Retrouvez la première partie de cette rubrique, novembre 2022

Retrouvez la deuxième partie de cette rubrique, décembre 2022

Pessimisme

Après un an de guerre, l’heure est au pessimisme.

Viktor Erofeev

L’écrivain russe Viktor Erofeev vit en Allemagne depuis l’invasion de l’Ukraine. Le 7 février 2023, il écrit dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung [1] : « En Europe, la dictature [allemande, espagnole, portugaise] prive le peuple de la liberté de choix, tandis qu’en Russie le peuple n’a aucune idée de ce qu’est la liberté. C’est ce qui explique que la manipulation politique, par voie de propagande, obtienne des succès si vastes et durables en Russie.

[…] Pour l’instant, la question de l’avenir du pays est en suspens. […] Comme la mobilisation partielle l’a montré récemment, [le peuple] craint davantage les pouvoirs publics que la mort. Éparpillée dans les prisons et à l’étranger, l’opposition démocratique ne trouvera ni la force ni les moyens de reprendre le pouvoir par quelque procédé que ce soit. »

Emmanuel Macron

Le Président Macron a tenté à la Conférence de Munich du 17 février 2023 de faire oublier ses déclarations sur « l’humiliation de la Russie » qu’il avait dit vouloir éviter. Ces propos avaient irrité en Ukraine et en Europe de l’Est. De quoi justifier le néologisme ukrainien Mакронити, soit macroner. Le mot destiné à moquer l’attitude du président français, signifie « exprimer son inquiétude, sans pour autant agir sur le cours des événements » [2].

Au retour, dans l’avion, E. Macron accorde une interview à trois journalistes. « Pensons-nous sincèrement qu’une solution démocratique émergera de la société civile russe présente sur place après ces années de durcissement et en plein conflit ? Je le souhaite vivement, mais je n’y crois pas vraiment. Toutes les options autres que Vladimir Poutine au sein du système actuel me paraissent pires [3]. »

Vincent Jauvert commente sur le site de l’Obs : « Autrement dit, le président d’un État membre de l’Otan affirme que le pays contre lequel l’alliance se mobilise est voué à être gouverné par le même dictateur et que – on se pince – le maintien au pouvoir de cet autocrate est la meilleure solution ou, disons, la moins mauvaise, pour son peuple et pour le monde.

Qu’en sait-il ? Pourquoi démoralise-t-il un peu plus les courageux démocrates russes, lui qui préside le pays des droits de l’homme ? Sur quoi se fonde-t-il pour assurer, sans aucune réserve, que la démocratie ne peut pas triompher de nouveau en Russie ? Sur les rapports de ces mêmes services français de renseignement qui lui assuraient que Poutine ne s’aventurerait jamais à envahir l’Ukraine ? […]

Seul le départ du Kremlin [de Poutine], avec son clan, pourrait permettre l’installation, un jour, d’une paix durable en Europe [4]. »

Leonid Gozman

Sur le site russophone exilé à Riga après son interdiction, Novaïa Gazeta Europe [5], Leonid Gozman se désole : « Cessons de nous voiler la face et posons les choses froidement. Nous vivons tous – ceux qui sont restés en Russie comme ceux qui ont été obligés de partir – dans l’espoir d’un effondrement prochain du régime. Comme il y a cent ans, à Berlin et à Paris, à Belgrade et à Riga, ceux qui avaient fui ou avaient été chassés de Russie – le fleuron de la nation – attendaient la fin des bolcheviks. Nous rentrerons, nous rentrerons bientôt ! […] Et puis tous ces gens brillants, officiers et professeurs, politiciens et poètes, sont finalement morts en exil. […] Ceux qui sont restés en Russie ont soit disparu dans des camps, soit vécu en tâchant de faire profil bas. […]
Beaucoup croient entendre l’histoire nous dire "Abandonnez tout espoir", "Vous ne reviendrez pas, la Russie est condamnée." »

Leonid Gozman reprend : « Mais non, ce n’est pas ce qu’elle dit ; il faut savoir l’écouter ! » Il explique que le pouvoir soviétique disposait d’une réserve inépuisable d’esclaves, de prisonniers, de déplacés de force. Cette ressource campagnarde est épuisée depuis longtemps. Contrairement à l’Armée rouge de Trotski, celle de Poutine est inefficace, et indisciplinée, elle s’enlise en Ukraine. Ses pertes augmenteront la désertion et la reddition. L’économie, la sphère sociale et la démographie de la Russie de Poutine sont en déclin. « Pas de villes nouvelles, pas de percées technologiques. […]

Lénine n’a pas combattu de grandes puissances, il s’est contenté de réprimer les aspirations des colonies à la libération. […] Plus de nations se sont unies contre la Russie que contre Hitler. » Il n’y a plus de foi commune en un avenir meilleur. La corruption, le mensonge et l’hypocrisie règnent.

L’article conclut : « Ne baissez pas les bras ! »

Anne Applebaum

Anne Applebaum, titulaire d’un prix Pulitzer, raconte dans The Atlantic [6] que, pendant un quart de siècle, l’École d’éducation civique de Moscou a proposé des séminaires à plus de 30 000 politiciens et journalistes dispensés par d’autres politiciens et journalistes de Russie et du monde entier. Décrétée « agent de l’étranger », l’école a été fermée en 2021. Ses fondateurs, installés en Lettonie, organisent à Riga des séminaires pour les exilés. Beaucoup y ont participé parmi les dizaines de milliers d’intellectuels qui ont fui la Russie.

« Beaucoup de gens, en Russie et en dehors, ont eu l’impression que c’était la fin de l’histoire. Ils avaient tort - les histoires comme celle-ci ne se terminent jamais. Les idées naviguent à travers le temps et l’espace, prenant parfois des chemins de traverse. », écrit la journaliste.

Elle cite Mikhaïl Zygar qui évoque le début du vingtième siècle où « le nombre d’émigrés politiques russes est tel que l’on parle de l’émergence d’une société civile russe alternative. La diaspora russe n’est plus une branche de la Russie, au point que l’on ne sait plus très bien ce qui est la branche et ce qui est le tronc. » Elle explique qu’après la révolution russe, a persisté la foi qu’un autre État respectant les droits humains était possible. Elle rappelle que récemment « plus de 17 000 Russes ont protesté sur le sol russe, à la fois contre le régime et l’apathie de leur concitoyens, et se sont opposés à l’impérialisme russe, ce qui leur a valu d’être placés en détention ou emprisonnés. » Beaucoup de nouveaux exilés « cherchent tout simplement à échapper à la conscription. Mais un nombre non négligeable s’oppose aussi à cette guerre depuis l’étranger à travers des sites web russophones qui couvrent le conflit et tentent de faire passer des informations aux Russes de Russie. » Des groupes et des personnes veulent créer une nouvelle « société civile alternative ».

