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Économie de guerre
Sur le réseau social russe Vkontakte, une campagne de recrutement pour combattre en Ukraine bat son plein : « Appel à tous les hommes de 18 à 63 ans, même porteurs de maladie (VIH, hépatite, etc.). Les personnes en liberté conditionnelle et les détenus sont aussi acceptés. » Les étrangers le sont aussi. Les combattants empochent environ 80 400 euros la première année, soit plus de dix fois le salaire annuel moyen dans la région en 2024, puis un salaire de 1 700 euros mensuels. De nombreux Russes accèdent ainsi à la classe moyenne. De même, les ouvriers des industries d’armements qui travaillent en trois-huit ont vu leurs salaires augmenter de 78 % en trois ans alors que la croissance a été plus lente pour le personnel de santé et éducatif. « J’appelle ça l’économie de la mort. », commente l’économiste russe Vladislav Inozemtsev, cofondateur du Centre d’analyse et de stratégie en Europe avec Dmitri Goudkov, l’un des chefs de l’opposition russe en exil. Il estime, à propos des volontaires pour le front : « Dans certains cas, leurs voisins étaient ravis de les voir débarrasser le plancher. Quant à leurs proches, ils ont touché beaucoup d’argent et sont devenus des gens riches dans leur communauté locale. » Les soldats et leurs enfants sont prioritaires dans les universités publiques. Les familles des soldats tués reçoivent des indemnités allant jusqu’à 110 000 euros. Pour en profiter, une aide-soignante a épousé cinq soldats grièvement blessés. Ces mariages fictifs devraient bientôt être pénalisés. La guerre génère une forte hausse du pouvoir d’achat dans les régions les plus pauvres et incite les bénéficiaires à ne pas souhaiter la fin de la guerre. Leur retour à une économie normale créera sans doute une crise. La fin de la guerre en Afghanistan a été une des sources de la chute de l’URSS. De retour de la guerre, Hitler a créé le parti nazi et organisé une formation paramilitaire composée pour une grande part de soldats au chômage et animés de ressentiments.
Des salles de sport et des salons de beauté sont apparus dans les régions défavorisées. Comme les voyages à l’étranger sont restreints, le nombre de chambres d’hôtel en Russie augmente de 15 à 20 % par an.
Pourtant, sur les réseaux sociaux, certains expriment leurs regrets : « J’ai signé le contrat comme un idiot. Alors que je n’ai pas besoin de cet argent. Je ne sais pas quoi faire, je n’aime pas me battre. Et je n’ai que 21 ans. » Un autre message essaie de dissuader un candidat à la chair-à-canon : « Reste chez toi. J’ai enterré mon fils, il a été tué lors de sa première mission. Il y a déjà eu assez de morts [1]. »
À la télévision, l’émission « Nous allons vivre » aide les vétérans de l’invasion de l’Ukraine à trouver un travail. Un candidat a défrayé la chronique. Il a été gracié grâce à son engagement dans la milice Wagner. À la fin de son contrat, il a violé et assassiné une femme de 85 ans. Condamné, il a été libéré moins de six mois après son jugement et renvoyé en Ukraine. Il fait partie, selon Poutine, de la « véritable élite ». Les hôpitaux psychiatriques sont sous-équipés en psychologues et la majorité des soldats ont une mauvaise image des soins mentaux. Le parti présidentiel a nommé de nombreux vétérans aux élections régionales en septembre 2024, mais seuls 5 % ont été élus. Certaines régions imposent aux entreprises un quota de 1 % de vétérans. Mais les emplois ne sont pas dans les régions d’origine des soldats [2].
Politzek (Prisonniers politiques)
Politzek, les voix qui défient le Kremlin, est une émission d’Arte, disponible sur France.tv jusqu’au 30 décembre 2025. Elle est réalisée par Manon Loizeau et Ekaterina Mamontova. La première, autrice de nombreux reportages critiques du régime, ne peut plus travailler en Russie. La deuxième a couru les risques de filmer des opposants, leurs proches et leurs soutiens avant de fuir le pays. Elle craint les perquisitions chez sa mère à qui elle a confié le numéro de téléphone de OVD-Info, une association d’avocats en aide aux victimes de poursuites politiques. Ce qui est le cas de 3 890 personnes dont 1 696 incarcérées [3].
Le reportage montre l’arrestation et le procès d’Oleg Orlov de l’ONG Memorial, Prix Nobel de la paix en 2022, et accompagne son épouse, Tatiana, jusqu’au déchirement de quitter son appartement pour rejoindre en Allemagne son mari qui, en même temps que l’artiste Sacha Skotchilenko, a été échangé contre des Russes emprisonnés en Occident, le 1er août 2024. Les retrouvailles des familles sont filmées.
Le procès inique de la metteuse en scène Evguénia Bergovich et de la dramaturge Svetlana Petriichouk montre un metteur en scène servile qui dénonce sa collègue et un « témoin surprise » complétement inaudible. À l’avocat qui s’en plaint, on répond que c’est subjectif.
À 14 ans, Arseni a été emprisonné pour une vidéo sur un réseau social. Condamné, il est emprisonné à 2 000 kilomètres de chez sa mère.
Les avocats de Navalny
Le tribunal régional de Vladimir a examiné l’appel interjeté par les avocats d’Alexeï Navalny, condamné le 17 janvier 2025 pour « participation à un groupe extrémiste ». Lors de l’audience en appel, la procureure a estimé que la peine prononcée était trop clémente pour tous les accusés. Elle a requis un alourdissement de la peine de Vadim Kobzev de 5,5 ans à 5 ans et 8 mois, celle d’Alexeï Liptser de 5 à 5,5 ans et celle d’Igor Sergounine de 3,5 à 4 ans [4]. Le tribunal a suivi ce réquisitoire.
Selon des estimations prudentes, plus de six millions de migrants vivent en Russie. Des secteurs entiers de l’économie russe – construction, logement et services publics, logistique, services aux consommateurs et livraison – dépendent de leur travail, tout comme l’économie de leur pays d’origine : les transferts de fonds des migrants représentent une part importante du PIB des pays d’Asie centrale. Malgré cela, ils demeurent l’un des groupes sociaux les plus vulnérables de Russie, constamment victimes de discrimination. Cette année, un registre des « personnes contrôlées » a été lancé – un système de suivi des migrants illégaux. Être inscrit à ce registre peut entraîner instantanément la perte d’un emploi, d’une place à l’université et de l’accès à son propre argent. Nombre d’entre eux sont qualifiés d’« illégaux » par erreur.
