Résistances aux guerres

Les réfractaires depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie (21ème épisode • mai-juin 2025)

Mis à jour le 27 juin 2025

Actions contre la guerre Antimilitarisme Guerres

Mise en ligne : Lundi 5 mai 2025
Dernière modification : Mercredi 9 juillet 2025

Depuis octobre 2022, Guy Dechesne recense longuement les actes de désertion, d’insoumission, de désobéissance et d’exil posés pour refuser de combattre, les actions de désobéissance civiles pour entraver la guerre et les appuis que les réfractaires reçoivent tant dans les pays concernés qu’à l’étranger dans le prolongement d’un dossier paru dans le numéro 164-165 de « Damoclès »
Les chroniques ont été rassemblées dans un ouvrage co-édité avec les éditions Syllepse et disponible auprès de l’Observatoire.
Cette rubrique est rédigée à partir d’un suivi méticuleux des médias. 21ème épisode, mai-juin 2025.

Retrouvez les épisodes précédents dans la rubrique Résistances

Viktoria Krikounova

L’Ukrainienne Viktoria Krikounova a travaillé, dans sa ville occupée par les Russes, pour une caisse de retraite chargée de verser les pensions financées par l’occupant. Toutes les entreprises, institutions et organisations ukrainiennes ayant cessé leurs activités, son seul objectif était d’assurer sa survie, celle de sa famille et des parents du couple. « Nous espérions tous que notre armée viendrait nous libérer », se défend-elle. Un procès pour collaboration lui a été intenté, le procureur a réclamé sept années de prison et la confiscation de tous ses biens. 10 000 procédures de ce type ont été ouvertes. « Ces gens ont tout perdu pendant l’occupation et se retrouvent poursuivis par leur propre gouvernement. », déplore son avocate.

Les défenseurs des droits de l’Homme réclament une distinction entre les collaborateurs par conviction ou par contrainte et nécessité de survie. Une dizaine de propositions de modification de la loi ont été enregistrées au Parlement, en vain. Des gens refusent de revenir en Ukraine de crainte d’être arrêtés.

Portrait d’Ilya Iachine

Véronika Dorman trace le portrait d’Ilya Iachine [1], opposant russe à Vladimir Poutine échangé contre des prisonniers russes et expulsé (« On m’a privé de mon pays et de ma maison ») contre son gré, en août 2024, après deux ans de prison. Il avait été condamné à huit ans de prison pour « discrédit de l’armée russe », comme son arrière-grand-père qui avait « calomnié l’Armée rouge ». Il a été ami de Boris Nemtsov et compagnon de route d’Alexeï Navalny, le premier, assassiné par balle, le second, victime d’un empoisonnement et mort en prison.

Il vit à Berlin et sillonne le monde pour unir les personnes (Ioulia Navalnaïa, Mikhaïl Khodorovski) et les organisations de l’opposition russe, éparpillés par la guerre et ayant exporté leurs querelles en exil. Il admet qu’à l’étranger, son influence est très faible. Les marches à Berlin n’ont rassemblé que quelques centaines de manifestants. Il s’est toujours méfié de Poutine, « un homme du KGB, dont la première mesure a été de restaurer l’hymne soviétique ». En 2000, Iachine a adhéré au parti libéral démocratique Iabloko. Mais la société russe a accepté le marché : augmentation du niveau de vie en échange des droits et libertés fondamentaux.

En 2009, il rejoint le mouvement Solidarmost aux côtés de Boris Nemtsov et de Garry Kasparov, et, en 2012, le comité de coordination de l’opposition animé par Alexeï Navalny. En 2017, il est élu dans une circonscription moscovite. Il dénonce la corruption du régime criminel, l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine. Il séjourne souvent au cachot en raison des mesures de répression des manifestations.

Son mode de vie nomade ne lui permet pas d’avoir un chien. Il se contente de promener ceux des autres. Il a refusé les gardes-du-corps proposés par l’Allemagne et l’asile politique pour ne pas se barrer le chemin du retour. « Pour vaincre la dictature, il faut que la population cesse d’avoir peur du dictateur. Je dois montrer, par l’exemple, que je n’ai pas peur. » ; « L’important n’est pas de savoir comment et quand tu meurs. L’important, c’est que le temps qui t’est imparti soit vécu dignement. » Ce qu’il fait en effet.

Des soldats ukrainiens nazis

Dans une vidéo, Le Monde, a recensé 350 soldats ukrainiens, dont des officiers, arborant des insignes ou des tatouages nazis ou pratiquant le salut nazi. La plupart combattent dans le Bataillon Azov rebaptisé 3ème Brigade d’assaut. Le Bataillon Azov a été créé par un raciste qui évoquait « la sous-humanité sémite » sur son site aux 1,4 million d’abonnés. Alors que l’Ukraine a de plus en plus de mal à mobiliser, le bataillon, qui communique beaucoup, continue à accueillir un afflux de volontaires, notamment français, dont un militant du groupuscule lyonnais Lyon Populaire [2]. La France a formé des membres du bataillon en ignorant leurs insignes et tatouages. Interrogé par Médiapart, le ministère des Armées a répondu « Ce sont les forces armées ukrainiennes qui organisent le flux et la sélection des militaires ukrainiens envoyés en France et en Europe. Nous n’apportons donc pas de commentaire sur cette organisation [3]. » De son côté, l’Allemagne a renvoyé certains de ces soldats extrémistes [4].

Jeux d’enfants

Le parquet général russe a classé le Moscow Times comme organisation « indésirable », criminalisant ainsi son travail et exposant son personnel à des poursuites judiciaires. Le journal parle des « Troupes en peluche ».

Peluches brodées d’un Z, jeux de société militarisés, soldats en plastique et coloriages de tanks : en Russie, l’industrie du jouet s’empare de l’invasion de l’Ukraine pour fabriquer des produits destinés aux enfants. Soutenue par les autorités, cette militarisation du quotidien enfantin vise à ancrer les codes d’un patriotisme guerrier dès le plus jeune âge.

« Dans ce jeu de stratégie, vous êtes à la tête d’un bataillon et votre objectif est de libérer l’Ukraine des nazis », annonce la description du jeu de plateau Opération spéciale (nom officiel donné en Russie à la guerre en Ukraine) aux portes du pays, en vente pour 1 600 roubles (environ 19 euros) sur les plateformes de vente en ligne russes.

Inspiré du Monopoly, ce jeu pour deux à six joueurs invite à « libérer » un maximum de villes ukrainiennes. Pas de billets, mais une monnaie fictive ornée des visages du président russe, Vladimir Poutine, ou du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. « L’intrigue vous captive dès les premières minutes. C’est formidable qu’une partie des bénéfices soit reversée aux participants de l’opération militaire spéciale. Le cadeau idéal pour les patriotes ! », écrit une récente acheteuse.

Ces jouets couvrent toutes les gammes de prix, depuis un minion Z en acrylique revêtu des initiales de l’opération militaire spéciale jusqu’à un jouet culbuto portant le slogan pro-guerre « Vous ne pouvez pas nous abattre ». Ce dernier se vend environ 500 roubles (6 $).

« C’est une guerre qui dure, donc l’État et Vladimir Poutine ont besoin que les garçons, dès la maternelle, se préparent déjà au futur champ de bataille », a déclaré un psychologue pour enfants au Moscow Times. « D’abord, l’État transforme les femmes pauvres en mères qui achètent ces soldats de plomb. Ensuite, ce patriotisme "Z" est nourri au lait maternel. Elles achèteront sans même remarquer le "Z", surtout s’il est en solde [5]. »

Une diplomate agressée

Une diplomate roumaine de l’UE a été agressé lors d’un voyage de travail dans la ville de Vladivostok, a rapporté le site d’information allemand Der Spiegel, citant des diplomates anonymes. Elle aurait été menacée et agressée par deux hommes qui se sont arrêtés à côté d’elle dans un véhicule lors d’une promenade matinale le 26 mai 2025. Elle voyageait avec un collègue français pour visiter les consulats des États membres de l’UE à Vladivostok. Une vidéo publiée par les médias locaux montrait des journalistes et des militants pro-Kremlin brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit « L’UE finance le meurtre de Russes » et harcelant la diplomate à son arrivée à l’aéroport de Vladivostok [6].

Retombées économiques

L’Institut français des relations internationales (Ifri) publie un rapport : « L’impact économique du keynésianisme militaire russe ». Dans la Russie pauvre, une nouvelle classe moyenne a émergé avec des salaires et des revenus en province se rapprochant de ceux des grandes villes. Ceci grâce au complexe militaro-industriel. 8 % du PIB sont consacrés à la défense et à la sécurité. En conséquence, les populations locales soutiennent la logique de guerre froide où les dépenses militaires sont prioritaires.

Les autorités offrent aux soldats des salaires mensuels d’environ 200 000 roubles (2 200 €), pour une moyenne nationale de 700 € en 2024. Les primes à la signature du contrat peuvent s’élever à 2 millions de roubles (22 200 €). Les bénéficiaires viennent des régions les plus pauvres, ils ont créé un boom de la consommation.

Des soldats blessés, de mèche avec leurs supérieurs ou des médecins, acceptent que leur blessure soit classée « grave », chacun touchant une part des compensations.

Combien de temps l’embellie économique et le soutien à la guerre qui lui est lié, pourront-ils durer ?

Autre risque : Le retour du front alimentera le marché du mercenariat [7].

Fanny Ardant

Fanny Ardant a le même sens de la provocation que Gérard Depardieu en faveur duquel elle a témoigné dans son procès d’agressions sexuelles et qu’elle dirigera dans son prochain film.

« Selon des journalistes russes, Fanny Ardant a qualifié la Russie de terre de poésie et de passion. Je dois décevoir Mme Ardant. La Russie est aujourd’hui une terre de guerre, de terrorisme et de sang. » Le 16 juin 2025, Anton Gerachtchenko, ancien vice-ministre de l’Intérieur ukrainien, exprimait sa déception et sa colère de voir une actrice française qu’il estimait se compromettre avec des proches de Vladimir Poutine tels que l’acteur et réalisateur Vladimir Machkov [8], militant pour le parti poutinophile, Russie unie, condamné en novembre 2024 à dix ans de prison par contumace pour « propagande de guerre », avec confiscation de son appartement à Odessa [9]. « Nous croyons tous en notre victoire et, grâce à nos soldats, en une victoire proche », déclarait-il en 2024 sur la scène du Festival international du film de Moscou. Le réalisateur était aussi aux côtés de Francis Lalanne dans son clip Ma Russie tourné sur la Place Rouge.

« La pièce que vous allez voir, je l’ai jouée en juin dernier à Paris, et je m’étais dit immédiatement […] jouer à Paris ou à Moscou, c’est égal. » ; « Alors, quand on me dit : “Mais pourquoi vas-tu en Russie ?”, je n’ai d’autre réponse que : “Cela va de soi.” »

Ukrainiens expulsés de Russie

Des dizaines de citoyens ukrainiens sont retenus depuis une semaine dans un sous-sol à la frontière russo-géorgienne, dans le village de Verkhniy Lars. Grâce à des bénévoles géorgiens, ces personnes ont pu contacter Novaya Gazeta et le Comité d’assistance civique (reconnu comme agent étranger par le ministère de la Justice). Elles ont déclaré que les autorités migratoires russes les avaient conduites à la frontière pour les expulser de Russie, mais que la Géorgie refusait de les laisser entrer sur son territoire. Il fait très chaud dans le sous-sol où elles se trouvent (la température de l’air à Verkhniy Lars est de 36 degrés) et il y a beaucoup de monde.