La journaliste ukrainienne Olga Tokariuk tempère « Même les progressistes russes diffusent régulièrement une vision impérialiste de la politique étrangère et de l’Ukraine. On constate une tolérance à l’égard de la guerre et une aversion pour la démocratie. » Pourquoi les exilés ne manifestent-ils pas ? Le philosophe ukrainien Volodymyr Yermolenko souligne que les exilés ne fuient pas la guerre mais la conscription et que s’ils « se dressaient contre la guerre en Russie, la guerre serait terminée. » Anne Applebaum rappelle que certains le font. « Ce ne sont pas des "progressistes russes" mais de "Russes opposés à l’empire", des "Russes démocrates" ou des "partisans de la liberté". […] Les pays évoluent, et parfois se dotent de gouvernements meilleurs – parfois pires. Les empires tombent : l’Empire russe est tombé, l’Empire soviétique est tombé, et tôt ou tard le nouvel empire russe de Poutine tombera, lui aussi. […] Les Russes qui croient que l’avenir peut être différent continueront d’essayer de changer leur pays et, un jour ou l’autre, y parviendront. »

Oleksandra Matviichuk

Oleksandra Matviichuk, directrice du Centre pour les libertés civiles, Prix Nobel de la paix 2022, est interviewée par Le Monde [7] :

« Le monde civilisé n’a aucune stratégie à l’égard de la Russie. Même une victoire ukrainienne ne serait qu’une stratégie à court terme. Or, il faut une stratégie à long terme, sinon la Russie restera une menace pour ses citoyens et pour la région.
Depuis des décennies, la Russie viole les droits de ses propres citoyens et constitue un danger pour tous. Le monde civilisé a fermé les yeux, serré la main de Poutine, fait du business comme si de rien n’était. La seule solution est que les droits humains deviennent la base des décisions politiques et que le respect de ces droits apporte à chaque pays un bénéfice politique et sécuritaire. Malheureusement, les relations internationales sont encore imprégnées de la vieille école. […]
Aujourd’hui, dans les pays développés, il y a une génération de politiques qui ne savent plus comment lutter pour la démocratie et la liberté, ils sont des consommateurs de ces idées, ils n’en sont plus les producteurs. […]
Je crois que les Ukrainiens savent pourquoi ils combattent : pour la liberté, pour des choix démocratiques, pour bâtir un pays où les droits humains sont respectés. »

Espoir

« Ne baissez pas les bras ! », encourage Leonid Gozman.

Le 3 mars 2022, le collectif Brigades éditoriales de solidarité, constitué, en Europe, aux USA et au Canada, d’éditions, de revues, de sites, de blogs et d’un réseau syndical écrivait :

« C’est la résistance populaire ukrainienne multiforme, les grains de sable que les démocrates de Russie et du Bélarus glisseront dans la machine de guerre russe et l’opinion publique mondiale qui arrêteront les chars de Vladimir Poutine [8]. »

Oui, il faut aider l’opposition russe et biélorusse de l’intérieur et de l’extérieur pour permettre le passage à la démocratie.

Propos de Russes exilés en Arménie

« La mobilisation m’a placé devant un choix de vie ou de mort. Je ne veux pas verser le sang. »

Une jeune femme partie le 24 février 2022 : « Pour moi, une page s’est tournée pour mon pays. Je n’ai même pas essayé de manifester. »

À propos de la Russie qui considère l’Ukraine comme un petit frère : « Tu ne peux pas forcer ton frère à rester avec toi sous peine de mort. »

« En 2014, je travaillais en Allemagne. J’ai croisé une Ukrainienne, et j’étais heureuse d’aller la voir, de parler russe avec elle… Mais elle m’a violemment repoussée, en me reprochant l’annexion de la Crimée. Moi, je tombais des nues ! Je pensais que c’était normal que la Crimée redevienne russe… Maintenant, je comprends sa réaction. »

« Quand j’étais adolescent, je suis parti avec des amis à Kherson pour voir la mer, en logeant dans une famille ukrainienne. Dans notre esprit, il n’y avait aucune frontière entre la Russie et l’Ukraine. J’ai appris que cette famille a été massacrée au printemps dernier par des soldats russes. »

À propos de l’Église orthodoxe russe :
« Toute ma vie, j’ai vu le patriarche Kirill se rouler dans le luxe. S’il croyait en ce qu’il disait, il serait plus humble ! »

« Ce n’est pas une Église, c’est une entreprise [9]. »

Tentative de censure

Le 24 janvier 2023, un tribunal russe a convoqué le site d’information indépendant Arbat.Media, basé au Kazakhstan, pour avoir publié des informations prétendument inexactes sur la guerre en Ukraine, les victimes de l’armée russe, le pilonnage de bâtiments résidentiels par les forces russes et les décès de civils. Le rédacteur en chef, Syrym Itkulov, a indiqué qu’il « va sans dire » que les représentants du média ne répondraient pas à la convocation en Russie. Dans une lettre publique au ministère kazakh de l’Information, l’organisation locale indépendante de liberté d’expression Adil Soz a rappelé que « la censure est interdite au Kazakhstan ».

Roskomnadzor, le régulateur russe des médias a exigé de ces derniers qu’ils n’utilisent « que les informations et les données reçues de sources officielles russes », sous peine d’être bloqués en ligne. Depuis lors, il a demandé à au moins onze médias kazakhs de supprimer les contenus liés à la guerre. Comme Arbat.Media, le média indépendant Vlast et le portail d’informations Informburo.kz ont refusé ces ordres, tandis que d’autres médias s’y sont conformés.

Roskomnadzor a bloqué plusieurs médias d’Asie centrale, y compris des services affiliés au diffuseur financé par le Congrès américain Radio Free Europe/Radio Liberty, le média indépendant kirghize Kloop, le portail d’information kazakh NUR.kz et le service d’Asie centrale du média russe indépendant Mediazona pour leur couverture de la guerre.

« Après avoir réprimé la couverture de la guerre de la Russie en Ukraine sur son propre territoire, les autorités russes tentent maintenant de censurer également les reportages à l’étranger », s’indigne Gulnoza Said du Comité de protection des journalistes ((CPJ) [10].

Wagner

En février 2023, le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou, a confisqué à la milice Wagner son monopole sur les « munitions humaines » carcérales, en recrutant à son tour dans les prisons.

Sur les réseaux sociaux, Prigojine réclame des obus pour sa milice. « La moitié de mes gars meurent parce que certains fonctionnaires militaires ne veulent pas se bouger le cul. Ceux qui nous empêchent de gagner cette guerre travaillent pour l’ennemi, aidant l’ennemi à briser le dos à la Russie. Vous n’avez donc aucune conscience ? » Cet appel à la conscience est paradoxal de la part de Prigojine. En outre il est passible de prison en utilisant le mot proscrit « guerre » et, photos à l’appui, en révélant un secret militaire : les centaines de milliers de soldats russes morts au front. Le dernier communiqué officiel annonçait 6 000 décès en septembre 2022.

