Pour Roumiantsev, il s’agit d’une polissonnerie radiophonique. Quand on lui a imposé de cesser d’émettre, il a commenté « J’aurais honte de m’être dégonflé si j’avais cessé de le faire. » Après son interrogatoire, il a écrit sur le réseau VKontakte que la Russie mène un génocide en Ukraine. Il a ajouté : « L’auteur du présent message se contrefiche et emmerde souverainement le comité d’État à la surveillance médiatique et les flics, le Parquet et les autres instances de pouvoir. [… Il] se déclare informé de la responsabilité administrative et pénale qu’il encourt […] et juge impossible de respecter ces lois idiotes et criminelles. » Sa riche phonothèque, conférences, musiques, récits, a été détruite. Une fois tous les deux mois, il reçoit trente kilos de denrées de la part d’une interne en médecine qu’il ne connaît pas. L’auteur établit un lien entre Radio Vladimir et la diffusion de la chanson Grândola, vila morena qui a été le signal du début de la Révolution des Œillets au Portugal.

Le livre est composé de brefs chapitres sans titre mais numérotés. On y lit les échanges de courriers entre le prisonnier et le romancier. Celui-ci, qui vit maintenant à Berlin, relate les vagabondages de ses pensées à propos de la Russie de Poutine qui, par son invasion, « a engagé plusieurs guerres. Une guerre contre l’Ukraine. Une guerre froide contre l’Europe et l’Amérique. Une guerre contre les citoyens russes opposés à sa politique. » et aussi une guerre contre la mémoire de la période stalinienne. Il évoque à de nombreuses reprises ses ancêtres qui ont subi les déportations et les persécutions des tyrans successifs de l’URSS. Il mentionne les quelques manifestants sur la place Rouge contre la répression du Printemps de Prague.

Poutine a placé le pays devant le choix « la liberté contre la sécurité et le bien-être ». Le pays a choisi la seconde solution et a opté pour une « main ferme » pour vivre tranquillement. « Un temps où la société a manqué de force, de volonté et d’intelligence pour condamner le régime soviétique et anéantir le KGB et son héritage. » « Ce que les Russes pensent vraiment, nous ne le savons pas. Nous savons que quiconque dans le pays s’oppose à la guerre risque d’être châtié. »

L’auteur évoque les opposants Alexeï Gorinov, Alexeï Moskaliov, Ilia Iachine, Vladimir Kara-Mourza, Sacha Skotchilenko, Alexeï Navalny, Oleg Orlov. Il est en relation avec la plupart d’entre eux. Il s’étonne de l’optimisme des prisonniers. Navalny a complété son maître-mot « La Russie sera libre » en « La Russie sera libre et heureuse » Dzyadko parle aussi des foules d’anonymes qui manifestent, plus ou moins discrètement, par l’arme des faibles, leur opposition à la guerre.

Dans un des derniers chapitres, il écrit « Nous avons cru que le mal de l’empire soviétique était à jamais enterré, mais il a repris des forces. Même réponse qu’avant : la résistance. »

C’est un message d’espoir dans l’avenir démocratique de la Russie que ce livre délivre.

Guy Dechesne