D’après les images vidéo de Novaïa Gazeta, 35 personnes sont détenues dans trois pièces au sous-sol. En réalité, leur nombre est encore plus élevé et, selon des bénévoles géorgiens, il augmente chaque jour.

Il n’y a pas d’autre nourriture que celle que les bénévoles apportent, et il n’y en a pas assez pour tous les détenus. Parmi les personnes expulsées figurent des malades du VIH et de la tuberculose. Les conditions sanitaires sont inexistantes, ils ne peuvent même pas se laver.

L’ambassade d’Ukraine en Géorgie s’oppose désormais à leur entrée. Elle exige que les autorités frontalières géorgiennes procèdent à un contrôle d’identité des expulsés qui dure environ deux mois.

Depuis deux ans, personne n’a réussi à résoudre ce problème, pas même la représentante du médiateur ukrainien. Elle est venue, a passé la journée entière avec les bénévoles à la frontière, a constaté les conditions de détention et a déposé une plainte auprès de son ambassade, mais le problème n’a pas été résolu.

Novaya Gazeta a fait appel à la Commissaire aux droits de l’homme de la Fédération de Russie, Tatiana Moskalkova, et aux députés géorgiens, leur demandant d’intervenir dans la situation et de la prendre sous leur contrôle [10].

Biélorussie

Loukachenko a libéré Sergueï Tikhanovski, un blogueur et prisonnier politique arrêté en 2020 en tant que candidat présidentiel non enregistré en Biélorussie, qui, de manière inattendue pour le régime, est devenu le principal adversaire de Loukachenko aux élections, et a ensuite été condamné à 18 ans de prison pour avoir tenté d’organiser un « Maïdan biélorusse ». Le service de presse de Loukachenko a rapporté [11] qu’au cours de la seule année écoulée, il avait gracié 293 personnes (dont 89 femmes et 17 mineurs). « Chaque grâce est un acte de clémence, une chance de retrouver une vie normale et de devenir un citoyen respectueux des lois. » En mai 2025, on a appris que les autorités biélorusses avaient libéré 42 autres prisonniers politiques.

« Le leadership du président Trump a permis la libération de 14 prisonniers biélorusses aujourd’hui. Merci au gouvernement lituanien pour sa coopération et son aide », a écrit, l’assistant du général Keith Kellogg, qui supervise le règlement de la crise militaire russo-ukrainienne.

Après sa libération, Sergueï Tikhanovski a quitté la Biélorussie et a rencontré son épouse, Svetlana Tikhanovskaïa. Après l’arrestation de son mari en 2020, elle s’est présentée aux élections puis a pris la tête du mouvement d’opposition et, après son émigration, a formé un gouvernement biélorusse alternatif en Lituanie [12].

Paix au Monde

La police a ouvert une enquête pénale pour vandalisme contre un Moscovite de 42 ans soupçonné d’avoir écrit « Paix au monde » dans des lieux publics de Saint-Pétersbourg, a rapporté l’agence de presse « Konkretno.ru » [13]. La surface nettoyée était de 15 mètres carrés.

Les femmes ukrainiennes dans la guerre

Viktoriia Pihul, une féministe ukrainienne, répond aux questions de Dick Nichols [14].

« La guerre que nous vivons actuellement a affecté et changé tous les aspects de notre vie. Les occupants s’efforcent, entre autres, de démoraliser la population. C’est pourquoi ils utilisent tous les moyens, y compris la violence. En ce moment même, nous devons comprendre que le viol est une manière de montrer son pouvoir et son contrôle sur une situation, et non un désir sexuel. […]
Olena Zelenskaya (la « première dame » d’Ukraine [épouse de Volodymyr Zelensky]) a déclaré : « Notre résistance, comme notre future victoire, a pris un visage particulièrement féminin. Les femmes combattent dans l’armée, elles s’engagent dans les [unités] de défense du territoire, elles sont à la base d’un puissant mouvement de volontaires qui approvisionnent, ravitaillent, nourrissent… elles accouchent dans des abris, sauvent leurs enfants et s’occupent de ceux des autres, elles font tourner l’économie, elles vont à l’étranger pour chercher de l’aide. D’autres font simplement leur travail, dans les hôpitaux, les pharmacies, les magasins, les transports, les services publics… pour que la vie continue. »
De nombreuses femmes, obligées de laisser leur maison et leurs biens derrière elles, doivent faire face aux nécessités de la vie quotidienne dans un nouvel endroit. […]
En même temps, les femmes passent de plus en plus de temps avec les enfants, tout comme elles suivent des cours à distance. Les femmes décident très souvent de rester dans les territoires occupés pour s’occuper de leurs parents âgés ou d’autres personnes. Elles ont aussi peur de perdre leurs sources de revenus. Elles sont donc de plus en plus exposées à la violence, qu’il s’agisse de celle des Russes ou de la violence psychologique domestique. […]
Les femmes ont commencé à se regrouper localement pour aider. Elles tissent des filets de camouflage, préparent des repas pour les militaires, emballent et expédient l’aide humanitaire. Cela favorise la cohésion, de sorte que les femmes sentent qu’elles ne sont pas seules dans leur chagrin. […]
Aujourd’hui, 35 000 femmes servent dans l’armée ukrainienne, 1 000 d’entre elles sont des commandantes, et deux sont des générales. […]
La composante la plus forte du mouvement antiguerre russe est Résistance féministe antiguerre, dont la chaîne Telegram diffuse des rapports réguliers sur ce qui se passe en Ukraine, notamment des correspondances de femmes vivant dans les zones occupées par les forces russes. Comment le mouvement ukrainien envisage-t-il de collaborer avec ses consœurs russes ?
Je suis les activités de ce mouvement et je considère ces filles comme les seuls éléments de gauche en Russie. Alors que les militant·es de gauche autrefois populaires se séparent ou continuent à raconter de vieux récits sur l’URSS et les « peuples frères » et à tourner des vidéos sur YouTube, ces filles s’engagent dans des activités et des journaux clandestins, distribuent des tracts, rédigent des documents critiques. Je pense que c’est un point important dans une société russe totalement fragmentée, où c’est chacun pour soi. De nombreuses femmes membres de la Résistance antiguerre féministe ont signé le manifeste des féministes ukrainiennes que j’ai rédigé avec mes camarades. Je ne peux faire aucune prédiction quant à une interaction future. Il est important de comprendre que les initiatives féministes ukrainiennes traversent également des moments difficiles. À la lumière des événements militaires, de nombreuses personnes ne veulent même pas entendre parler d’une quelconque coopération avec quoi que ce soit de russe. Et ici, tout dépendra de l’évolution de la situation.
Nous avons vu de nombreuses déclarations pacifistes de féministes occidentales, y compris leurs manifestes. Face à la guerre et à la mort quotidienne des femmes et de nos enfants, nous sommes critiques vis-à-vis de cette position. Nous appelons à soutenir les femmes ukrainiennes, y compris notre droit à la résistance armée. […]
Notre objectif principal est maintenant de gagner cette guerre. Nous comprenons qu’elle peut être longue, et que ce ne sera pas un processus rapide, mais nous gardons espoir [15]. »

Pourparlers russo-ukrainiens

Vladimir Medinsky, chef de la délégation russe pour les pourparlers à Istanbul, le 2 juin 2025, a montré aux journalistes la liste des 339 enfants ukrainiens dont Kiev exige la restitution, en accusant l’Ukraine d’ériger cette question en « spectacle médiatique pour les Européens au cœur tendre » [16].

Svoboda

Le 3 juin 2025, Ioulia Navalnaïa, veuve de l’opposant russe assassiné Alexeï Navalny, militante pour la liberté et la démocratie, a annoncé le lancement d’une nouvelle chaîne de télévision, « L’Avenir de la Russie » (Россия Будущего), en collaboration avec Reporters sans frontières (RSF), au siège parisien de l’ONG. Cette chaîne, dédiée à la préservation de l’héritage de Navalny et à la promotion de la liberté d’expression en Russie, sera accessible via le bouquet satellite Svoboda, un projet de RSF visant à offrir des médias indépendants en langue russe aux russophones du monde entier. La chaîne a commencé la diffusion le 4 juin, jour de l’anniversaire d’Alexeï Navalny, via le bouquet satellite Svoboda (Liberté, en russe).

La chaîne couvrira l’ensemble du territoire russe avec des informations, des commentaires et des programmes indépendants qui promeuvent les valeurs démocratiques et l’intégrité journalistique. Elle sera également accessible aux chaînes de télévision du monde entier, garantissant ainsi un large accès aux téléspectateurs russophones du monde entier [17].

Les leçons du conflit

L’opération Toile d’araignée menée le 1er juin 2025 par l’Ukraine avec des drones bon marché dans les contrées éloignées du pays pourrait inspirer des groupes terroristes. Les attaques russes ciblant les ambulances incitent l’armée française à envisager de « désilhouetter » ces véhicules. Les militaires ukrainiens évitent de se déplacer en tenue et donnent ainsi un argument à des bombardements indiscriminés de civils. Les combats à proximité de centrales nucléaires font courir un grand risque environnemental. L’Ukraine utilise des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel. La Finlande, la Pologne, L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont annoncé qu’elles se retiraient du traité d’Ottawa qui les interdit. Handicap International s’en inquiète : « Le retrait annoncé de ces cinq pays marque un recul sans précédent dans l’histoire du traité d’Ottawa et représente une grave atteinte à la protection des civils dans les conflits armés. »

Bien que les entreprises en intelligence artificielle prétendent que l’homme restera dans la boucle pour décider une frappe létale, les systèmes autonomes sont techniquement à portée de la main. La guerre en Ukraine a servi d’accélérateur à leur développement [18]. Le 29 mai 2025, le ministre ukrainien de la Transformation numérique a présenté un système composé d’un drone mère emportant deux drones kamikazes dotés d’une intelligence artificielle capables d’atteindre une cible à 300 kilomètres [19].

Recrutement en Ukraine

Des campagnes publicitaires incitent les Ukrainiens à anticiper leur recrutement pour pouvoir choisir leur régiment. L’âge du recrutement est passé de 27 à 25 ans. Certains détenus peuvent s’engager. Les plus de 60 ans peuvent souscrire un contrat d’un an. Les centres de recrutement ont une mauvaise réputation en raison de la corruption et des violences lors des contrôles.

Le commissaire aux droits humains du Parlement a décrit ces « violations des droits de l’Homme [comme] systématiques et généralisées ». « Il semble que les détentions illégales et les passages à tabac […] soient devenus une nouvelle tendance qui ne peut être arrêtée sans une réaction ferme de l’État. »

Un contrat financièrement intéressant est proposé aux 18–24 ans. Il prend en charge les études et autorise, en fin de contrat, les voyages à l’étranger interdits généralement aux 18–60 ans [20].

Orthodoxie

Le Synode des évêques de l’Église orthodoxe russe hors frontières est l’organe exécutif de la partie semi-autonome du Patriarcat de Moscou, qui compte 14 évêques et environ 300 paroisses sous son contrôle, principalement aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Allemagne. Il a publié une déclaration sévère concernant la réhabilitation du stalinisme en Russie et le dénigrement de ses victimes. Ce faisant, le Synode a reconnu avoir commis une erreur en 2007 lorsqu’il a constaté le « véritable renouveau de la Russie » et s’est soumis à l’Église orthodoxe russe.