Pour être tenus, les territoires pris par Wagner nécessitent des troupes et des obus qui s’épuisent. La chaîne Telegram VChK-OGPU cite une source du ministère de la Défense russe : « Wagner est incapable de surfer sur une victoire contrastant avec l’échec de l’état-major. Le contrat initial était de consommer du prisonnier dans les troupes d’assaut pour prendre Bakhmout. Mais, au rythme actuel de ses pertes, la ressource des repris de justice s’épuise trop vite, et sans résultat. Ce pourrait être la fin prochaine de "l’orchestre" [surnom du groupe Wagner]. » Prigojine va peut-être devoir partager son marché. Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, promu colonel général par Vladimir Poutine [11], a annoncé « Lorsque j’aurai fini de servir l’État, je compte faire de la concurrence à Evguéni Prigojine, je pense que ça pourrait marcher [12]. »

Le quotidien en ligne The Moscow Times rapporte que les employés des morgues du pays doivent limiter la remise quotidienne des corps des soldats tués en Ukraine. Il s’agit de prévenir une éventuelle panique dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux. En Ossétie du Nord, un décret prescrit de « ne pas rendre plus de deux corps par jour ».

Les médias d’État ont la consigne de ne plus citer les critiques de Prigojine [13].

Radio

Écoutez en podcast l’émission d’une radio associative nancéenne, RCN Radio, à propos des réfractaires à l’invasion de l’Ukraine.

Russie, Biélorussie et Ukraine en Italie

Ukraine

Le Mouvement pacifiste ukrainien (UPM) [14] a été fondé en 2019 par des participants aux protestations non violentes conte la conscription à Kiev. Il soutient le droit à la paix, le désarmement, l’abolition de la conscription, la gestion non violente des conflits et le contrôle civil démocratique des affaires militaires.

Russie

L’organisation russe Traverser la forêt vise à aider le plus grand nombre de personnes possible à éviter de s’impliquer dans la guerre russe en Ukraine.

Depuis les premiers jours de la mobilisation de septembre 2022, elle mène un travail d’information et de propagande pour aider les gens à échapper au service militaire, à quitter le pays légalement ou illégalement, à trouver asile à l’étranger. 3 144 personnes ont reçu ce type d’aide ou un soutien légal, psychologique ou financier. « Notre mission est de faire en sorte que le moins de personnes possible appuient sur la gâchette [15]. »

Biélorussie

L’armée biélorusse manque tellement de jeune chair à canon qu’elle a décidé d’abaisser les normes médicales pour les conscrits. Une responsable au ministère de la Défense prétend qu’elle « reçoit un grand nombre de pétitions de citoyens qui considèrent que les exigences sanitaires sont trop élevées, elles ne permettent pas aux jeunes de réaliser leurs rêves de devenir militaire [16]. »

Bysol

En Biélorussie, la Fondation Bysol [17] récolte des fonds pour secourir les opposants. En 2020 elle verse 2,9 millions d’euros pour soutenir les personnes licenciées pour des raisons politiques, les grévistes et les personnes contraintes de quitter le pays qui menace leur liberté et leur sécurité. Elle coopère aux paiements des amendes et aux frais d’avocats. Elle soutient des médecins dénonçant des sévices sur des détenus. En 2021, elle finance les frais scolaires de cent enfants de prisonniers politiques. Elle sécurise les transactions par un système de cryptomonnaie qui résiste aux tentatives d’interdiction financière et aux cyberattaques orchestrées par le régime.

Elle aide des fondations de solidarité médicale, sportive et culturelle. Elle soutient les groupes clandestins pour l’achat de matériel (aérosols de peinture, autocollants…). Elle forme les activistes pour assurer leur sécurité physique et psychologique. Elle assure une aide psychologique aux prisonniers libérés. Elle assiste, notamment par des conseils téléphoniques, les militants et leurs familles qui quittent la Biélorussie pour se rendre en lieu sûr.

Au début de 2022, elle avait aidé plus de 50 000 personnes.

Elle coopère avec des militants et des initiatives ukrainiennes. Elle apporte une aide humanitaire à l’Ukraine et soutient les volontaires biélorusses qui combattent dans les rangs de l’armée ukrainienne.

Deux douzaines de personnes assurent le fonctionnement de la fondation dirigée depuis son exil en Lituanie par Andrei Strizhak [18].

Quelques exemples :

Vyacheslav Slizhikov est blessé par une grenade lors des manifestations d’août 2020 contre les élections présidentielles falsifiées. Des volontaires l’emmènent en Lettonie pour y être soigné. Il obtient le statut de réfugié en raison du risque d’arrestation. Il meurt en décembre 2022 et laisse trois orphelins mineurs.

Olga Ritus exprime par vidéo sa position contre la dictature et la guerre en Ukraine. Elle est détenue et passée à tabac. Sa propriété est saisie. Elle vit en Pologne, dans une maison partagée avec des gens traumatisés par la guerre et la répression.

En février 2022, trois Biélorusses ont brûlé une armoire contenant du matériel ferroviaire électronique afin de ralentir le mouvement du matériel militaire russe de la Biélorussie vers la frontière ukrainienne. En conséquence, les feux de circulation sur une section du chemin de fer Zhlobin - Kalinkovichi, qui mène à l’Ukraine, ont été éteints. Les « Partisans du rail » ont été arrêtés le 4 mars. Ils ont été jugés et cumulent 66 ans de prison et des amendes.

Notre Maison

Notre Maison [19], est un journal auto-publié fondé en décembre 2002 par une militante, journaliste et femme politique biélorusse, Olga Karach. Interdite pour activisme politique, en 2014, Notre Maison a été enregistrée en Lituanie en tant qu’organisation sous le nom de Centre international d’initiatives civiles. Elle est à 80 % constituée de femmes. Initialement, l’objectif de Notre Maison était d’aider et de défendre les droits des femmes et des enfants. Elle fournit un soutien matériel à Dapamoga [20] (« Aide », en lituanien), une organisation d’entraide aux réfugiés biélorusses et ukrainiens en Lituanie [21]. La Société internationale des droits de l’homme aide aussi ces mêmes réfugiés qui sont tellement nombreux que, le 3 juin 2022, la capitale, Vilnius, leur a été fermée [22].

Depuis la guerre, Notre Maison, en coopération avec d’autres organisations, surveille les violations des droits humains en Biélorussie. Parmi ces violations, le droit à l’objection de conscience au service militaire prend de plus en plus de poids, aggravé par les programmes de militarisation des mineurs et des jeunes.

NON, c’est NON

Le 1er mars 2022, Notre Maison a lancé la campagne « NON, c’est NON » pour aider les hommes biélorusses qui ne veulent pas servir dans l’armée craignant que Loukachenko ne les envoie à la guerre de Poutine.