Les législateurs ont interdit aux enfants qui ne connaissent pas la langue russe d’étudier dans les écoles russes. Les enfants migrants doivent donc désormais passer un test de langue spécial pour pouvoir fréquenter les écoles russes. Ce qui est déjà absurde et déplorable en soi, mais pour rendre l’idée sous-jacente encore plus évidente, ces tests sont rarement disponibles. Par exemple, en avril, les autorités russes ont refusé de tester les enfants migrants dans 81 % des cas [5], invoquant des demandes mal remplies, des dossiers incomplets ou un manque de places dans les écoles de la région.
Nikita Mouravieff

Golosa

Alexandre Orlov
Alexandre Orlov, ex-ambassadeur russe en France et espion du KGB, comme l’atteste des documents de L’Express [6], défend la doctrine poutinienne : « L’OTAN cherche à nous attaquer, c’est sa raison d’être. » ; « L’Ukraine n’a jamais existé comme État-nation. ». Bien qu’il qualifie la France d’« État totalitaire », et dit qu’il y a plus de liberté à Moscou qu’à Paris, et que les gens y sont formatés comme un troupeau de moutons, il continue à y vivre avec sa famille et ses enfants scolarisés. Quand il était ambassadeur en titre, il recevait dans sa résidence Jean-Pierre Chevènement, François Fillon, Hubert Védrine, Marine Le Pen et sa nièce, Marion, Pascal Boniface et Hélène Carrère d’Encausse. Il a été remplacé par Alexeï Melchkov qui ne parle pas le français et se désintéresse de la culture.
Squad 22 : ZOV
Dans Kometa n° 9 de septembre 2025, l’écrivain Iegor Gran, commente Squad 22 : ZOV, « Le premier jeu sur l’Opération militaire spéciale », affirme son créateur, sous contrat avec le ministère russe de la Défense. Iegor Gran décrit le jeu gratuit comme « simple, viril, d’une immoralité assurée, et laid, de cette laideur propre au front russe. […] Maisons défoncées, arbres calcinés, boue glacée, et partout, des "Z" peinturlurés sur les camions – tout l’univers de la boucherie poutinienne est là. » Des vétérans ont participé à son élaboration, dont le « héros de la Russie » Vladislav Golovine, célèbre pour une vidéo avant l’attaque de Marioupol et une autre, quelques mois plus tard, où il fait tenir une bouteille de bière sur sa prothèse de pied.
L’introduction du jeu admet que « l’armement n’est pas top, pas plus que les rations. C’est pour cela qu’on nous appelle les clodos de la guerre. »
Le but est de déloger les « nazis ukrainiens » qui circulent en chars marqués de la croix allemande de la Wehrmacht. Le concepteur du jeu concède que les ennemis sont difficiles à dégommer. « Mais les événements qui y sont représentés ne sont pas simples non plus. » Un joueur réclame de pouvoir dépouiller les cadavres ennemis pour récupérer de l’équipement.
Un propagandiste demande « Nous devons créer davantage de jeux de ce type afin que les jeunes soient impliqués dans la vie de la Russie et élevés dans les bonnes traditions. » Un député a déclaré « Ce n’est un secret pour personne que les enfants et les adolescents passent des milliers d’heures à des jeux chaque année. Bien sûr, cela affecte leur conscience. »
Sparta 2035, un autre jeu, de combat en Afrique, est un hommage au groupe Wagner. « Rejoignez Sparta ! Ici on combat les mauvais garçons pour un beau paquet de fric ! » Ici, la mort est désinvolte.
Aucun des dix jeux les plus vendus en Russie n’est créé dans le pays. Les joueurs les achètent ou les piratent malgré les projets d’interdiction du président de la Douma. Des parents écrivent sur sa page Telegram qu’il devrait se concentrer sur les migrants qui arrivent par millions et qui violent leurs enfants et qu’il ferait mieux d’interdire les trottinettes électriques ou de fermer la frontière avec le Pakistan (qui n’a pas de frontière avec la Russie).
Une variante du jeu Les loups-garous de Thiercelieux est vendue en ligne. Il faut y éliminer les « agents étrangers », grossièrement caricaturés et infiltrés dans une « Ville merveilleuse ».
Libération de prisonniers politiques biélorusses
Le jeudi 11 septembre 2025, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a libéré 52 prisonniers politiques. À la veille de manœuvres conjointes avec l’armée russe, il a obtenu de Donald Trump la levée des sanctions contre la compagnie aérienne nationale Belavia, sauf vers la Russie, la Corée du Nord et l’Iran [7]. Parmi les prisonniers qui ont rejoint la Lituanie, on compte 14 étrangers. 1 187 prisonniers politiques sont toujours incarcérés, dont Alès Bialiatski, prix Nobel de la paix 2022.
Avant la rencontre, en Alaska, de Poutine et de Trump, celui-ci a appelé son homologue biélorusse et a salué une « conversation formidable » avec le « très respecté président de Biélorussie [8] ».
Les deux grands-pères de Nikolaï Statkevitch ont été tués à l’époque soviétique ; l’un est mort au NKVD en 1937, et l’autre a été fusillé par les Allemands pendant la Deuxième guerre mondiale. L’homme politique a mené une carrière militaire. Il adhéra aux sociaux-démocrates. D’abord clandestinement, car, comme tout officier soviétique, il était membre du Parti communiste. Mais après la prise de la tour de télévision de Vilnius, en 1991, quand l’URSS tenta de reprendre le contrôle des pays baltes, et blessa 700 personnes et en tua 14, Statkevitch quitta le Parti communiste.
En août 1991, il refusa d’obéir au Comité d’État d’urgence. Lors du coup d’État, Statkevitch annonça la création d’une « Union biélorusse des militaires » (Belaruskae zgurtavanne vayskoŭcaŭ, BZV) supraparti et appela à la radio les soldats et officiers du district militaire biélorusse à ne pas obéir aux ordres des putschistes. En 1996, il a organisé un rassemblement contre l’élargissement des pouvoirs du président, puis, en 1999, une « marche pour la liberté » contre le rattachement de la Biélorussie à la Russie ; en 2004, des actions contre la suppression de la limitation du nombre de mandats de Loukachenko ; et en 2010, il a été l’un des leaders de « Ploshcha », une action de masse après l’élection présidentielle. Cette action s’est soldée par une peine de cinq ans de prison pour Statkevitch. Il a refusé de demander la grâce de Loukachenko, mais en 2015, ce dernier l’a libéré prématurément dans le cadre d’un nouveau rapprochement avec l’Occident. Statkevitch a expliqué qu’il n’avait pas demandé la grâce, car cela l’aurait obligé à admettre sa culpabilité.

En 2020, Statkevitch n’a pas été autorisé à se présenter librement aux élections présidentielles. Il a été arrêté plusieurs mois avant, en mai 2020, alors qu’il participait à un piquet de grève pré-électoral organisé par Svetlana Tikhanovskaïa. Un an et demi plus tard, il a été reconnu coupable d’avoir organisé des manifestations [9].