La Fédération de Russie compte 123 monuments à la mémoire de Staline, et leur installation a battu des records en mai dernier, dans le contexte du 80ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. L’apothéose a été l’inauguration, le 15 mai, du haut-relief « Reconnaissance du peuple au Guide-Commandant », détruit sous Khrouchtchev, à la station de métro Taganskaïa, où le pèlerinage des adeptes du culte de Staline a immédiatement commencé [21].

PlayStation

Sony bloque massivement les comptes PlayStation russes et bannit désormais les joueurs russes qui ont tenté de contourner les restrictions en créant des comptes dans d’autres pays [22].

Échanges de prisonniers

1 000 prisonniers ukrainiens ont été échangés contre autant de Russes. Depuis 2014, le Kremlin a créé un réseau d’environ 180 prisons, camps ou chambres de torture utilisés pour la détention d’Ukrainiens, sur le territoire russe ou dans les zones occupées. Au total, la Russie détiendrait au moins 16 000 civils ukrainiens, en violation du droit international. Les prisonniers ukrainiens sont sous-alimentés. La première question que l’un d’eux pose à son épouse est « Est-ce qu’on a à manger à la maison ? ». Les familles brandissent les photos de leur proche dans l’espoir, souvent cruellement déçu, qu’un camarade libéré le reconnaisse [23].

Yabloko et Staline

Le parti d’opposition Yabloko organisait à Ekaterinbourg une soirée de rédaction de lettres aux prisonniers politiques. Des hommes masqués ont fait irruption et emmené les participants au commissariat.

Le parti diffuse une pétition contre la restauration d’un haut-relief dédié à Staline dans le métro moscovite.

« L’installation d’une image commémorative de Staline dans l’espace public de la capitale n’est pas seulement une erreur, c’est un mépris cynique de la vérité historique. Le régime stalinien est responsable de millions de victimes humaines, d’années de terreur, de peur et d’anarchie. Nous ne devons pas permettre que les crimes du passé soient étouffés ou justifiés sous couvert de "mémoire historique".

Nous pensons qu’il est nécessaire d’assurer un traitement respectueux de la mémoire des personnes qui ont souffert des répressions politiques, et nous exigeons que le Département des Transports et la mairie de Moscou démantèlent immédiatement le bas-relief de Staline [24]. »

Un correspondant de Novaya Gazeta a passé une journée pour observer les réactions des voyageurs du métro. Nombreux sont ceux qui prennent la pose devant le monument, qui y déposent des fleurs et couvrent Staline d’éloges. Mais d’autres expriment des critiques, parfois véhémentes malgré la présence d’agents de sécurité. Deux jeunes filles déposent des fleurs avec un ruban où il est écrit « À tous les Kalmouks opprimés ! Nous n’oublierons pas et ne pardonnerons pas la déportation [25]. »

Le 16 mai 2025, des militants ont placé des affiches près de la sculpture de Staline à la station Taganskaya avec des déclarations du président russe Vladimir Poutine et de l’ancien président Dmitri Medvedev critiquant le stalinisme. Un tribunal de Moscou a infligé une amende de 20 000 roubles à deux militants en vertu de l’article sur la violation des règles de tenue d’un rassemblement [26].

Eduard Karpov

Eduard Karpov est officier d’artillerie. Après ses études à l’académie d’artillerie, il a dû signer un contrat de cinq ans. Il a toujours aimé la technologie et appréciait les avantages et privilèges sociaux dont il bénéficiait.

Dans la nuit du 23 au 24 février 2022, il reçoit l’ordre de se diriger vers une nouvelle destination. Soudain, un message arrive sur son téléphone : « Bienvenue en Ukraine ! » Les commandants débitent la propagande.

Il raconte : « Des doutes ont commencé à surgir : Nous n’étions pas les bienvenus. Je me suis posé des questions et je n’ai pas trouvé de réponse. Nous avons commencé à être constamment sous le feu. […] Des habitants locaux se sont approchés de nous : des personnes âgées et des enfants. Ils ont crié et pleuré. […] Je n’ai pas tiré un seul coup de feu. »

À l’occasion d’une permission, un avocat l’aide à rédiger un refus de participer à l’opération militaire spéciale. Le commandement le traite de traître et le menace de prison.

Au procès ni lui ni son avocat ne sont écoutés. Il est condamné à deux ans et six mois de colonie pénitentiaire. Seule une partie de sa famille le soutient.

Il conclut : « Je pense que j’ai fait la bonne chose [27]. »

Charlie Hebdo

Charlie Hebdo a porté plainte pour la diffusion sur des réseaux sociaux de fausses couvertures du journal. Elles dénigrent le président ukrainien, Volodymyr Zelensky et son armée, le soutien d’Emmanuel Macron à Kiev, « la politique migratoire de l’Angleterre, ou colportent des rumeurs sur l’identité sexuelle de Brigitte Macron », a ajouté la rédaction dans un communiqué, ajoutant qu’elles semblent « d’abord destinées au public russe, afin de lui faire croire que Charlie Hebdo est anti-Zelensky et pro-Poutine » [28].

Ilia Iachine

Ilia Iachine a passé 25 mois en prison russe et a été échangé en août 2024. Il est exilé à Berlin.

« Je travaille, en Europe, à consolider la résistance anti-Poutine. […] J’essaie d’interagir avec toutes les factions d’opposition. En ce mois de mai j’étais à Vilnius à un forum de Ioulia Navalnaïa (veuve d’Alexeï Navalny) puis à une réunion avec des activistes en exil venant de différentes régions russes. […] J’essaie d’être un pont pour que tous les anti-Poutine travaillent ensemble vers un seul objectif. […] Ne vous attendez pas à ce que demain tout le monde se donne la main et annonce la création d’un parti uni. […] J’ai organisé un centre d’accueil à Berlin qui en ligne propose des consultations y compris pour des exilés vivants en France. Celle-ci est le seul pays à envisager d’accorder l’asile politique à des déserteurs russes. Ces soldats qui ont déposé les armes ont besoin de protection [29]. »

L’Europe, « leader du monde libre » ?

Le Monde publie une tribune d’associations opposées à la politique de Poutine et de ses alliés.

« La guerre en Ukraine, en particulier, est un test de la détermination de l’UE, qui doit accroître son soutien et placer les valeurs humanistes au cœur des négociations de paix, comme le demande « People First », une campagne internationale portée par des organisations non gouvernementales (ONG) ukrainiennes et russes, unies pour appeler d’une seule voix à ne pas oublier les otages du conflit.
Conformément au droit international, l’Europe doit exiger la libération immédiate et inconditionnelle de tous les civils ukrainiens capturés et détenus illégalement par le Kremlin. Ceux dont les foyers se trouvent dans des zones illégalement occupées par la Russie doivent avoir la possibilité de les quitter pour rejoindre des zones contrôlées par le gouvernement ukrainien s’ils le souhaitent. Tous les enfants illégalement transférés ou déportés doivent être rendus, et le rapatriement rapide des prisonniers ukrainiens déportés et des patients des institutions médicales fermées doit être assuré. L’UE doit également plaider pour le rapatriement des prisonniers de guerre par le biais d’échanges ou d’autres moyens, dès que possible, et au plus tard à la fin des hostilités actives, comme l’exigent les Conventions de Genève.
Les prisonniers politiques russes doivent eux aussi être libérés et ne faire l’objet d’aucune restriction de leur liberté de mouvement, y compris avoir la possibilité de voyager à l’étranger. De même des prisonniers politiques biélorusses et des activistes, journalistes et défenseurs des droits de l’homme géorgiens : tous ceux persécutés par le régime de Poutine et ses alliés doivent être soutenus. En travaillant à leur liberté, l’Europe occupera sa juste place dans les négociations de paix, puisqu’elle agira non pas en vue d’obtenir de potentiels bénéfices financiers, comme le font les États-Unis, mais pour les droits de l’homme. […]
Cela concerne également les réfugiés et les demandeurs d’asile, en particulier ceux qui craignent l’extradition vers des pays autoritaires. Nous ne devons pas tourner le dos à ceux qui fuient les persécutions en raison de leurs actions pros démocratiques et antiguerres. L’UE doit adopter une politique d’accueil des réfugiés plus humaine et plus complète qui privilégie la protection et l’intégration. Cela inclut de garantir qu’aucun réfugié ne soit renvoyé de force en Russie ou au Bélarus, où ils pourraient subir de nouvelles persécutions. De plus, des journalistes qui ont longtemps été des voix pour la liberté et la démocratie dans des régions où ces valeurs sont menacées doivent être accueillis et soutenus. Cela enverrait un signal fort quant à l’engagement de l’UE en faveur de la liberté des médias et de la libre circulation de l’information.
Aujourd’hui, l’Europe a le potentiel d’être le nouveau leader du monde libre, mais elle doit agir avec courage et conviction. En défendant les droits de l’homme, en soutenant l’Ukraine, en renforçant les chercheurs et les ONG, en adoptant une politique d’accueil des réfugiés plus humaine, en défendant la liberté des médias et en renforçant l’État de droit, l’UE peut affirmer son rôle de leader mondial. Nous exhortons les dirigeants européens à saisir ce moment et à défendre les valeurs qui font partie intégrante de notre identité. Le monde nous regarde, et l’avenir de la liberté et de la démocratie est en jeu [30]. »

Des ados ukrainiens recrutés par les services russes

« Tu peux rejoindre le mouvement clandestin des Ukrainiens de différentes manières. L’essentiel, pour chaque personne vivant en Ukraine, est de lutter contre le régime sanglant et nazi de Zelensky, car l’inaction équivaut à une complicité dans leurs crimes sanglants. » Ce message de recrutement du FSB russe peut être lu par un QR Code sur les murs et dans les transports en commun ukrainiens. Il vise à proposer à des adolescents une tâche simple, comme un graffiti, et rémunérée d’environ 350 €. Ensuite, un chantage est exercé pour imposer une action plus risquée. L’incendie d’un centre de recrutement est payé 5 000 $. Le plus jeune suspect arrêté avait 13 ans.

Deux adolescents ont dû assembler une bombe artisanale et la déposer devant un bâtiment administratif. Le FSB a actionné la bombe à distance, tuant deux passants, un des adolescents et mutilant gravement l’autre. Plus de 600 personnes ont été arrêtées pour ce type de recrutement [31].

La guerre des drones

Le Nouvel Obs [32] consacre un dossier à la guerre des drones entre la Russie et l’Ukraine. Le nombre de drones russes a fortement augmenté depuis septembre 2024 ainsi que le nombre de tués et de blessés civils.

Sur le front, les drones filment en direct l’agonie et la mort des ennemis. Un pilote qui « voulait tuer le plus de Russes possible » montre, avec des sarcasmes, ses vidéos, comme un jeu entre le chasseur et sa proie. Des Russes blessés par un drone se suicident, parfois avec difficultés. L’un d’eux se fait exploser avec une grenade. Son coéquipier sort de sa cachette et agite un drapeau blanc, les yeux au ciel, les mains en prière. Il se rend et a survécu. La vidéo est diffusée par l’Ukraine au mépris de la convention de Genève qui proscrit la diffusion des visages de prisonniers [33].

On observe des troubles chez les pilotes de drones qui utilisent des casques immersifs et voient la personne qu’ils vont tuer [34].

Déstabilisation de la France par la Russie

L’Express [35] publie une note des services secrets français sur les déstabilisations tramées par la Russie : de l’espionnage, des vols, des tentatives d’influence sur les parlementaires, des achats illégaux de semi-conducteurs, des sabotages, des cyberattaques, des diffusions de fausses nouvelles.

