L’Observatoire des armements a publié en 2022 un rapport (La guerre se fabrique près de chez nous) sur l’impact des entreprises d’armement de la Région Auvergne-Rhône-Alpes sur les conflits. Il documente notamment 11 sociétés qui contribuent, par la vente de leurs services, matériels et composants, à alimenter des conflits ou à la répression de manifestations partout dans le monde, notamment Palestine, Yémen, Égypte, République démocratique du Congo et Chili.

La guerre engagée le 24 février 2022 par la Russie contre l’Ukraine, quelle qu’en soit l’issue, est venue raviver les peurs d’un conflit généralisé en Europe et renforcer la volonté des gouvernements d’augmenter les dépenses militaires et le développement de nouvelles armes. Au grand bénéfice des entreprises d’armement et de sécurité.

Vidéo d’annonce - Réseau de surveillance des entreprises d’armement - Réalisée par Ouest Side Studio

Aujourd’hui il existe une porosité toujours plus grande entre le champ des interventions militaires et celui de la sécurité des villes. Il faut dire que la guerre a changé de nature. Elle se déroule désormais majoritairement en milieu urbain, mettant en jeu des forces spéciales ou des petits groupes d’intervention, équipés de drones, de robots et de blindés légers. Le but est moins de conquérir un territoire que de maintenir le contrôle sur la population aux moyens d’outils de surveillance (brouilleurs, systèmes d’interception des communications, etc.), dont la France s’est fait une spécialité.

Cela pose aussi la question du contrôle des matériaux et des composants qui peuvent ne pas être considérés comme du matériel militaire mais des biens à double usage et échapper à la réglementation en vigueur sur le sujet. Les technologies finales développées peuvent faire l’objet d’un usage militaire, entrainant la violation des droits humains.

Les entreprises d’armement locales sont-elles vraiment associées aux guerres actuelles ? Et si oui comment ? Leur communication publique ne permet pas facilement de savoir à quel type d’armement elles contribuent, et à quelle utilisation ce dernier est destiné. De plus, les principaux majors du secteur comme toute une myriade de petites et moyennes entreprises réparties sur l’ensemble du territoire bénéficient d’aides publiques. Ce qui questionne le pouvoir que les citoyen·ne·s peuvent exercer sur ces décisions.

Logo Fondation Amnesty International FranceAprès la publication du rapport, l’Observatoire des armements est intervenu dans les différentes villes de la Région Auvergne Rhône-Alpes, invité par des nombreux collectifs soucieux des activités des usines d’armement de leur ville. Suite à ces rencontres riches en diversité, il nous a paru judicieux d’aller plus loin et de démarrer un processus d’essaimage des groupes d’enquête dans d’autres zones de production d’armement importantes de France. Ce qui nécessite de mettre en place une formation spécifique.

Une première formation a été organisé à l’automne 2023 dans trois bassins de forte implantation du secteur militaire : Bordeaux, Toulouse et Grenoble pour développer ce réseau avant de l’élargir au reste de la France. Cette première étape peut se mettre en place grâce au soutien financier apporté par la Fondation Amnesty International France.