Lors de la libération du 11 septembre 2025, l’homme politique a catégoriquement refusé de quitter le pays. Après avoir purgé quatre ans, huit mois et trois jours de prison en raison des manifestations de 2010, comme l’ont raconté d’autres prisonniers libérés, il a « défoncé » la porte du bus qui les conduisait au poste-frontière et est descendu en criant : « Je me battrai encore ! » Statkevitch est resté assis plusieurs heures dans la zone neutre entre la Biélorussie et la Lituanie, refusant de traverser la frontière. Selon Marina, son épouse, « Il respirait simplement l’air libre et sans contrainte, contemplant le ciel dégagé de toutes barrières. Il essayait de reprendre son souffle avant de retourner en Biélorussie, le seul endroit où il se sentait bien. » Il a été emmené par des hommes masqués. On ignore où il se trouve, vraisemblablement en prison [10].

Statkevitch dans la zone neutre entre la Biélorussie et la Lituanie
République populaire de Louhansk
Le ministère russe de l’Intérieur a déjà délivré plus d’un million de passeports russes aux résidents de la RPL. La RPD, ainsi que la RPL, les régions de Zaporijia et de Kherson, sont passées partiellement sous le contrôle de l’armée russe lors des opérations militaires. Par décret de Poutine, elles ont été annexées à la Russie à la suite de référendums organisés et inscrites comme sujets dans la Constitution de la Fédération de Russie. La majorité de la communauté internationale et l’Ukraine ne reconnaissent pas l’annexion de ces territoires à la Russie.
Russification des enfants déportés
Le laboratoire de recherche humanitaire de l’Université de Yale (HRL) a publié, le 16 septembre 2025, un rapport « Les enfants volés de l’Ukraine : au cœur du réseau russe de rééducation et de militarisation ». Il a été établi à partir de sources ouvertes et d’images satellitaires. 35 000 enfants seraient aux mains des Russes. 210 établissements à travers la Russie et les territoires ukrainiens occupés sont identifiés, des écoles militaires, des bases militaires, des établissements médicaux, des sites religieux, des écoles secondaires et des universités, des hôtels, des centres d’aide aux familles et des orphelinats et, le plus souvent, des centres de vacances et des sanatoriums. Des dortoirs sont capables d’accueillir des dizaines de milliers d’enfants ukrainiens pendant de longues périodes. Ils y sont soumis à des « programmes culturels, patriotiques ou militaires ». Certains enfants y sont retenus indéfiniment. D’autres font l’objet d’adoptions et deviennent citoyens russes. Les plus vulnérables sont menacés, les orphelins, les enfants proches de la ligne de front. « C’est la plus grande entreprise de kidnapping d’enfants depuis la seconde guerre mondiale, quand les nazis ont kidnappé des milliers d’enfants polonais […] La Russie a mis en place un système pour laver le cerveau des enfants ukrainiens, les entraîner comme des soldats et remplacer leur identité ukrainienne par l’identité russe. », affirme le directeur exécutif du HRL.
En janvier 2025, un organisme officiel ukrainien a signalé que des enfants provenant des territoires occupés par la Russie depuis 2014 avaient été enrôlés dans l’armée russe et tués au combat en 2022.
En mai 2025, l’administration Trump a coupé les financements du HRL, sous prétexte que les enquêtes pourraient compromettre les négociations avec Moscou [11].
Réfugiés ukrainiens en France
En 2023, on estimait à 115 000 le nombre d’Ukrainiens accueillis en France. Selon l’Agence des Nation unies pour les réfugiés (UNHCR), 74 000 d’entre eux y étaient encore à l’été 2025, contre 1,2 million en Allemagne et 1 million en Pologne. En France, les réfugiés ukrainiens bénéficient de la protection temporaire pour un droit de séjour renouvelable tous les six mois, une allocation de demandeur d’asile, une protection universelle maladie et un accès à l’emploi [12].
Impact écologique des drones
« Les drones à fibre optique révolutionnent le champ de bataille », écrivent les médias, soulignant l’impossibilité de les abattre par guerre électronique. Ils sont présentés comme une avancée majeure, omettant l’aspect moral – le but même de tuer – et les traces laissées par l’utilisation de la fibre optique.
L’armée russe a été la première à utiliser ce nouveau type de drones. Elle a également déployé des drones à fibre optique non seulement dans les airs, mais aussi en mer.
Et, curieusement, ce sont les autorités russes qui ont été les premières à attirer l’attention non seulement sur l’efficacité militaire de cette nouvelle arme, mais aussi sur les risques environnementaux qu’elle engendre. En avril 2025, Vladislav Atmakhov, vice-président de l’Assemblée législative de la région de Nijni Novgorod, a déclaré : « Nous sommes déjà confrontés à un nouveau problème : la grande quantité de fibres optiques utilisée dans les systèmes de contrôle des drones. Ce matériau met beaucoup de temps à se décomposer et peut endommager les sols, en particulier les terres agricoles. Nous devons développer un système pour son traitement et son élimination. »
La fibre optique est un polluant extrêmement puissant. Elle est composée soit de verre de quartz, soit de plastique. Selon Leon Moreland, chercheur à l’organisation britannique The Conflict and Environment Observatory [13], le plastique est plus adapté à un usage militaire : il est plus souple et plus léger que le verre. De plus, la période de décomposition d’une fibre optique en plastique dépasse 600 ans !
Les fibres optiques sont dangereuses pour la nature : les câbles mis au rebut représentent un risque d’enchevêtrement pour les animaux, notamment les oiseaux, les chauves-souris et les mammifères terrestres. Lorsqu’un animal se retrouve pris dans une fibre optique et tente de s’en débarrasser, il ne peut que l’enrouler davantage et finir par mourir de suffocation ou de faim.
« La faune sauvage subit de nombreux impacts du conflit en cours, dont beaucoup se feront sentir pendant longtemps. Les câbles à fibre optique utilisés par les drones couvrent de vastes zones de forêts et de lisières, créant des réseaux dangereux dans les arbres et les clairières, ce qui représente un risque important d’enchevêtrement et de mortalité pour de nombreuses espèces. Les matériaux utilisés couvrent déjà de vastes étendues d’habitats fauniques importants », indique une étude menée par des chercheurs de l’Université d’East Anglia et de l’Université estonienne des sciences de la vie, publiée dans la revue Current Biology [14].
Premièrement, il est prouvé que la réduction de la biodiversité favorise la propagation des infections. Deuxièmement, ce qui est aujourd’hui un problème pour la nature deviendra demain un casse-tête pour les populations. Par exemple, la destruction des câbles à fibre optique – non pas tant par décomposition naturelle que par incendies dans la zone de combat – entraîne leur désintégration en microplastiques. Cette substance peut, par exemple, se retrouver dans l’eau, où elle peut être consommée par les poissons, qui nourrissent ensuite les humains. Les scientifiques étudient actuellement ses effets sur la santé humaine. Il est peu probable que ces effets soient positifs. De plus, de petites particules de plastique polluent le sol et pourraient empoisonner les récoltes futures, dans les zones d’action militaire actuelles.