Extraits du site de la campagne :

« Il ne suffit pas d’appeler Poutine "l’agresseur", il faut le priver des ressources biélorusses qu’il considère comme les siennes et qu’il veut utiliser contre l’Ukraine. Les plus importantes sur la liste sont les ressources humaines. Si elles sont absentes, tant le régime de Poutine que le régime de Loukachenko seront privés d’énergie et de l’afflux de "sang frais" pour l’agression. Même l’équipement militaire et les munitions les plus modernes ne peuvent pas être efficaces pour mener une guerre s’il n’y a pas de soldats pour les faire fonctionner. »

« Au stade initial, la tâche principale de la campagne est de briser la mobilisation forcée. Nous aidons les jeunes objecteurs de conscience biélorusses et les déserteurs de l’armée à quitter la Biélorussie. Si un jeune biélorusse qui a décidé de ne pas rejoindre l’armée reste en Biélorussie, c’est une garantie à 100 % qu’il sera emprisonné pour une durée de 7 à 10 ans. En tant qu’organisation de défense des droits de l’homme qui connaît trop bien la situation dans les prisons biélorusses, nous ne pouvons pas inciter les jeunes hommes biélorusses à aller en prison plutôt qu’à l’armée, car ils y seraient battus, torturés et même violés, et certains tués.
Le ministère de la Défense biélorusse a tenté de mobiliser 43 000 jeunes hommes en février 2022. À ce jour [février 2023 ?], environ 20 000 jeunes objecteurs de conscience ont quitté la Biélorussie afin qu’ils ne soient pas mobilisés de force pour aller à la guerre contre l’Ukraine.
En ce moment, le régime de Loukachenko n’a réussi à obtenir que 6 000 nouveaux soldats, en partie à cause de l’action de Notre Maison. Ce nombre n’est pas suffisant pour commencer à se battre avec l’Ukraine, pour y envoyer une armée.
À la suite de l’interruption de la mobilisation dans l’armée biélorusse, le général de division Aleksandr Shkirenko a été démis de ses fonctions le 12 juillet 2022. Il était chargé de la conscription dans l’armée.
En ce moment, environ dix des plus grandes entreprises de Pologne ont accepté […] d’embaucher des objecteurs de conscience biélorusses et des déserteurs biélorusses en priorité, avec un logement dès le premier jour de travail, lorsqu’un couloir humanitaire vers la Pologne sera ouvert pour eux. [Ceci est notre tâche] [23]. »

Grâce à une ligne téléphonique, 17 objecteurs et un déserteur ont pu passer illégalement en Union européenne. Mais il y en a quatre cents en attente.

La campagne a d’abord envisagé que les objecteurs se rendent à l’armée ukrainienne. Consultée, cette dernière a indiqué le trop grand risque de mort avant la reddition. La préférence pour les objecteurs a alors été accordée à la fuite en Turquie et en Géorgie. Mais ils n’y obtiennent pas de visa pour l’Union européenne.

En Italie

Dans le cadre de la mobilisation « Europe for Peace », un an après l’invasion de l’Ukraine, le Mouvement non violent (Movimento Nonviolento) accueille en Italie trois représentantes des mouvements pour la paix et la non-violence des pays impliqués dans le conflit :

Olga Karach, Kateryna Lanko et Darya Berg

Kateryna Lanko, du Mouvement pacifiste ukrainien, vit à Kiev. Elle est engagée dans un travail de formation à la non-violence et de soutien aux objecteurs de conscience. Elle était la voix du pacifisme ukrainien diffusée en vidéo lors de la manifestation nationale Europe for Peace de 100 000 personnes à Rome le 5 novembre 2022.

Darya Berg est une jeune militante russe de Traverser la forêt. Comme le fondateur de l’organisation, Grigory Sverdlin, elle a été forcée de quitter la Russie en mars 2022 en raison de sa position anti-guerre. Leur activisme non violent se poursuit depuis leur exil en Géorgie.

La biélorusse Olga Karach a été arrêtée la première fois en 1999 alors qu’elle distribuait un tract contestant l’élection de Loukachenko. Elle est la rédactrice en chef de Notre Maison. En 2011, elle est accusée d’attentat et torturée pendant dix jours avec son mari. En 2014, son fils nouveau-né subit une tentative d’enlèvement [24]. Elle s’exile en Lituanie. Elle a reçu plusieurs prix pour son combat pour les droits humains. Le 18 janvier 2023, elle s’est adressée en visioconférence aux membres de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Biélorussie afin notamment de défendre les objecteurs [25].

Du 20 au 26 février 2023, les trois militantes font une tournée de sept villes italiennes. Elles travaillent déjà ensemble depuis un certain temps. Comme c’est impossible dans leurs pays, elles se réunissent pour la première fois en Italie. En raison du recrutement militaire, seules les femmes peuvent quitter leur pays.

« Notre proximité avec ceux qui, même au sein du conflit, ont choisi la non-violence, se manifeste concrètement dans le soutien juridique que nous offrons aux objecteurs de conscience jugés. Les non-violents russes et ukrainiens sont les seules voix des deux parties qui se parlent, qui créent un pont par lequel la paix peut passer, qui travaillent pour la croissance de la non-violence organisée. »

La campagne « Objection à la guerre » lancée par le Movimento Nonviolento promeut cette déclaration : « Je suis concrètement solidaire des objecteurs de conscience, des insoumis, des déserteurs russes et ukrainiens. Je demande qu’ils soient autorisés à quitter le pays, en reconnaissant leur statut de réfugié international ». La campagne demande également aux jeunes Italiens de se déclarer à l’avance objecteurs à d’éventuelles futures aventures militaires italiennes : « Considérant que le service militaire obligatoire dans notre pays est seulement suspendu et que cette suspension reste à la discrétion du pouvoir exécutif du gouvernement, je déclare à partir de ce moment mon objection de conscience. Je ne suis ouvert à aucun appel aux armes de quelque manière que ce soit. »

Faites un don à la campagne d’Objection à la guerre par virement à IBAN IT35 U 07601 11700 0000 18745455.

Les fonds récoltés servent à soutenir concrètement les actions des mouvements pacifistes russes et ukrainiens, à diffuser des outils de communication, à assurer la défense juridique des persécutés, à venir en aide aux condamnés ou exilés, à organiser des campagnes de pression politique, à renforcer le réseau international de non-violence organisée [26].

Lia Akhedjakova

Lia Akhedjakova est une comédienne russe très populaire et connue pour son opposition à la guerre. Une campagne de lettres, la plupart anonymes, adressées au théâtre Sovremennik et au parquet général a obtenu le retrait de l’affiche d’une pièce qu’elle devait interpréter. Kirill Serebrennikov, le célèbre metteur en scène de théâtre et de cinéma (La Femme de Tchaïkovski) a récolté plus de 10 000 lettres de soutien [27].

Katya Fedorova

La journaliste de mode Katya Fedorova a été reconnue coupable de « discréditer » l’armée russe par une lettre ouverte qu’elle incitait à signer : « Nous demandons à tous ceux dont dépend ce cauchemar d’arrêter immédiatement le conflit militaire et de revenir à une résolution pacifique de la question. Non à la guerre. » Après sa condamnation, elle a écrit : « Je ne comprends toujours pas comment le fait d’appeler à des pourparlers de paix ou à une position anti-guerre peut "discréditer les actions des forces armées russes", alors je répète : NON À LA GUERRE [28] ! »

Maria Ponomarenko

La peine la plus lourde prononcée contre un journaliste en Russie l’a été contre Maria Ponomarenko pour « diffusion de fausses informations sur l’action de l’armée » : six ans de prison et cinq ans supplémentaires d’interdiction d’exercer son métier. Il lui est reproché l’attribution à l’armée russe du bombardement du théâtre d’art dramatique à Marioupol et la mort de centaines de personnes qui s’y abritaient, dont des enfants.

Son avocat a comparé ses conditions de détention à de la torture [29]. Elle a d’ailleurs tenté de se suicider en prison.