En février 2024, l’ancien président russe Dmitiri Medvedev appelait, quelques mois avant les élections européennes, à soutenir « ouvertement ou secrètement » les partis « antisystèmes » [36].

Des tueurs menacent les dissidents russes réfugiés en France. Le service gouvernemental note que les « opposants politiques et déserteurs de l’armée » sont « susceptibles d’être la cible d’actions violentes commanditées par la Russie, notamment des agressions physiques, des enlèvements, voire des assassinats ». Depuis juillet 2023, 232 réfractaires russes ont obtenu l’asile politique. Nombre d’entre eux vivent sous protection. Pavel Filatiev, déserteur russe exfiltré par Gulagu.net, a été menacé. Son lieu de vie est secret. Vladimir Ossetchkine, responsable de Gulagu.net fait état de menaces sur sa vie. Il a publié sur le site deux témoignages d’ex-membres du groupe Wagner qui rapportent les meurtres commis par le groupe. Avant son crash aérien, Evgueni Prigojine, patron de la milice, l’a menacé : « Ossetchkine, nous devons nous efforcer de le retrouver, de l’arrêter et de le punir [37]. »

Marina Ovsiannikova, la journaliste de la chaîne de propagande russe qui a brandi en studio une pancarte « Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande » craint aussi pour sa vie.

Le même thème est aussi traité dans le hors-série de Charlie Hebdo, Russie-Ukraine [38].

Bélarus

1 300 opposants politiques environ croupiraient derrière les barreaux au Bélarus, soit quasiment autant qu’en Russie, pour une population quinze fois moins nombreuse. Une statistique qui témoigne de la surenchère répressive dans laquelle le président Alexandre Loukachenko s’est lancé depuis le soulèvement populaire de 2020 [39].

Amnesty international

Le parquet général a déclaré l’organisation non gouvernementale Amnesty International « indésirable » en Russie, selon un communiqué de presse de l’agence.

Le bureau du procureur général affirme que le siège londonien d’Amnesty International sert de « centre de préparation de projets russophobes mondiaux financés par des complices du régime de Kiev ». Le communiqué du département indique que les militants de l’organisation « font tout leur possible pour intensifier la confrontation militaire dans la région – ils justifient les crimes des néonazis ukrainiens, appellent à une augmentation de leur financement et insistent sur l’isolement politique et économique de notre pays [40]. »

Veronika Velch, directrice d’Amnesty Ukraine, commente : « Je prends cette interdiction comme une forme d’hommage indirect au travail mené par notre équipe en Ukraine. Ce travail dérange le pouvoir russe au point qu’il cherche à l’entraver. » Elle dénonce les mauvais traitements subis par les prisonniers de guerre et le sort des enfants ukrainiens déportés en Russie [41].

La guerre

Le 19 mai 2025, France 2 a consacré une part importante de son journal du soir au conflit entre l’Ukraine et la Russie.

Dans un centre ukrainien de détention de prisonniers russes, une femme met certains de ceux-ci, qui sont volontaires, en relation téléphonique avec leur famille. Parfois les prisonniers sont déclarés disparus par la Russie. L’Ukraine espère que les familles exerceront une pression sur leur gouvernement. Un des prisonniers interviewé est togolais. Il a été raflé pour combattre.

Des élèves ukrainiens de 13 ans apprennent en classe à fabriquer des drones.

Dans le Donbass, les deux membres d’un couple âgé ont successivement été estropiés par des mines dans leur jardin et munis de prothèses. Ils gardent pourtant leur optimisme.

Transfuges ukrainiens

Selon une brochure de propagande russe, 700 transfuges ukrainiens constituent un bataillon baptisé Maksym Kryvonis, du nom d’un chef cosaque qui a œuvré à la réunification de la Russie et de l’Ukraine au XVIIème siècle. Certains ont fait défection par conviction, contre le « régime dictatorial de Zelensky » et pour « rendre sa liberté au peuple ukrainien », d’autres, moins loquaces, ont déserté et veulent échapper à la prison, l’un d’eux affirme avoir été correctement traité après avoir fourni les positions de son régiment et d’autres informations.

Un soldat qui s’est rendu, explique que ceux qui ne l’ont pas fait « ont été rasés de la surface de la terre ». Il doit transporter les cadavres russes sur une vingtaine de kilomètres, sous le tir de sa brigade ukrainienne. Convaincu par un autre Ukrainien, il rejoint les forces russes. Lui qui était contre la guerre se retrouve à la faire une deuxième fois. Il se justifie par « un manque de moyens et d’humanité » du commandement ukrainien et minimise les pertes russes. Dans sa famille, seule sa mère lui adresse encore la parole. Il sait qu’il ne reverra jamais son pays.

« Sans vous, il n’y aurait pas eu tous ces morts », reproche aux Occidentaux, un autre transfuge.

Le reportage de ParisMatch [42] est illustré de photos où ces soldats prennent la pose, certains le visage masqué.

Lettres d’Arménie

Il y a deux ans, en avril 2023, l’initiative des émigrants « Lettres de liberté » a vu le jour à Erevan, capitale de l’Arménie. Les activistes qui ont conçu l’initiative et nombre de ses participants réguliers ont depuis déménagé dans d’autres pays, mais l’initiative continue pour adresser des lettres manuscrites à des prisonniers politiques russes. En mars 2024, un marathon de courriers a été organisé. Plus de 80 personnes y ont participé [43].

Soutiens et opposants à Poutine

Des Russes favorables à Poutine s’expriment : « Comment pourrait-il y avoir un accord de paix si les fascistes se maintiennent à Kiev ? […] L’Europe va soutenir l’Ukraine jusqu’au bout. Nous ne lâcherons rien. […] Le régime de Kiev est la cause de la guerre. La fin de la guerre passera par la fin de ce régime. […] Poutine est trop timoré […] et n’ose pas frapper un grand coup. » Un ex-gouverneur de région décrète que « La raison du plus fort est la seule garantie de paix durable. »

Une jeune cadre s’insurge : « Nos faucons répètent qu’il faut remplir les objectifs. Mais l’objectif c’est de perdre encore des milliers et des milliers de jeunes vies ? […] Quel gâchis humain, en Russie et en Ukraine. »

Irina s’active pour faire exempter son petit-fils du service militaire. Elle s’inquiète : « L’autre "opération spéciale" du Kremlin, celle qu’il mène contre la société civile, risque de se poursuivre encore longtemps [44]. »

Une élégante femme d’oligarque ne comprend pas pourquoi les dirigeants européens semblent « ne pas souhaiter la fin de la guerre [et] se font mener par le bout du nez par les petits pays du Nord ? » Elle espère que les institutions européennes vont l’autoriser à récupérer ses comptes bancaires gelés en Europe et ses vastes propriétés confisquées. Des étudiants se plaignent de leurs comptes bloqués à Malte et de la difficulté de rapatrier à Moscou une berline de luxe allemande. Un promeneur de chiens affirme « Grâce au patriotisme, notre nation est tout simplement devenue plus saine. » Le nombre de visiteurs a augmenté de 11 % en Russie. Les restaurants ne désemplissent pas. Un opposant ne souhaite pas la défaite, sinon ce serait la guerre civile.

« Un de mes amis qui avait des problèmes avec le fisc a été convaincu de s’enrôler pour apurer ses dettes ! Trois mois après, il était mort. Il a été directement envoyé sur le front alors qu’il n’avait aucune expérience. C’est comme si notre société s’était résignée à ces morts. Personne ne bouge. », déplore un chirurgien. « Les sommes sont trop alléchantes ! Du coup, les épouses "vendent" leurs maris ! » ; « À l’hôpital, une femme a exigé un traitement de faveur, arguant que son mari [combat dans l’opération militaire spéciale]. Son médecin a refusé. Elle a rédigé une lettre de dénonciation […] et mon confrère a été arrêté. »

Kostia, un ancien journaliste, a pensé à l’exil. « Pour certains, l’héroïsme c’est de déserter. Pour d’autres, c’est d’y aller. » Il admet que s’il était resté à Moscou, il serait devenu propagandiste et que son déménagement l’a sauvé. « Le pire pourrait être à venir en un instant car on n’a aucune expérience de transition pacifique et démocratique du pouvoir… », conclut-il [45].

L’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski a organisé à Bruxelles une conférence de quelques dizaines de dissidents russes. Il accorde une certaine confiance aux négociations entre Trump et Poutine. Marina Ovsiannikova, exilée en France, et Kirill Parubets, qui travaille dans une association qui identifie et aide les soldats ukrainiens détenus en Russie, sont plus sévères et réclament une plus grande fermeté face au Kremlin. Elina Novopashennaia veut croire que le droit et les institutions internationales finiront par prévaloir. Depuis son exil berlinois, la jeune opposante a fondé une organisation qui aide les prisonniers politiques en Russie à recevoir derrière les barreaux une formation à distance [46].

Caricatures

Ruslan Pikhova, un soldat ukrainien, publie un recueil de caricatures réalisées sur le front, Smile under the roar of Cannons fire. « Mes images ne sont pas seulement des illustrations de ce qui se passe sur le champ de bataille. Je crois qu’elles peuvent aider à stabiliser notre état mental, le mien comme celui des lecteurs. » Les dessins sont publiés sur une page du ministre de la Défense. Mais il peut les poster sur Instagram sans être censuré.

Des caricatures montrent des épisodes réels. Une femme âgée accueille à coups de pelle un soldat russe tombé sur son toit après qu’il s’est éjecté de son avion touché par un missile et une autre qui s’est bricolé du matériel pour déminer elle-même son terrain [47].

Lyudmila Vasilyeva

Le 23 mai 2025, un tribunal a condamné Lyudmila Vasilyeva, 84 ans, à une amende de 10 000 roubles pour avoir discrédité les forces armées russes. Les Pétersbourgeois venus la soutenir lui ont réservé une ovation et lui ont offert des fleurs. L’exigüe salle d’audience avait été choisie pour empêcher la plupart des soutiens d’y accéder. La condamnée a travaillé au Centre de recherche d’État sur la marine et la construction navale. Lors de l’annexion de la Crimée, elle a démissionné pour protester.

Le 24 février 2025, à l’occasion du troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine, elle a manifesté seule avec une affiche signée « Avec amour, une enfant de Léningrad assiégée ».

Elle a refusé de partir comme l’exigeait la police. Selon Andrey Chertkov, son avocat, les policiers ont décidé de manière déraisonnable que l’appel à la paix et au sauvetage de la planète Terre discréditait l’armée russe. Celle-ci n’avait pas été citée.

Lors de sa prise de parole finale, elle a rappelé qu’elle a grandi dans la période d’après-guerre, alors que le slogan soviétique était « Nous sommes pour la paix ! [48] »

Déserteurs russes

Danil Arkhipov a déserté l’armée russe. « Si Poutine gagne cette guerre, il aura carte blanche pour de nouvelles offensives. Il faut le stopper ! C’est aussi pour cela que j’ai déserté. »

« Sur le front, j’ai compris que cette invasion de l’Ukraine était un crime contre l’humanité, contre un peuple frère, alors j’ai refusé d’y participer », revendique un autre déserteur, Ilia Veistler.