Les champs où se déroulent les combats sont jonchés de substances beaucoup plus toxiques : soufre, mercure, plomb, uranium appauvri.
Premières classes
Dans le film Premières classes, entièrement tourné dans des écoles, la documentariste Kateryna Gornostai montre l’impact de la guerre russe sur les enfants ukrainiens. Dès l’école maternelle, les enfants sont mis en garde contre le danger de ramasser des jouets qui pourraient être piégés. En primaire, les élèves doivent respecter des minutes de silence pour honorer les victimes. Ils sont souvent contraints d’évacuer les classes pour s’abriter dans les sous-sols ou même dans des classes construites dans le métro. Les valeurs patriotiques sont inculquées. Une fillette fond en larmes en voyant la photo de son père mort au combat affichée dans la classe. Elle est aussitôt câlinée par ses condisciples. Une militaire interroge des adolescents pour savoir qui envisage de s’engager à l’armée et obtient de nombreuses réponses positives. Dans une école technique, on apprend à forger des renforcements de tranchées. De nombreuses écoles ont été bombardées. Une directrice d’école est enterrée. Des parents s’insurgent contre les autorités inefficaces pour reconstruire un lycée.
Le film s’achève sur une note plus positive, les danses chorégraphiées de jeunes garçons et filles fraîchement diplômées.
Patriotisme scolaire
Le jour de la rentrée scolaire, les enfants entonnent :
« Servir la Russie est notre destinée !
Servir la Russie, un pays merveilleux, où le soleil se lève dans le ciel bleu !
Les troupes russes avancent épaule contre épaule.
Et même si la vie militaire est dure, nous servirons la Russie avec foi et vérité ! »
Dans d’autres écoles, les élèves adressent leurs meilleurs vœux aux soldats combattant en Ukraine. Les adolescents de la Younarmya (jeune armée) font flotter le drapeau et exhibent des fusils d’assaut.
Le temps d’enseignement des langues étrangères est réduit de 20 % en faveur d’une nouvelle matière, « culture spirituelle et morale de la Russie » Pierre Sautreuil, « L’endoctrinement des jeunes enfants bat son plein en Russie », La Croix, 3 septembre 2025..
La liste des compositions recommandées par le ministère de l’Éducation comprend 37 chansons, incluant des classiques soviétiques et des œuvres modernes. Parmi elles figurent les chansons « Ma Russie » de Yaroslav Dronov (Shaman), « Officiers », « Régiment immortel » et « En avant, Russie » d’Oleg Gazmanov, « Rodina » de Sergueï Trofimov et « Russie » de Denis Maidanov [15].
En septembre 2025, une vidéo montrait un incendie allumé au mémorial de la Flamme éternelle dans le parc des Héros de la Guerre Civile. « Les participants ont été identifiés en moins d’une heure, malgré le fait que leurs visages étaient maquillés dans la vidéo », s’est vanté le ministère de l’Intérieur de Koursk. Les coupables étaient trois écoliers âgés de 9 à 11 ans. Des enquêtes ont été ouvertes contre les parents d’élèves pour mauvaise éducation ; il y avait (et il y a peut-être encore) un risque que les écoliers soient placés en surveillance préventive.
Après la diffusion d’une vidéo présentant les excuses des écoliers, ainsi qu’un reportage photo montrant comment ils balayaient le mémorial de la Flamme éternelle dans le parc, la police a exprimé une opinion plus modérée : « Nous exprimons l’espoir que ce mauvais acte servira de leçon non seulement aux enfants et à leurs familles, mais aussi aux autres. »
Assimilation forcée
Le 15 août 2025, en Alaska, Donald Trump a remis à Vladimir Poutine une lettre de son épouse Melania Trump. Celle-ci prend la défense des enfants ukrainiens déportés en Russie et parfois adoptés de force. « En protégeant l’innocence de ces enfants, vous ferez plus que servir la seule Russie : vous servirez l’humanité entière. »
La ministre ukrainienne des Affaires étrangères évoque les négociations à Istanbul où l’Ukraine a présenté une liste de 399 enfants. « La délégation [russe] a répondu par le silence, l’esquive et le mépris. » Kiev a identifié 19 500 enfants, mais seuls 1 350 ont pu rentrer grâce à des ONG ou à la médiation du Qatar, de l’Afrique du Sud ou du Vatican.
Le 5 août 2025, 40 pays ont réclamé, dans une déclaration commune, le rapatriement inconditionnel des enfants. Il y a 1,6 million d’enfants dans les territoires occupés par la Russie. Les déportations et les adoptions illégales ont commencé dès l’annexion de la Crimée en 2014.
L’ONG Save Ukraine a sauvé 777 enfants en identifiant leurs parents et en les aidant à rédiger les papiers pour se rendre en Russie et à résister aux provocations, aux intimidations et aux obstructions russes. Une grand-mère a dû subir un test ADN pour sauver son petit-fils. Les retrouvailles ont été filmées, à des fins de propagande, en présence de Maria Lvova-Belova, inculpée, comme Poutine, par la Cour pénale internationale pour ce trafic d’enfants.
Le site Internet du ministère de l’Éducation de la République autoproclamée de Lougansk propose l’adoption de 294 enfants ukrainiens, classés par âge, couleur des yeux et des cheveux, avec leur photo et la description de leur caractère [16].
Maria Bontsler
L’avocate Maria Bontsler est détenue seule dans une cellule du centre de détention provisoire n° 1 de Kaliningrad où la radio est diffusée en continu de 6 h à 22 h. Elle est accusée de coopération confidentielle avec un État étranger.
Le groupe de défense des droits humains « Citoyen. Armée. Droit » (une branche de Memorial, dirigée par Sergueï Krivenko) a fourni à Bontsler, qui dirigeait le Comité des mères de soldats à Kaliningrad dans les années 1990, des archives de documents sur la mort des conscrits. À partir de ces documents, après avoir interrogé des organisations et les parents des morts, Maria a écrit trois livres sous le titre général Pieta.
Géorgie
Le 3 septembre 2025, le tribunal de Tbilissi a reconnu coupables « d’organisation d’activités de groupe perturbant l’ordre public ou de participation à de telles activités » des personnes qui ont participé pendant 279 jours consécutifs à des manifestations contre le parti au pouvoir Rêve géorgien qui a renoncé à l’intégration à l’Union européenne au profit d’un rapprochement avec la Russie et ses méthodes de répression. La présidente géorgienne sortante, Salomé Zoubabichvili était présente pour soutenir les accusés [17].