La condamnée a assuré au tribunal : « Il suffit d’ouvrir la Constitution et de la lire pour prouver mon innocence. » Elle a ajouté : « Aucun régime totalitaire n’a jamais été aussi fort qu’avant son effondrement [30]. Ce régime s’effondrera avant que vienne l’heure de ma libération conditionnelle. »

Pour des charges similaires, l’opposant Ilia Iachine purge huit ans et demi de prison. Il avait mis en parallèle un reportage de la BBC et les déclarations officielles du ministère de la Défense. La cour avait estimé qu’appeler les citoyens « à se faire une idée eux-mêmes » revenait à diffuser volontairement de « fausses informations [31]. »

Pussy Riot

Le groupe de musiciennes et activistes russes anti-Kremlin Pussy Riot a annulé sa prochaine représentation lors du Festival international de mai de Wiesbaden en raison de la participation d’un chanteur pro-Poutine dans la programmation du festival [32].

Orthodoxie

On sait que les églises orthodoxes soumises au patriarcat de Moscou soutiennent activement la politique guerrière de Poutine. Le métropolite de Stavropol et Nevinnomyssk, Kirill Pokrovsky, a ainsi déclaré : « En Ukraine, il y a vraiment aujourd’hui une guerre contre le nazisme, contre le satanisme, contre l’Antéchrist. [...] Plus de cinquante des pays les plus avancés technologiquement et économiquement forts sont en guerre avec la Russie sur le front ukrainien. [...] Ils essaient de la ruiner, ils rêvent de la démembrer, en effaçant la mémoire même de la grande culture russe de la surface de la terre [33]. » Pour lui, le combat dépasse l’Ukraine : « La victoire sur le mondialisme dans un seul pays ne sera pas significative pour le monde entier. […] En d’autres termes, […] notre lutte est contre les princes des ténèbres du monde [34]. »

Dès mars 2022, cette idéologie a été contestée par des centaines de prêtres [35] dont certains en sont sanctionnés par leur patriarcat [36]. Le Centre d’études chrétiennes orthodoxes de l’université Fordham de New York a recueilli plus de 500 signatures de théologiens pour une déclaration dans le même esprit, « L’orthodoxie, la Russie et l’Ukraine [37]. »

Le site français Parlons d’orthodoxie publie un article sur la vie religieuse en Ukraine :

« Au cours des 330 jours de l’invasion russe à grande échelle, au moins 400 édifices religieux (temples, mosquées, synagogues, chapelles) ont déjà été endommagés. La moitié d’entre eux appartiennent à l’Église orthodoxe ukrainienne qui était jusqu’à récemment unie au Patriarcat de Moscou. […] Plus de 150 édifices religieux ont été endommagés ou détruits sur le territoire de deux régions uniquement – celles de Donetsk et Lougansk où se déroulent des batailles féroces et des bombardements constants de villes du front. […] Les bâtiments des organisations religieuses ont également été utilisés à des fins militaires […], salle d’opérations, dépôt de munitions ou poste de tireur d’élite [38]. » Trente personnalités religieuses ont subi un meurtre, d’autres des blessures, vingt-cinq ont été capturées par l’occupant russe.

Lev Ponomarev et Ilia Ponomarev

Lev Ponomarev

Lev Ponomarev est un des fondateurs de l’ONG russe Memorial. Il a lancé une pétition contre la guerre le jour même de l’invasion. Il a quitté la Russie en juin 2022. Il a fait une demande d’asile politique en France. Il est lauréat du prix Nobel de la paix 2022 qui, selon lui, aurait dû être décerné à ceux qui se battent contre la guerre et se trouvent en prison, comme les opposants Alexeï Navalny, Ilia Iachine ou Vladimir Kara-Mourza, le titulaire du prix Vaclav-Havel des droits de l’Homme 2022 [39]. Il ne doit pas être confondu avec son homonyme Ilia Ponomarev.

Ilia Ponomarev

Enfant prodige, Ilia Ponomarev est embauché dès l’âge de 14 ans à l’Institut pour le développement sécurisé de l’énergie nucléaire. Il y est alors responsable de la formation de ses collaborateurs en informatique. Deux ans plus tard, il lance sa première entreprise au succès financier fulgurant. À l’âge de 24 ans, il est élu vice-président de Yukos, la plus grande compagnie pétrolière russe à l’époque.

En 2007, membre du Parti communiste russe, il est élu représentant de la région de Novossibirsk à la Douma, la chambre basse du parlement russe. Il se brouille avec le parti, une marionnette du Kremlin, à ses yeux. Il se rallie à un micro-parti, Russie juste puis à l’Alliance des Verts. Il joue un rôle important dans les manifestations contre un nouveau mandat de Vladimir Poutine. En 2014, il est le seul député de la Douma à voter contre l’annexion de la Crimée. Il est accusé de détournement de fonds. Alors qu’il est aux États-Unis, son retour en Russie est interdit. En son absence, tous les députés de la Douma, sauf un, votent la levée de son immunité parlementaire. Les autorités judiciaires russes émettent un mandat d’arrêt international à son encontre. Il n’a jamais remis les pieds en Russie. En 2016, il s’installe à Kiev, où il vit encore aujourd’hui. Il a obtenu la citoyenneté ukrainienne.

Denis Voronekov, ancien député russe à la Douma et également en exil, est tué dans un attentat en se rendant à une réunion avec Ponomarev.

Ponomarev fonde, à l’intention du public russe, la chaîne de télévision d’information en continu February Morning, ainsi que le service d’information Rospartisan sur Telegram. « Je ne lutte pas contre la Russie, mais contre Poutine, le poutinisme et le fascisme russe », explique-t-il.

L’idéologue ultra-nationaliste Alexandre Douguine est surnommé « Raspoutine » en raison de son physique et de son influence sur le président Poutine. Il est frappé, depuis 2014, par des sanctions occidentales. En août 2022, sa fille, la politologue et journaliste russe pro-régime Daria Douguina, meurt dans un attentat. Celui-ci est revendiqué par l’« Armée républicaine nationale » dont Ilia Ponomarev est le premier à prononcer publiquement le nom en lisant son manifeste [40] : « Nous sommes des militants, des soldats et des politiciens russes. Des partisans qui mettent hors la loi les bellicistes, les bandits et les oppresseurs du peuple russe. […] Nous déclarons que le président Poutine [...] est un criminel de guerre qui a altéré la Constitution, déclenché une guerre entre les peuples slaves et conduit les soldats russes à une mort certaine et insensée [41]. » Ponomarev affirme que son rôle se limitait à assurer la publicité, aider les fugitifs et fournir une assistance technique et non des armes [42].

Ilia Ponomarev facilite la création de la légion « Liberté de la Russie » dont il assure la direction politique. La légion, sous commandement ukrainien, se compose de transfuges des forces armées russes et de Russes sans pratique militaire et formés en Ukraine [43].

L’existence de l’Armée républicaine nationale est fortement contestée par plusieurs médias. Léonid Volkov, chef de cabinet de la campagne d’Alexeï Navalny lors de l’élection présidentielle de 2018, considère Ilia Ponomarev comme un provocateur.