Malgré les risques, les deux déserteurs assument leur acte, espérant que cela les protégera. C’est l’épouse d’Ilia, très critique du régime, qui l’a encouragé en raison des crimes de guerre commis à Boutcha. Une blessure a permis à Ilia d’être évacué puis d’obtenir un congé. Le couple a quitté la Russie, aidé par l’organisation Traverser la forêt qui, sur son site revendique l’aide à plus de 49 000 réfractaires. Au Monténégro, Ilia témoigne auprès d’experts des Nations Unies qui enquêtent sur les exactions de l’armée russe. Des ONG antiguerre exhortent le gouvernement français à accorder l’asile au couple car les désertions sont des actes politiques qui peuvent inciter d’autres militaires à les imiter et affaiblir de l’intérieur la guerre de Poutine. Ilia a entamé une psychothérapie pour surmonter sa peur, son stress et ses insomnies. Ilia a perdu un doigt en s’automutilant avec une grenade. « Je ne voulais pas me battre, j’étais contre la guerre, mais je n’avais pas d’autre choix. […] J’ai tiré, mais je n’ai pas tué. Même pour me défendre, je ne l’aurais pas fait. », assure-t-il. De même que Danil Arkhipov, il a choisi la France comme destination. Traverser la forêt confirme que l’histoire des six déserteurs russes accueillis en France ont incité d’autres soldats à les imiter. Ilia vit dans un logement social de la région parisienne et suit des cours de français.

Les déserteurs risquent de cinq à quinze ans de prison. Les deux déserteurs pensent avoir fait le bon choix. « Là-bas, les autres doivent savoir qu’il est possible de fuir [49]. »

Un autre déserteur, Alksei Zhiliaev, a rejoint la France. « J’ai utilisé mon arme deux fois pour me défendre conte des drones. Jamais contre des hommes. » Une blessure a été, pour lui aussi, l’occasion de sa désertion. Informaticien dans le civil, la nuit, il transportait aux hôpitaux ses camarades blessés. Le jour, il enregistrait les informations sur les blessés dans le système informatique du haut commandement. Il a copié cette base de données avant de déserter et l’a communiquée au Monde. Dans les assauts de masse, sur quinze hommes mal équipés, il pouvait n’en revenir que trois vivants sans compter les blessés graves. Selon les estimations des experts, à une certaine époque, la Russie perdait entre 1 000 et 1 500 soldats par jour. « Sur le terrain, on ne voit pas la grande victoire que Poutine nous a promise. » Alors que la télévision annonçait la reprise de certaines villes, « Je voyais bien que le combat ne venait en réalité que de commencer. »

La base comptabilise quelque 3 600 morts et 10 000 blessés pour la 144ème division qui comprend en permanence entre 10 000 et 13 000 hommes. Les chiffres n’intègrent pas ceux qui ont été laissés sur le front, enterrés sur place ou récupérés par les Ukrainiens.

Une catégorie désigne les 1827 « disparus puis retrouvés ». Certains l’ont été à l’hôpital et d’autres dans les caves de Zaïtseve où sont torturés les réfractaires avant d’être renvoyés au front.

Selon le ministère de la Défense britannique, les pertes russes s’élèvent à 700 000 blessés et 250 000 morts.

Aleksei espère obtenir l’asile politique en France [50].

Échanges de prisonniers

La Russie et l’Ukraine se sont entendues pour échanger 1 000 prisonniers de part et d’autre, civils et militaires [51].

Corruption

Le média russe d’opposition Meduza publie un long article consacré à la corruption qui est censée éviter la participation à la guerre. Certains soldats s’automutilent afin d’être réformés. Pour des sommes pouvant atteindre plusieurs millions de roubles, on peut obtenir un certificat médical ou de travail dans une entreprise prioritaire. Des chirurgiens provoquent des cicatrices pour simuler des opérations. Toutefois, le Mouvement des objecteurs de conscience et « Traverser la forêt » mettent en garde contre les escrocs du Darknet qui spolient les naïfs et les pièges que tendent les recruteurs [52].

Défilé militaire d’enfants

Précédés de combattants russes en Ukraine, plus de 1 500 enfants en uniformes militaires ont défilé dans les rues de Vladivostok. L’armée nord-coréenne « a pris une part active dans la défaite des militants ukrainiens sur le sol de Koursk ». Des écoliers nord-coréens ont participé au défilé [53].

Ekaterina Barabash

La critique de cinéma Ekaterina Barabash, accusée en Russie de diffuser de « faux » renseignements militaires, s’est échappée de son assignation à résidence et se trouve en France. Elle-même en a parlé lors d’une conférence de presse à Paris, écrivent les médias européens.

Selon la journaliste, elle a été secrètement emmenée hors de Russie avec l’aide de l’organisation Reporters sans frontières. Elle a ajouté qu’elle n’était pas libre de divulguer les détails.

Elle a déclaré qu’elle s’était cachée hors de Russie pendant deux semaines. Son bracelet utilisé pour surveiller les personnes assignées à résidence a été scié dans une voiture alors qu’elle quittait le pays [54].

Culture

Patrimoine artistique

Un collectif d’acteurs de l’art publie une tribune dans Le Monde.

« L’Ukraine n’a jamais existé », répètent à l’envi Poutine et les idéologues russes. Leur version de l’histoire n’est pas purement rhétorique : elle inspire une campagne visant à effacer systématiquement l’identité culturelle séculaire de l’Ukraine. L’Unesco dénombrait ainsi, au 16 avril 2025, 494 sites détruits ou endommagés depuis le 24 février 2022, incluant 149 édifices religieux, 257 immeubles historiques, 33 monuments (dont ceux commémorant la Shoah), 18 bibliothèques, 34 musées et 2 sites archéologiques [55].
Moscou veut s’approprier le patrimoine ukrainien, en le « russifiant » dès que cela s’avère possible. Dès l’occupation de la Crimée, en février 2014, est mise en œuvre une politique systématique de redéfinition de l’identité culturelle. Des milliers d’œuvres d’art sont transférées des musées de Crimée vers des institutions russes. […]
Le site archéologique de Chersonèse, pourtant inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, a été méticuleusement démantelé, pillé et remanié pour y installer, en juillet 2024, un complexe muséal incluant un nouveau « musée de la Crimée et de la Novorossia [Nouvelle Russie] », justifiant les revendications russes de « reconquête » des régions orientales et méridionales de l’Ukraine. […]
À Kherson, des conservateurs liés à des sociétés historiques pro-Kremlin, encadrés par des officiers du service fédéral de sécurité (FSB), le renseignement intérieur russe, ont guidé les forces russes dans le pillage du Musée Oleksiy Shovkunenko et du musée d’histoire locale. Plus de 13 000 objets ont été dérobés. […] Quant à la collection d’« Or des Scythes » conservée au musée d’histoire locale de Melitopol, elle a tout simplement disparu.
Aujourd’hui, les collections de 77 musées ukrainiens des territoires occupés figurent désormais au catalogue d’État du fonds muséal de la Fédération de Russie
Ces actes sont des violations du droit international, en particulier de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, dont la Russie est signataire [56]. »

Falsification historique

Un collectif d’historiens européens dénonce, dans une tribune au Monde, le révisionnisme historique que Moscou diffuse en Occident, particulièrement dans le débat américain, pour rendre acceptable son « opération spéciale » dans une Ukraine « fasciste » à « dénazifier ».

« Aujourd’hui, les principes qui nous ont rassemblés, dans la lutte contre la tyrannie – pour la liberté, la démocratie et la vérité –, sont à nouveau menacés. La Russie de Vladimir Poutine cherche quotidiennement à affaiblir nos libertés, notre unité et nos amitiés par des actions belliqueuses et des campagnes de désinformation. De façon particulièrement cynique, elle invoque la mémoire de la seconde guerre mondiale pour justifier ses actes les plus abominables. […]
En 1939, c’est l’Allemagne nazie d’Hitler qui a déclenché la guerre en attaquant la Pologne. À cette époque, l’Union soviétique était alliée à Hitler et a, elle aussi, envahi la Pologne. La version officielle russe selon laquelle la guerre aurait été provoquée par la Pologne est totalement fausse.
Peu après le début de la guerre, les Soviétiques ont également attaqué la Finlande. En 1940, ils ont envahi et annexé la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie. Ces agressions étaient totalement injustifiées, sans aucun caractère consensuel ou légal, contrairement aux affirmations répétées de Vladimir Poutine.
L’Union soviétique a subi d’effroyables pertes pendant la seconde guerre mondiale, mais beaucoup d’entre elles se sont déroulées en Ukraine et ont directement touché le peuple ukrainien. L’affirmation de Poutine selon laquelle l’Ukraine glorifierait aujourd’hui les nazis et leurs collaborateurs n’est pas seulement factuellement fausse : elle constitue une insulte à l’histoire tragique de ce pays.
Si l’Armée rouge a bien libéré l’Europe de l’Est en 1944 et 1945, les peuples de ces pays n’ont pourtant pas vécu l’occupation soviétique qui a suivi comme une libération. Pendant quarante-cinq ans, les Européens de l’Est ont subi des régimes communistes répressifs qu’ils n’ont jamais choisis.
La vérité de cette histoire se trouve dans les archives russes elles-mêmes, brièvement ouvertes au monde dans les années 1990. Dans la Russie d’aujourd’hui, parler librement de l’histoire est devenu extrêmement dangereux. De nouvelles lois russes criminalisent désormais toute critique de l’Armée rouge ou de ses vétérans. Les livres révélant les crimes soviétiques sont interdits, des musées et institutions ont été fermés, et les archives russes sont inaccessibles aux chercheurs indépendants […] « La Russie falsifie la mémoire de la seconde guerre mondiale pour justifier ses actes les plus abominables », 4 mai 2025. »

Leniie Umerova

Leniie Umerova, une jeune Tatare de Crimée, a été emprisonnée deux ans par Moscou pour avoir refusé un passeport russe. « La Crimée est notre patrie et notre maison. Nous ne sommes chez nous nulle part ailleurs. » ; « Reconnaître l’annexion revient à abandonner toutes ces personnes silencieuses qui sont opposées au pouvoir russe, les activistes assassinés pour avoir participé à des manifestations pacifiques. Si on donne la Crimée à la Russie, on tourne le dos à ceux qui ont été torturés et à ceux qui sont en prison. Tout ça pour quoi ? Pour faire triompher la loi du plus fort ? » Elle refuse le passeport russe en hommage à ses ancêtres, parmi les 200 000 Tatares déportés pendant la deuxième Guerre mondiale P [57].

Alexandre Klevitov

Le 9 mai 2025, alors qu’à Moscou Poutine célébrait la victoire de l’URSS et exaltait les combattants russes contre l’Ukraine, Alexandre Klevitov a manifesté avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Non à la guerre ! Le fascisme ne passera pas ! » Il a été arrêté et battu par la police. On soupçonne une commotion cérébrale. Il n’a pas pu rencontrer son avocate [58].

Grigory Melkonyants

Le 12 mai 2025, un tribunal de Moscou a tenu des débats dans le procès du coprésident du mouvement d’observation électorale « Golos », Grigori Melkonyants, accusé d’avoir organisé le travail d’une organisation non gouvernementale « indésirable ». Le ministère public a requis six ans de prison contre Melkoyants, soit la peine maximale prévue par cet article. Melkonyants a prononcé sa déclaration finale lors de l’audience. Meduza l’a publiée.