Pertes de l’armée russe
Fin août 2025, Meduza et Mediazona ont publié les résultats d’une étude conjointe sur les pertes de l’armée russe. Une analyse des données du Registre des successions a montré qu’environ 210 000 soldats ont été tués depuis le début de la phase intensive du conflit en février 2022. Plus de la moitié d’entre eux (120 000 personnes) sont connus par leur nom grâce à une base de données gérée par Mediazona et le service russe de la BBC. Lors des combats intenses, la Russie perdait deux, voire trois mille personnes par semaine [18].
Pussy Riot
Aysoltan Niyazova, participante à la tournée des Pussy Riot, a été arrêtée en Croatie. Le groupe est actuellement en tournée européenne avec des concerts pacifistes et s’est déjà produit en Islande, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche, en Lituanie, en Belgique et en Slovénie. C’est en Slovénie que Niyazova a été arrêtée pour la première fois, à la demande du Turkménistan, émise au début des années 2000. Après avoir clarifié la situation (l’affaire pénale était depuis longtemps examinée par les tribunaux et Niyazova avait purgé six ans de prison), les autorités slovènes l’ont libérée. Trois jours plus tard, Aysoltan était arrêtée en Croatie. Elle est actuellement en état d’arrestation, et les Pussy Riot donnent une conférence de presse sur ce qui s’est passé à l’extérieur du centre de détention de Zagreb [19].
Pussy Riot a déclaré qu’aucune charge n’avait été retenue contre Niyazova et que son seul « crime » était « l’opposition ouverte à l’une des dictatures les plus fermées du monde ».
« Nous exigeons sa libération immédiate et appelons les autorités polonaises et européennes à ne pas l’extrader vers un régime connu pour la torture, les arrestations arbitraires et la persécution des dissidents », a déclaré le groupe dans un communiqué [20].
Adieu aux soldats morts
Pour une somme modique, il est possible de mettre en scène le défunt s’élevant dans les airs, se transformant en oiseau ou étreignant ses enfants ou son chien . Voir des vidéos à partir du travail d’Anna Korableva [21].
Ilia Iachine
L’opposant à Poutine, Ilia Iachine a été condamné à une peine de prison de huit ans et demi puis a été échangé en août 2024 contre des prisonniers russes, une expulsion illégale à ses yeux Il a été déclaré apatride. Il lui est interdit de retourner en Russie [22].

Margarita Zavadskaya, chercheuse principale à l’Institut finlandais des affaires internationales, analyse la stigmatisation des exilés dans un texte pour le projet Riddle Russia :
Les régimes autoritaires utilisent délibérément la stigmatisation des émigrés pour atteindre leurs propres objectifs. En sociologie politique, une telle rhétorique est considérée comme une technologie de consolidation sociale : en qualifiant ceux qui sont partis d’« étrangers » et de « traîtres », le gouvernement les oppose aux « loyaux » restés. Cela permet de consolider la société à l’intérieur du pays en diabolisant l’ennemi extérieur. La propagande construit une dichotomie : « nous » sommes un peuple patriote uni autour d’un leader, et « eux » sont des lâches fugitifs et des traîtres qui nous ont abandonnés. Ce stratagème non seulement renforce la loyauté du noyau dur de ses partisans, mais intimide aussi ceux qui hésitent.
La Russie n’est pas un cas isolé à cet égard : des histoires similaires sont courantes […] dans d’autres pays autoritaires […].
Un exemple plus proche de la réalité russe est celui de la Biélorussie. Après la répression des manifestations de 2020, des milliers de Biélorusses – opposants, journalistes, informaticiens – ont quitté le pays pour s’installer en Pologne, en Lituanie et en Ukraine. [Le président] Alexandre Loukachenko les a publiquement qualifiés de « traîtres fugitifs », les a déchus de leur nationalité et les a condamnés à des peines de prison par contumace. Dans une interview à la BBC, il a déclaré qu’il n’y aurait pas de dialogue avec les « traîtres qui ont fui à l’étranger [23]. »
Néanmoins, la diaspora biélorusse reste active. À Vilnius, Varsovie et dans d’autres villes, les émigrés ont créé une infrastructure de résistance : des médias indépendants aux initiatives visant à créer des tribunaux. En réponse, les autorités biélorusses ont accru la pression transnationale, allant des menaces contre les familles des fugitifs aux tentatives des services spéciaux d’organiser des assassinats à l’étranger. […]
Des initiatives visant à priver ces citoyens de certains avantages et à renforcer encore le contrôle sont également à l’étude. Les présidents du Conseil de la Fédération [de Russie] ont soutenu cette position : Valentina Matvienko a souligné que la société perçoit le départ de personnalités célèbres comme une trahison, surtout si elles « souillent la Patrie » à l’étranger. » […]
Le président de la Douma d’État, Viatcheslav Volodine, est allé encore plus loin en appelant à ne pas embaucher de Russes de retour d’émigration. Selon lui, un réinstallé « ne peut être fonctionnaire de l’État ou d’une municipalité, ni travailler dans une entreprise publique ». « Et les organisations privées doivent comprendre qui elles recrutent », a-t-il ajouté. Le président de la Douma affirme que la plupart de ses collègues partagent cette position [24]. […]
Selon une enquête du Centre Levada [organisation non gouvernementale, indépendante] menée en avril 2025 [25], 37 % des personnes interrogées considèrent les personnes parties comme des « traîtres et des traîtres à la patrie », et 36 % comme des personnes qui « ne croient pas en l’avenir de la Russie ». Ainsi, plus de 70 % des personnes interrogées associent l’émigration à la déloyauté, imputant à la lâcheté, à l’incrédulité ou à l’égoïsme les personnes parties.
Une faible proportion de répondants considère les émigrés comme des victimes des circonstances : 29 % des répondants estiment que ceux qui partent sont principalement ceux qui craignent la mobilisation, 17 % citent la peur de la répression politique comme une raison possible du départ, et 10 % citent la discrimination dans la Russie moderne comme un facteur incitant à l’émigration. Pas plus de 10 % des Russes sympathisent ouvertement avec ceux qui sont partis, ce qui est comparable à la part historiquement faible de ceux qui souhaitent émigrer (9 % en 2023-2024).
Il est important de noter que la perception négative s’atténue progressivement : la part de ceux qui considèrent ceux qui sont partis comme « instruits, intelligents, talentueux » est passée de 13 % en mars 2024 à 17 % en avril 2025.
Parallèlement, l’attitude envers ceux qui ont quitté le pays en raison de la mobilisation devient plus neutre : le nombre de personnes indifférentes à leur égard augmente. […]
Les jeunes (18-29 ans) et les femmes sont plus favorablement disposés : seuls 17 % des jeunes interrogés expriment une méfiance envers les émigrés, contre plus de la moitié chez les plus de 50 ans. Les hommes sont plus enclins à se méfier des personnes parties (41 %) que les femmes (36 %).