Alexeï Venediktov

Alexeï Venediktov est le rédacteur en chef de la radio indépendante et pluraliste Écho de Moscou. Le jour de l’invasion à l’Ukraine, il a déclaré que celle-ci est une erreur catastrophique. Bien que la radio appartienne au groupe gazier Gazprom, elle a cessé d’émettre sur ordre du Procureur général. Le lendemain elle a été remplacée par une chaîne YouTube qui est passée de 36 000 à 770 000 abonnés en un an. Il ne reste qu’une quinzaine de journalistes sur les 112 de la radio. Les autres sont au chômage ou ont émigré. Alexeï Venediktov, figure sur la liste des « agents de l’étranger » constituée aux deux tiers d’écrivains et de journalistes. Pour lui, « Les intellectuels sont divisés. Il n’y a pas de dissidents. Pas de tribune, non plus, pour s’exprimer [44]. »

Biélorussie

Le 13 février 2023, la dernière audience du tribunal s’est tenue à Minsk avant la condamnation du lauréat du prix Nobel Ales Byalyatsky et de ses collègues du centre des droits de l’homme Viasna, Valentin Stefanovich et Vladimir Labkovich. Le verdict sera rendu le 3 mars. Ils sont accusés de contrebande. Des militants des droits de l’homme ont importé de l’argent de Lituanie en Biélorussie pour payer des amendes administratives pour les manifestants, payer les services d’avocats et de la nourriture dans le centre de détention pour les contrevenants.

Valentin Stefanovich a estimé qu’il était vain d’espérer l’arrêt des activités de Viasna : « Nous nous sommes préparé un remplaçant. De nouvelles générations de militants biélorusses des droits de l’homme sont venues et continuent notre travail. Mais le cours naturel de la vie ne peut être arrêté et le printemps viendra sûrement après l’hiver. » En biélorusse, Viasna signifie Printemps.

Ales Byalyatsky a déclaré : « Au début des années 1980, lorsque la lutte contre les dissidents, les militants des droits de l’homme, les militants des mouvements nationaux et religieux était à son apogée en URSS, il y avait environ trois mille prisonniers politiques dans tout le vaste empire soviétique, dans lequel vivaient 250 millions de personnes. Et maintenant, il y a un millier et demi de prisonniers politiques pour la seule Biélorussie [45]. »

Corée du Sud

Le 14 février 2023, deux Russes, qui ont fui pour éviter d’être enrôlés pour combattre en Ukraine, ont obtenu d’un tribunal sud-coréen le droit de quitter la zone de transit de l’aéroport d’Incheon où ils étaient bloqués depuis octobre 2022. Ils pourront demander le droit d’asile. La demande d’un troisième exilé a été rejetée. Le tribunal doit encore juger deux autres cas [46].

Komsomolskaïa Pravda

Le journaliste de Komsomolskaïa Pravda, Vladimir Romanenko, après avoir contribué à la propagande du Kremlin, a publié des dizaines de documents sur le site Web du média sur les crimes de l’armée russe en Ukraine et sur le fait que Poutine bombarde des civils. Les messages ont été effacés en moins de dix minutes.

Il commente : « Pour moi, cette étape est un saut dans l’abîme. Je cherche du travail, je n’ai plus beaucoup d’économies. Mais je le prends comme une rédemption. Être au chômage est, pour moi, un juste prix pour le fait que j’ai menti.

Je m’excuse auprès du peuple ukrainien d’avoir participé à tout cela. […] Dans la propagande, il y a des gens qui résistent encore [47]. »

Wagner

Une vidéo a été diffusée comme étant celle d’une nouvelle exécution à coup de masse d’un ancien prisonnier déserteur de la milice Wagner [48]. Mais, plus tard le même jour, une vidéo publiée par le service de presse du leader de Wagner, Yevgeny Prigozhin, a montré la prétendue victime vivante et exprimant sa gratitude d’avoir été épargnée [49].

Maryana Naumova, 23 ans, fut la première fille mineure au monde à participer à des tournois professionnels de force athlétique. À quinze ans, elle soulevait déjà 150 kilos au-dessus de sa tête. À l’époque, elle était considérée comme « l’adolescente la plus forte de monde » et avait pulvérisé pas moins de quinze records. Sa carrière dans la discipline s’est toutefois brutalement arrêtée à l’âge de 17 ans, à sa suspension pour dopage. « Il faudrait peut-être considérer le sang russe comme dopage. », avait-elle réagi.

Elle a voyagé en Corée du Nord à l’invitation du dictateur Kim Jong-un. En Syrie, elle a rencontré Asma Al-Assad, l’épouse du dictateur et l’a comparée à Lady Diana.

Elle officie comme correspondante de guerre en Ukraine pour la chaîne d’État russe Rossiya-1. Elle apparaît dans un camp d’entraînement de Wagner pour y suivre des cours pour les correspondants de guerre, incluant l’usage de fusils d’assaut Kalachnikov, de pistolets Makarov et de fusils de sniper SVD [50].

Espionnage technologique

Roskomnadzor

Plusieurs sites russes d’investigations en exil publient simultanément une enquête qui résulte du piratage de Roskomnadzor, l’agence de supervision d’Internet. 700 000 courriels et deux millions de documents ont été récupérés par les hackers biélorusses de Cyber Partisans.

Roskomnadzor a effacé 150 000 pages internet et publications sur les réseaux sociaux, concernant notamment les pertes de l’armée russe ou ses crimes. Des centaines de sites ont été bloqués. Des informations sont communiquées au bureau du procureur, à la police ou aux services de sécurité. De nombreuses personnalités sont surveillées.

Roskomnadzor crée de faux comptes sur les réseaux sociaux pour infiltrer et surveiller les groupes privés. Il utilise l’intelligence artificielle pour repérer les textes, les images et les vidéos considérées déviantes comme l’opposition politique, les moyens d’échapper à l’armée, le refus d’avoir des enfants, les actions artistiques « offensantes » ou les théories de l’action politique non-violente [51].

Telegram

Telegram est un service de messagerie instantanée entre 700 millions d’utilisateurs. Il est crypté partiellement ou, dans sa version payante, totalement [52]. Il est utilisé par les extrême-droites trumpiste et bolsonariste et des complotistes mais aussi par les militants démocrates de Hong-Kong, de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine. Dans ce dernier pays, le gouvernement l’intègre dans son système d’alertes aériennes et sa propagande.

Wired, le magazine américain consacré aux nouvelles technologies, rapporte cette histoire [53] :

Marina Matsapulina est la vice-présidente du Parti libertaire de Russie qui compte un millier de membres. Elle prend position contre l’invasion de l’Ukraine. Quelques jours plus tard, on frappe à sa porte pendant deux heures. Elle n’ouvre pas et commente sa situation à ses camarades sur Telegram. Finalement, sa porte est enfoncée. Huit personnes de différents services de sécurité, armées de fusils, l’obligent à s’allonger sur le sol face contre terre. Elle est soupçonnée d’avoir envoyé un e-mail à un poste de police avec une fausse alerte à la bombe.
Au service d’enquête du ministère de l’Intérieur, un policier lui demande : « Savez-vous comment nous avons su que vous étiez à la maison ? ». Il lui répète alors, mot pour mot, certaines des conversations qu’elle vient de tenir chez elle.
À sa libération, deux jours plus tard, elle apprend que le matin de son arrestation, la police a perquisitionné les maisons de quelque quatre-vingts opposants et en a arrêté vingt, les accusant de terrorisme lié à la présumée alerte à la bombe. Quelques jours plus tard, Matsapulina part pour Istanbul puis l’Arménie. Ses camarades quittent aussi la Russie.