« Votre Honneur, chers participants au procès, chers amis !
Aujourd’hui est un jour heureux pour moi. Notre procès s’est terminé avant que le verdict ne soit rendu. C’était une expérience passionnante. J’ai écouté les belles paroles, parfois émouvantes, des personnes qui ont témoigné, lu des lettres chaleureuses et reçu des cartes incroyables. Parfois, j’avais l’impression d’assister à une véritable fête, comme si j’étais le héros du jour et non l’accusé.
Il y a 21 mois, le 17 août 2023, une nouvelle étape passionnante de ma vie a commencé. Depuis lors, derrière moi, il y a eu : une perquisition, une détention, un centre de détention provisoire, trois centres de détention provisoire, 12 cellules, plus de 100 codétenus et 26 audiences au tribunal. Je chéris beaucoup cette expérience, car elle a eu un prix élevé. Mais surtout, cela m’a donné l’occasion de me souvenir de mon parcours et d’apprendre beaucoup de choses sur le monde auxquelles je n’avais pas été suffisamment attentif auparavant.
J’ai vu comment la prison détruit la vie des gens, les privant de joie et donc de bonheur. Parce que la joie de vivre est le vrai bonheur. […] C’est pourquoi la période de prison a été très fructueuse pour moi, en tant que personne et en tant qu’avocat. Je suis devenu plus créatif : j’ai commencé à dessiner, à faire des collages et des travaux manuels, et à écrire de la poésie. J’ai regardé les gens, les relations et les processus d’une manière nouvelle.
[…] En tant qu’avocat, je ne comprends pas pourquoi je suis ici et pourquoi je suis défendeur dans cette affaire. Et surtout, je ne comprends pas pourquoi je dois prouver mon innocence, et non pas l’enquête qui doit prouver que je suis coupable, comme l’exige l’article 49 de la Constitution russe [59].

Accueil des déserteurs russes en Allemagne

Commentant la position de la Finlande et des États baltes, qui avaient précédemment déclaré qu’ils n’étaient pas prêts à accepter des Russes essayant d’éviter la mobilisation, le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Hebestreit a souligné, en septembre 2022 : « Les Russes doivent toujours avoir la possibilité d’entrer dans l’UE. » Le porte-parole du chancelier a déclaré que le fait d’éviter la conscription était une raison impérieuse pour examiner positivement une demande d’asile. Les instructions correspondantes ont été données à l’Office fédéral des migrations et des réfugiés. Dans le même temps, il a été dit que les déserteurs pourraient également demander l’asile.

Entre début 2022 et avril 2025, 6 274 citoyens russes âgés de 18 à 45 ans ont demandé l’asile en Allemagne. Parmi eux, seuls 349 hommes ont obtenu le statut de réfugié, une protection subsidiaire ou ont été placés sous le coup d’une interdiction d’expulsion. C’est ce qu’indique la réponse du ministère allemand de l’Intérieur à une demande de la députée du Parti de gauche Klara Bünger, écrit le Berliner Morgenpost.

La députée a qualifié le chiffre de 349 demandes approuvées de « chiffre honteusement bas ». Selon elle, la promesse faite par l’ancien chancelier allemand Olaf Scholz « était loin d’être tenue » [60].

Accueil des réfugiés ukrainiens en France

Plus de 25 000 Ukrainiens ont demandé l’asile en Europe en 2024. Plus de la moitié d’entre eux l’ont fait en France alors même que cette dernière est le neuvième pays d’accueil des Ukrainiens en Europe depuis le début de la guerre en 2022.

La sénatrice (divers droite) de la Nièvre Nadia Sollogoub a été déposé une proposition de loi dans l’objectif d’enrayer le phénomène d’augmentation de la demande d’asile en améliorant le dispositif de protection temporaire dont bénéficient les Ukrainiens. Le Sénat a adopté le texte à 343 voix et 1 abstention.

Les Ukrainiens ont pu s’installer là où ils le souhaitaient en Europe et bénéficier d’une autorisation provisoire de séjour leur permettant de travailler, d’être hébergés, de toucher une allocation de subsistance et d’avoir une couverture maladie. En France, ils peuvent aussi percevoir les allocations familiales et l’aide au logement.

« Ce report vers la demande d’asile résulte principalement de l’insuffisance des aides sociales associées à la protection temporaire », a mis en évidence la commission des lois du Sénat dans son rapport sur le sujet. Un appui qui s’explique par la volonté de ne pas encourager l’installation durable des Ukrainiens. « Ils doivent pouvoir retourner dans leur pays », a insisté Nadia Sollogoub. Or le statut de réfugié ancre leur séjour dans le temps et n’autorise pas le retour, même temporaire, dans le pays d’origine. « Ça pose aussi un problème diplomatique, ajoute une source au ministère de l’intérieur. L’Ukraine ne veut pas que ses ressortissants demandent l’asile [61]. »

Konstantin Lukyanchenko

Les militaires russes qui refusent de participer aux opérations de combat sont jugés en vertu de deux articles : « Non-obéissance à un ordre » et « Abandon d’une unité sans autorisation ». Dans les variantes les plus légères, ils prévoient respectivement des peines entre trois et dix ans d’emprisonnement. On ne sait pas combien de personnes ont été condamnées en vertu de ces articles depuis février 2022.

Novaya Gazeta publie le témoignage du soldat mobilisé Konstantin Lukyanchenko, qui, après avoir passé 1 an et 4 mois au front, a décidé de ne pas y retourner. Résumé :

Le samedi 24 septembre 2022, vers 9 heures du matin, un homme en civil entre. Mais je sais qu’il est du bureau d’enregistrement et d’enrôlement militaire. Il me remet une convocation : pour le jour même, à 12 heures.
Quand je suis rentré à la maison, j’ai tout raconté à Maman. Elle n’a même pas pleuré. Nous nous sommes assis et avons discuté. Maman a dit : « Tu te rends compte que tu devras peut-être tirer sur des gens, n’est-ce pas ? » Je n’ai rien répondu. Que pouvez-vous répondre à ça ? Mais j’ai été élevé comme une personne respectueuse des lois. Si c’est nécessaire selon la loi, alors c’est nécessaire.
J’ai passé 16 mois au front. Pas de permissions. Nous n’avons même pas vu d’Ukrainiens et je n’ai pas eu à participer à des fusillades.
Au front, on ne peut pas déclarer ouvertement qu’on ne veut pas se battre. J’ai décidé d’attendre les vacances, d’autant plus que la situation le permettait : après tout, nous n’étions pas en combat intense. Et le 2 février 2024, j’ai enfin eu droit à 17 jours de vacances.
J’ai dit à mes parents que je n’y retournerais pas. Ils ont répondu : « Vas-y. Essaie juste de faire quelque chose pour éviter d’aller en prison. » Mais la peine était celle attendue : 2 ans et 6 mois de colonie pénitentiaire. Comme tout le monde.
Je ne regrette pas mon choix. J’ai la conscience tranquille, et c’est l’essentiel pour moi Ivan Zhilin, [62].

Alexeï Gorinov

En juillet 2022, Alexeï Gorinov a été condamné à sept ans de prison dans une colonie pénitentiaire à régime général en vertu de l’article sur la diffusion de « faux » sur l’armée russe Plus tard, un appel a réduit la peine d’un mois. En novembre 2024, Gorinov a été condamné à trois ans de prison supplémentaires en vertu de l’article sur la justification du terrorisme. Après un transfert dans une autre prison, les médecins lui ont découvert des foyers de tuberculose [63].

Démographie ukrainienne

Des millions d’Ukrainiens se sont réfugiés à l’étranger ou vivent sous la férule de Moscou dans les zones occupées. Des dizaines de milliers ont été portés disparus, tués dans les combats et les bombardements. Alors que le pays a recensé environ 52 millions d’habitants à l’indépendance du pays et 41 millions avant le déclenchement de l’invasion, les chiffres officiels en décomptaient 36 millions à la fin 2024, dont 5 millions dans les 20 % de territoires ukrainiens contrôlés par l’armée russe. Les morts sont trois fois supérieures aux naissances. La population devrait atteindre 25 millions d’habitants en 2050 et poursuivre son déclin. Les entreprises souffrent du manque de main-d’œuvre dû à la mobilisation militaire. 40 % de réfugiés sont indécis sur leur retour. Le gouvernement prévoit des mesures d’incitation au rapatriement pour contrer les pays d’accueil en manque de main-d’œuvre. La moyenne d’âge du pays est de 45 ans et défavorise la natalité.

L’immigration sera sans doute nécessaire à la reconstruction du pays [64].

Dmitry Velikovsky

Dmitry Velikovsky écrit dans la newsletter de la revue Kometa à propos d’un texte rédigé par le service de presse du Service des renseignements extérieurs (SVR) de Russie. Il s’intitule « L’eurofascisme, comme il y a 80 ans, est l’ennemi commun de Moscou et de Washington » et s’ouvre sur une illustration accrocheuse montrant Ursula von der Leyen transpercée par les baïonnettes des États-Unis et de la Russie.

Le texte tourne autour de la « prédisposition historique de l’Europe à diverses formes de totalitarisme, qui produit périodiquement des conflits destructeurs à l’échelle mondiale ». Pour prouver cette thèse audacieuse, les auteurs passent en revue chaque pays.

L’Allemagne est mauvaise, cela va sans dire.

Les Français sont également méchants, ils ont fait une révolution sanglante et ont défendu le Reichstag contre les troupes soviétiques. En France, « des régimes dictatoriaux particulièrement atroces et brutaux se sont succédé au pouvoir ».

Les Britanniques sont encore pires. « Le régime totalitaire de l’Allemagne hitlérienne a emprunté aux Britanniques l’idée des camps de concentration et la pratique du génocide. Il est souligné que “l’impérialisme libéral” britannique est une force plus résistante et donc encore plus destructrice que le fascisme. » Dès lors, il n’est pas surprenant que le Royaume-Uni soutienne l’Ukraine dans ses nombreux crimes contre l’humanité.

Des raids policiers massifs visant les migrants sillonnent le pays. Certains d’entre eux, filmés par les caméras de sécurité de clubs de fitness, montrent des agents lourdement armés battant des garçons mineurs pour les soumettre. Les migrants se voient alors confrontés à ce choix : signer un contrat pour le service militaire ou être expulsés.

Fin mars 2025, Vladimir Poutine a signé un décret [65] sur la plus grande conscription des 14 dernières années : 160 000 personnes doivent être appelées au service militaire. La campagne de conscription du printemps a débuté le 1er avril, mais les militants des droits de l’homme affirment que les forces de sécurité ont déjà commencé à effectuer des descentes parmi les conscrits, et ce de manière plus fréquente et plus brutale. La veille, selon Astra, la police avait emmené de force un homme de 21 ans souffrant d’épilepsie au point de rassemblement, et aujourd’hui, un autre conscrit y a été emmené menotté. Comme le rapporte « l’École du conscrit », les menottes ont été largement utilisées lors des raids et des décharges électriques ont été utilisées contre les conscrits au point de rassemblement.

« Les hommes âgés de 18 à 30 ans, soumis à la conscription pour le service militaire. Ceux qui n’ont pas bénéficié d’un sursis, qui ne se sont pas présentés aux convocations, qui ne sont pas enregistrés ou qui enfreignent les règles d’enregistrement militaire peuvent se retrouver sur la liste des réfractaires », déclare un avocat anonyme de l’association « Appel à la Conscience ». Les personnes figurant sur cette liste risquent d’être arrêtées dans le métro : elles peuvent être interceptées par les caméras du système de vidéosurveillance Sfera.

Les étrangers qui ont récemment obtenu la nationalité russe sont également en danger, note Ivan Chuvilyaev, un représentant de « Traverser la forêt ».