Visas humanitaires en Allemagne pour les Russes et les Biélorusses
L’Allemagne a délivré des visas humanitaires aux « personnes particulièrement menacées en raison de leurs activités contre la guerre, de promotion de la démocratie et des droits de l’homme, ou de leurs critiques du régime russe, iranien ou biélorusse ». Depuis mai 2022, environ 2 500 Russes et, depuis mars 2021, plus de 400 citoyens biélorusses ont obtenu des visas à ce titre.
En juillet 2025, l’Allemagne a cessé de délivrer des visas humanitaires après que la nouvelle coalition au pouvoir a annoncé son intention de réduire les programmes destinés aux étrangers. Les personnes déjà autorisées à séjourner en Allemagne pour ces motifs auraient été exemptées de ces restrictions.
« Les procédures d’admission des personnes particulièrement menacées en raison de leurs activités de défense de la liberté d’expression, de la démocratie et des droits de l’homme, ou dont l’admission présente un intérêt politique pour d’autres raisons, seront reprises », a déclaré le ministère allemand des Affaires étrangères. Ces procédures « constituent un outil de politique étrangère important pour soutenir ces personnes » [26].
Une affaire pénale engagée contre les organisateurs d’une manifestation à Berlin
En Russie, une affaire pénale a été ouverte contre Ioulia Navalnaïa, veuve d’Alexeï Navalny, Vladimir Kara-Mourza et Ilya Iachine, les organisateurs du rassemblement de Berlin tenu en mars 2025, a déclaré le député de la Douma d’État Vassili Piskarev.
Selon Piskarev, après le rassemblement, la commission d’enquête sur les faits d’ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Russie, qu’il dirige, a contacté le bureau du procureur général russe « pour prendre des mesures de riposte contre les organisateurs et les participants russes du rassemblement de Berlin ».
Sur la base des résultats de l’appel, a rapporté le député, une décision a été prise d’ouvrir une procédure contre les organisateurs du rassemblement en vertu des articles sur la participation à une organisation terroriste, les appels à l’extrémisme, l’organisation d’une communauté extrémiste et la participation à ses activités.
Piskarev a également annoncé qu’une « affaire pénale a été ouverte contre les personnes qui ont brûlé le drapeau russe » lors du rassemblement, en vertu de l’article du Code pénal sur la profanation des armoiries ou du drapeau de la Fédération de Russie [27].
Agents étrangers et organisation indésirable
Le ministère de la Justice a mis à jour le registre des agents étrangers. L’archiprêtre Andreï Kordochkine, cofondateur du projet « Paix à tous », qui vient en aide aux prêtres interdits d’exercice par le ministère et exilés pour des raisons politiques, y figure. Il publie un sermon hebdomadaire dans Novaya Gazeta [28].
Le parquet général a déclaré que les activités de l’organisation suisse Baccalauréat International (IB), qui développe des programmes éducatifs scolaires, étaient « indésirables » en Russie.
L’organisation « façonne la jeunesse russe selon les modèles occidentaux » et « popularise des valeurs non traditionnelles », a déclaré le Bureau du Procureur général [29].
Volodymyr Nikolayenko

L’ancien maire de Kherson, Volodymyr Nikolayenko, 65 ans, qui avait été kidnappé peu après l’occupation de la ville par les troupes russes, est rentré en Ukraine dans le cadre du dernier échange de prisonniers.
Nikolayenko a participé à l’Euromaïdan et a été élu maire de Kherson pour la première fois en mai 2014, dans un contexte de manifestations et de troubles dans l’est de l’Ukraine. Nikolayenko a tenu des propos extrêmement virulents à l’égard des militants pro-russes. En 2015, il a été réélu maire de Kherson, puis, cinq ans plus tard, a perdu les élections suivantes et a quitté son poste.
Peu avant l’invasion de grande envergure de l’armée russe, il a rejoint la défense territoriale. Resté à Kherson après l’occupation, Nikolayenko a d’abord reçu des offres de coopération, puis des menaces de la part de collaborateurs locaux. Le 18 avril 2022, il a été enlevé.
Selon des militants des droits de l’homme, Nikolayenko a rapidement été déporté en Crimée, puis dans une colonie pénitentiaire de la région de Vladimir. Aucune charge officielle n’a été retenue contre lui.
La nièce de Nikolayenko, citant les soldats ukrainiens libérés, a déclaré qu’en 2022, l’ancien maire devait être échangé, mais qu’au lieu de lui-même, il avait demandé la libération d’un soldat gravement malade, incarcéré dans la même cellule et atteint de gangrène. Depuis lors, comme l’affirme la nièce, la partie russe refuse d’inclure Nikolayenko sur les listes d’échange.
L’échange qui a permis la libération de Nikolayenko a eu lieu le 24 août 2025. Au cours de cet échange, les parties ont remis chacune 146 militaires. Huit habitants de la région de Koursk, emmenés dans la région de Soumy après l’occupation, sont également rentrés en Russie. Parmi eux, le journaliste de l’UNIAN, Dmitri Khiliuk, enlevé dans la région de Kiev en mars 2022, a été renvoyé en Ukraine [30].
Woody Allen
Le réalisateur américain Woody Allen a participé à la session « Légendes du cinéma mondial », qui s’est tenue le 24 août 2025 dans le cadre de la Semaine internationale du film de Moscou.
Allen s’est exprimé en ligne par visioconférence. La rencontre avec lui dans la salle ouverte de l’espace Moskino a été menée par le réalisateur russe Fiodor Bondarchuk.
Interrogé sur son projet de tournage en Russie, le réalisateur a répondu n’avoir reçu aucune proposition de ce type. « Si cela avait été le cas, je me serais assis et j’aurais réfléchi à un scénario qui illustrerait le bien-être que l’on ressent à Moscou et à Saint-Pétersbourg », a-t-il déclaré (cité par RIA Novosti).
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères condamne fermement la participation du réalisateur Woody Allen à la Semaine internationale du film de Moscou. « C’est une honte et une insulte à la mémoire des acteurs et cinéastes ukrainiens tués ou blessés par des criminels de guerre russes lors de l’agression russe contre l’Ukraine ».
Parmi les participants étrangers de la semaine internationale du film venus en personne à Moscou figurait le réalisateur serbe Emir Kusturica [31].
Torture
La Convention européenne pour la prévention de la torture est un traité international adopté en 1987. À cette fin, le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) a été créé, qui a reçu le droit de procéder à des inspections dans les prisons, les colonies, les centres de détention provisoire et autres lieux de privation de liberté.