D’autres cas troublants sont détaillés par Wired. Stanislav Seleznev, avocat d’Agora, un groupe de défense des droits de l’homme qui représente des milliers de personnes depuis 2005, affirme qu’il n’a « absolument aucun doute » que le Kremlin exploite Telegram à grande échelle. Agora pense que l’infiltration policière de Telegram est généralisée. En Biélorussie, les services de sécurité travaillent à partir d’un manuel qui décrit « des outils et des méthodes » pour « désanonymiser » les utilisateurs de Telegram, y compris des conseils pour infiltrer des groupes. En septembre 2021, l’agence Reuters a rapporté que la Russie devait dépenser 425 millions de dollars en outils pour renforcer son infrastructure Internet, y compris ceux qui recherchent automatiquement du contenu illégal sur les plateformes de médias sociaux. Le Centre d’étude et de surveillance du réseau de l’environnement des jeunes, une ONG pro-Poutine, a développé un outil d’intelligence artificielle qui analyse les médias sociaux à la recherche de « contenus socialement dangereux ». Le système, a déclaré son fondateur, « surveille en permanence » environ 1,5 million de comptes.

Deux cas peuvent expliquer l’espionnage sur Telegram : Un logiciel espion, comme Pegasus. Ou alors Pavel Dourov, le « Mark Zuckerberg russe », fondateur du site VKontakte puis de Telegram, répond aux demandes du Kremlin. Les indices suivants tendent vers cette hypothèse :

En 2018, un tribunal de Moscou ordonne le blocage de Telegram en Russie, au motif qu’il a refusé de fournir au service de sécurité, le FSB, les clés permettant de lire les messages des utilisateurs. La direction de Telegram explique que cette exigence est techniquement impraticable et contredit la constitution russe. Telegram est officiellement débloqué en 2020 par le régulateur des télécommunications Roskomnadzor. Dépassant WhatsApp, la messagerie devient la plus utilisée dans le pays.

Les conditions du déblocage restent inconnues malgré les demandes de transparence des chercheurs en cybersécurité, des journalistes et des groupes de défense des droits humains. Telegram affirme, à cette époque, que l’entreprise pourrait aider à renforcer la « sécurité nationale » et que son équipe a amélioré « les méthodes de détection et de suppression de la propagande extrémiste », ainsi que « les mécanismes permettant de prévenir les attaques terroristes dans le monde » tout en protégeant la vie privée des utilisateurs. Dans un communiqué, Roskomnadzor salue cette position. Un an plus tard Poutine commente « Nous avons conclu un accord avec Telegram. Vous pouvez voir que tout fonctionne bien. »

« Telegram est désormais l’épine dorsale de la machinerie de désinformation russe », considère Jānis Sārts, directeur du Centre d’excellence des communications stratégiques de l’Otan.

Selon Ksenia Ermoshina, chercheuse au Citizen Lab et au Center for Internet and Society, une grande partie du mouvement d’opposition russe a abandonné Telegram. Les chaînes pro-guerre ont commencé à publier des informations personnelles sur les militants « en compilant des bases de données de militants antiguerres russes avec leurs visages et des liens vers leurs [réseaux sociaux], et parfois même des adresses personnelles et d’autres données. »

Cellebrite

En 2007, Poutine a formé le Comité d’enquête de Russie, qui persécute des journalistes, des dirigeants de l’opposition, des groupes de défense des droits et des militants, notamment ceux pour la cause LGBTQ. L’agence a mené des enquêtes sur une série d’activistes, dont le groupe Pussy Riot, le chef de l’opposition emprisonné Alexei Navalny et l’avocat de son organisation, Lyubov Sobol, dont la candidature au parlement russe a été torpillée par les autorités. Les pays européens et les États-Unis ont imposé des sanctions au comité et à son chef.

Selon le journal israélien Haaretz, le comité utilise le logiciel de la société israélienne Cellebrite qui lui permet de contourner les codes d’accès sur les téléphones verrouillés. Ce que confirment les recherches de l’avocat des droits de l’homme Mack et celles de vot-tak.tv, un collectif indépendant de journalistes de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie. Cellebrite a pourtant annoncé en mars 2021 qu’il arrêtait immédiatement les ventes de ses produits et services en Russie et en Biélorussie. La société se réserve le droit d’éteindre ses appareils à distance si elle pense que le client les utilise illégalement, ou conformément à l’ordonnance d’un tribunal ou à la législation. Il semble qu’elle ne l’ait pas fait en Russie. Elle a répondu à Haaretz : « Cellebrite n’a aucune information sur l’utilisation de ses produits en Russie, et si une telle utilisation est faite, cela se fait sans licence […]. »
Le logiciel a été vendu à des pays, comme la Birmanie, qui l’utilisent contre leurs opposants. 150 pays dont la France en sont clients [54].

Marina Ovsiannikova

Marina Ovsiannikova, la journaliste russe qui avait dénoncé l’offensive du Kremlin contre l’Ukraine en direct à la télévision, a fui la Russie avec sa fille. Elle risque alors dix ans de prison pour « diffusion de fausses informations sur l’armée russe » pour avoir communiqué le nombre d’enfants tués en Ukraine. Lors d’une conférence de presse au siège de l’ONG Reporters sans frontières (RSF) à Paris, elle a résumé leur difficile évasion du pays organisée par RSF. En tout, sept véhicules sont utilisés. Peu avant le passage de la frontière, la voiture s’enlise dans un champ boueux, c’est à pied et dans le noir, en se repérant avec les étoiles qu’elles font les dernières centaines de mètres avec leur passeur. Après plusieurs heures d’errement, elles arrivent à franchir la frontière et retrouvent les contacts qui les attendaient. Christophe Deloire, le secrétaire général de MSF conclut « La démarche de Marina Ovsiannikova montre qu’il est possible de résister aux appareils de propagande, que l’on peut les ébranler de l’intérieur, dire non, qu’il est possible d’en sortir, de faire défection, de s’opposer à la falsification de l’histoire, de l’actualité, et à la manipulation. »

La France a accordé l’asile à Marina Ovsiannikova mais elle se sent menacée, en particulier, au téléphone, par d’anciens amis [55].

Cyberguerre

Selon le classement annuel Freedom on the Net pour 2022, la Russie occupe une des dernières places, juste avant le Vietnam, Cuba, l’Iran, le Myanmar et la Chine [56].