Bébés soldats

À Kemerovo, les nouveau-nés sortent de la maternité vêtus de casquettes et d’imperméables de soldats [66]. Les infirmières, ont cousu des casquettes de soldat et des imperméables miniatures pour les nouveau-nés. Cet événement « aimable et touchant » fêtait le 80ème anniversaire de la victoire de l’URSS.

Embargo

Le 24 avril 2025, le Royaume-Uni a annoncé un nouveau train de sanctions, notamment une interdiction de fournir des manettes de consoles de jeux à la Russie. Outre leur utilisation principale, ces télécommandes sont également utilisées pour contrôler des drones de reconnaissance et d’attaque, a expliqué le ministre d’État chargé des affaires européennes, Stephen Doty, en annonçant de nouvelles sanctions contre la « machine de guerre russe ».

Outre l’interdiction des contrôleurs, le nouveau paquet étend les restrictions précédentes sur la fourniture de puces et de technologies utilisées pour faire fonctionner et entretenir des équipements électroniques à double usage et pour fabriquer des composants électroniques complexes, ainsi que des métaux et des composants chimiques utilisés pour les fabriquer, rapporte Politico [67].

Nombre de décès russes

Mediazona, en collaboration avec la BBC et une équipe de bénévoles, tient à jour une liste de noms de militaires russes décédés, collectés à partir de sources ouvertes. Bien sûr, tout le monde ne figure pas sur cette liste, car tous les décès ne sont pas rendus publics. Au 25 avril 2025, 704 763 militaires ont été tués.

Le 6 janvier 2023, les mercenaires de Wagner ont lancé une opération pour capturer la ville de Soledar. Ce fut l’un des épisodes clés de la bataille de Bakhmut. Selon les avis de décès où la date du décès est confirmée, au moins 274 personnes sont décédées les 6 et 7 janvier 2023.

Au cours des six premiers mois de la guerre, lorsque l’armée régulière participa à l’invasion sans volontaires, conscrits et prisonniers, le nombre le plus élevé de décès se situa dans la tranche d’âge des 21-23 ans.

Les volontaires et les soldats mobilisés sont nettement plus âgés : ils partent à la guerre de leur plein gré après 30-35 ans, et ceux qui ont plus de 25 ans sont mobilisés [68].

Dépenses militaires

Le Stockholm international peace research institute (Sipri) publie le 28 avril 2025 un communiqué de presse [69].

Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, soit la dixième année consécutive de hausse. Le fardeau militaire mondial, c’est-à-dire la part du produit intérieur brut (PIB) mondial consacrée aux dépenses militaires, a atteint 2,5 % cette même année.

« Plus de 100 pays à travers le monde ont augmenté leurs dépenses militaires en 2024. Alors que les gouvernements accordent de plus en plus la priorité à la sécurité militaire, souvent au détriment d’autres secteurs budgétaires, les compromis qui en découlent pourraient avoir un impact socio-économique significatif dans les années à venir », souligne Xiao Liang, chercheur au programme Dépenses militaires et production d’armement du Sipri.

Les dépenses militaires en Europe (Russie incluse) ont augmenté de 17 % pour atteindre 693 milliards de dollars et sont le principal facteur de la hausse au niveau mondial en 2024. Alors que la guerre en Ukraine entrait dans sa troisième année, les dépenses militaires ont continué d’augmenter sur tout le continent, poussant les dépenses militaires européennes au-delà du niveau enregistré à la fin de la guerre froide. Tous les pays européens ont augmenté leurs dépenses militaires en 2024, à l’exception de Malte.

Les dépenses militaires de la Russie ont atteint environ 149 milliards de dollars en 2024, soit une augmentation de 38 % par rapport à 2023 et le double du niveau de 2015. Cela représente 7,1 % du PIB russe et 19 % de l’ensemble des dépenses publiques russes. Les dépenses militaires totales de l’Ukraine ont augmenté de 2,9 % pour atteindre 64,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de 43 % des dépenses de la Russie. Avec 34 % du PIB, l’Ukraine enregistrait le fardeau militaire le plus lourd de tous les pays en 2024.

« La Russie a une fois de plus considérablement augmenté ses dépenses militaires, creusant ainsi l’écart budgétaire avec l’Ukraine », précise Diego Lopes da Silva, chercheur principal au programme Dépenses militaires et production d’armement du Sipri. « L’Ukraine consacre actuellement la totalité de ses recettes fiscales à son armée. Dans un contexte budgétaire aussi serré, il lui sera difficile de continuer à augmenter ses dépenses militaires. »

Tous les membres de l’Otan ont augmenté leurs dépenses militaires en 2024. Le total de leurs dépenses s’élève à 1 506 milliards de dollars, soit 55 % des dépenses militaires mondiales. Sur les 32 membres de l’Otan, 18 ont consacré au moins 2,0 % de leur PIB à leurs forces armées, selon la méthodologie du Sipri, contre 11 en 2023. C’est la part la plus élevée depuis l’adoption par l’Otan en 2014 de la directive sur les dépenses de défense.

Les dépenses militaires de la France ont augmenté de 6,1 % pour atteindre 64,7 milliards de dollars, c’est le neuvième pays le plus dépensier.

Autostop Poutine

Malgré son titre, j’ai acheté le n° 2 de la revue Invendable. Comme on le voit, elle pratique l’autodérision. Elle écrit : « Le ton de ce numéro est un poil plus grave que les précédents. Toutes nos excuses. Peut-être qu’on vieillit, déjà, qu’on se laisse gagner par l’esprit de sérieux. » Serge Hastom, l’auteur unique de « Autostop Poutine, Au bout de la Russie en guerre » (texte et photos), manie aussi l’autodérision pour raconter son périple de 25 000 kilomètres en autostop, de la Crimée occupée à la mer du Japon. D’un ton vif, il nous raconte en 200 pages ses innombrables discussions, souvent imbibées d’alcool, l’accueil toujours généreux de ses interlocuteurs surpris de rencontrer un Français dans des endroits improbables.

À de rares exceptions près, la plupart des personnes fréquentées répète les discours du Kremlin, s’étonne d’être si mal comprises en Occident, et déplore la répression des Gilets jaunes, les brutalités policières, la décadence française, associe le nom de Macron à pédéraste et souhaite la victoire de Marine Le Pen. Ce qui n’empêche pas les habitants des régions les plus périphériques de répéter, à raison, « C’est notre peuple qui meurt en Ukraine. »

« Les Russes se font de notre pays une idée assez vague, caricaturale, imparfaite. À leur décharge, on ne peut pas dire que la vision que nous avons d’eux soit plus nuancée et fidèle à ce qu’ils sont. »

Dans un train, l’auteur parle à des miliciens de Wagner. « Ils pensaient qu’on allait reculer mais nous on écoutait du bon gros son, tu comprends, et on les descendait un par un ces nazis ! […] Tu sais on en a descendu des Français à Bakhmout ! […] On ne fait pas ça pour l’argent, on fait ça pour la patrie, pour nos frères russes qui sont là-bas et qui n’ont plus le droit de parler russe. […] Tu vois, mon frère, on est des gars normaux. Il faut que tu leur dises, là-bas, que ce qu’on raconte sur nous c’est n’importe quoi. On est des mecs droits. » Interrogés sur les viols, ils sont abasourdis : « On vous dit ça chez vous ? […] Mais tu crois vraiment qu’on pourrait faire du mal à des femmes ? » D’ailleurs, pour prouver leur normalité, ils ajoutent qu’ils aiment le commandant Cousteau. Tout au long du trajet, des interlocuteurs citent Patricia Kaas, Mireille Mathieu, Belmondo, Pierre Richard, Catherine Deneuve et la réplique « Tous pour un, un pour tous ».

Viktoriia Roshchyna

Selon plusieurs organes de presse en relation avec Forbidden stories qui enquête sur les reporters tués, emprisonnés ou réduits au silence [70], la journaliste ukrainienne d’Ukrayinska Pravda, Viktoriia Roshchyna (Vika) a été capturée par la Russie alors qu’elle travaillait dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, dans la région de Zaporijia, en août 2023. Son objectif était d’établir, à très grands risques, une carte des prisons russes et des lieux de travail forcé, d’identifier les lieux d’incarcération des civils ukrainiens déportés et les agents du FSB, le renseignement intérieur russe, qui y travaillent.

D’après ses collègues, Roshchyna devait être renvoyée en Ukraine lors d’un échange de prisonniers en septembre 2024, mais cela n’a pas eu lieu, et trois semaines plus tard, la famille de la journaliste a appris qu’elle était décédée. Son corps n’a été rapatrié qu’en février 2025, parmi 757 autres dépouilles, dans un emballage indiquant qu’il s’agissait d’un homme non identifié. Son ADN a permis de la reconnaître formellement. Le corps révélait un épuisement extrême. Plusieurs organes manquaient, certainement pour dissimuler des traces de tortures [71].

Depuis février 2014, 112 journalistes ukrainiens ont été capturés et détenus illégalement par les forces russes ou prorusses du Donbass. trente journalistes sont toujours prisonniers. quinze reporters sont morts dans l’exercice de leur métier et des dizaines d’autres dans des bombardements ou sur le front [72].

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Alice Edwards est formelle : « La torture fait partie de la politique et de l’appareil de guerre russes, tant pour les civils ukrainiens que pour les prisonniers de guerre capturés. C’est organisé, et c’est systématique. » ; « Ce niveau d’organisation ne peut être approuvé qu’aux plus hauts niveaux, jusqu’au sommet. » Un officier supérieur a démissionné après que le général Igor Potapenko a déclaré à ses subordonnés « Soyez cruels, n’ayez pas pitié d’eux », leur promettant l’impunité.

Une détenue se souvient de la gardienne Yana Vladimirovna, d’une méchanceté infinie qui menaçait « Je te livrerai aux Tchétchènes pour qu’ils te fécondent et que tu deviennes porteuse de la culture russe ». Elle serait responsable de la mort de plusieurs détenus [73]. »

Géorgie

Depuis novembre, des milliers de Géorgiens manifestent chaque jour à travers le pays pour revendiquer leur rêve d’Europe. Ils luttent contre la russification de leur pays. Une lutte existentielle, à laquelle Manon Loizeau a consacré un reportage : Géorgie : le rêve d’Europe envolé ?, diffusé par Arte.

Syndicalisme

Les organisations syndicales françaises, CFDT, CGT, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU réaffirment leur soutien au peuple ukrainien qui, depuis plus de trois ans, résiste à l’invasion militaire russe. En trois ans, le niveau des destructions, les souffrances endurées par le peuple ukrainien, avec près de 10 millions de personnes déplacées et 20 000 enfants volés à leurs familles par la Russie, atteignent des niveaux jamais enregistrés sur le sol européen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. […]
Le peuple Ukrainien, attaqué sur son sol par la Russie, est le premier à vouloir ardemment la paix. Mais elle ne peut pas lui être imposée de l’extérieur, en validant l’agression militaire et l’occupation de leur pays.
Solidarité avec l’Ukraine qui résiste !
Solidarité avec les travailleuses et travailleurs d’Ukraine !
Non à la guerre de Poutine !
Troupes russes hors d’Ukraine !
Libertés en Russie et au Bélarus !
Pour la construction d’une paix juste et durable en Ukraine [74] » !