La Russie a signé la Convention contre la torture en 1996 et l’a ratifiée en mars 1998. Au fil des ans, le CPT s’est rendu en Russie à 30 reprises (la dernière en 2021) et a rédigé 27 rapports. Cependant, seuls quatre d’entre eux ont été rendus publics ; leur publication nécessite l’autorisation du pays hôte.
Depuis le début des hostilités en Ukraine, le Kremlin a continué de se retirer des conventions internationales relatives aux droits de l’homme. La Russie a ainsi quitté le Conseil de l’Europe et cessé d’appliquer les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme. En 2023, les autorités russes ont dénoncé la Convention des droits de l’homme.
Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a signé une résolution proposant au président Vladimir Poutine de se retirer de la Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains. Le document a été signé le 23 août 2025 [32].
Pologne
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Pologne a accueilli plus d’un million de réfugiés ukrainiens, essentiellement des femmes et des enfants. Ils constituent 78 % de tous les citoyens étrangers et 67 % des étrangers travaillant en Pologne Le nouveau président nationaliste, élu sous le slogan « La Pologne d’abord », Karol Nawrocki a fait usage de son droit de veto pour limiter la prolongation des aides uniquement aux réfugiés qui exercent un emploi, ceci sans remettre en cause le soutien accordé à l’Ukraine et bien que les Ukrainiens ont permis au PIB national d’augmenter de 2,7 % et alors qu’il y a plus de personnes âgées que de réfugiés et malgré la pénurie de main-d’œuvre [33].
La ministre polonaise de la Famille, du Travail et de la Politique sociale, Agnieszka Dziemianowicz-Bąk, a déclaré que le président cherchait à punir les enfants « qui ne sont pas responsables du fait que leur mère travaille, ait perdu son emploi ou s’occupe d’une grand-mère malade ».
Le président propose aussi d’interdire les symboles « Bandera » (du nom d’un collaborateur des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale) en Pologne, ainsi que les symboles nazis et communistes. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères a réagi : « Toute décision politisée visant à assimiler prétendument les symboles ukrainiens à ceux des nazis et des communistes pourrait provoquer une augmentation des sentiments négatifs dans la société ukrainienne et nécessiter une réponse de la part de l’Ukraine [34]. »
Jeunes ukrainiens
Le gouvernement ukrainien autorise désormais les hommes de 18 à 22 ans à quitter le pays et ceux qui sont à l’étranger à y rentrer. Cette mesure est peut-être prise pour se réconcilier avec la jeunesse qui a manifesté contre Zelensky en juillet 2025 et pour éviter le départ, actuellement assez fréquent, des hommes de 17 ans [35]. Par ailleurs d’autres incitent à organiser une mobilisation massive [36].
Expulsions de Russes par les USA
Les États-Unis expulsent régulièrement des Russes, même en temps de guerre. Mais les citoyens russes sont généralement renvoyés chez eux par petits groupes. Auparavant, les personnes susceptibles d’être expulsées étaient également autorisées à changer de pays de destination lors d’une escale et à ne pas retourner à Moscou.
En une seule journée, le 27 août 2025, les autorités américaines ont expulsé entre 30 et 60 citoyens russes. Il s’agit de Russes qui se sont retrouvés dans des centres de détention pour migrants aux États-Unis, qui ont perdu leur demande d’asile ou qui ont choisi l’auto-expulsion, c’est-à-dire qui ont décidé de retourner dans leur pays sans attendre leur procès.
Parmi les personnes expulsées figuraient plusieurs personnes craignant des persécutions politiques dans leur pays d’origine, ainsi qu’un ancien militaire poursuivi en Russie pour abandon non autorisé de son unité. Il a tenté d’obtenir l’asile aux États-Unis, mais a perdu son procès, rapporte l’association Amérique russe pour la démocratie en Russie.
Les Russes ont été renvoyés chez eux via l’Égypte, a déclaré le président de l’association. Lors du transfert au Caire, plusieurs personnes ont tenté de modifier l’itinéraire pour ne pas retourner à Moscou, mais elles ont été battues par des agents des services spéciaux égyptiens, a rapporté le militant des droits de l’homme. En conséquence, selon ses informations, tous les passagers ont été embarqués sur un vol à destination de Moscou.
Vladimir Osechkin, fondateur de Gulagu.net, affirme que sept personnes ont déjà fait l’objet d’une enquête pour diverses infractions pénales, notamment abandon non autorisé de leur unité, collaboration avec une « organisation indésirable », financement d’activités « extrémistes » et trahison [37].
Telegram et WhatsApp bannis en Russie
Le Russie bannit à partir du 1er septembre 2025 les messageries Telegram et WhatsApp au profit de Max une messagerie russe installée d’office sur tous les téléphones. Les parents d’élèves devront passer de WhatsApp à Max. Cette dernière sera facilement interceptée par les services de sécurité. À la même date, les recherches de « contenus extrémistes » seront interdites sur Internet, ouvrant la porte à l’arbitraire [38].
Mobilisation médicale
« Le ministère de la Santé mobilise les hôpitaux pour la guerre » titrait le journal Le Canard enchaîné du 26 août 2025 sous la plume de Fanny Ruz-Guindos. « Sur ordre de Catherine Vautrin, les hôpitaux doivent être prêts à accueillir des milliers de soldats blessés en cas de conflit armé majeur en Europe. »
Au total, les établissements médicaux civils doivent être prêts à accueillir entre 100 000 et 500 000 militaires sur une période de « dix à cent quatre-vingts jours ». Selon le document, il s’agit d’un groupe de patients « hommes, jeunes et prêts au combat ».
Il est recommandé d’accorder une « attention particulière » au « traitement des troubles mentaux post-traumatiques et à l’orientation vers la médecine physique et la réadaptation ».
« Dans le contexte international actuel, il est nécessaire de prévoir les conditions d’un soutien médical en situation de conflit de haute intensité », explique le ministère.
Les sociétés face à la guerre

L’association française Russie-Libertés organise le 11 octobre à Paris un Forum qui réunit et favorise les échanges entre les personnalités politiques et publiques françaises et européennes et les représentants des forces démocratiques de Russie.
Cette année, le Forum se concentrera sur deux aspects principaux. D’une part, nous analyserons l’état actuel de la société russe et l’impact de sa militarisation et de la propagande. D’autre part, le Forum servira de plateforme pour réfléchir aux voies possibles de fin de la guerre en Ukraine, de rétablissement de la paix sur le continent européen et de l’avenir d’une Russie libre.
[1] Eir Nelsoe et Tim Wallace, « Russie : la guerre a créé une nouvelle classe moyenne », The Sunday Telegraph, 24 août 2025, repris par Courrier international, 18 septembre 2025.
[2] Filip Meyer, « La délicate réinsertion des soldats russes de retour d’Ukraine », La Croix, 22 septembre 2025.
