6 et 9 août 1945. Les États-Unis bombardent les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. C’est la première utilisation du nucléaire à des fins militaires. Elle a été précédée le 16 juillet 1945 d’une première explosion-test dans le désert du Nevada.
Cet événement résulte d’une incroyable mobilisation des États-Unis dans le cadre du projet Manhattan. Il a façonné le monde de l’après Seconde Guerre mondiale, et le façonne aujourd’hui encore. Cette première utilisation de la bombe atomique est le point de départ d’une course aux armements sans précédent. Quatre autres États ont rejoint le « club atomique » — Russie, Royaume-Uni, France et Chine — avant que ce dernier ne soit corseté en 1970 par le Traité de non-prolifération (TNP). Plusieurs États ont néanmoins réussi à le rejoindre par la suite — Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord —, avec souvent la complicité des premiers membres de ce club. D’autres ont essayé à leurs risques et périls, comme l’Irak dans les années 1990, ou essayent aujourd’hui encore, comme l’Iran.
Même si cette arme n’a pas été utilisée directement dans le cadre d’un conflit depuis 1945, elle a été largement « testée » pour asseoir son développement technologique et sa crédibilité aux yeux de potentiels ennemis. Plus de 2 000 explosions nucléaires ont ainsi été effectuées, avec des conséquences dramatiques pour les populations qui les ont subies, le personnel qui a participé, ainsi que pour l’environnement.
En 2025, les neuf membres du « club atomique » poursuivent en toute impunité la modernisation et le renouvellement de leur arsenal nucléaire.
Maintien du tabou, jusqu’à quand ?
Si l’arme nucléaire n’a pas été à nouveau utilisée dans le cadre d’un conflit, ce n’est pas en vertu de sa capacité de dissuasion, mais uniquement en raison du facteur chance et de la mobilisation des opinions publiques. Aucune autre arme n’a connu une telle mobilisation dans le monde pour obtenir son abolition. Les actions menées ont notamment permis d’obtenir l’arrêt des explosions nucléaires pour tester l’arme atomique, le Traité d’interdiction complète des essais a été adopté en 1996 par l’ONU. Le travail d’ONG et de militants a aussi abouti à l’adoption par l’ONU du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), entré en vigueur en 2021. De fait, tout utilisateur potentiel de cette arme de destruction massive se verrait mis au ban de la communauté internationale.
Sauf que le tabou de son utilisation semble aujourd’hui s’éloigner des préoccupations de la société civile mondiale. Dans certains pays, plus particulièrement au sein de l’Europe, cette arme est même brandie, face à la peur, comme une prétendue garantie de n’être pas envahi, un outil de protection…
D’où l’importance dans ce climat actuel de réarmement, de commémorer les 80 ans de la première utilisation de la bombe pour manifester notre solidarité avec toutes les victimes du nucléaire et surtout obtenir son élimination.
Agir tous ensemble pour « Plus jamais Hiroshima, plus jamais Nagasaki »
Tout au long de l’année 2025, ICAN France, la branche française de la campagne internationale pour abolir les armes nucléaires — dont l’Observatoire des armements est membre actif —, rend hommage aux hibakusha, mais aussi à toutes les victimes des explosions d’armes nucléaires, pour amplifier ce message « Plus jamais Hiroshima, plus jamais Nagasaki ».
Lire la tribune publiée le 5 août par Libération.
Retrouvez les outils disponibles ici.
L’Observatoire des armements a également mis à jour l’exposition « Agir pour le désarmement nucléaire ». Télécharger le livret 2025.
Patrice Bouveret