Confédération des syndicats libres d’Ukraine (KVPU)

Le 1er mai marque la Journée de solidarité et de soutien mutuel des travailleurs et des travailleuses dans leur aspiration à vivre dans des sociétés pacifiques et démocratiques. Cette journée nous rappelle que ce n’est qu’au prix d’efforts collectifs que nous pourrons surmonter les obstacles qui se dressent sur notre route.

En Ukraine, nous souffrons chaque jour et chaque nuit, pour la quatrième année consécutive, de la guerre d’agression russe à grande échelle. En fait, la guerre dure depuis plus de onze ans. Pendant tout ce temps, nos citoyen·nes ont été tué·es et blessé·es, nos villes et villages paisibles, nos entreprises industrielles, nos équipements sociaux et nos infrastructures ont été soumis à des attaques de missiles, de canons et d’artillerie, ainsi qu’à des bombardements.

Des quartiers résidentiels et des villes entières sont détruits, des industries écologiquement dangereuses et des régions entières sont privées d’électricité.

Au cours des quatre premiers mois de l’année 2025, la Russie a attaqué avec des missiles et des drones kamikazes des entreprises et des infrastructures employant des milliers de nos collègues syndicalistes à Kyiv, Kharkiv, Dnipro, Pavlohrad, Kamianske, Pokrovsk, Kryvyi Rih, Sumy, Zaporijjia et dans d’autres villes. Malgré les menaces et la souffrance, les travailleurs et les travailleuses ukrainiennes résistent, malgré tous les défis, les syndicats ukrainiens défendent les droits des travailleurs/travailleuses et luttent pour un avenir pacifique et juste.

L’État terroriste russe frappe délibérément des immeubles résidentiels, des gares, des hôtels, des restaurants et des cafés, des centres commerciaux, des hôpitaux, des écoles et des jardins d’enfants, ainsi que des transports publics, tuant des adultes et des enfants.

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, plus de 13 000 civils ont été tués par les bombardements russes dans notre pays, dont plus de 600 enfants. Au moins 16 000 Ukrainien·nes sont en captivité en Russie, y compris des travailleurs/travailleuses, des militant·es syndicaux et des membres de syndicats, et environ 63 000 sont porté·es disparu·es.

Ces statistiques horribles n’incluent pas les milliers de victimes dans les territoires occupés par la Russie. Malheureusement, le nombre d’Ukrainien·nes innocent·es tué·es ou blessé·es par l’agresseur continue d’augmenter [75].

Les Tatars de Crimée occupée

Des rapports en provenance de la Crimée occupée suggèrent que les mesures prises par la Russie pour mobiliser de force des hommes pour combattre contre l’Ukraine visent spécifiquement les Tatars de Crimée. KrymSOS a signalé le 23 septembre 2024 que, selon des estimations préliminaires, les Tatars de Crimée avaient reçu jusqu’à présent environ 90 % de tous les avis de mobilisation en Crimée occupée, alors qu’ils ne représentent qu’au maximum 15 % de la population. Cela indiquerait un ciblage délibéré des Tatars de Crimée qui, selon Yevhen Yaroshenko, de KrymSOS, pourrait conduire à un génocide déguisé du peuple tatar de Crimée.

Tout cela constitue une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève qui, dans son article 51, stipule sans ambiguïté que « la puissance occupante ne pourra pas contraindre les personnes protégées à servir dans ses forces armées ou auxiliaires. Aucune pression ou propagande visant à obtenir un engagement volontaire n’est autorisée ».

De nombreux Tatars sont emprisonnés pour leur implication présumée dans Hizb ut-Tahrir, une organisation islamique internationale non-violente fondée au début des années 1950 au Moyen-Orient et prônant la création d’un califat islamique mondial. La Fédération de Russie l’a reconnue comme organisation terroriste. Les Témoins de Jéhovah sont aussi persécutés. L’initiative civique « Crimean Idea » a enregistré 69 cas d’inculpation de Criméens avec des sanctions administratives pour avoir prétendument « discrédité l’armée russe ».

L’invasion militaire à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a relancé la résistance civique en Crimée. Les Criméens qui sont détenus pour avoir protesté contre l’invasion russe de l’Ukraine sont soumis à des sanctions plus sévères dans le cadre de la campagne d’intimidation menée par les autorités d’occupation [76].

Nazisme ?

Le Monde diplomatique [77] publie un article des historiens Éric Aunoble et Yurii Latysh « La victoire sur le nazisme vue de Kiev ». Ils expliquent qu’en Ukraine des centaines de monuments aux héros soviétiques sont déboulonnées et que leurs mémoires sont effacées, voire trahies comme pour ceux qui sont accusés d’espionnage. « Moscou veut priver le peuple ukrainien de la lutte contre le nazisme pour s’en réserver tous les lauriers. L’action des « décolonisateurs » ukrainiens aide en parallèle la Russie à s’approprier la victoire sur Hitler en effaçant la contribution des Ukrainiens comme combattants de l’Armée rouge. » La plupart des Ukrainiens ont combattu du côté de la coalition antihitlérienne. Six millions dans l’Armée rouge, 120 000 dans l’armée polonaise, Plus les combattants dans les armées américaine, canadienne, britannique et dans la résistance française.

[1« À vie conte Poutine », Libération, 12 juin 2025.

[3Sébastien Bourdon, L’armée française entraîne des néonazis ukrainiens au combat, Médiapart, 22 mai 2024.

[7Benjamin Quénelle, « La guerre, ascenseur social pour une partie des Russes », Le Monde, 20 juin 2025.

[9Ariane Chemin et Anna Koriagina, « La discrète tournée à Moscou de Fanny Ardant », Le Monde,19 juin 2025.

[13https://t.me/konkretno/23697, 8 juin 2025, consulté le 22 juin 2025.

[14« Notre objectif principal est maintenant de gagner cette guerre », publié par Links, traduction Léonie Davidovitch.

[15Brigades éditoriales de solidarité, comité français du réseau européen de solidarité avec l’Ukraine, « Sotsialnyi Rukh, une organisation socialiste ukrainienne », mai 2025.

[16Veronika Dorman, « À Istanbul, Moscou refuse le cessez-le-feu ukrainien », Libération, 3 juin 2025.

[18Nicolas Barotte, « Les leçons terribles de ce conflit russo-ukrainien », Le Figaro, 6 juin 2025.

[19Emmanuel Grynszpan, Guerre en Ukraine : de nouvelles technologies russes », Le Monde, 7 juin 2025.

[20Thomas D’Istria, « "Maman, je suis chez Azov" : Kiev s’efforce d’attirer les recrues », Le Monde, 8 juin 2025.

[23Clara Marchand, « Enfin libres, les prisonniers ukrainiens à l’heure des retrouvailles », Le Figaro, 26 mai 2025.

[27Ivan Zhilin, https://novayagazeta.ru/articles/2025/05/26/ia-ne-proizvel-ni-odnogo-vystrela, 26 mai 2025, consulté le 27 mai 2025.

[29Benjamin Quénelle, « Si l’Ukraine est donnée à Poutine, ce sera une tragédie », Le Monde, 28 mai 2025.

[31Stanislas Poyet, « Ces ados ukrainiens recrutés par les services russes », Le Figaro, 30 mai 2025.

[32Timothée Vilars, 29 mai 2025.

[33Doan Bui « La mort en direct ».

[34Isabelle Dufour, propos recueillis per Xavier de La Porte, « La dronisation bouleverse la guerre ».

[3515 mai 2025, Laureline Dupont, Étienne Girard et Éric Mandonnet « Comment Poutine déstabilise la France »

[36Régis Soubrouillard, « La lutte informationnelle tient l’Europe en alerte », Challenges, 30 avril 2025.

[37Étienne Girard, « Sur la piste des tueurs de Poutine », L’Express, 15 mai 2025.

[38Yovan Simovic et Lorraine Redaud, « Déstabilisation d’une démocratie », mai-août 2025 ; Laure Daussy, « La guerre de l’information menée par le Kremlin est ouvertement assumée » ; interview de Marina Ovsiannikova par Coline Renault, « Poutine a souillé tous les Russes pour des générations ».

[41Propos recueillis par Johanna Wästfelt, « En Russie, la militarisation de la société dès le plus jeune âge est terrifiante », La Croix, 21 mai 2025.

[4214 mai 2025, Marion Quérouil-Bruneel, « Donbass, le bataillon de "renégats" ».

[43Andreï Novachov, https://novayagazeta.ru/articles/2025/05/21/pismo-v-svobodnoi-forme, publié et consulté le 21 mai 2025.

[44Benjamin Quénelle, « Poutine ne cèdera pas sur l’essentiel », Le Monde, 23 mai 2025.

[45Anne Nivat, « Au cœur de la Russie de Poutine », Le Point, 22 mai 2025.

[46Benjamin Quénelle, « L’opposition russe en exil sceptique sur les négociations avec Trump », Le Monde, 23 mai 2025.

[47Daniel Couvreur, « Je tiens le crayon dans une main et le fusil dans l’autre », Le Soir, 23 mai 2025.

[48Natalia Shkurenok, https://novayagazeta.ru/articles/2025/05/24/ia-blokadnyi-rebenok-i-ne-takoe-vyderzhivala, publié et consulté le 24 mai 2025.

[49Victor Doubov, « Nous, soldats russes, sommes arrivés à la conclusion que la seule solution était de déserter », Le Monde, 25 mai 2025.

[50Victor Doubov, « Guerre en Ukraine, Les pertes russes documentées », Le Monde, 25 mai 2025. L’article est illustré par deux pages d’infographies.

[52Liliya Yapparova, https://meduza.io/feature/2025/05/05/lyudi-prosto-ne-ponimali-kak-inache-spastis, publié et consulté le 5 mai 2025.

[57ierre Alonso, « Reconnaître l’annexion de la Crimée revient à abandonner tous les activistes assassinés », Le Soir, 7 mai 2025.

[64Thomas d’Istria, « L’Ukraine face au déclin de sa démographie », Le Monde, 16 mai 2025.

[67Eleanor Myers, https://www.politico.eu/article/uk-bans-export-of-killer-video-games-controllers-to-russia, 24 avril 2025, consulté le 25 avril 2025.

[69Traduit en français par l’Observatoire des armements, cf. https://www.obsarm.info/spip.php?article693

[70Guillaume Vénétitay, Phinéas Rueckert (Forbidden stories) et Tetiana Pryimachuk, « Les "prisonniers fantômes" de la Russie : l’enquête qui a coûté la vie à la journaliste Viktoriia Roshchyna », Le Soir, 30 avril 2025.

[72Rémy Ourdan, « "Vika", reporter ukrainienne dans l’enfer carcéral russe », Le Monde, 30 avril 2025.

[73Emmanuel Grynszpan, « Taganrog, haut lieu de torture russe », Le Monde, 2 mai 2025.

[74Brigades éditoriales de solidarité, L’Ukraine résistante, n° 38, 1er mai 2025, « Pour une paix juste et durable ! Solidarité avec la résistance des travailleuses et travailleurs d’Ukraine !

[75Ibidem.

[76Ibidem.

[77Mai 2025.

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Samedi 3 janvier 2026

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Samedi 27 décembre 2025

L’association La Courtine 1917 est créée en 2014. Elle organise des colloques, des conférences, des expositions, des projections de films, des publications de revues et de livres, des spectacles.

Mercredi 10 décembre 2025

Depuis octobre 2022, Guy Dechesne recense longuement les actes de désertion, d’insoumission, de désobéissance et d’exil posés pour refuser de combattre, les actions de désobéissance civiles pour (…)