[3] Veronika Dorman, « Politzek, les voix qui défient le Kremlin, La documentariste Ekaterina Mamontova a Mscou à l’œil », Libération, 22 septembre 2025.
[4] https://novayagazeta.ru/articles/2025/09/22/vsegda-li-est-pravda-v-sile-dumaiu-net, 22 septembre 2025, consulté le 23 septembre 2025.
[5] https://meduza.io/news/2025/05/14/v-rossii-81-detey-migrantov-otkazali-v-testirovanii-po-russkomu-yazyku?mc_cid=108a5aae7c
[6] Étienne Girard et Béatrice Mathieu, « Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie et taupe du KGB en France », L’Express, 25 septembre 2025.
[7] https://novayagazeta.ru/articles/2025/09/17/ssha-zapretili-belavia-letat-na-boeing-v-rossiiu-severnuiu-koreiu-i-iran-posle-smiagcheniia-sanktsii-protiv-aviakompanii-news, 17 septembre 2025, consulté le 18 septembre 2025.
[8] Faustine Vincent, « La Biélorussie libère 52 prisonniers politiques », Le Monde, 13 septembre 2025.
[10] https://meduza.io/feature/2025/09/12/nikolay-statkevich-nesgibaemyy-protivnik-lukashenko-kotoryy-boretsya-s-nim-vot-uzhe-30-let, 12 septembre 2025, consulté le 13 septembre 2025.
[11] Faustine Vincent, « Un système d’ampleur mis en place pour russifier les enfants déportés », Le Monde, 17 septembre 2025.
[12] Éric Collier, « L’exil sans fin des réfugiés ukrainiens », Le Monde, 16 septembre 2025.
[15] Tatyana Britskaya, https://novayagazeta.ru/articles/2025/09/05/tramp-pravnuk-riurika-izgnanie-labubu-i-shanson-dlia-shkolnikov, publié et consulté le 5 septembre 2025.
[16] Anne Dastakian, « Quand la Russie kidnappe les enfants ukrainiens », Marianne, 4 septembre 2025.
[17] Faustine Vincent, « En Géorgie, 19 personnes condamnées pour avoir participé à des rassemblements pro UE », Le Monde, 6 septembre 2025.
[18] https://meduza.io/episodes/2025/09/04/na-voyne-ubity-pochti-210-tysyach-rossiyskih-soldat-kak-eto-udalos-vychislit-i-kakovo-sootnoshenie-poter-rf-i-ukrainy, 4 septembre 2025, consulté le 5 septembre 2025.
[19] https://www.currenttime.tv/a/uchastnitsu-kontsertnogo-tura-pussy-riot-aysolat-niyazovu-arestovali-v-horvatii/31878920.html, 1er juin 2022, consulté le 7 septembre 2025.
[20] https://meduza.io/news/2025/09/06/uchastnitsu-pussy-riot-aysoltan-niyazovu-zaderzhali-na-polsko-litovskoy-granitse-po-zaprosu-turkmenistana, 6 septembre 2025, consulté le 7 septembre 2025.
[21] https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/06/resurrection-numerique-a-la-chaine-pour-des-soldats-russes-morts-en-ukraine_6639216_3210.html.
[22] Emmanuel Grynszpan, « Un message d’adieu généré par IA pour 15 euros : l’essor des « « résurrections » numériques chez les proches des soldats russes morts en Ukraine », https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/06/resurrection-numerique-a-la-chaine-pour-des-soldats-russes-morts-en-ukraine_6639216_3210.html, 6 septembre 2025, consulté le 7 septembre 2025.
[24] https://storage.googleapis.com/istories/news/2025/08/21/volodin-prizval-ne-brat-vernuvshikhsya-relokantov-na-rabotu/index.html?utm_source=twitter&utm_medium=mainpage, 21 août 2025, consulté le 9 septembre 2025.
[25] https://www.levada.ru/2025/05/27/emigratsionnye-nastroeniya-i-otnoshenie-k-uehavshim-aprel-2025, 27 mai 2025, consulté le 9 septembre 2025.
[26] Ekaterina Venkina, https://www.dw.com/ru/mid-germanii-poobesal-razmorozit-vydacu-gumanitarnyh-viz-rossianam-i-belorusam/a-73742187, 23 août 2025, consulté le 24 août 2025.
[27] https://meduza.io/news/2025/08/23/v-gosdume-zayavili-ob-ugolovnom-dele-na-navalnuyu-kara-murzu-i-yashina-za-miting-v-berline, 23 août 2025, consulté le 24 août 2025.
[28] https://novayagazeta.ru, 22 août 2025, consulté le 25 août 2025.
[29] https://meduza.io/news/2025/08/25/genprokuratura-rf-ob-yavila-nezhelatelnoy-organizatsiey-shveytsarskiy-international-baccalaureate-ib-po-ego-programmam-obuchayut-v-mezhdunarodnyh-shkolah, publié et consulté le 25 août 2025.
[30] https://meduza.io/episodes/2025/08/25/v-rossii-benzinovyy-krizis-eto-sledstvie-udarov-ukrainy-po-neftyanym-predpriyatiyam, publié et consulté le 25 août 2025.
[31] https://meduza.io/news/2025/08/25/vudi-allen-vystupil-onlayn-na-moskovskoy-mezhdunarodnoy-nedele-kino, publié et consulté le 25 août 2025.
[32] https://novayagazeta.ru/articles/2025/08/26/rossiia-vyidet-iz-evropeiskoi-konventsii-protiv-pytok-dokument-pozvolial-provodit-nezavisimye-inspektsii-v-tiurmakh-news, publié et consulté le 26 août 2025.
[33] Lily Chavance, « Pologne : Le président veut couper des aides aux réfugiés ukrainiens », Libération, 27 août 2025.
[34] https://meduza.io/feature/2025/08/27/novyy-prezident-polshi-karol-navrotskiy-otkazalsya-prodlyat-zakon-o-pomoschi-ukrainskim-bezhentsam-i-prizval-zapretit-banderovskuyu-simvoliku, 27 août 2025, consulté le 28 août 2025.
[35] Thomas D’Istria, « En Ukraine, Zelensky fait un geste pour la jeunesse », Le Monde, 29 août 2025.
[36] Emmanuel Grynszpan, « "Oskar", colonel ukrainien : "Une mobilisation massive serait une décision impopulaire, mais nécessaire" », Le Monde, 27 août 2025, consulté le 30 août 2025.
[37] https://meduza.io/feature/2025/08/29/ssha-za-odin-den-deportirovali-neskolko-desyatkov-rossiyan, publié et consulté le 29 août 2025.
[38] Lucie Bonnard, « Avec "Max", la Russie verrouille un peu plus son internet », Le Soir, 30 août 2025.