Déjà en 2021, la base de données du site de soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny a été piratée. Des militants ont ensuite vu leurs adresses et leurs numéros de téléphone révélés. Ils ont reçu des messages de menace et des convocations par les forces de l’ordre pour les dissuader de manifester. Certains employeurs ont reçu un message : Voici des « employés de votre organisation » qui « soutiennent les extrémistes ». Des licenciements ont eu lieu pour éviter la menace selon laquelle « votre entreprise fera l’objet d’une attention particulière de la part des médias et des autorités de régulation [57]. »

Le gouvernement russe bloque les principales plateformes de médias sociaux, notamment Facebook, Instagram et Twitter, considérés comme des « organisations extrémistes ». Il inflige des amendes massives aux autres plateformes qui refusent de supprimer du contenu et de localiser les données des utilisateurs. Il a restreint l’accès à plus de 5 000 sites Web nationaux et étrangers qui informent librement sur la guerre. Une nouvelle loi punit d’une peine pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison la « diffusion sciemment de fausses informations ». Ces contraintes ont incité de nombreux organes de presse indépendants de premier plan à s’autocensurer. Le principal journal d’investigation russe Novaya Gazeta a annoncé, le 4 mars 2022, qu’il supprimait tous ses articles sur la guerre en Ukraine parce que la censure militaire russe « entre rapidement dans une nouvelle phase » et qu’il « n’a pas le droit de mettre en danger la liberté » de ses journalistes. Le site d’informations économiques The Bell a également annoncé sa décision de ne plus couvrir la guerre en Ukraine afin de protéger ses journalistes de poursuites pénales [58]. La plupart des médias ont ensuite fermé ou se sont exilés. Au moins un millier de journalistes ont émigré. La République tchèque, les Pays-Bas, la Géorgie, la Lituanie et la Lettonie, ainsi que d’autres pays, principalement européens, ont accueilli et aidé à survivre et à poursuivre leur travail plusieurs dizaines d’équipes de journalistes et de blogueurs professionnels [59].

La Russie se classe au premier rang mondial en nombre absolu de téléchargements - par 23,94 % de la population au cours du seul premier semestre 2022 - d’applications de réseau privé virtuel (VPN) qui permettent de contourner la censure.

En mars 2022, le site Web du ministère russe des Situations d’urgence a subi une cyberattaque qui, sous le titre « Revenez vivant d’Ukraine », a remplacé la page d’accueil par un numéro que les soldats russes souhaitant faire défection pouvaient appeler. Les principaux articles d’actualité ont été remplacés par « Ne croyez pas les médias russes - ils mentent » et par des liens vers « des informations complètes sur la guerre en Ukraine » [60].

L’agence de presse publique Tass a été piratée et défigurée par une publicité exhortant les gens à « descendre dans la rue contre la guerre ».

En juin 2022, le site Web du ministère russe de la Construction, du logement et des services publics a été piraté pour afficher un message de soutien à l’Ukraine [61].

La victoire ou la paix ?

Selon deux journaux suisses qui citent des archives déclassifiées, le patriarche orthodoxe russe Kirill, proche du président russe Vladimir Poutine et soutien acharné de la guerre, a travaillé pour le compte des services de renseignement russes lors d’un séjour en Suisse dans les années 1970. Il représentait le patriarcat de Moscou auprès du Conseil œcuménique des Églises et tentait d’amener l’institution genevoise à dénoncer les États-Unis et leurs alliés et à modérer ses critiques contre le manque de liberté religieuse en URSS [62].

Le compte russe Telegram de Chrétiens contre la guerre ! [63] mentionne l’interdiction d’exercer du prêtre John Koval par le patriarche Kyrill [64], à la suite de la dénonciation de paroissiens. La raison : dans la prière « Sur la sainte Russie », l’ecclésiastique a remplacé le mot « victoire » par « paix » dans la phrase suivante : « Lève-toi, ô Dieu, pour aider ton peuple et nous donner la victoire par ta puissance [65]. »

Les Russes à l’étranger

Le FSB publie des statistiques sur les sorties des frontières par les Russes en 2022. La plupart ont quitté le pays au troisième trimestre, lorsque la mobilisation a été annoncée. Par rapport à 2021 (année de Covid), les départs vers la Mongolie ont augmenté de 989 %, vers la Géorgie de 475 %, vers le Kazakhstan de 234 %, vers le Tadjikistan de 212 %, vers l’Ouzbékistan de 99 %. En cas d’aller-retour, chaque sortie est comptée. Les vols vers Israël ont doublé et dépassé les 100 000. Les départs vers la Thaïlande, le Sri Lanka, l’Inde et les Émirats arabes unis ont également augmenté [66].

La Turquie refuse de plus en plus le permis de séjour aux Russes exilés. Dans ce cas, ceux-ci doivent quitter le pays dans les dix jours et risquer de perdre les avances de loyer qu’ils ont versées [67].

Gloire aux meurtriers

Sur la façade d’une école, une plaque commémorative a été inaugurée devant les autorités civiles et militaires, le corps enseignant et les élèves. Elle honore Denis Kovyrzin, un ancien élève, mort dans le Donbass [68]. Ce mercenaire a été recruté par la milice Wagner dans une colonie pénitentiaire à régime strict où il purgeait une peine de sept ans et demi pour meurtre et possession illégale d’armes. Sa participation antérieure à la guerre de Tchétchénie a atténué le verdict. Il était revenu sur le lieu d’une dispute, armé et en état d’ébriété. Il a tiré sur plusieurs personnes et en a abattu une dans le dos.

Deux mois avant son arrestation, soit quatre ans après son meurtre, il a animé un projet bénévole visant la prévention du tabagisme, de la toxicomanie et de la consommation d’alcool chez les adolescents. Après un séjour à la mer, un camp militaire visait à « l’éducation physique ».

Une participante se souvient : « Nous étions des adolescents de 13-14 ans qui n’avaient jamais rencontré l’armée. Tout était un émerveillement pour nous, surtout pour les filles. [Les exercices, courir, ramper] et de temps en temps on entend des ordres du genre : "Grenade !". Pour nous, c’était un peu sauvage au début, mais de tous les conseillers, Denis a plongé dans notre âme, c’était juste une très bonne personne. » Denis a demandé : « Qui veut tirer avec la "Kalash" ? » « Et je suis follement amoureuse du tir. J’ai rêvé de tenir cette arme entre mes mains. Et il m’a aidée à la tenir, car j’étais encore une fille de 13 ans. Les émotions étaient incomparables [69]. »

Légalement enregistré comme entité juridique en décembre 2022 sous le nom de « PMC Wagner Centre », le domaine d’exercice de Wagner est le conseil en gestion.

À la question « Comment intégrer la milice Wagner ? » posée sur les réseaux sociaux, Prigojine, son patron, répond : « Mange des clous, branle-toi avec du papier de verre, étanche ta soif avec du sang, ne sors pas sans un marteau et appelle les numéros de téléphone indiqués ci-dessous [70]. »

Dans une vidéo, équipé d’un casque et d’un masque de pilote, Evguéni Prigojine lance un défi au président ukrainien assurant qu’il embarquerait sur un chasseur MiG-29. « Si vous voulez, nous nous rencontrerons dans le ciel. Si votre appareil prend le dessus, vous récupérez [Bakhmout], sinon on ira jusqu’au Dniepr [71]. »

Selon Olga Romanova, responsable de la fondation caritative Rus Seated, sur les 50 000 prisonniers recrutés par la milice Wagner, environ 10 000 sont restés au front. Les autres sont tués, blessés, portés disparus, abandonnés ou se sont rendus. Les déserteurs sont nombreux. Ils fuient souvent vers la Russie avec leurs armes [72].

Un mercenaire de Wagner raconte au site Meduza [73] comment il a ét