté le 6 octobre 2025.

[47« Russie dans une morgue russe, “succursale de l’enfer" », média en ligne Verstka, Traduit par Le Monde, 28 septembre 2025.

[48Emmanuel Grynspan, « À Dnipro, en Ukraine, les identités perdues au front », 28 septembre 2025.

[49https://russie-libertes.org/2025-09-29-russie-repression-rapportonu, 29 septembre 2025, consulté le 30 septembre 2025.

[50https://francais.news-pravda.com/world/2025/01/09/324083.html, 1er septembre 2025, consulté le 30 septembre 2025.

[51Rémy Ourdan, « Ils ont fui Marioupol et l’espoir d’y revenir s’amenuise », Le Monde, 1er octobre 2025.

[52Centre International pour les Initiatives Civiles « Notre Maison », https://storage.googleapis.com/mailerlite-uploads-prod/1678497/IJoag5xNQAkMdLbHn0wTEZxq4hEHc6UQwqth3syP.pdf, septembre 2025, consulté le 30 septembre 2025.

[60https://meduza.io/news/2025/05/09/v-rossii-zarabotal-reestr-elektronnyh-povestok, 5 septembre 2025, consulté le 1er octobre 2025.

Retrouvez la vingt-troisième partie de cette rubrique, septembre 2025

Retrouvez la vingt-deuxième partie de cette rubrique, juillet-août 2025

Retrouvez la vingtième-et-unième partie de cette rubrique, mai-juin 2025

Retrouvez la vingtième partie de cette rubrique, avril 2025

Retrouvez la dix-neuvième partie de cette rubrique, février-mars 2025

Retrouvez la dix-huitième partie de cette rubrique, janvier 2025

Retrouvez la dix-septième partie de cette rubrique, novembre-décembre 2024

Retrouvez la seizième partie de cette rubrique, septembre-octobre 2024

Retrouvez la quinzième partie de cette rubrique, juillet-août 2024

Retrouvez la quatorzième partie de cette rubrique, juin 2024

Retrouvez la treizième partie de cette rubrique, avril-mai 2024

Retrouvez la douzième partie de cette rubrique, mars 2024

Retrouvez la onzième partie de cette rubrique, février 2024

Retrouvez la dixième partie de cette rubrique, janvier 2024

Retrouvez la neuvième partie de cette rubrique, novembre-décembre 2023

Retrouvez la huitième partie de cette rubrique, septembre-octobre 2023

Retrouvez la septième partie de cette rubrique, juillet-août 2023

Retrouvez la sixième partie de cette rubrique, juin 2023

Retrouvez la cinquième partie de cette rubrique, mai 2023

Retrouvez la quatrième partie de cette rubrique, mars et avril 2023

Retrouvez la troisième partie de cette rubrique, janvier et février 2023

Retrouvez la deuxième partie de cette rubrique, décembre 2022

Retrouvez la première partie de cette rubrique, novembre 2022

Écoutez les interventions de Guy Dechesne sur RCN, Radio libertaire ou Radio Canut


Certains vous proposent de financer la guerre,
nous vous proposons d’enraciner la paix.

L’Observatoire des armements est le seul centre d’expertise et de documentation indépendant
dans le domaine de la défense et de la sécurité en France.

Faites un don pour la recherche indépendante

En 2024 les dons représentent 34% de nos revenus, en 2025, notre objectif est d’atteindre les 50% !


Aller plus loin